Où était la NSA ? Que devient la NSA ?

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Où était la NSA ? Que devient la NSA ?

Le grand débat sur les “preuves” de l’“attaque chimique”, – tout cela lourdement chargé de divers guillemets, – a commencé à vive allure et a pris aussitôt une tournure mauvaise. Les documents officiels n’ont pas encore été publiés, mais diverses sources évidemment officieuses en ont laissé filtrer l’essentiel. Aux USA, c’est Noah Shachtman, de Foreign Policy, qui les a publiés en exclusivité le 27 août 2013. (Voir aussi, pour la documentation, le Guardian du 28 août 2013).

Le caractère doublement sympathique de ces “preuves” telles qu’elles sont exposées officieusement est 1) qu’elles sont d’origine israélienne alors qu’il s’agit essentiellement, sinon exclusivement d’écoutes téléphoniques ; et 2) qu’elles présentent une version qui laissent beaucoup de coins et de recoins d’ombre, et qu’elles sont si complètement des “preuves“ indirectes voire a contrario qu’elles peuvent être interprétées de toutes les façons possibles. La version officielle faisant déjà et devant faire rapidement l’objet d’une marée médiatique dans la presse-Système, on en donne ici une version non-officielle à peine hostile (on n'a pas à se forcer) à la thèse officielle, selon Paul Joseph Watson, de Infowars.com le 28 août 2013.

«Intercepted phone calls that will be presented by the Obama administration as proof that Bashar Al-Assad was behind last week’s chemical weapons attack in Syria actually suggest that the attack was not ordered by the Syrian government. Phone calls by the Syrian Ministry of Defense intercepted by Mossad and passed to the US reveal that Syrian government officials, “exchanged panicked phone calls with a leader of a chemical weapons unit, demanding answers for a nerve agent strike that killed more than 1,000 people,” in the hours after last week’s attack.

»Why would the Syrian Ministry of Defense be making panicked phone calls “demanding answers” about the attack if they had ordered it? The fact that the highest levels of the Syrian government apparently had no knowledge of the attack strongly suggests that they did not order it, with the worst case scenario being that the attack was “the work of a Syrian officer overstepping his bounds,” writes Foreign Policy’s Noah Shachtman.

»“We don’t know exactly why it happened,” a US intelligence official told Foreign Policy. “We just know it was pretty fucking stupid.”»

• Depuis, diverses sources ont largement substantivé cette impression de la fragilité émouvante de ces “preuves”. Reprenant les expressions fameuses qui accompagnèrent l’affirmation de preuves indubitables de l’existence d’armes de destruction massive dans les mains sanglantes de Saddam, diverses sources officieuses US citées dans nombre de publications affirment que les “preuves” manufacturées de la duplicité d’Assad sont très, très loin d’atteindre la perfection de production qui fut celles des “preuves” fabriquées pour confirmer l’évidente culpabilité de Saddam. AP a diffusé le 29 août 2013 un rapport sur cet aspect des choses, indiquant qu’effectivement la qualité du travail avait notablement baissé depuis 2003. («However, multiple U.S. officials used the phrase “not a slam dunk” to describe the intelligence picture – a reference to then-CIA Director George Tenet's insistence in 2002 that U.S. intelligence showing Iraq had weapons of mass destruction was a “slam dunk” – intelligence that turned out to be wrong.»). Ainsi le délai (de mercredi à vendredi au moins) concernant la publication du rapport officiel sur les “preuves” ressemble-t-il étrangement à ce qu’il est : les premières “fuites” officielles (catégorie spéciales de “fuites”, faites par les autorités officielles qui luttent contre les “fuites”) ayant montré que ces “preuves” étaient fraîchement accueillies, on s’est donné un peu de temps pour soigner leur manufacture, leurs atours, leur réalisme, et ainsi les rendre un peu plus sexy. Tout cela se fait convivialement, à ciel ouvert, comme s’il n’était même plus nécessaire de dissimuler le processus d’arrangement de la chose, comme si l’on avait décidé de travailler en pleine lumière du vertueux soleil de la vérité. On doit saluer la conscience professionnelle, presque d'un artisan de la Tradition ; car la vérité, voyez-vous, non seulement ça se fabrique mais ça se peaufine. Respect.

• Les premières fuites concernant ces “preuves” viennent du magazine allemand Focus. Ensuite, elles ont transité par la presse israélienne, avant d’apparaître dans la presse US. La presse israélienne les présente victorieusement comme des preuves indubitables, en même temps qu’une ode à la gloire des capacités de renseignement et d’écoutes israéliennes. Il s’agit d’une opération d’une unité de l’IDF (Israel Defense Force), et non du Mossad comme présenté par Watson ; il s’agit de l’unité de renseignement connue sous son seule numéro : 8200.

Voici un exemple de présentation, à la fois de l’action de l’unité 8200 et de la façon dont les Israéliens informent les pays du bloc BAO, et affirment leur maîtrise dans cet aspect de la phase paroxystique de lza crise syrienne. Il s’agit d’extraits d’un article de Yossi Yehoshua, de Yedioth Ahronoth, le 27 août 2013.

«The strike on the Assad regime in Syria, if it takes place, will be led by the US. But the US did not get to this point on its own: the German weekly Focus reported yesterday that the IDF’s 8200 intelligence unit was listening to the Syrian leadership during the lethal chemical weapons attack last week in which hundreds were killed, and it was Israel that relayed the incriminating information to the West. […]

»An Israeli delegation arrived in Washington yesterday whose members included Director of the Political-Security Staff in the Defense Ministry Maj. Gen. (res.) Amos Gilad, Director of Planning Branch Maj. Gen. Nimrod Shefer and IDF Intelligence Research Department Director Brigadier General Itai Brun. They are expected to show their counterparts the most updated intelligence. [...]

»It was reported yesterday that a high-ranking Washington official said that there was only little doubt about the Assad’s regime use of chemical weapons. It can be assessed that the source of most of the information that the US has about Syria is Israeli, as is the information about the targets for a possible attack.

»The 8200 unit has significantly upgraded its capabilities over the last few years and it is capable of portraying the best snapshot of the situation for the decision-makers in Israel, and in the world. It was for good reason that Director of Military Intelligence Maj. Gen. Aviv Kochavi left for meetings in the US and Europe to share the findings with his counterparts.»

• Il faut évidemment saluer l’exploit de l’unité 8200 comme l’on se doit de saluer tout ce qui concerne la vaillante armée israélienne, dont les exploits sont évidemment innombrables. D’autre part, l’on sait que les Russes possèdent des canaux encryptés passant par leurs propres satellites, et il est éventuellement surprenant que l’usage de ces canaux n’ait pas été envisagé pour protéger les communications syriennes, à moins que cela ait été fait et que rien ne résiste à l’unité 8200. Enfin et surtout pour notre propos, il ne faut certainement pas se priver de s’interroger sur le fait de l’absence de la NSA dans la partie. On sait qu’un satellite de renseignement et de télécommunication US passe au-dessus de Damas toutes les heures et que toutes les communications de la direction syrienne sont activement suivies par la NSA, comme vous et moi. Il s’agissait pourtant d’une bonne occasion de montrer que le monstre sert à quelque chose, contrairement à tout ce qui a été dit de diffamatoire à son propos. Peut-être le “rapport officiel” corrigera-t-il le tir pour rehausser le standing de l'Agence qui travaille pour l'éternité.

• D’autres font une autre connexion à propos de la NSA, et notamment de cette absence constatée jusqu’ici ... Cette absence est également évidente au niveau de la crise Snowden/NSA qui, en quatre-cinq jours, a disparu de nos vigilants écrans-radar, – et l'on s'en en inquiète. Justin Raimondo y distingue une intention délibérée, le 25 août 2013.

«...The shouting is about taking the NSA story off the front pages for a while and drowning out the rising voices of civil libertarian protest. Edward Snowden’s revelations of a wide-ranging years-long domestic spying operation threatens Obama’s presidency. It also threatens the leadership of the two parties, who are confronted with a grassroots rebellion on both sides of the aisle and have only just barely managed to contain it. Official Washington has been shaken to its already pretty flimsy foundations by the scandal – and there’s nothing like another war to take everyone’s mind off the fact that they’re shredding the Fourth Amendment.

»Indeed, a little “kinetic action” in Syria affords them the opportunity to tear the Constitution into even tinier pieces by going to war without even bothering to consult Congress, and without much of anyone outside Rand Paul, Justin Amash, and a few others (all Republicans, by the way) making a fuss about it.»

• Ce n’est pas l’avis de Glenn Greenwald, qui nous annonce, dans un très court article, qu’il profite de ce répit que lui donne la phase paroxystique actuelle de la crise syrienne pour travailler plus à son aise à ses prochains chapitres du feuilleton Snowden/NSA. Greenwald est plus que jamais l’homme de la crise Snowden/NSA et son problème, c’est tout de même d’arriver à parler d’autre chose dans sa chronique qui a pour sujet toutes les turpitudes du Système en général. A la place de Raimondo, nous ne serions pas si inquiets ; vu l'habileté ébouriffante du Système pour ses opérations de communication, il est très probable qu'on reparlera de la NSA. (Dans le Guardian, le 28 août 2013, sous le titre «Ongoing NSA work».)

«For the past seven-plus years, I've written more or less every day. That pattern has obviously changed over the last three months, during which time my posting has been more infrequent. That's because I've been prioritizing my work on these NSA documents and articles, which take a fair amount of time to process, report and then write. I'm currently working on several NSA/GCHQ stories at once right now that I expect to be published shortly, so daily writing will likely not resume for a couple more weeks or so.

»I'll try to post something new here at least once every 3 days, if for no other reason than to ensure that the comment section remains open...»


Mis en ligne le 30 août 2013 à 07H02