RapSit-USA2020 : CMI, $, magie & drogue

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RapSit-USA2020 : CMI, $, magie & drogue

Trump a une façon dialectique bien à lui de tenir son rôle de président, puisqu’il l’est depuis quatre ans. Il s’affirme à la fois comptable de tout, fait des promesses incroyables et annoncent des choses qui ne le sont pas moins, comme s’il disposait d’un pouvoir effectivement incroyable, au point que le thème central de ses adversaires est de l’accuser, à la fois d’être un dictateur depuis quatre ans et de vouloir établir une dictature durant son second mandat. (« Il n’y a aucun doute que si Trump gagne, il accéléra immédiatement la suppression de droits démocratiques et une forme législative correspondant à un État policier. »)

A côté de cela, parallèlement pourrait-on dire, en même temps qu’il affirme tous ces projets selon cet hypothétique pouvoir de dictateur d’ores et déjà établi, il est d’une extrême habileté pour accuser les autres pouvoirs, ceux qu’il a prétendument sous son autorité, de n’en faire qu’à leur tête dans une voie détestable et dévastatrice, comme si lui-même n’avait aucune capacité de leur faire changer de conduite.

Ici il dirige d’une main de fer, là il laisse aller et tance ceux, très nombreux, qui se fichent des consignes. Cela conduit ses adversaires, qui sont si nombreux également, à faire dans leurs attaques de graves erreurs et des erreurs contre-productrices.

On sait que des ‘révélations’ sur des remarques de Trump concernant des Marines enterrés en France après l’attaque du Bois Belleau, en 1918, et depuis largement contredites et démenties, et même en partie rectifiées par l’auteur lui-même (le rédacteur en chef de The Atlantic, Jeffrey Goldberg), on provoqué une polémique de plus autour du comportement et des déclarations de Trump. Parmi les retombées de cette polémique destinée à nuire à Trump, et qui peut-être le servent (voir « Comment les attaques contre Trump l’aident à défendre sa cause », de MoA dans Le Sakerfrancophone), il y a eu une conférence de presse donnée par lui, et qui a sans doute été dans le même sens que désigne MoA dans ses retombées.

« “Je ne dis pas que les militaires m’aiment énormément” a déclaré le président Donald Trump lors d’une conférence de presse lundi, en réponse aux récentes allégations anonymes selon lesquelles il aurait insulté des militaires en privé.
» “Les soldats m’aiment beaucoup, certainement, mais probablement pas les hauts responsables du Pentagone parce qu'ils ne veulent rien faire d’autre que la guerre pour que toutes ces merveilleuses entreprises qui fabriquent les bombes et les avions et tout le reste restent heureuses”, a-t-il poursuivi. »

Il s’agissait évidemment d’une attaque de Trump contre le Complexe Militaro-Industriel (CMI), où les généraux et les hauts-fonctionnaires du Pentagone sont partie prenante avec les industriels de l’armement, selon une formule vieille de plus d’un demi-siècle, et fameuse depuis le discours d’adieu du président Eisenhower du 17 janvier 1961. Eisenhower fut ainsi le premier à introduire cette expression de “Complexe Militaro-Industriel” et à condamner avec force cette puissance belliciste et pernicieuse au cœur de l’administration de la puissance des USA, et ainsi l’un des piliers du système de l’américanisme.

Après cette déclaration de Trump, un de ses adversaires notoires et virulent, le journaliste-vedette de MSNBC Joe Scarborough (partenaire et époux de Mika Brzezinski, fille de Zbigniew), tweeta furieusement : « Il s’agit d’un point de vue profondément inculte et insultant de la direction militaire américaine. De Dwight Eisenhower à Colin Powell, nos chefs militaires qui connaissent bien l’enfer de la guerre ont été ceux qui ont montré le plus d’hostilité à la guerre. »

Effectivement, les adversaires de Trump, qui passent leur temps à attaquer personnellement Trump, le font très souvent de manière maladroite, montrant une inculture ou une fièvre haineuse qui les conduisent à des erreurs malheureuses. Citer Eisenhower dans ce cas, c’est renforcer le propos de Trump, puisque il s’agit d’attaquer le CMI dans les propos de l’actuel président, et que l’ancien président fut le premier à le faire. Quant à l’exemple de Powell, cet homme qui brandit triomphalement à l’ONU (le 5 février 2003), sous le regard du monde entier, une sorte de jouet à cinq cents fourni par la CIA comme “preuve” de la duplicité de Saddam Hussein et comme argument décisif pour l’attaquer, on trouve mieux comme général qui “déteste la guerre”, en plus de la pauvreté de jugement le conduisant à accepter comme argent comptant tout ce que le manipulateur, tortueux et crapuleux George Tenet, directeur de la susdite CIA, lui fournissait en fait d’arguments. (Mais, à la décharge de Scarborough, il y a le fait que Powell est largement Africain-Américain. Respect.)

En d’autres mots, cette attaque de ‘Morning Joe’ (l’émission-phare de Scarborough) ne sert une fois de plus qu’à avantager un argument de Trump, et à nous démontrer en sus la pauvre culture de ses adversaires. La formule de MoA prolongée indéfiniment : « Comment les attaques contre Trump l’aident à défendre sa cause. »

Trump : magie ou drogue ?

Le cas est intéressant parce qu’il permet de démonter l’extrême difficulté de l’affrontement, contre un homme qui ne s’embarrasse de rien, ni de mensonges ni de vérités, ni d’affirmations absolument fantaisistes sans le moindre lien avec la réalité (cas bien au-delà du mensonge), ni de comportements rappelant Alice in Wonderland, ni de la continuité des références à sa position et à sa fonction. Une phrase de Trump est aussitôt interprétée dans le sens le plus défavorable, électoralement parlant et selon le catéchisme-PC (Politiquement Correct). Les “généraux” et les “dirigeants” du Pentagone (« the top people in the Pentagon », dit Trump dans son jargon imagé qui lui permet toutes les interprétations selon les circonstances) qu’il mêle en toute complicité à l’industrie d’armement ne peuvent s’empêcher de faire la guerre parce qu’ils l’aiment, – même si c’est le cas car ça l’est parfois, – mais parce qu’il faut justifier les commandes d’armement. C’est une évidente attaque contre le CMI et l’on mesure alors combien le choix d’Eisenhower comme référence pour critiquer la déclaration de Trump constitue la marque d’une profonde inculture, – ou plutôt, selon notre hypothèse, de la rage aveugle que provoque chez tous ses adversaires la haine contre Trump, qui les aveugle justement dans l’élaboration de leurs attaques et leur fait dire et tweeter n’importe quoi. Dans tous les cas, c’est une maladresse, et Trump en sort renforcé.

D’un autre côté, c’est-à-dire le côté des pauvres victimes (« the top people in the Pentagon »), on ne s’offusque pas vraiment. Trump, pourfendeur du CMI, est aussi un pourvoyeur massif de l’argent de poche pour le CMI, avec son budget annuel assez respectable de bien plus de $700 milliards pour le Pentagone. La posture qu’il a prise dans sa réponse, en impliquant le CMI, n’est qu’une posture, – elle n’est que posture dans un sens ou dans l’autre, comme tout chez Trump est posture, même s’il est question de plus de $700 milliards par an.

Dans ces diverses passes d’armes, on retrouve la même attitude des adversaires de Trump, marquée par une haine qui écarte toute logique, tout calcul tactique, et s’avère absolument contre-productif. L’analyste Matt Taibbi, qui n’est pas particulièrement un partisan de Trump, a consacré une analyse brillante à ce phénomène ; nous en restituons ici un extrait, cité par le texte de MoA déjà cité à partir du Sakerfrancophone .

 « La perception fautive que l’establishment a de Trump est flagrante alors qu’il est pourtant un personnage à la psychologie familière pour les Américains. Nous avons une culture marchande et mercantile et Trump est un vendeur. De plus, il n’est pas n'importe quel vendeur ; il pourrait bien prétendre, sans exagérer, être le plus grand vendeur de tous les temps, compte tenu de la qualité du produit, c'est-à-dire lui-même. [...]
» Depuis que Trump s'est lancé dans la politique, le schéma est inlassablement similaire. Il entre dans l’arène chargé d’un fardeau de caractéristiques négatives, mais il s’en sort à chaque fois, armé de solutions gagnantes qui lui sont offertes par des adversaires qui réagissent de manière excessive. .[...]
» Son truc est de provoquer ses rivaux jusqu’au point où ils ne disent rien de leurs promesses et passent leur temps à s’attaquer à sa personne. Cette situation valide constamment le principe fondamental de sa vision du monde, à savoir que tout tourne autour de lui. Les opposants politiques semblent incapables de ne pas lui offrir de publicité gratuite. Ils prononcent son nom à la télévision des milliers de fois par jour, apposent son nom sur des autocollants dont ils inondent leurs partisans, –  par exemple “BERNIE BEATS TRUMP”, – et ils continuent à en parler pour la détente, lors de fêtes de bureau, de dîners en famille, d’événements sportifs pour enfants, partout, ce qui, tôt ou tard, amène les gens à se demander : qui est le plus ennuyeux, le fanfaron, ou les gens qui n'arrêtent pas de parler du fanfaron ? [...]
» L'argument de Trump est :“Ils mentent à mon propos”. Il polarise tellement d’attention négative, et domine si complètement cette culture d’affrontement personnel, que les rapports entre lui et les électeurs qui l’ont élu et les analystes qui le critiquent deviennent flous, induisant son argument secondaire : “Ils mentent à votre propos.” Cette incantation fonctionne. ...
» Le parti démocrate n'a aucun message, – littéralement aucun, – à part lui, Trump. ...
» Cela ressemble à une relation de dépendance, et le resserrement des sondages dans les États indécis me fait envisager une sorte de sabordage. Le parti démocrate perdra probablement une fois de plus car tout cela commence à ressembler à une rediffusion au ralenti du même scénario qu’il y a quatre ans, lorsque le ressentiment, l’attrait du scandale, et la fascination de la détestation l’ont permis d’arriver le premier. Les gens prétendent le détester, mais ils n’arrêtent jamais de regarder le spectacle, sans comprendre que Trump sait toujours comment transformer leur attention négative en vote favorable par simple réflexe pavlovien.
» Quatre ans n’ont-ils donc pas suffi ? »

... Manifestement, non. On avait déjà pu observer, sinon mesurer cet aspect peu ordinaire de l’attention que Trump suscitait constamment chez ses adversaires, et d’abord chez les médias qui le détestent au-delà de tout. Nous avions écrit un article à ce propos en son temps (6 mai 2016), notamment et très précisément à partir d’une comptabilité comparant les sommes dépensées à la télévision par chaque candidat, et l’argent qu’aurait couté en annonces publicitaires le temps où chaque candidat apparaissait sur les écrans, ou bien était l’objet d’une discussion, d’une analyse, d’une critique, – qu’importe, pourvu qu’on parlât de lui...

« On a calculé en chiffres approximatifs la performance de communication qu’a réalisée The Donald durant cette période. (On prend des données à partir d’un texte de début avril [2016], sur ZeroHedge.com : les chiffres sont si éloquents qu’ils restent évidemment valables un mois plus tard, et qu’ils se sont même accentués au profit de Trump.) Il s’agit d’une comparaison chiffrée fondée sur l’accès aux médias télévisées, durant cette période électorale. La presseSystème adore ces périodes électorales : autour de 90% des dépenses des candidats lui reviennent, surtout les TV sous forme de séquences vantant leurs mérites, discréditant leurs adversaires, etc. ; ces dépenses sont non seulement considérables mais extrêmement faciles et directes, puisqu’elles ne nécessitent aucun effort de marketing et sont en général payées cash et quasiment sans délai de facturation. La comparaison chiffrée réalisée dans ce texte référencé met en regard les dépenses publicitaires des candidats avec leurs temps de présence libre à l’écran pour les nécessités de couverture et d’information de leurs campagnes, ce temps étant comptabilisé selon sa valeur publicitaire correspondante. (Ce rapport est complètement favorable aux candidats, mais il faut évidemment noter que la fréquentation et l’audience, qui valorisent le média et attirent d’autres publicités, en profitent notablement.)
» • Début avril, Bernie Sanders avait dépensé  depuis le début de la campagne $28 millions en annonces publicitaires et avait bénéficié d’un temps d’antenne équivalant à un coût publicitaire de $321 millions.
» • Hillary Clinton avait dépensé également $28 millions en annonces publicitaires et avait bénéficié d’un temps d’antenne équivalant à un coût publicitaire de $746 millions.
» • Le pire de tous (ce n’est pas une surprise) a été Jeb Bush, éliminé fin janvier, qui avait dépensé $82 millions en annonces publicitaires et avait bénéficié d’un temps d’antenne équivalant à un coût publicitaire de $214 millions.
» • Le plus colossal, le plus énoooorme est évidemment The Donald : $10 millions en annonces publicitaires et le bénéfice d’un temps d’antenne équivalant à un coût publicitaire de $1 890 millions.
» Le fait est donc que le candidat le plus détesté de la course à la présidence, le plus moqué, le plus méprisé, le plus ridiculisé, celui dont la politique supposée a été et continue à être la plus dénoncée, celui qui se présente comme antiSystème et destructeur du système, insultes et anathèmes à la bouche, enfin celui qui a dépensé le moins d’argent en annonces publicitaires, celui-là écrase tous les autres en heures d’antennes gratuites dans une mesure inimaginable. Obama termina son discours du type “L’adieu au simulacre”, vendredi dernier, en apostrophant les journalistes : “Beau travail les gars, vous lui avez offert un tapis rouge en ne parlant que de lui !”... Il aurait pu dire, BHO, vous lui avez offert la désignation républicaine sur un plat doré constitué d’audiences aux grandes heures d’écoute puisque c’est ainsi qu’on pense dans son milieu et selon ses mœurs où les actes de politique se réduisent à la communication. »

Trump est un magicien qui les hypnotise tous, particulièrement les élites, les intellectuels postmodernes, les penseurs-poseurs rock’n’roll de l’entertainment, les dames-messieurs des LGTBQ, les petits mecs hyper-friqués qui dirigent les GAFAM et donnent au monde des leçons de morale politique ; ou bien il est une drogue dont le nom est Trump, d’une forme et d’une saveur nouvelles, produite en Afghanistan par des talibans inscrits chez Black Lives Matter et introduite sur le marché américaniste par les cartels du voisin d’en-dessous.

 

Mis en ligne le 9 septembre 2020 à 15H00

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