Qui doit avoir peur du groupe FEAR ?

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Qui doit avoir peur du groupe FEAR ?

Le 27 août 2012, l’agence Associated Press (AP) publiait en exclusivité un long article sur l’arrestation de quatre soldats de l’U.S. Army, basés à Fort Stewart, en Géorgie, et appartenant à la 4ème Brigade de combat de la 3ème division d’infanterie. Ces quatre soldats font partie d'un groupe constitué en milice et nommé FEAR pour Forever Enduring Always Ready. (L’acronyme correspond au mot “peur” en anglais et le nom du groupe a manifestement été formé pour obtenir cet acronyme.) Le groupe, dont l’effectif réel n’est officiellement pas connu, qui semble fait de soldats et d’anciens soldats, qui se dit de tendance anarchiste, avait pour but de prendre le contrôle de la base de Fort Stewart, de se saisir de l’arsenal, d’envisager plusieurs actions terroristes avec pour but ultime d’assassiner le président et de renverser le gouvernement. Le groupe avait “exécuté” en décembre dernier un de ses membres et sa compagne, dont il craignait la défection et la dénonciation aux autorités. Comme a dit la procureur en charge de l’affaire, “Ils ne se contentaient pas de se réunir et de comploter en paroles”.

Une des quatre personnes arrêtées a plaidé coupable et accepté de collaborer avec la justice, ce qui permet d’avoir divers détails sur le complot. La version standard, reprise d’une seule source (AP et les déclarations des autorités), est notamment présentée par Russia Today (ce 28 août 2012).

«“This domestic terrorist organization did not simply plan and talk,” said prosecutor Isabel Pauley. “Prior to the murders in this case, the group took action. Evidence shows the group possessed the knowledge, means and motives to carry out their plans.”

»According to the prosecution, the group is the brainchild of one Pvt. Issac Aguigui, who allegedly sought out soldiers who were in trouble or disillusioned. Members could easily identify each other by distinctive tattoos resembling the anarchy symbol. Little information is available about the man behind the plan, however. Gossip website Gawker.com identified Aguigui as a page during the 2008 Republican Convention. Prosecutors say that during a videotaped interview with military investigators, Aguigui called himself “the nicest cold-blooded murderer you will ever meet.”

»Aguigui’s pregnant wife died last year – and though he was never charged with her death, prosecutors say the judge finds it “highly suspicious.” The $500,000 of insurance and benefits Aguigui received after his wife’s death financed the group’s activities. At least $87,000 went towards the purchase of semiautomatic rifles and bomb components. An undisclosed amount was spent on the acquisition of land in Washington State for the group's use. While it’s unclear how easy it was to join the group, there seems to have been only one way to leave it.

»Former soldier Michael Roark, also a member of the militia, was killed just two days after leaving the Army. He and girlfriend Tiffany York were killed by other F.E.A.R. members, allegedly on the orders of Aguigui, who called them “loose ends” and believed they would betray others, prosecutors say. The pair was taken to the woods under the pretense of going to shooting practice, and both were then shot in the head.

»The Army seems to have had some knowledge of the gang's activities, going so far as to charge four soldiers with the slayings of Roark and York in March. But the charges were never acted upon, and were later dropped. Moreover, Fort Stewart spokesperson Kevin Larson said, “Fort Stewart-Hunter Army Airfield does not have a gang or militia problem.” He added, however, that Army investigators are still working on the case.»

Ce qui est remarquable dans le cas du groupe FEAR, c’est à la fois le sérieux du projet, avec des sommes d’argent importantes, l’acquisition d’armes et d’infrastructures, une certaine organisation dont on ne semble pas connaître toutes les ramifications, un double assassinat, etc. Ce qui est également remarquable, c’est la sobriété de l’annonce de la nouvelle, des arrestations, des spéculations, etc. Les nombreux sites alternatifs, spécialisés dans les troubles intérieurs US et qui ne cessent d’annoncer et ou de dénoncer des complots, des manipulations et des provocations (“false flags”), etc., de groupes subversifs ou dissidents, ou du gouvernement lui-même, ont cette fois cédé la place à une information officielle, à des actes officiels, à des accusations substantivées par des faits qui semblent avérés, etc. Les circonstances et les conditions semblent montrer que cette affaire a tout pour apparaître sérieuse et crédible (non manipulée) ; par conséquent, tout se passe comme si elle l'était réellement, sérieuse et crédible, et c'est ainsi qu'elle a de très fortes chances d'être durablement perçue.

L’affaire du groupe FEAR semble alors se dessiner comme la première affaire de sédition sérieuse, structurée, de l’actuelle séquence historique, accélérée avec la crise de 2008 et ses conséquences, et reflétant à la fois la militarisation des activités gouvernementales autant que les nombreux malaises perceptibles dans la population et, surtout, dans les forces armées comme conséquence de cette militarisation et de la politique de guerre. Nous nommerions effectivement cette affaire “une sédition” plutôt que du “terrorisme”, – ce mot vague, universel et trompeur, et mis à toutes les sauces, – parce qu’on retrouve l’idée insurrectionnelle d’une milice clandestine avec pour but ultime l’attaque contre le gouvernement, avec assassinat du président.

Tout se passe comme si, avec le groupe FEAR, on se trouvait dans le cas d’une sorte de “passage à l’acte”. Les innombrables spéculations à propos du climat de mécontentement aux USA, avec les innombrables analyses, dénonciations, révélations des réseaux d’information dissidents, face à l’extrême discrétion, sinon au black out de la presse-Système, mais aussi face aux diverses mesures policières et de militarisation du pouvoir aux USA même, ont fait place effectivement à une affaire de sédition, comme l’on dirait, “en bonne et due forme”. Il s’agit de la première indication sérieuse que le climat menaçant et déstructurant qui se développe aux USA est autre chose qu’un commentaire, une spéculation ou une provocation. La présentation du groupe FEAR, sa catégorisation d’“anarchiste” assez inhabituelle aux USA, l’apparence de structuration sérieuse et de programme à long terme, donnent l’impression non plus d’un “accident” du à un acte isolé, ou à un acte compulsif, mais plutôt d’un phénomène de structuration à long terme reflétant une situation générale. Si l’on veut suivre une démarche d’analyse générale en tentant de ne pas trop céder à l’accumulation d’activités du système de la communication, mais en reconnaissant que l’affaire du groupe FEAR présente incontestablement des éléments sérieux et en constatant que son apparition correspond à un climat général extrêmement tendu et explosif, on ferait l’hypothèse que cette affaire pourrait effectivement ouvrir une nouvelle phase de la situation aux USA. Le groupe FEAR ne serait alors pas considéré comme un cas isolé mais bien comme un symptôme de l’ouverture de cette nouvelle phase. Il s’agirait alors de la phase d’activation, de concrétisation de ce malaise, le passage à une situation de sédition active, où le “danger extérieur”’ (“terrorisme” et le reste), objet de manipulations sans nombre, le céderait, aux USA, à la “menace intérieure” correspondant au climat général. L’étiquette d’“anarchiste” de FEAR serait alors un élément accessoire (même si on l’utilise en dans un but de communication idéologique), car cette “menace intérieure” serait nécessairement multiforme, plutôt expression d’un état d’esprit générale que d’une idéologie précise. La forme structurée du groupe FEAR correspondrait évidemment, par logique antagoniste, à une concrétisation sérieuse d’un courant général de déstructuration du Système, à l’intérieur même des USA.

Si c’est le cas, si le groupe FEAR est bien ce symptôme-là, il faut alors s’attendre à une évolution radicale des structures du Système aux USA, – mais pour quels résultats, finalement ? Les mesures de sécurité, policières et militaires, sont nombreuses, souvent illégales et largement dénoncées comme des facteurs d’agitation, et largement documentées ; la politique d’hyper-sécurisation, voire de provocation, vis-à-vis du “terrorisme” et de la population en général, est également bien connue et identifiée, toujours avec ces mêmes effets. La concrétisation de la “menace intérieure” devrait alors avoir des effets déstabilisants sur les structures officielles, puisque cette politique d’hyper-sécurisation semble incapable d’empêcher le développement de la sédition et, dans certains cas, pourrait apparaître comme l’accélérant. La population militaire (vétérans autant que soldats d’active), déjà soumise à une forte suspicion ces derniers mois (surtout les vétérans), deviendrait également un facteur majeur d'alimentation et de suspicion de cette sédition, touchant ainsi le fondement même, la “garde prétorienne” d’un régime qui s’est transformé ces dernières années en une entreprise de militarisation complètement incontrôlable. (Le caractère nihiliste du groupe FEAR, ou de certains membres du groupe, correspond bien à la dégradation accélérée de l’état d’esprit des forces armées, transformées sous la pression d'un Système devenu lui-même nihiliste par autodestruction de plus en plus en structures illégales de groupes de tueurs, opérant dans des conflits eux-mêmes illégaux et qui semblent complètement privés de buts cohérents et structurés, sinon celui de l’application de la force aveugle et arbitraire.) Le résultat devrait être beaucoup plus une paranoïa et un désordre sécuritaires, ce qui constituerait la contradiction interne ultime, ou la fameuse équation du Système de la transformation de la dynamique de surpuissance en dynamique d’autodestruction, avec un supplément d’“ordre” produisant directement un supplément de désordre.


Mis en ligne le 29 août 2012 à 06H56

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