RapSit-USA2021 : La frontière-JSF

Brèves de crise

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RapSit-USA2021 : La frontière-JSF

Passant par le gazon de la Maison-Blanche, le président des États-Unis tomba par inadvertance sur des journalistes qui l’assaillirent de questions. Le président s’en sortit admirablement.

– Allez-vous vous rendre à la frontière ?
A un moment donné, oui.
Ne voudriez-vous pas voir de vos propres yeux ce qui se passe dans les installations qui accueillent les migrants ?
Je sais ce qui se passe dans ces installations. Merci.

L’“administration Biden” a mis un certain temps sinon un temps certain par rapport à la pression des événements, à accepter du bout de l’oreille d’entendre que la situation à la frontière Sud des USA puisse être qualifiée par certains de “crise”. Pour autant :
• selon le secrétaire à l’Intérieur Alejandro Mayorkas, le terme de “crise” « is not applicable » ; faut-il entendre “toujours pas applicable” ou “interdit d’application” ? Grave problème sémantique qui conditionne évidemment la narrative que développe l’administration Biden, qui constitue évidemment son défi le plus grave (cette narrative), – et problème sémantique d’autant important lorsque Mayorkas poursuit...
• s’il y a aujourd’hui des problèmes d’afflux de migrants à la frontière Sud, c’est essentiellement parce qu’il a fallu démanteler le dispositif extrêmement négatif et inhumain de contrôle de l’immigration mis en place par l’administration précédente ; ce démantèlement semblerait alors avoir créé un vide, et comme la nature a horreur du vide il s’en est suivi un effet d’aspiration des migrants nous conduisant au flux actuel (qui existe en fait quasiment depuis le 20 janvier et la prise de fonction de Biden) ;
• d’où ce rappel de Mayorkas, lors de trois interviews différentes dans la seule journée d’hier : « Le message est très clair : ne venez pas. La frontière est fermée, la frontière est sécurisée »  [...] « Ce n'est pas le moment de venir. Ne venez pas, le voyage est dangereux. Nous construisons des moyens sûrs, ordonnés et humains pour répondre aux besoins des enfants vulnérables. Ne venez pas... » [...] « Nous reconstruisons les systèmes ordonnés que l'administration Trump a démolis pour éviter que ces enfants n'aient à faire ce voyage périlleux. »

Il n’y a donc pas de crise mais l’administration Biden est simplement submergée par le “flot” de migrants et elle est conduite, contre l’esprit de ses engagements, à esquisser la possibilité de la fermeture très temporaire et circonstanciée de la frontière, éventuellement à réinstaller l’accord entre Trump et Obrador pour que le Mexique ferme ses propres frontières Sud et fasse-“mur” entre l’Amérique Centrale et les USA.

Mais ces mesures envisagées semble elles-mêmes dépassées avant d’avoir été installées, la situation étant d’ores et déjà catastrophique, – pas une “crise”, non, simplement une catastrophe. Il est vrai que cette narrative (“le terme de ‘crise’ ‘is not applicable’”), explicitement affichée il y a quelques jours par la porte-parole de la présidence excluant l’emploi du mot banni (“crise”), a formaté les esprits, par ailleurs fortement idéologisés, et a restreint les réactions à la situation jusqu’à rien du tout, dans les 6-7 premières semaines de l’administration.

Actuellement, la situation est donc calmement et naturellement catastrophique, avec 100 000 migrants illégaux passés aux USA en février. Cet article de RedState.com rend compte de cette situation à partir de sources identifiées (des sources de la CBP pour Center for Border Patrol, c’est-à-dire es unités de ‘Patrouille Frontalière’) ; ces informations et surtout leurs sources montrent bien que les services de sécurité sur place, non seulement sont débordés, mais également sont de plus en plus excédés par la nouvelle administration, et prennent sur eux de diffuser une information que cette administration voudrait voir restreinte.
 

« Alors, que vont faire les gens de l’équipe Biden, maintenant qu’ils ont déclenché un tel afflux d’illégaux à la frontière ?
» Ils ouvrent davantage de “centres pour migrants” pour accueillir les gens. Ils essaient discrètement de revenir à l’accord que Trump avait avec le Mexique, où le Mexique empêchait le passage par sa frontière Sud, faisant implicitement office de “mur”. Ils parlent même d’expédier les étrangers illégaux vers la frontière avec le Canada et/ou les États côtiers, afin que les installations du CBP qui ne sont pas submergées puissent aider au traitement.
» Mais ils sont d’ores et déjà débordés. Alors, ils envisagent une autre idée, – catastrophique.
» Selon une source haut placée au sein de la CBP, ils envisagent de libérer les étrangers demandeurs d’asile en situation irrégulière arrêtés dans la vallée du Rio Grande, pour que ces migrants puissent entrer aux USA sans attendre une convocation au tribunal pour régulariser leur situation.
» Selon la source, la décision est motivée par le fait que la situation est “devenue si grave que la Border Patrol n’a d’autre choix que de relâcher les gens presque immédiatement après leur arrestation, car il n'y a pas d'espace pour les retenir, ne serait-ce que pour effectuer les formalités administratives nécessaires (NTA)”.
» Selon FoxNews, la BP est à 700% au-dessus de sa capacité.
» Comme beaucoup de choses avec l'équipe Biden, la décision serait sans précédent. Cela signifierait que la responsabilité du suivi d’une audience d’asile incomberait à l'étranger en situation irrégulière, qui a déjà montré qu’il ne se souciait pas d’enfreindre la loi. Et pourquoi se donnerait-il la peine de faire le suivi, sachant que, – selon toute vraisemblance, – l’autorisation lui serait refusée et qu’il pourrait alors être expulsé ?
» Ils vont juste disparaître aux États-Unis, et ils seront libres. Tout ce qu’ils ont à faire est de dire le mot magique “asile” et ils savent qu’ils sont admis.
» Cette stratégie ne ferait qu’inciter encore plus de gens à affluer.
» S’ils ne sont même pas capables de prendre le temps de traiter les personnes libérées selon les documents légaux, on peut être assurés qu’ils n’auront évidemment pas eu le temps ni l’occasion de les tester pour [la Covid19]
» En plus de tout cela, l’équipe de Biden a essayé d'empêcher la Border Patrol de parler aux médias de la crise et a refusé d’autoriser les médias à voir les installations où les enfants sont détenus pour étouffer les nouvelles désagréables.
» De toute évidence, la BP est tellement préoccupée par l’horreur de la situation qu’elle laisse les médias faire leur travail. Dans l’état actuel des choses, 100 000 personnes sont entrées illégalement rien qu’en février.
» Ça ne fera qu’empirer. »


Cela n’est qu’un aspect de la situation, celui de l’administration Biden, dont le but est d’abord et essentiellement de faire survivre la narrative générale correspondant à son programme ultra-libéral, wokeniste, d’ouverture des frontières. Les initiatives irresponsables qui sont prises, en plus de la tentative de censurer l’accès à la situation de la presse, sont également la conséquence de la démarche de sauver à tout prix la narrative. Les responsabilités des difficultés actuelles sont décrites comme une conséquence à la fois de la “catastrophe-Trump” et de l’impatience des migrants.

On veut dire par là que la préoccupation de l’administration Biden est d’abord de l’ordre de la communication, par rapport à l’idéologisation radicale de son programme. Il n’y a aucun désir réel de résoudre opérationnellement une situation dont les prémisses ne satisfont pas à l’idéologie régnante ; et puis, de toutes les façons dit l’idéologie,  cette résolution passerait en fait dans l’idéal dont on ne doute pas qu’il sera sans aucun doute atteint, purement et simplement par l’ouverture des frontières sans restriction. Le seul problème de l’afflux actuel est qu’il se fait alors que les structures de restriction sont encore en place (ce qu’on nomme la “catastrophe-Trump”). Il ne faut attendre en aucun cas que l’administration Biden révise ses buts d’ouverture des frontières, elle attend simplement au-delà des mesures d’urgence qu’elle est obligée de prendre n’importe comment, que la situation réelle (une pseudo-“vérité-de-situation” ou inversion de vérité-de-situation) s’aligne enfin sur la narrative.

Également ignorée par le Washington de Biden, l’aspect de l’intervention des cartels, qui sont partout et constituent un problème qui deviendra très rapidement essentiel, tant pour la sécurité des habitants des zones-frontière US, que simplement pour la souveraineté des USA. Comme le rapporte le colonel Lang, les cartels “contrôlent la frontière” et organisent en toute impunité le passage des migrants. Cette description rapide de Lang donne une idée d’une situation qui peut engendrer des affrontements sanglants avec les cartels, et susciter dans les États concernés de violents mouvements de contestation d’un “centre” si indifférent aux réalités opérationnelles :


« Les cartels contrôlent maintenant la frontière. Ils inscrivent les gens pour qu’ils soient transportés de tous les coins du Mexique et de l'Amérique centrale jusqu’à la frontière des USA. Ils ont une échelle mobile pour les frais de service. Les Mexicains paient le moins, les Centraméricains paient plus, les gens du reste du monde paient beaucoup plus. Certaines personnes signent des contrats dans lesquels elles promettent de payer après leur entrée aux États-Unis. Cela signifie qu’elles seront au service des cartels une fois installées aux États-Unis. Après passés leurs contrats, ils reçoivent des bracelets de couleur, sont rassemblés en groupes et transportés vers le Nord. Les groupes sont envoyés de l’autre côté de la frontière rassemblés en  “unités”, par des brèches dans les barrières frontalières à des moments où les responsables des cartels pensent que la CBP sera absente. Les cartels nettoient en fait les voies par lesquelles ils font passer les migrants. On rapporte que les maisons des résidents américains qui se trouvent dans les couloirs de circulation sont brûlées pour éliminer les regards indiscrets. »
 

Ce qui n’est pas du tout une “crise” dans la narrative est d’ores et déjà au-delà de la crise de la frontière. Tous les éléments se mettent en place pour que la crise, – évidemment réelle, – passent d’une crise de la frontière en une crise interne aux USA, à partir des zones-frontières annexées par les cartels, face à une Border Patrol débordée et complètement démotivée. Il est alors très possible que s’élabore, sous nos yeux et très rapidement comme tous les événements de cette sorte dans notre époque, un “point de fixation” nouveau dans la crise générale du système de l’américanisme, – et peut-être, c’est à voir, le point crisique le plus important pour (et contre) l’administration Biden.

La question des frontières et de la migration, question identitaire-clef, a été provoquée de l’intérieur (au contraire du cas européen de 2015, où la crise est venue de pressions extérieures). Elle s’impose donc parfaitement comme un thème de l’affrontement intérieur chronique du pays. Bien entendu, Trump a sauté sur l’occasion d’une façon massive pour la première fois depuis son départ, dénonçant l’administration Biden (elle a « transformé un triomphe national en désastre national »), annonçant parallèlement le lancement prochain de sa propre plate-forme de réseaux sociaux.

Comparaison exotique, mais très américaniste, toutes choses dépendant dans ce cas de la même méthodologie : au contraire de la crise du JSF qui s’est exprimée par l’affrontement des narrative mais vécut longtemps complètement dissimulée, la crise de la frontière, si elle se constitue également de narrative antagonistes (en cela, similaire à la crise-JSF), est faite pour se développer au grand jour. Tout le monde sent la possibilité d’une bataille rangée de première dimension pour cette puissance américaniste qui ne vit plus que de bataille en bataille, de crise en crise...

 

Mis en ligne le 22 mars 2021 à 14H00

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