Que faut-il célébrer? Elvis ou le On the Road de Jean-Louis Lebris de Kerouac?

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Puisque nous sommes en avance sur les célébrations, comme d’habitude dans ces temps où la vitesse donne l’illusion du progrès et du savoir, parlons d’un dilemme qui s’offre à nous au travers des médias MSM. On parle déjà, sur les radios et ailleurs, du 30ème anniversaire de la mort d’Elvis Aaron Presley — alors qu’il est mort le 16 août 1977. Mais on parle aussi, — signe que l’argent n’a pas d’odeur et peut recouvrir les plus grandes futilités comme les choses les plus essentielles, — du 50ème anniversaire de la “publication” de On the Road, de Jean-Louis Lebris de Kerouac, dit Jack Kerouac (Ti Jean pour sa maman) — alors que cette publication est symboliquement fixé au 5 septembre 1957. Ce jour-là, un article du New York Times salue le premier ce nouveau roman, qui est mis en librairie également ce même jour.

Sérions et qualifions les événements. Là aussi, les hommes ne sont que les jouets de l’Histoire, les représentations plus ou moins maladroites d’événements fondamentaux qui les dépassent évidemment et dont ils n’ont guère conscience. Après un démarrage qui fit croire à autre chose, qui fit croire à une révolution par la musique alors que ce n’était qu’une révolte temporaire et opportune, Presley devint le parfait représentant de l’américanisme, de la façon dont l’américanisme est capable d’à peu près tout récupérer pour broyer à peu près tout dans ses mâchoires monstrueuses. “A peu près tout” mais pas tout puisqu’il y a Kerouac, qui est d’un calibre différent. On en fit un révolutionnaire qu’il ne fut jamais, lui qui était archi-conservateur, lui qui fut pour le pire et le meilleur le roi de la Beat Generation, — Beat signifiant aussi bien le rythme, le battement, aussi bien du jazz que de l’Amérique en mouvement ; et aussi “beat” dont la racine est “beatific”, terme décrivant un “être béni”, un “être sanctifié”, qui correspondait bien à ce catholique d’éducation et de tempérament (Kerouac) tenté aussi par l’hindouisme et toujours marqué par une intense spiritualité.

On fête déjà Kerouac et la Beat Generation à propos du 50ème anniversaire de la mise en vente de On the Road. C’est le cas avec un article de The Observer d’aujourd’hui, fort bien fait, c’est-à-dire avec tous les clichés habituels qui ont leur place dans l’appréhension de ce phénomène-là : vrais jugements littéraires et fausses audaces politiques, ambiguïtés bien décrites et incomprises de l’habituelle biographie paradoxale de Kerouac et ainsi de suite.

Il doit être bien entendu que Presley ne fut qu’un phénomène sociologique massif mais passif finalement au service de l’américanisme. Il faut surtout explorer l’hypothèse fondamentale que Kerouac et la Beat Generation, au contraire, constituent un phénomène politique central de l’histoire américaniste du XXème siècle, et un phénomène échappant en un sens à la capacité de récupération de l’américanisme. Cela n’a rien à voir ni avec la droite, ni avec la gauche, ni avec la révolution et toutes ces étiquettes convenues, ni avec la révolution en littérature, etc. Nous mettrons prochainement en ligne un texte proposant une analyse de la valeur politique fondamentale de la Beat Generation selon notre hypothèse, — une valeur inconsciente, qui ne fut jamais réalisée par les acteurs de cette génération, mais qu’ils portèrent et assumèrent jusqu’au terme, montrant qu’ils avaient pris leur part inconsciente de l’histoire américaniste. Jamais sans doute mouvement littéraire, poétique et à interprétation politique opportuniste n’eut un rôle historique si complètement ignoré et caché, et pourtant si important jusqu’à être essentiel.


Mis en ligne le 5 août 2007 à 10H28