RapSit-USA2020 : Bataille suprême vs Covid19

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RapSit-USA2020 : Bataille suprême vs Covid19

Il y a la bataille de Trump contre son ‘meilleur ennemi’ qu’il n’avait pas vu venir et dont il niait parfois l’existence, et la bataille plus ou moins en coulisses pour l’acte le plus important d’ici le 3 novembre. Dès son arrivée à l’hôpital militaire Reed, Trump a eu un long entretien téléphonique avec le chef de la majorité au Sénat, le républicain Mitch McConnell. Les deux hommes sont tombés d’accord : la priorité des priorités, dans les prochaines semaines d’ici la fin du mois, c’est la confirmation par le Sénat de la nouvelle Juge de la Cour Suprême, Amy Coney Barrett.

Il s’agit d’une véritable bataille que livre McConnell, certes contre les démocrates qui veulent à tout prix empêcher la confirmation de Barrett avant le 3 novembre, mais également et surtout contre le Covid19. En effet, trois sénateurs républicains ont déjà été testés positif, et la sénatrice démocrate Warren a émis un tweet suave observant qu’il n’était pas raisonnable, qu’il était même dangereux de tenir des séances accélérées pour Barrett, que l’on pouvait attendre, n’est-ce pas, au-delà du 3 novembre. McConnell ne veut évidemment rien entendre et fonce aussi rapidement que possible. Il a plus ou moins mis le Sénat en vacances jusqu’au 19, – Covid oblige – mais ne change pas un seul jour au calendrier de la confirmation de Barrett.

« Le coronavirus a atteint les rangs des républicains samedi, forçant le Sénat à annuler l’adoption de lois, car un troisième sénateur du parti a été testé positif au COVID-19. Malgré cela, le chef de la majorité Mitch McConnell a déclaré qu’il pousserait pour la confirmation de la Juge Barrett nommée par le président Donald Trump avant les élections du début novembre.
» La menace posée par COVID-19 est si grande que McConnell a annulé la procédure, mais pas les audiences de Barrett, qui devaient commencer le 12 octobre. Le républicain du Kentucky, qui se bat pour sauver la majorité du parti républicain et se présente lui-même aux élections, n’était pas prêt à y renoncer.
» “Le calendrier des travaux du Sénat n’interrompra pas le processus de confirmation approfondi, équitable et historiquement soutenu”, a écrit M. McConnell samedi. Le président de la commission judiciaire, Lindsey Graham (Caroline du Sud), qui comme McConnell se présente à la réélection, a ajouté que les sénateurs peuvent assister aux auditions à distance. »

Outre le “tweet suave” de Warren, les démocrates et ceux qui les soutiennent déploient effectivement toutes leurs forces pour bloquer la confirmation de Barrett. La probable absence de trois sénateurs républicains, pour cause de Covid, est largement diffusée comme argument, mais les républicains ont déjà contré cet argument, comme le dit Graham. De toutes les façons, McConnell entend s’appuyer sur un précédent décidée par Pelosi pour le Congrès... Ironie par conséquent, dans ce désordre et ces manœuvres furieuses.

« Ironiquement, ou pas si ironiquement si vous avez noté la myopie des démocrates, c’est sans doute Nancy Pelosi qui a fait en sorte qu’Amy Coney Barrett puisse être confirmée.
» Pourquoi ? Parce que c’est Pelosi qui a insisté pour créer un précédent au sein du Congrès, à savoir qu’il était acceptable pour les parlementaires, non seulement de mener des affaires à distance, mais même de voter à distance par procuration. Cela signifie qu’il n’y a pas d’obstacle réel à ce que Mitch McConnell puisse faire voter le Sénat, même si certains membres ne peuvent pas être présents en personne pour le faire. Quelqu’un pense-t-il vraiment que Mitch McConnell n’utilisera pas cet outil pour s’assurer que le vote se fasse avant les élections ? » Même pas en rêve...

Comme on le voit par ailleurs avec le tweet de Chris Hayes, journaliste de la chaîne antitrumpiste-maximaliste MSNBC, tous les moyens sont utilisés contre la confirmation de Barrett, jusqu’aux plus dérisoires et ridicules. Hayes critique la présence de Barrett à la cérémonie tenue il y a huit jours à la Maison-Blanche et juge que cela n’est pas digne d’une Juge, donc à considérer pour la confirmation de sa nomination... La trêve n’a pas duré longtemps, constate RedState (« Cela n’a pas pris beaucoup de temps. Après que le président Trump ait été testé positif au coronavirus, certaines personnalités [antiTrump] des médias ont tenu leur langue pendant au moins quelques heures. Mais le retour du venin était inévitable et maintenant il coule à flots.) RedState lui-même montre qu’effectivement la guerre n’a jamais vraiment cessé,  juste un coup de cessez-le-feu pour laisser passer l’ambulance...

Hayes : « Traitez-moi de fou si vous voulez mais il me semble que pour être un bon juge, il faut avoir un bon jugement. Participer à un événement de super-contamination qui enfreint la loi locale de Washington DC et les directives du CDC ne me semble pas être la marque d’un bon jugement. »

On voit qu’il y a beaucoup d’agitation autour de la confirmation de Barrett, et en vérité, en temps réel et immédiatement, cette affaire est même plus importante, même à terme, même en cas de malheur, que l’évolution de la maladie-Covid de Trump. Si Barrett est effectivement confirmée, la Cour est au complet (neuf Juges) et elle est très fortement antidémocrate et anti-progressiste dans une atmosphère chauffée au rouge. Quelle que soit l’issue du chaos politique actuel, la Cour dans sa composition avec Barrett, occuperait une position de frein ultime et sans appel contre toute forme excessive de poussée progressiste ou révolutionnaire de gauche. Cela explique la position très ferme de McConnell et des républicains, qui ne correspond pas vraiment aux coutumes du Congrès.

Une situation aussi grave avec la maladie du président et l’hécatombe-Covid chez les sénateurs devrait conduire normalement à un ralentissement des processus les plus importants, dans l’incertitude de la situation des pouvoirs à Washington, – si l’on raisonne selon la meilleure marche possible de la démocratie idéale qui nous est décrite au cœur du simulacre du système de l’américanisme. Mais nous ne sommes certainement pas dans une de ces illusions d’apaisement et de concorde politiques, mais au contraire au milieu d’un combat de chiens (‘dogfight’) d’une intensité et d’une cruauté sans guère de précédent. La nomination de Barrett dans ce contexte raffermit encore un peu plus les possibilités d’affrontement après le 3 novembre, quelle que soit l’issue de l’élection, parce que les démocrates contestent désormais la Cour Suprême telle qu’elle est constituée et structurée, et par conséquent ils pourraient en venir à lui dénier toute légitimité.

Ainsi voit-on également que l’un des effets inattendus (mais pas vraiment surprenant lorsqu’on connaît la circonstance) de la maladie de Trump, c’est le durcissement républicain, notamment au Sénat. Les républicains sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Même s’ils n’aiment pas beaucoup Trump, ils n’ont pas de candidat sérieux de remplacement, et ils commencent à réaliser qu’une victoire des démocrates pourrait effectivement conduire à une sorte de ‘coup d’État’ institutionnel. Si les démocrates ont vraiment les projets qu’on leur prête (réforme de la Cour Suprême avec augmentation du nombre de Juges, statuts d’États de l’Union donné à Porto-Rico et à Washington D.C., division de la Californie en cinq États, – toutes mesures favorables aux démocrates), les républicains sont enfermés dans une minorité à perpétuité.

Les républicains se trouvent aujourd’hui sur la défensive, mais soudain avec la conscience de lutter pour leur survie, surtout s’ils perdent la masse populiste qui soutient Trump. Du coup, et en attendant que le sort de Trump soit fixé, ils se durcissent effectivement là où ils le peuvent, sur le terrain législatif au Sénat. D’où cette poussée sans précédent pour la confirmation de Barrett, dont ils comprennent aujourd’hui toute l’importance. Même éliminé temporairement du jeu, Trump continue à imposer sa marque à la marche de la politique washingtonienne, évidemment dans le sens de la radicalisation, – pour d’ici l’élection, pour après l’élection...

 

Mis en ligne le 4 septembre 2020 à 14H30

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