RapSit-USA2020 : Joe & Fidel

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RapSit-USA2020 : Joe & Fidel

Il est assuré que Joe Biden et son équipe de campagne prennent toutes leurs précautions, se heurtant à leurs propres hésitations et la diversité de leurs jugements, pour désigner un candidat vice-président, – pardon, une candidate vice-présidente, et Africaine-Américaine de surcroit, paraît-il et conformément à la loyauté en politique, aussi bien qu’à la comptabilité électorale. C’est en effet la promesse qu’a faite Biden, de choisir une femme, et (peut-être sinon probablement) une Africaine-Américaine, une Black, quoi. Enfin, Biden et son équipe sont proches de choisir, tout proches, au point qu’un petit texte qui “sent la satire” nous rapporte qu’il aurait déclaré à ses équipiers fous de joie, « Je suis si proche de choisir ma vice-présidente que je peux la sentir »... Ce serait bien pour cette semaine, “à l’odeur” selon les délicats sentiments prêtés à Joe.

En attendant, savourons une possibilité sérieuse, puisque le dernier nom en date après de multiples chuchotements et une décision repoussée de dix jours, est celui de la députée de Californie Karen Bass. C’est une affaire assez amusante, parce que Karen Bass est une ultra-activiste, qui était proche jusqu’à en faire partie du SAS (Students for a Democratic Society), ce groupe super-gauchiste et un brin terroriste de la fin des années 1960 ; c’est aussi et surtout, comme c’était courant dans ces années-là, dans ces milieux-là, une fervente admiratrice de Fidel Castro et une ancienne des brigades ‘Venceremos’, qui regroupaient les jeunes activistes étrangers désireux d’aider les Cubains dans leur pays, notamment du point de vue économico-social.

Ce sentiment procubain a perduré chez Bass, au point où elle fit un commentaire très élogieux lors de la mort de Castro en 2016, le désignant comme le “comandante en jefe”. Aujourd’hui, elle explique qu’elle n’a fait que traduire “commandant en chef” alors que cette expression (en espagnol) traduisait, elle et à l’époque des années 1960 et 1970, la ferveur admirative et révolutionnaire pour le président (et commandant-en-chef) cubain. Bref, ces derniers jours, Karen Bass a beaucoupparlé...

• « J’étais une radicale, alors... Ces jeunes gens qui défilent aujourd’hui en demandant qu’on débudgétise la police ? C’était moi à l’époque. »

• Enfin, tout de même, saluer Castro comme ça, en 2016, ce n’est pas très bienvenu, n’est-ce pas ? « J’en ai appris beaucoup sur la brutalité de Castro. Aujourd’hui, je ne referais pas la même déclaration. » (Formidable, elle a enfin trouvé quelqu’un, quelque part entre 2016 et 2020, pour l’informer dans le sens du pli sur ce qu’il importe de savoir-penser à propos du régime castriste.)

• Ne va-t-elle pas faire perdre des voix aux démocrates en Floride, chez les anticastristes réfugiés de Cuba ? « L’idée que cette affaire [ce que furent ses sentiments pour Castro] puisse avoir la moindre influence sur ces gens [en Floride]qui sont en train de se battre contre la mort à cause du coronavirus, alors qu’il n’y a pas assez de lits de réanimation, – j’ai du mal à le croire... »

• Selon les mots d’un expert démocrate, pour définir sa position politique, économique et sociale générale : « A côté d’elle, Bernie Sanders ressemble politiquement à Ronald Reagan. » Oui, certes, mais elle est aussi présidente du Black Caucus du Congrès (le rassemblement des élus noirs du Congrès), ce qui lui donne une influence certaine sur l’électorat black, et cela ne peuit être négligé pour une telle élection.

• Elle a eu aussi des mots tendres pour l’Église de Scientologie, en 2010, selon elle quelques mois avant que n’éclate un scandale concernant le traitement que certains et certaines ‘convertis’ subissaient dans cette remarquable organisation.

• Le Sacramento Bee (“l’Abeille de Sacramento”, journal du lieu qui est aussi la capitale de la République de Californie) estimait il y a quelques jours, avant que Joe n’entende parler d’elle : « Si Biden choisit un vice-président californien, il ne choisira probablement pas Karen Bass. Il est clair, cependant, que l’activiste communautaire dont la passion pour le service a conduit d’autres personnalités à l’enrôler dans leurs activités politique est le meilleur choix. »

... Non, finalement, Joe a entendu parler d’elle, il s’en est même souvenu. En 2016, elle était de la délégation qu’Obama et son VP (Biden) menaient pour visiter Cuba. En 2015, la même Bass accompagnait le secrétaire d’État Kerry qui allait inaugurer l’ambassade US à La Havane. Comme quoi, elle ne mord pas ni n’emporte des bombes avec elle. Il n’empêche qu’il serait assez étonnant, sinon ironique et somme toute assez réjouissant, qu’une députée gauchiste africaine-américaine, ancienne pote de Castro, et toujours proche de lui au fond de son cœur, devienne VP d’un Biden épuisé, et promise éventuellement à la fonction présidentielle en 2024 si pas en 2022. Le colonel Lang explose de fureur : « Et elle continue à se rendre régulièrement à Cuba ! Les démocrates ne sont tout de même assez stupides pour faire ça [la désigner comme candidate VP] ? ... Peut-être, après tout. » (Il ne faut jamais perdre espoir.)

On verra bien ; d’ailleurs on saura assez rapidement si Bass est choisie, dans quelques jours, demain peut-être, éventuellement aujourd’hui (cet après-midi aux USA). Elle a contre elle son passé d’activiste, ses liens avec Cuba, ses penchants pour la scientologie ; elle a pour elle son présent d’activiste, au Congrès et auprès des Noirs en général, ceux de Sacramento comme ceux des BLM.

Mais si la question du choix de son VP pare Biden est certes très importante, ce n’est pas tant à son propos exclusivement et conjoncturellement que nous développons le cas de Karen Bass. Il s’agit de mettre en évidence la difficulté de la situation aux USA, lorsqu’il s’agit d’élections au milieu de la crise actuelle, et d’ailleurs pour les deux grands partis. Le plus souvent sinon dans tous les cas, il faut des candidatures qui répondent à des exigences contradictoires, et qui peuvent d’ailleurs être considérées de façon complètement contradictoire.

Ainsi de Karen Bass. Un dissident antiSystème conséquent se méfiera d’une politicienne soutenant les mouvements actuels, type-BLM, tant on sait que ces mouvements déstabilisants sont pourtant largement promus, acclamés et financés, par des forces absolument pro-Système, éventuellement globalistes, comme le Corporate Power, les GAFA, la bande à Soros, etc. Pourtant cette même politicienne fut amie de Castro et reste proche de Cuba, qui est un pays absolument anti-impérialiste, généralement classé par les dissidents antiSystème comme faisant partie de l’“axe de la résistance”, allant de la Chine au Venezuela, passant par la Russie, l’Iran, la Syrie, éventuellement la Hongrie et d’autres.

La situation est toute en nuances, selon qu’on privilégie le point de vue idéologique ou ce que nous désignerions comme le “point de vue ontologique” (où nous classons les antiSystème fondamentaux, bien définis par le “modèle dostoïevskien”) ; selon qu’on privilégie le point de vue tactique ou le point de vue stratégique. Il faut une très grande souplesse de jugement et une grande capacité de synthèse, par rapport à une situation en constante évolution et répondant à plusieurs impératifs, donc à plusieurs logiques.

En un sens, ces remarquent valent aussi pour la plupart des pays du bloc-BAOqui ont des caractères américanisés, mais en partie seulement, dans la mesure où ces pays ont des oppositions au Système beaucoup plus identifiées comme telles. Aux USA, cette position absolument antiSystème est beaucoup plus délicate à afficher, voire à identifier, dans la mesure de la proximité extrême entre les USA, qui reste le pays de ces ‘dissidents’, et le Système. C’est évidemment une des raisons pour lesquelles l’évolution de la situation aux USA est la plus intéressante à suivre, et la plus importante par rapport à la Grande Crise.

 

Mis en ligne le 4 août 2020 à 08H05

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