Paul, ou le candidat de la vérité de la crise

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Nous avons noté combien “un sentiment [est] en plein développement dans les milieux dissidents US autant que dans les milieux qui se rassembleraient éventuellement autour de la candidature de Ron Paul comme une candidature antiSystème”, dans notre texte du 27 décembre 2011, à partir d’un texte de Justin Raimondo (le 26 décembre 2011). Ce sentiment est confirmé dans un texte de Andy Sullivan, de Reuters, du 26 décembre 2011, selon l’idée : «Paul builds campaign on doomsday scenarios»

L’article de Sullivan est d’un intérêt significatif, d’abord pour l’aspect méthodologique, car c’est l’un des premiers de cette sorte (qui en comportera, à notre estimation, de nombreux autres) : systématiquement hostile à Ron Paul, dans tous les compartiments possibles, que ce soit l’attaque de Paul contre la Federal Reserve, l’annonce de troubles civils, sans oublier la référence au “racisme” de Paul (et peut-être bien “antisémitisme”, ajoutons-le à tout hasard). C’est-à-dire qu’il s’agit, dans la forme, d’un “modèle” de l’article-Système anti-Paul, qui ne s’appuie pas sur un seul thème, une seule référence, qui n’émane pas d’une seule chapelle (par exemple, les neocons drogués à la guerre, ou bien les progressistes préférant la bonne réputation à une vraie politiquie antiguerre). Un article d’un tout, d’un bloc anti-Paul, un article-Système qui montre que rien dans ce qui est essentiel chez Ron Paul n’est acceptable pour le Système, que Paul est bien l’ennemi par définition ; et l’on termine par les ricanements de convenance, à la fois cyniques et inconscients, d’un spécialiste de JP Morgan, forteresse de vertu financière et de grande capacité professionnelle, qui alimente la crise avec régularité, qui nous peint le tableau apocalyptique d’un retour à l’or dans le circuit monétaire, selon les voeux de Paul : «“We would still have monetary policy – it would be set by gold miners in South Africa and Uzbekistan, rather than bureaucrats in Washington,” said Michael Feroli, chief U.S. economist with JPMorgan Chase. “If you like what OPEC means for oil prices, you'd love what the gold standard would do to financial markets.”»… Effectivement, il est préférable de s’appuyer sur les machines à imprimer de la Fed et sur la haute vertu de Wall Street que sur les mineurs d’Afrique du Sud.

Enfin, – passons outre, pour aborder le texte lui-même, dans ce qu’il peint, et là assez justement, de l’orientation des thèmes de la campagne de Ron Paul.

«Paul can wax apocalyptic as he warns of the dangers of a diluted currency and a deeply indebted government. His doomsday scenarios often are incomplete, leaving listeners room to fill in the blanks. He draws parallels between the current situation in the United States and that of the former Soviet Union, whose economy collapsed amid the union's breakup and civil unrest in 1991. Paul acknowledges that his proposal to avoid that outcome – an immediate, $1 trillion spending cut that would slash the federal budget by more than one-third and eliminate the departments of Education, Energy, Commerce, Interior, and Housing and Urban Development - could have some unpleasant side effects.

»“I'm afraid of violence coming,” he told a crowd of more than 600 in Bettendorf, Iowa. “When you see what the government is preparing for, and the arrests and military law, and the demonstrations in the streets, some people aren't going to be convinced so easily that you don't owe them a living.”

»At the earlier stop in Washington, he said the Federal Reserve was poised to “bail out” the Euro zone, a move that he said ultimately would cause the United States to surrender control of its own currency to the United Nations. “This monetary crisis is well known by the international bankers. They want the U.N. to come in and solve this problem,” he said. “The dollar will probably eventually disintegrate and be taken over. But I don't want the U.N. issuing that currency.”»

On notera par ailleurs que cette même observation d’une tonalité beaucoup plus dramatique du discours de Ron Paul est faite par un autre article venu, lui, d’un site le soutenant complètement, et non-US, Russia Today (RT), le 27 décembre 2011. Dans ce cas, RT parle simplement de “dire la vérité“ aux Américains, estimant que ce choix inhabituel en politique est une explication du succès de Paul. (Vérité, et également universalité par conséquent. Cela pourrait avoir un poids essentiel pour la suite, notamment pour la perspective d’une candidature indépendante de Paul. Time rapporte, le 27 décembre 2011, les statistiques de l’institut Rasmussen : seulement 51% des partisans de Paul dans l’Iowa, et 56% dans le New Hampshire, sont républicains. Dans ce même New Hampshire, 87% des partisans de Romney sont républicains, et 85% des partisans de Gingrich.)

Russia Today écrit donc : «An economic collapse. An end to American exceptionalism. Out all chaos and unrest. It isn’t a pretty picture, but it could be a very likely reality for the future of the United States — and Ron Paul isn’t afraid to admit it. As the congressman from Texas takes the lead in Iowa one week before the state’s caucus is set to start, the libertarian-leaning lawmaker is warning of doom and gloom for the US if the country continues the downward spiral that is dragging almost every aspect of the American way of life. Jobs are leaving, freedoms are crumbling and the US dollar is quickly becoming worthless.

»The truth hurts, but for the voters, it needs to be said. Representative Paul knows it and the polls suggest it’s something that is needed to be said. […]

»Others have remained amazingly optimistic about America’s economy but have not come close to proposing a legitimate plan for revamping it. Paul, however, recently warned that the current conditions of the country come close to mimicking that of the Soviet Union before its collapse. To avoid this, warns the congressman, America should stop fighting wars overseas, abolish the Federal Reserve and a series of other unnecessary offices if it wants to save its economy.»

…Car la vertu complètement inattendue, et évidemment involontaire du texte de Reuters, – confirmé par le texte de RT, de tendance radicalement opposé mais qui dit la même chose sur ce point, – est sans aucun doute que, derrière la critique systématique de la campagne de Ron Paul, encore plus que de Ron Paul lui-même, apparaît l’enjeu de cette campagne, dans tous les cas aux USA, dans tous les cas dans ses prémisses avec la possibilité très forte que cela dure et que le thème soit imposé à tous les candidats. (“Dans tous les cas aux USA” ? Partout, les batailles électorales devraient être de cette même forme, de même qu’elles devraient continuer de cette façon aux USA, pour effectivement représenter, d’une façon fondamentale, l’enjeu de ces mêmes batailles électorales de l’année 2012, et l’enjeu général de la situation de notre contre-civilisation dans son ensemble, avec ses projections nationales. Bien entendu, tout cela est une affaire de personnes, et dans quelle mesure des candidats de cette tendance mettent en place une base populaire suffisante pour développer leur campagne sur ce thème. Ron Paul semble y parvenir pour l’instant, mais il est, littéralement, le seul à y parvenir.)

…L’enjeu, c’est de découvrir et de montrer, à des niveaux de communication de masse, selon une dialectique trouvant dans le fait politique la confirmation de l’analyse générale, l’ampleur extraordinaire de la crise de l’effondrement du Système. Il existe ainsi, dans le cas de Ron Paul, une possibilité importante de transformation du candidat. S’il poursuit dans cette voie qui lui est foncièrement naturelle, en tant que système antiSystème, et si ses premières prestations rencontrent le succès attendu, Ron Paul va être conduit à accentuer le caractère apocalyptique de son discours. Il pourrait alors se transformer, s’éloigner de plus en plus du candidat très marqué par certains engagements (surtout économiques) très précis, voire trop précis et tropdogmatiques, pour devenir le véritable candidat de masse annonçant les bouleversements inévitables, – c’est-à-dire, un Ron Paul moins idéologiquement marqué, ou insistant moins sur son idéologie libertarienne, et plus préoccupé de rendre compte de la situation générale du monde, et des USA, en dénonçant la façon dont les directions politiques ignorent ou dissimulent cette situation.

Cette évolution serait d’autant plus naturelle que l’électorat naturel de Paul est, on l’a vu, beaucoup plus divers, et beaucoup moins orienté idéologiquement, que l’électorat d’aucun autre candidat. Elle serait d’autant plus naturelle que Ron Paul est également, comme on l’a vu avec l’appréciation critique de Reuters, un candidat antiSystème, un “système antiSystème” tout aussi naturel, contre lequel tout l’establishment entretient une hostilité absolument radicale et sans appel, à l’image du Système lui-même. On revient alors à ce qu’on a observé plus haut, selon quoi la pente naturelle de Ron Paul, même en cas de succès, – surtout en cas de succès ? – est celle d’une candidature indépendante se dégageant des pesanteurs de l’establishment républicain (même s’il avait la plus petite chance d’être désigné comme candidat républicain). Il reste donc à Ron Paul à juger qu’une candidature indépendante n’est pas une option de remplacement, ou de sauvetage, de sa tentative contre le sabotage des républicains, mais une voie absolument naturelle… Seul un candidat indépendant pourra continuer à exprimer, de plus en plus fortement la vérité de la crise d’effondrement du Système comme il a commencé à le faire avec succès. (Car l’évidence est que ce discours est promis au succès, parce qu'il est paradoxalement libérateur pour l’électeur. Ce discours constitue une explication satisfaisante pour des psychologies qui, en général, sont placées devant le mystère de leur propre malheur dans ces temps de crise, – dont on s'obstine pourtant à nier l'importance, la profondeur, – un temps de crise dont in réfute le malheur qu'il engendre évidemment. Dévoiler la vérité de la crise fournit enfin une explication satisfaisante et sort ces psychologies de l’épisode maniaque que leur imposent les restes d’un virtualisme agonisant, sur des thèmes comme “la nation exceptionnelle” et les autres écœurants et insupportables stéréotypes de la propagande de l’establishment.)

Il est certain que la vraie chance de Ron Paul, et sa vraie utilité, bien plus que sa politique et son idéologie, – tout de même avec la puissante proposition de l’abandon de la politique extérieure “impériale“ du Système qui est une véritable proposition déstructurante du Système, – sa vraie vertu enfin, c'est d’être “le candidat de la vérité”. Cette observation qui semble un peu pompeuse l’est beaucoup moins lorsqu’elle s’énonce plus précisément, et selon l'évidence enfin : Ron Paul doit devenir “le candidat de la vérité de la crise” , même sans l'avoir précisément voulu, car c'est là que se trouve sa nature fondamentale, c'est là que se définit l'attaque fondamentale contre le Système.


Mis en ligne le 28 décembre 2011 à 06H28