RapSit-USA2021 : Trump fera-t-il sécession ?

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RapSit-USA2021 : Trump fera-t-il sécession ?

Le président Trump quitte donc ses fonctions demain à 12H00, à moins qu’il n’ait dans sa poche un missiles nucléaire dont il pourrait soudainement menacer le Capitole et proclamant, entre poire et fromage, une sorte de loi martiale qui serait également nucléaire. Il faut donc être sur ses gardes et nous le sommes ; nous faisons et donnons ce commentaire selon ce que nous savons, avec bien entendu quelques hypothèses comme autant d’assortiments pour en relever la saveur.

L’info-courante, elle, parvient à se sortir un instant de ses narrative insurrectionnelles et extraordinaires également de type nucléaire et envisage effectivement le départ de Trump. Il n’assistera bien entendu pas à la prestation de serment de Biden et ne reconnaîtra certainement pas qu’il a été battu par Biden puisqu’il estime que les élections ont été affreusement truquées. Les deux choses s’accordent dans la logique de Trump : puisqu’il ne reconnaît pas la victoire de Biden, donc il ne le reconnaît pas comme président, donc il n’assiste pas à sa prestation de serment. C’est une façon pour lui de nier toute légitimité aux événements de mercredi, et par conséquent à la suite : nier la légitimité de Biden, de son serment, du président de la Cour Suprême lui faisant prêter serment sur la Bible, etc... Du beau monde, gardé par une mise sur pied de guerre abracadabrantesque (nucléaire, elle aussi), qui fait très ‘Green-zone’ de Bagdad ; on met les petits plats dans les grands autour du Capitole.

Quant à son propre sort, il semble être rigoureusement programmé : ce serait comme si le président, toujours président, choisirait d’être conduit en tant que tel en Floride, dans sa résidence, où il s’installerait dans une sorte de réclusion volontaire. Tout serait ainsi programmé pour qu’il fasse le déplacement dans le Air Force One présidentiel, et qu’il soit encore président (ses fonctions cessent donc à 12H00 mercredi, heure de Washington D.C.) lorsque l’appareil atterrira en Floride.

The Western Journal résume ce qu’on sait de ce que sera probablement ce dernier déplacement :

 « Alors que ses adversaires politiques le harcèlent le président Trump a l'intention de quitter Washington sur un coup d'éclat.
» Selon The Associated Press, Trump quittera Washington mercredi matin avant l’investiture du président élu Joe Biden.
» Trump se rendra en Floride, où il s’installera dans sa propriété de Mar-Lago pendant qu'il élaborera ses plans pour l'avenir.
» Mais on ne s'attend pas à ce que Trump s’envole tranquillement.
» Un tapis rouge, une garde présentant les couleurs, une fanfare militaire et une salve de 21 coups de feu sont autant d’éléments possibles de l’envol prévu pour le dernier déplacement de Trump en tant que président, selon AP citant “une personne familière avec la planification de cette cérémonie, qui a parlé sous le couvert de l'anonymat”.
» CNN a rapporté qu’un événement pour Trump pourrait avoir lieu soit à la Maison Blanche avant son départ, soit à la base d’Andrews, soit en Floride, où son arrivée est minutée de façon à ce qu’il soit encore président lorsqu’il atterrira. »

Tout cela a l’air accessoire sinon enfantin ou dans tous les cas gratuitement formel, mais cela serait un peu court d’en juger ainsi, comme font certains journalistes fort dédaigneux et très peu instruits de la puissance des symboles. (Avant-hier, sur LCI, Nicolas Domenech y voyait un caprice d’adolescent narcissique qui, en plus, en mauvais perdant, refuse sa défaite.) Cela rejoint, dans l’ordre du symbole justement, le geste de certains souverains constitutionnels qui, lors de l’occupation de leur pays, ou d’une prise de pouvoir qu’ils jugent illicites, se retirent du jeu politique sans rien concéder de légitimité au nouveau pouvoir perçu comme une usurpation, s’estimant gardien de cette légitimité ainsi mise en sommeil puisque bafouée. En théorie effectivement, et même en pratique selon la tournure des événements, la légitimité n’est plus une évidence du pouvoir en place mais un enjeu entre deux pouvoirs de différentes formes.

La question n'est pas ici de savoir ce qu’a calculé Trump, s’il l’a fait, ou s’il a d’abord réagi selon son humeur ; l’essentiel est que ce processus sera effectivement perçu comme le refus de la légitimité de Biden, non seulement dans le chef de Trump, mais aussi et surtout par ses 74 millions d’électeurs. Trump resterait ainsi une référence de légitimité, dans tous les cas dans les premiers temps de l’administration Biden, comme un refus de cette administration par cette masse d’électeurs.

Il faut voir aussi dans quelle mesure Trump sera soumis à des procédures judiciaires, autant en ce qui concerne le processus de ‘destitution’ parfaitement surréaliste et inconstitutionnel si le Sénat en débat, puisqu’alors s’exerçant contre un président qui n’est plus en fonction, qu’en ce qui concerne d’autres procédures judiciaires contre lui. Trump peut refuser de répondre à d’éventuelles injonctions procédurales (outre celle de la ‘destitution’ puisqu’il n’est pas obligé d’y insister et que certains, dont Jonathan Turley, lui conseillent effectivement de n’y pas assister et même de ne pas se défendre, – bref, d’ignorer cette procédure complètement farfelue). Il pourrait alors rester en Floride et la question se poserait de savoir ce que ferait le pouvoir fédéral. Interviendrait-il pour qu’on se saisisse de Trump manu militari, et la Floride accepterait-elle de le faire ? Le colonel Lang résume le cas par cette formule extraordinaire, qui pourtant nous fait comprendre l’importance de la chose :  

« Les démocrates craindraient-ils que la Floride ou les tribunaux fédéraux de Floride n’extradent pas [Trump] ? Ils devraient s’en accommoder dans l’intérêt du maintien de l’Union. »

Le terme “extrader” utilisé par Lang symbolise en effet l’un des aspects essentiels de la situation. La Floride, comme le Texas par exemple, est un État trumpiste qui a déjà manifesté de la mauvaise humeur (notamment en examinant la rupture de liens financiers avec les GAFAM pour leur censure), et elle peut effectivement agir dans ce cas comme si elle était une entité indépendante et souveraine par rapport à Washington. Cela est d’autant plus possible que les divers événements, dont beaucoup du fait de certains États démocrates contestant le président Trump, ont notablement renforcé l’action et la position des législatures des États contre le ‘centre’ washingtonien. Cela est d’autant plus possible que la Constitution n’a pas été fondamentalement modifiée sur cette question essentielle des rapports entre les États et le ‘centre’ à la suite de la Guerre de Sécession, et que ces rapports restent extrêmement vagues, et plutôt exécutés comme des rapports de tension et de force déterminés par la situation en cours. Les récentes crises toujours en cours (situation intérieure et Covid19) l’ont montré à suffisance et le rôle des gouverneurs et des législatures d’ État ont de facto joué un rôle beaucoup plus important, ignorant parfois les consignes de l’administration, jusqu’à friser des situations de sécession.

Dans le cas de la Floride et de Trump, cette nouvelle situation, cette fois face à l’administration Biden et à ses énormes pressions gauchisantes qui radicalisent la situation vers les deux extrêmes, peut effectivement constituer un cas où une opposition dure peut se traduire par une sorte de sécession. Bien entendu, si les partisans de Trump parviennent à se regrouper, essentiellement grâce au moyens des réseaux sociaux si les nouveaux concurrents anti-GAFAM continuent à s’affirmer comme ils ont commencé à le faire, on se trouvera en plein cœur d’une nouvelle phase de la ‘Guerre Civile communicationnelle’, et d’autres États, selon les intérêts de leurs directions politiques, peuvent effectivement être conduits à une posture sécessionniste. Quelle que soit la réussite personnelle de Trump, sa capacité ou pas à utiliser à son avantage cette éventuelle évolution, il reste très probable qu’il sera au tout début de sa retraite une référence de rassemblement et de regroupement pour les trumpistes, qui sont d’abord et avant tout des populistes de plus en plus radicalisés face à la radicalisation des démocrates. Il est alors plus que probable que tout paroxysme de la crise en cours s’opérationnalisera très vite autour de la question de la sécession et de la désintégration.

 

Mis en ligne le 19 janvier 2021 à 09H10

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