RapSit-USA2021 : Carter 2.0 ?

Brèves de crise

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RapSit-USA2021 : Carter 2.0 ?

Brutalement, la situation générale se durcit aux USA, cette fois selon des lignes classiques puisqu’on évoque une situation similaire à celle de Jimmy Carter en 1979-1980. La grande différence pour Joe Biden, c’est qu’il est au début de son mandat et que la situation générale, hors des réminiscences de 1979, est celle d’une crise énorme, du type postmoderne, que Carter ne connaissait pas.

La folie du type “Bidenmania” correspondant à l’hallucinant et unanime aveuglement de la communication proaméricaniste qui a englouti l’Europe comme un tsunami de Politiquement-Correct interdit aux dirigeants de ce continent de distinguer quoi que ce soit qui se rapproche d’une vérité-de-situation desUSA. L’enthousiasme infantile des commentateurs européens les a empêchés d’envisager que les énormes sommes dégagées par Biden pour satisfaire sa base gauchiste recèlent une menace d’une poussée inflationniste importante, qui aurait, – et c’est le plus important, – des effets indirects extrêmement importants dans le contexte crisique présent.

La crise de l’alimentation en énergie (conséquence d’un oléoduc paralysé par une perte de contrôle suivant une cyberattaque) qui frappe le Sud-Ouest du pays est un événement purement intérieur dans ses effets, qui touche paradoxalement des USA devenus auto-suffisants en cette matière, contrairement à l’époque Carter qui encaissait le contrecoup des perturbations dans les livraisons de pétroler suivant la chute du Shah d’Iran en décembre 1978.

Enfin, la violente crise israélo-palestinienne rallume une crise latente dans la région. C’est ramener au premier plan une zone stratégique que l’administration Biden avait complètement écartée dans ses projets de politique extérieure. Ainsi est complété le triptyque renvoyant à la fin des années 1970 et le “retour” d’une situation crisique complètement indépendante du tourbillon crisique en cours aux USA, mais qui l’alimente évidemment et qui lui sera sans doute très vite intégré. Les républicains, plutôt de tendance classique comme le vieux sénateur Grassley (doyen du Sénat et le seul à avoir siégé au Congrès durant la présidence Carter), se jettent sur cet os à ronger qui leur rappelle leurs jeunes années.
 

« Le président Biden commence à justifier des comparaisons avec un précédent président démocrate qui a également dû faire face à l'inflation, aux files d'attente pour l’essence et aux troubles au Moyen-Orient.
» Le sénateur Charles Grassley, républicain de l'Iowa, qui a été élu à la Chambre en 1974, a imputé mercredi la flambée des prix à la consommation aux milliers de $milliards de dépenses de relance de l'administration Biden, la qualifiant de réminiscence de l’inflation galopante sous le président Jimmy Carter, en fonction de 1977 à 1981.
» “Lorsque l'on suggère de dépenser 6 000 $milliards alors que 2 000 $milliards sont déjà injectés dans l’économie, on en arrive évidemment à faire flamber l’inflation”, a déclaré Grassley à l'émission “Your World” de Fox News.
» Il a fait référence aux “longues files d'attente, aux gens qui se battent à la pompe pour avoir de l’essence, et puis vous avez la perspective d’une inflation de 5% maintenant”.
» “Je me souviens d'une inflation de 17%, de longues files d’attente aux pompes et d’Israël en difficulté dans les années Carter… Nous ne voulons pas revenir aux années Carter”, a déclaré Grassley. “Nous voulons aller de l'avant.”
» Le marché boursier a été touché par une journée de vente effrénée mercredi alors que le Bureau des statistiques du travail a indiqué que les prix à la consommation américains ont bondi de 0,8 % en avril, et de 4,2 % par rapport à avril 2020, soit la plus forte hausse inflatoire depuis la crise financière de 2008.
» “Au cours des 12 derniers mois, l'indice de tous les articles a augmenté de 4,2 % avant ajustement saisonnier”, indique le résumé de l'indice des prix à la consommation. “Il s’agit de la plus forte augmentation sur 12 mois depuis une hausse de 4,9 % pour la période se terminant en septembre 2008.”
» Grassley a déclaré que vaincre l’inflation, qui frappe le plus durement les personnes à faible et moyen revenu, n’est pas une chose aisée.
» “Nous allons lutter contre l’inflation, comme c’était le cas lorsque j’ai été élu pour la première fois au Congrès dans les années 1970”, a déclaré Grassley. “Je me battais contre l’inflation durant ma campagne ; il a fallu six ans pour la maîtriser”.
» La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré mardi que l’administration “prend la possibilité d’une inflation très au sérieux”. D’autres économistes imputent la flambée des prix à la poussée post-pandémique de la demande de produits à mesure que l’économie se rouvre et alors que la chaîne d’approvisionnement reste encore limitée.
» Grassley a souligné que l’économie pré-pandémique avait connu un taux de réduction de chômage record pour les Noirs américains et d'autres groupes minoritaires.
» “Quand vous tenez une bonne chose comme celle-là, vous ne devriez pas la gâcher en dépensant 6 000 $milliards dans les 100 premiers jours d’une nouvelle présidence”, a-t-il dit. »
 

Outre qu’elle aggrave la situation aux USA et la position de Biden, ce surgissement de crises “classiques” rappelant la présidence Carter constitue une curieuse interférence d’une sorte d’événements dont on avait perdu l’habitude, comme relevant d’une sorte d’“ancien monde”. Le seul élément conforme à notre temps si différent, si l’on suit le modèle-Carter, c’est bien entendu la rapidité de la séquence et son aspect étrangement “amputé” : on a une accumulation soudaine de crises qui, en 1979, sanctionnaient, d’ailleurs d’une façon assez injuste et sans réelle justification par rapport à ce qui avait précédé (sinon les hésitations de Carter et les erreurs de la CIA vis-à-vis des événements d’Iran), un mandat Carter qui se trouvait ainsi “saboté” plutôt d’une façon inattendue à son terme. L’enchaînement de ces trois crises déboucha sur une paralysie due à un événement hors-norme (la prise des otages de l’ambassade US à Téhéran en novembre 1979), lequel couta sa réélection à Carter.

Avec Biden, on a l’impression qu’on retrouve effectivement l’administration Carter, mais en passant directement à son issue catastrophique. C’est ainsi que le mandat de Biden est de plus en plus marqué par des crises à répétition, qui ne sont pas des incidents extérieurs où sa responsabilité ne serait qu’accessoire, mais bien des conséquences immédiates de l’application également très rapide de son programme extrêmement gauchisant.

Cela signifie que ce programme “révolutionnaire” se trouve de plus en plus confronté à la résistance des choses par les effets induits, jusqu’à rappeler d’anciennes logiques crisiques. L’effet sur le tourbillon crisique intérieur US (et ici, évidemment, il y a une situation bien différente de celle de l’administration Carter) doit être de renforcer l’opposition républicaine à Biden, y compris cette fois de la part de la faction classique de ce part, qui pouvait être perçue comme prête à composer avec Biden.

Du côté de Biden, ou plutôt des soutiens de Biden, ces développements vont sans guère de doute amener une plus grande radicalité, conformément aux réactions des tendances “révolutionnaires” qui repoussent toute possibilité de freinage du programme d’ultragauche. Plus encore, la pression des prochaines élections dites “mid-term” (novembre 2022) devrait concrétiser la perspective d’une paralysie grandissante du pouvoir. Les républicains apparaissent de plus en plus assurés d’un certain succès sinon d’un succès certain, entraînant l’opposition au président d’un nouveau Congrès qui serait bloquée par l’une (la Chambre) ou les deux chambres (Chambre et Sénat) passant dans leurs mains. La paralysie du pouvoir selon les normes US où le Congrès dispose d’un énorme pouvoir sur l’exécutif s’il le veut, dans le climat ainsi décrit, conduit de plus en plus à des perspectives d’illégalités diverses, d’affrontements hors des normes washingtoniennes, donc d’une aggravation supplémentaire du tourillon crisique selon des occurrences extérieures aux normes.

C’est dans ce cas qu’on peut envisager des perspectives de ruptures. Le plus extraordinaire dans ce cas est que les scénarios les plus extrêmes, comme celui d’Evelyn Markus, une intellectuelle juive d’origine hollandaise dont la famille s’était réfugiée aux USA en 1930, apparaissent envisageables. Ce qu’évoque Markus, aussi extraordinaire que cela puisse paraître et sembler, – dans tous les cas, “aussi extraordinaire” que cela devrait paraître et sembler à ceux qui connaissent précisément la situation historique et psychologique des USA, – c’est un scénario US semblable à la prise du pouvoir par les Nazis en Allemagne. Le caractère remarquable de cette anticipation se trouve notamment dans le fait que Markus est une libérale-progressiste et qu’elle impute au pouvoir actuel, quasiment d’extrême-gauche, une telle dérive.

A cet étrange retour du passé de l’époque Carter, il manquera certainement une chose, un élément humain qui le distingua en1979. Au milieu d’un des paroxysmes de la crise, à l’été 1979, Carter s’était soudain trouvé dans le besoin d’exposer publiquement son désarroi à l’image de celui de son pays, lui qui avait été élu pour sortir les USA du désarroi du Vietnam, du Watergate et des mauvais coups de la CIA. Il quitta la Maison-Blanche devant ce qu’il estimait être une “crise existentielle” du pays, s’isola pendant un laps de temps assez conséquent reçu diverses personnalités auxquelles il demanda leur conseil.

Le résultat ne fut pas à la hauteur de ses espérances, ni de cet acte d’isolement héroïque, mais plutôt à cause d’une circonstance qui sortait du cadre de la crise pour rencontrer un épisode d’habituel “blowback” qu’attire la politique de sécurité nationale des USA, illégale et interventionniste : l’attaque et la prise en novembre 1979 de l’ambassade des USA à Téhéran, forteresse d’écoute et d’espionnage des USA édifiée du temps du Shah ; puis la prise en des 59 membres restants de l’ambassade et la paralysie de l’administration Carter jusqu’à la défaite du président (novembre 1980) et la libération des otages, exactement le jour de la prestation de serment de Reagan, le 20 janvier 1981, – que Carter fut ironiquement ou grossièrement chargé d’aller réceptionner à Ramstein, en Allemagne.

(Achèvement parfait d’un “complot”, cette fois le mot peut et doit être dit, entre les républicains et les dirigeants iraniens, qui se payerait en livraison secrète d’armes US à l’Iran, montrant une bonne entente entre “le Grand Satan” à venir [Reagan] et la “dictature des ayatollahs” [Khomeiny] en attendant de déboucher sur un scandale [l’“Irangate” en 1986] où Reagan faillit y laisser sa fin de présidence.)

On n’en a pas fini avec Biden, au niveau des coups bas comme celui de Reagan, mais il nous semble qu’il est inutile d’attendre de l’actuel président un acte de cette sorte de l’“isolement héroïque” de Carter. De même nous semble-t-il évident que cet épisode “Carter 2.0” ne signifie en rien la fin de l’aventure Biden, juste un cahot de plus, après d’autres et en attendant d’autres : Biden a une vaste mission de déconstruction et de destruction ; il faut qu’il la mène à bien...

 

Mis en ligne le 13 mai 2021 à 18H30