Quelques petits drones et puis s’en vont

Les Carnets de Badia Benjelloun

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Quelques petits drones et puis s’en vont

La ferblanterie étasunienne, achetée à prix d’or noir par les Bédouins du Nedjd a une fois de plus montré son inefficacité. Fin juin 2019, l’Iran avait abattu un drone qui coûte la bagatelle de 220 millions de dollars. L’Homme orange à la Mèche blonde a vite abandonné ses menaces twittées à l’encontre la République islamique d’Iran pour se mettre à l’abri derrière une excuse rapiécée et pitoyable qui ne met en cause qu’une mauvaise interprétation d’un exécutant iranien. 

Une dizaine de drones d’allure pacifique, indétectables, déjouant toutes les barrières électroniques de brouillage et de surveillance partis à mille kilomètres de là mettent hors jeu près de 5% de la production mondiale du pétrole. Lors des universités de la Défense qui se sont tenues près de Bourges la semaine dernière, il a été admis qu’il existe un trou « capacitaire » face à ce type d’attaques. Thales et les services de sécurité aérienne tentent de mettre en place des radars holographiques susceptibles de détecter les drones à 7km (versus 3 avec les radars habituels) couplés avec beaucoup d’IA pour ne pas prendre en charge de fausses cibles comme des éléments naturellement ailés, les oiseaux. Le système de neutralisation devra mettre en jeu un arbre décisionnel complexe dans des zones habitées.  

A dire vrai, les hypothèses abondent sur l’origine de la destruction du principal site de transformation du pétrole d’Aramco d’Abqaiq et de l’incendie qui a ravagé le champ pétrolifère de Khurais. Missiles balistiques lancés depuis l’Irak qui dément catégoriquement ou même de l’Iran ? Mike Pompeo déclare être persuadé de la responsabilité de l’Iran qui aurait selon lui mené pas moins de cent opérations de sabotage ces derniers temps alors que Trump reste évasif sur l’identité des auteurs et attend une confirmation du régime des Bédouins. 

Jusqu’ici personne n’a envisagé que les engins destructeurs puissent avoir été émis depuis l’Arabie elle-même. En effet, la province Ach-Charqiya où sont concentrées les principaux gisements d’hydrocarbures est habitée par une grosse minorité chiite (50 à 60%, chiffres discutés). Les chiites, discriminés et souvent persécutés, sont considérés par Ryad comme une potentielle cinquième colonne. La répression de militants qui avaient relayé des soulèvements lors du mal nommé printemps arabe de 2011 particulièrement féroce a donné lieu à la mise en place d’un cadre ‘antiterroriste’ pour le traitement de la contestation sociale. Tortures, disparitions, exécutions sommaires et condamnations à mort en furent la  traduction. La focalisation des médias occidentaux sur le niqab et le sort des riches saoudiennes qui ne peuvent conduire elles-mêmes leurs luxueuses voitures vient occulter l’activité  prédatrice de la famille royale et la pauvreté du reste de la population. Le cheikh Nimr Al Nimr, haute figure spirituelle des chiites avait été embastillé pour avoir évoqué une sécession de la province, terre ancestrale de ses habitants, puis exécuté au début de l’année 2016. Entraver la pratique publique de leur culte et empêcher l’accès à des postes de responsabilité dans la fonction publique tout en encourageant l’implantation de sunnites venus d’ailleurs ne peut que renforcer leur détermination. 

Un petit pic fébrile

La petite poussée du prix du baril enregistrée sur les marchés boursiers était plus liée à la crainte d’une escalade vers une guerre conventionnelle avec l’Iran qu’à l’éventualité d’une pénurie de pétrole dans un contexte sinon de récession mondiale avouée du moins de stagnation économique avérée. Accessoirement, cette hausse de 15 à 20% des prix avantagera temporairement les entreprises étasuniennes qui polluent les nappes phréatiques par fracking  pour exploiter des puits vite épuisables de gaz et pétrole de schiste. Elle est la bienvenue également pour les pays de l’OPEP qui s’apprêtaient à réduire la production pour soutenir les prix. Le plus dommageable dans cette opération n’est pas non plus le retard qui sera mis à la mise en vente de 10% d’Aramco prévue initialement en 2018, ajournée au prétexte du faible prix du baril et maintenant remise aux calendes grecques. Deux groupes chinois s’étaient portés acquéreurs directs autour d’un consortium impliquant des fonds souverains chinois et avaient troublé l’assurance des spéculateurs de métier. Cette proposition faite par le premier client d’Aramco a sans doute quelque rapport avec les retards mis à l’introduction en bourse. Les places boursières pressenties pour effectuer l’opération, New York et Londres, étaient prêtes à absorber les 5% d’une entreprise valorisée à 2000 milliards de dollars quoique que son bénéfice du premier semestre ait chuté de 12%. Cependant l’Aramco est encore considérée l’une des entreprises les plus rentables au monde. Elles l’attendaient avec avidité car les politiques monétaires des Banques centrales des Usa et de l’UE consistaient à offrir de l’argent gratuit aux institutions financières sans que rien n’en revienne à l’activité économique concrète. Valoriser un fabricant de soda ou une maison déjà construite gonfle les prix, ne crée rien mais rend plus coûteux l’accès au logement et la boisson gazeuse sucrée. 

Non, le vrai perdant est le Complexe militaro-industriel des Usa. Il s’est fait moquer par un Poutine taquin qui a conseillé aux Ibn Saoud depuis Ankara, entre deux citations du Coran, de s’assurer une meilleure défense en acquérant plutôt des S300 ou S400 avec l’acquiescement hilare de ses deux compères à la tribune, le sunnite Erdogan et le chiite Rouhani. 

Maintenant, c’est vraiment admis

Le déclin en cours de l’hégémonie occidentale et étasunienne est à présent dans tous les esprits. Monarc Premier a dû l’admettre lors du dernier sommet du G7 fin août et ainsi justifier sa prétention à vouloir réintégrer la Russie dans un groupe au format G8. Cette domination s’opérait par la voie d’une supériorité militaire, longtemps incontestée, technologique et financière. Les drones (ou missiles) tirés depuis l’un des pays les plus pauvres de la planète ravagé par une guerre d’attrition et un blocus criminel depuis cinq années ont atteint le cœur qui irrigue l’économie capitaliste-impérialiste sur près d’un siècle avec une facilité déconcertante. Les parrains étasuniens n’ont pas les moyens de rétorquer à un nouvel affront qui les délégitime comme gendarmes du monde. La politique de pression maximale sur l’Iran à travers les sanctions économiques et financières qui l’asphyxient ne peut que conduire de sa part  à une réponse en proportion des dégâts infligés. L’acharnement d’une coalition de plus en plus dégarnie sur une population qui ne fait que revendiquer une plus grande représentativité à sa part zaydite détermine celle-ci à imaginer des répliques adaptées. 

L’Inde classé premier acheteur d’armement, 12% des transferts d’armes entre 2013 et 2017, importe ce qu’elle est incapable de produire et s’adresse à la Russie. Elle s’efforce de moderniser un armement obsolète ces dernières années. Les commandes passées depuis 2018 atteignent  14,5 milliards de dollars. Pour la seule acquisition de système de défense antiaérienne S-400, New Delhi a déboursé 5,2 milliards de dollars.

La deuxième  livraison des systèmes S-400 à la Turquie vient de s’achever dimanche 15 septembre 2019, comme le prévoyait un contrat signé en 2017 entre Ankara et Moscou en 2017. Après avoir tempêté et promis des sanctions sévères contre leur allié de l’OTAN qui a essuyé une tentative de coup d’Etat en 2016 et un tsunami sur la lire, sa monnaie domestique, Trump « se montre conciliant ». Il déclare travailler sur le dossier alors que le Congrès persiste et continue d’exiger une riposte

Le Qatar, lié par un accord militaire avec les USA et abritant sur son territoire la base étasunienne Al Udeid depuis la fin des années quatre-vingt-dix, se propose également  de débourser entre deux et quatre milliards et demi pour chaque unité du système anti-DCA le plus perfectionné à ce jour. Doha est déjà équipé des systèmes Patriot PAC-3 et THAAD (Terminal High Altitude Area Defence) Le vieux roi Salman ben Abdelaziz  lors de sa tournée en Russie en octobre 2017, appuyé sur sa canne, s’est sans doute entretenu avec Poutine du ‘déséquilibre’ qui naîtrait si un tel outil de défense tombait entre les mains d’un pays mis sous embargo par la coalition saoudite. Reparti sans doute bredouille sur cette question, Ryad aurait sollicité Macron pour empêcher cette vente afin de préserver ‘la stabilité de la région’. Le Qatar a commandé récemment 36 avions F-15 à Boeing, les Usa seraient en peine d’actionner la loi dite CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) qui veut interdire par des menaces de sanctions tout commerce avec les entreprises russes. Doha défend son droit souverain d’acquérir les armes de son choix.

Pour l’année 2017, la Russie a évincé le Royaume Uni de sa deuxième place parmi les plus gros marchands d’armements, respectivement 9,5% et 9%, et se place derrière le champion étasunien avec 57% du marché mondial pour son CMI. Cette évaluation de l’Institut  suédois de recherche sur la paix internationale porte sur le volume des échanges en dollars. Depuis, la fédération de Russie a dévoilé la mise au point d’armes hypersoniques qui augurent d’une rupture stratégique. La vélocité des vecteurs d’ogives conventionnelles ou nucléaires dépasse Mach 5 et sont ainsi disqualifiées les capacités d’interception des défenses adverses. Le Kinjal, missile aérien de très haute précision, vole à plus de 10 000km/h ce qui en fait une arme invincible. Le Pentagone sait que ses porte-avions sont une cible vulnérable de choix et s’efforce de reprendre un programme de recherche sur les vecteurs hypersoniques abandonné en 2011. L’immense machinerie de la Défense américaine est prise de court, elle a laissé plusieurs longueurs d’avance à la Russie pour le monopole des missiles hypersoniques. La Russie affirme qu’elle développe des S-500 capables d’intercepter des missiles hypersoniques et les experts étasuniens sont convaincus qu’elle dit vrai.

Quand Trump fait sa danse du ventre autour de Rouhani, il ne parvient pas occulter le décor dans lequel il commet ses contorsions. L’Iran vient de signer en août un accord confidentiel avec la Russie pour élargir la coopération militaire entre les deux pays. Ce tournant a été acté juste après la prise d’un navire pétrolier britannique qui violait la réglementation maritime dans le Golfe. A traduire par ‘ciel imprenable et tirs de missiles intercontinentaux insaisissables’ sur toute la région.

Du faible au fort

La mise en péril de sites économiques vitaux semble à la portée de n’importe quel groupe de résistance à l’oppression militaire perpétrée par un Etat de l’envergure du royaume d’Arabie. Cette démonstration invalide la course éperdue des Bédouins du Nedjdà l’achat d’armements onéreux étasuniens alors que dans le même temps le déficit budgétaire de la pétromonarchie se creuse encore, il passera de 5,9% en 2018 à 6,5% en 2019. Les ressources de l’Etat ont augmenté grâce à la création d’impôts indirects et la hausse du prix de l’énergie, gains répercutés sur le pouvoir d’achat des travailleurs  alimentant un carburant efficace  pour allumer un mécontentement populaire latent.

La Fondation de l’Islam de France, un truc du gouvernement français dont la direction était assurée honorifiquement par Chevènement, assume un partenariat avec la Ligue islamique mondiale, un machin financé par les Ibn Saoud pour propager avec l’argent du pétrole la pratique wahhabite, véritable contresens du message coranique. Une conférence interreligieuse s’est ouverte ce mardi 17 septembre au palais Brongniart à Paris. Tout un symbole !  C’est à un petit jeu de réhabilitation des assassins des Yéménites et des équarisseurs de Jamal Khachoggi que vient de se prêter l’Etat français en donnant son aval au successeur de Chevènement, Ghaleb Bencheikh, un franco-algérien qui rêve d’incarner dans les ors de la République l’Islam de France. Dénoncés pour exercice patent d’anti-laïcité par l’hebdomadaire de droite Valeurs Actuelles, Matignon et l’Elysée ont annoncé leur non participation au dîner de clôture du show. Les deux lascars s’étaient probablement dit que la vente de quelques Dassault valait bien une conférence œcuménique qui fait la part belle au grand travail de Brzezinski, l’implantation des medersas salafistes du Pakistan à Mantes la Jolie. La publication par les journaux turcs des  enregistrements faits au consulat à Istanbul le jour de l’assassinat de Khachoggi ainsi que l’approche des élections municipales ont fait renoncer les deux piliers de l’exécutif approuvés à moins de 30% à participer à un raout de ‘l’Islam dit politique’. En aucun cas ils n’auraient cédé ni renoncé à un dîner du CRIF pas plus que toute la fine fleur du monde politicard français. Le Crif instrumentalise largement une religion au profit d’un colonialisme imprégné d’un judaïsme dévoyé et politisé, il n’est qu’une extension en plus radical de l’ambassade israélienne. On saura que la France aura recouvré une part de son indépendance quand ce truc ne sera plus le rendez-vous obligé avant toute promotion électorale.

Le Deal du siècle n’aura pas lieu. La Résistance à la colonisation, Hamas, Heznollah et Houtis est dotée de la volonté de ne pas subir l’extermination et la sortie de l’histoire et de quelques outils capables d’ébranler en quelques drones l’économie mondiale. 

Peut-être cela donnera-t-il à méditer que point  la fin du règne de la Quantité ?

La fin de l’hégémonie occidentale en cours d’achèvement n’implique pas nécessairement celle de l’organisation sociale  qui l’a suscitée, la prise en mains du destin de milliards d’humains par une infime minorité de possédants et de décideurs.

Le mouvement des Gilets jaunes, toujours vivant, et celui des Algériens dans leur héroïque vendredisation disent que le mode de propriété de ce que produit l’humanité pour subsister doit changer. Il ne s’agit pas de répartir mieux les richesses produites. Il importe de décider collectivement et de manière optimale quelle ‘richesse’ produire.

Des hommes capables de faire voler des objets tueurs à dix fois la vitesse du son ne seraient pas capables d’éradiquer le paludisme, l’analphabétisme, les migrations par désertification de zones devenues impropres à l’agriculture, la malnutrition et le suicide par manque de sens ?