RapSit-USA2022 : Poutine-2024 ?

Brèves de crise

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RapSit-USA2022 : Poutine-2024 ?

Sans y voir trop d’ironie irrespectueuse, on se laissera pourtant aller  un à quelque gloussement de satisfaction paradoxale (ou de paradoxe  satisfait ?) en lisant que, peut-être et en rêvant un peu, dans tous les cas en extrapolant, si les citoyens américains étaient placés  devant le choix entre Biden et Poutine aux présidentielles de 2024, ils choisiraient le Russe... Étrange résultat complètement (et  vertueusement ?) inverti de l’“Opération Militaire Spéciale”, dit “Opération Z” ? En effet, les mêmes citoyens nous disent, garanti sur sondage, qu’ils sont en majorité “d’accord” pour que la Russie, pourtant continuellement “en déroute” depuis le début de l’attaque selon notre presseSystème, – bref, pour que la Russie l’emporte :

« Outre le fait que davantage d’électeurs américains sont “d'accord” pour que l'Ukraine perde le conflit contre la Russie (43%) plutôt qu’elle ne le gagne (41%), une majorité d’Américains pense qu'il serait préférable que Biden quitte ses fonctions plutôt que Poutine, par 53% contre 44%. »

Il s’agit d’un sondage communThe Democracy Institute’/‘The Daily Express’. Le quotidien britannique, dont on sait le zèle antipoutinien monté à un degré remarquable, présente les résultats de ce sondage sous le titre stupéfait (en anglais dans le texte, car cela le mérite) : « Shock poll reveals Americans “are OK with Ukraine losing” the war with Putin’s Russia. » (*)

Le même quotidien s’en explique sur ce même ton stupéfait, malgré le “comportement héroïque” du président Zelenski, et en raison du soutien de la trahison perpétrée par le citoyen Covid dont on découvre ainsi les accointances avec le monstrueux dictateur du Kremlin :

« Le sondage mensuel de l'Institut pour la Démocratie/ Express.co.uk, réalisé auprès de 1 500 Américains “électeurs probables”, montre que 43% des personnes interrogées sont “d'accord” avec la défaite de l'Ukraine, contre 41% “pas d'accord" et 16 % sans opinion. Ces résultats sont obtenus malgré les tentatives héroïques du président ukrainien Zelenski pour obtenir le soutien du monde entier contre l’invasion russe. L’Institut de la Démocratie explique que la raison de cette situation est le “cynisme” vis-à-vis des politiques gouvernementales, avec le fait qu’“au moins la moitié des Américains pensent qu'ils ont été trompés” à propos des décisions sur les confinements anti-Covid. »

Le sondage est plein d’autres joyeusetés de cette sorte, sur la situation du pouvoir américaniste avec son principal porte-parole qu’est le président Biden.

• Biden est jugé négativement dans tous les domaines explorés, avec le “meilleur” score en matière de politique étrangère : 40% des sondés l’approuvent, 56% la désapprouvent.

• Concernant Ukrisis spécifiquement, 38% approuvent la politique de Biden, 52% la désapprouvent.

• Assez curieusement par rapport à l’intense conviction que le système de la communication met à démontrer et dénoncer la forfaiture poutinienne, les citoyens sondés jugent que les menaces de pays étrangers contre les USA s’établissent ainsi : 40% jugent que la Chine est la première menace, 20% sont pour l’Iran en position de deuxième menace, 18% pour la Corée du Nord menaçante, et la Russie enfin, dernière menace du lot avec un tristounet 16%.

• Un autre résultat montrant que les citoyens américains sont moins désinformés qu’il ne pourrait paraître : 53% jugent que les sanctions mises en place par les USA contre la Russie font plus de mal aux USA qu’à la Russie.

• ... Conséquence : 50% des personnes sondées disent qu’elles voteront républicains en novembre, contre 42% pour les démocrates.

Développons les explications de Patrick Basham, directeur de ‘The Democracy Institute’, qui parle avec mesure et de très grandes précautions :

« “Les Américains étaient très favorables aux sanctions au début, [mais] ils ne sont plus aussi enthousiastes qu’avant”, a déclaré à l'Express Patrick Basham, directeur de l'Institut de la démocratie. “Biden a fait ces prédictions au départ : le rouble va tomber en ruines, nous allons écraser l’économie russe, les Russes se soulèveront, Poutine sera dégagé, les Russes seront mis en déroute en Ukraine... [mais] aucune de ces choses ne s’est produite.”

» Cette différence entre les attentes et la réalité a rendu les gens cyniques, a-t-il affirmé, comparant l'apparente perte de confiance à la désillusion du public face aux politiques de coronavirus dans tout l'Occident.

» “Le problème [aujourd'hui], c'est qu'au moins la moitié des Américains pensent qu'ils ont été trompés sur une grande partie de l'affaire Covid, de sorte qu'ils sont encore plus cyniques à l'égard du gouvernement et des médias qu'il y a deux ans”, a-t-il déclaré. »

Nous plaçons ces explications dans notre rubrique “RapSit-USA2022” plutôt que dans la rubrique ‘Ukrisis’ parce que ces opinions et l’état d’esprit qu’elles reflètent sont beaucoup plus importantes pour la situation intérieure US, et même pour la stabilité du pays, que pour l’aventure ukrainienne et les très-importants “alliés” des USA en Europe dont la bêtise aveugle finit par décourager le commentaire. Le paysage actuel des USA, notamment du point de vue économique, est catastrophique et justifie cet avis du sondage selon lequel les sanctions antirusses touchent plus durement les USA que la Russie, aggravant très fortement l’inflation qui atteint un niveau record depuis le début des années 1980, sans pour cela qu’elles soient tenues pour seules responsables de la situation. L’article RT.com qui présente le sondage The Democracy Institute’/‘The Daily Express’ avec une certaine empathie explique ainsi :

« Avec une inflation qui n'a jamais été aussi élevée depuis 40 ans et des prix de l'essence proches des records, le sondage Democracy Institute/Express.co.uk révèle que Biden est mal perçu dans tous les domaines politiques... [...]

» L'administration Biden a tenté d'imputer à la Russie et à son président, Vladimir Poutine, la responsabilité de l'augmentation du coût de la vie dans le pays, ses responsables évoquant à plusieurs reprises “Putin’s price hike”.  Cependant, le coût de la vie augmentait depuis des mois avant que la Russie n'envoie des troupes en Ukraine, et les électeurs pointent du doigt Biden pour leurs difficultés économiques. »

A tout cela s’ajoute les récents déboires des USA concernant leur alimentation à pétrole, après avoir inclus dans les sanctions les exportations de pétrole russe, – et alors que les prix à la pompe aux USA atteignent des niveaux type-“records de tous les temps”. L’administration Biden tente d’obtenir des augmentations de production d’autres pays pour faire relâcher la pression, et donc freiner la hausse des prix du pétrole. On trouve une mesure de l’affaiblissement de l’influence américaniste dans les piètres échecs essuyés jusqu’ici, – après l’Arabie et le Mexique notamment, et une tentative surréaliste de rétablir des échanges avec le Venezuela largement sanctionné et régulièrement attaqué par les USA en vue d’un ‘regime change’ standard, c’est le tour du Brésil :

« En mars, les États-Unis ont demandé au Brésil d'augmenter sa production de pétrole brut pour freiner la flambée des prix dans le contexte des sanctions internationales contre la Russie, mais le Brésil a refusé, a rapporté Reuters mardi.

» Des responsables du gouvernement américain ont approché la compagnie pétrolière publique brésilienne Petrobras, a indiqué l'agence citant ses sources, alors que les prix du brut commençaient à augmenter dans le contexte de l'opération militaire de la Russie en Ukraine et des sanctions internationales qui en découlent.

» Les responsables sont toutefois repartis bredouilles, Petrobras ayant déclaré que les niveaux de production étaient déterminés par la stratégie commerciale plutôt que par la diplomatie et qu'une augmentation significative de la production à court terme ne serait pas possible d'un point de vue logistique, indique Reuters. »

La rage de la GrandeCrise

Tout cela intervient aux USA pour situer encore mieux l’état de la psychologie qui est fait d’un mélange de dégoût et de rage, qui signale puissamment le redémarrage de la crise intérieure. Le plus récent détonateur est certes l’affaire de la fuite d’un projet de jugement (écrit par un des Juges) de la Cour Suprême remettant en cause le jugement de 1973 autorisant l’avortement. On simplifie ici outrageusement le cas, aussi bien du délit de “fuite” que sur le fond de l’affaire qui devrait se juger en juin. Le résultat est un renouveau de rage, du côté démocrate et de la gauche, et non moins du côté de la droite par effet mimétique inratable, les deux pôles s’affrontant sur le sujet pour d’abord exprimer leur incapacité d’un “vivre-ensemble” de quelque nature que ce soit. Il y a trois jours, Jonathan Turley écrivait à propos de cette affaire autour de la Cour Suprême, qui a relancé des manifestations de la gauche sociétale, assorties de menaces contre les Juges et leurs familles, – et à propos de ce qu’il nomme « a National Rage Addiction ».

« Il y a près de 70 ans, un avocat peu connu du nom de Joseph Welch affronta le sénateur Joseph McCarthy pour défendre un jeune homme traqué pour ses prétendues opinions anti-américaines. Welch s’adressa à McCarthy : “Je n’avais jamais vraiment mesuré... votre impudence... N'avez-vous aucun sens de la décence, monsieur ? Enfin, n'avez-vous plus aucun sens de la décence ?”

» Ce fut un moment décisif dans la politique américaine, Welch dénonçant un politicien qui avait abandonné tout semblant de principe dans la poursuite d'un avantage politique. Cette semaine, la même scène s'est jouée à la Maison Blanche avec une différence frappante : il n’y a pas eu de Joseph Welch.

» Après que quelqu'un à la Cour suprême ait divulgué un projet d'avis dans l’affaire Dobbs vs. Jackson Women's Health Organization, une mobilisation virtuelle s’est constituée [contre les Juges]... [...] Comme la ‘fuite’ elle-même, le ‘doxing’ [délation des données personnelles] des juges et de leurs familles est traité comme une pratique acceptable dans notre ère de rage.

» Il y a plus qu’une autorisation d’expression pour cette rage, il y a une addiction à cette rage.

» Ce qui s’est passé à la Maison-Blanche cette semaine est encore plus troublant. Lorsqu'on lui a demandé de réagir à la fuite d'un projet d’avis d’un juge, la porte-parole du président, Jen Psaki, a refusé de condamner le responsable de la fuite et a déclaré que le véritable problème était l'avis lui-même. Elle a ensuite été interrogée sur le ciblage potentiel des juges et de leur famille à leur domicile, et sur le fait de savoir si cela pouvait être considéré comme un acte extrême. Cela aurait dû être une autre question facile ; peu d'Américains approuveraient un tel doxing, en particulier parce que certains des juges ont de jeunes enfants à leur domicile. Pourtant, Mme Psaki a déclaré : “Je n'ai pas de position officielle du gouvernement américain sur les lieux des manifestations”, ajoutant que “la manifestation pacifique n’est pas extrême”.

» En réalité, ne pas avoir de position officielle sur le ‘doxing’ et le harcèlement des juges de la Cour suprême et de leurs familles est une politique... »

Si nous nous sommes attardés à l’avis de Turley, c’est non seulement parce que l’homme est le meilleur constitutionnaliste aux USA aujourd’hui, mais aussi parce que, comme c’est son devoir, il va au cœur de l’affaire et ainsi l’exposant comme un des symptôme de la crise de l’américanisme. Il s’agit de cette “addiction à une rage” qui nous semble inarrêtable, qui porte sur tout, qui bouscule tout, qui semble exister par elle-même comme étant elle-même son propre fondement : les citoyens américains et américanistes, littéralement, ne peuvent plus se supporter.

Là-dessus, que le pouvoir avance d’un ton faraud qu’il n’a pas de position, c’est effectivement activer la politique fondamentale de la néantisation, du wokenisme appliqué en toutes choses, et que le Biden sénile qu’on nous montre applique parfaitement du fait de sa pathologie qui rencontre celle de l’‘empire’ en cours d’anéantissement. Alors, nous rejoignons effectivement la politique absurde des USA dans Ukrisis et la façon cynique et méprisante dont le citoyen arme son regard sur elle ; politique absolument nihiliste, d’un point de vue de l’harmonie des choses, des gens et des intérêts généraux du pays.

Que l’on ne vienne pas ici parler des intérêts des fabricants d’armement, des neocons, d’un Grand Dessein de conquête, d’un calcul géopolitique, d’une pseudo-“guerre de la communication”, toutes ces choses qu’on voudrait “rationnelles” même si détestables ; mais qui, dans le cadre général qu’on connaît, ne sont que des accidents de la corruption totale de la psychologie (en plus du fric de la corruption vénale comme apéritif, bien entendu), du pourrissement de l’esprit jusqu’à la folie, bref de tout ce qui manifeste, à cause des dimensions globales de la chose et de l’infection portée à toute une époque, rien de moins qu’une fantastique situation littéralement diabolique. C’est bien le cas : Ukrisis (où nous ne sommes, nous Européens, que les “idiots utiles” de rencontre) avec cet incroyable “Everest de mensonges” qui nous tient lieu de “Grand Midi” nietzschéen, – autant que la rage intérieure de soi contre soi, passant par l’injonction de délation et de lynch numérisé – ce sont les aspects divers d’une époque marquée par l’empreinte du Diable trônant aujourd’hui dans son Mordor, au cœur de la matrice de l’Empire que prétendit être la modernité.

Là-dessus, on trouve, comme une sorte de Jugement Dernier sur ce que nous sommes devenus, les pauvres chuchotements des piètres incohérences de Joe Biden :

« D’abord, j’ai bien ri. Ensuite, j’ai réalisé que cette personne est le président des États-Unis... [...] Aussi, je pense que la bonne réaction c’est d’abord de rire, puis de pleurer. »

 

Mis en ligne le 11 mai 2022 à 18H55

Note

(*) Mise à jour postmoderne (à 19H10) : le lien initial (remis à jour lui aussi) du ‘Daily Express‘ renvoyant au sondage de l'Institut pour la Démocratie nous conduit à un autre article du même quotidien titrant sur un autre aspect du sondage disant que Meghan, la femme du prince Harry et ex-duchesse de Sussex, grimpe dans les préférences des sondés comme concurrente pour les présidentielles-2024. Meghan-Poutine ? Ces présidentielles promettent d'être un événement plein de Jugements Derniers.

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