Notes sur ‘Ukrisis’ morte et ressuscitée

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Notes sur ‘Ukrisis’ morte et ressuscitée

• « Toutes les armées [en Europe] se préparent à l'éventualité d'un conflit de haute intensité », nous dit Pavel, général tchèque et Otanien devenu président de son pays, moustaches et barbe en bataille. • Cette intervention, comme d’autres du genre, caractérise un climat très “tendance” en Europe : se préparer à en découdre directly avec la Russie, puisqu’il s’avère que l’Ukraine peine bien beaucoup à remplir sa part du contrat. • Pour l’expliquer, Alexander Mercouris n’a qu’un mot : “panique”, – par exemple, que les citoyens US en aient marre du zombie gâteux et rappelle Trump à la Maison-Blanche, ce qui signifie à coup sûr : un arrangement Trump-Poutine sur le dos des Européens. • Du coup, on ranime la machine à simulacre d’ ‘Ukrisis’, d’ailleurs avec l’aide gracieuse du front Sud Israël-Hamas qui nous offre une phase de pseudo-apaisement. • Ce jeu de ping-pong endiablé entre communicants de haute volée n’indique nullement, ni une manœuvre ni un complot, non plus que les menaces de guerre, mais simplement ce que signale Mercouris : “panique”, certes, augmentée du qualificatif “hystérique”.

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1er décembre 2023 (17H50) – Que voilà un sujet intéressant : pourquoi nous, glorieux et héroïques Européens comme nous nous sommes montrés dans notre terrible campagne ukrainienne, décidés enfin à en finir, pourquoi ne partirions-nous pas sur le sentier de la guerre ? Avec les Américains ?  – Ou pas si nécessaire, et ‘Go to Hell’ car nous nous suffirons à nous-mêmes...

Cela est présenté sur un ton léger mais il s’agit d’un sujet d’importance, selon ce qui est “important” aujourd’hui, – la communication, l’emphase ampoulée, le simulacre et toute cette dialectique qui enivre nos sens si vulnérables et resserre notre caractère comme s’il y avait matière à resserrer. Pourtant, signe qu’il ne s’agit simplement de sarcasmes de notre part, ceux qui nous alertèrent sérieusement à cet égard sont nos honorables complices Christoforou–Mercouris, dans un duo du 28 novembre. Par exemple, cette échange entre les deux, ouvrant notre sujet au plus vif de son thème :

Christoforou : « A lire nombre d’articles, d’analyses, d’interviews dans nombre de pays européens, parlant de la potentialité d’une guerre avec la Russie, il me semblerait que ces pays préparent leurs populations à une guerre éventuelle avec la Russie pour les deux-trois-cinq années à venir... Est-ce que vous ressentez la même chose ? »

Mercouris : « Absolument, et c’est devenu désormais très courant en Europe, on l’entend partout et sans aucun doute ce que [le président tchèque]  Pavel dit est très significatif d’une certaine sorte de langage, qu’on retrouve dans une certaine catégorie de politiciens en Europe, et gardez à l’esprit que lorsque je dis “une certaine catégorie de politiciens”, il est important de comprendre qu’il s’agit des politiciens qui contrôlent la politique, qui contrôlent encore la politique de ces pays-là... »

Pavel, bien que général moustachu et barbu de blanc qui eut l’honneur et la charge de commander le comité des chefs d’état-major des pays de l’OTAN, n’a pas lu le maréchal Montgomery. C’est dommage mais ce n’est pas trop grave, il n’y aurait pas compris grand’chose... Voire ! Monty, l’esprit encombré de Napoléon et de Hitler, –  disait ceci, – que nul n’écoutera, et puis qu’importe, finalement nul ne pourrait comprendre la leçon chez ces beaux parleurs :

« Dans tout manuel sur l’art de la guerre, on doit trouver impérativement un premier paragraphe qui dit ceci : “Ne jamais marcher sur Moscou”... »

La barbe de Pavel et la valse de Hodges

Mais arrêtons-nous plutôt à Pavel, que nous prendrons, sur le conseil de Mercouris, comme modèle des discours en cours. Président tchèque et ancien général chef d’état-major (CEM) de l’armée tchèque et anciennement président du comité des CEM des pays de l’OTAN. C’est donc un homme “bien-informé”, au parler raide et roide, qui manie tout net sa vision droite et d’un antirussisme éprouvé, sans affectivisme apparent.

Le 23 novembre, il s’exprime lors d’un sommet de Visegrad, un groupement politique informel qui comprend la République tchèque, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie

« Pavel a fait remarquer qu'il n'avait pas l'impression que ses homologues avaient des points de vue opposés sur le conflit ukrainien. “Nous sommes tous d'accord pour dire qu'il est dans notre intérêt immédiat que l'Ukraine réussisse”, a-t-il déclaré, décrivant l'aide apportée à Kiev comme une “démarche naturellement humaine”.

» Interrogé sur une menace potentielle de la Russie pour le bloc militaire dirigé par les États-Unis, Pavel a laissé entendre qu'il faudrait des années à Moscou pour restaurer ses capacités de combat, tout en appelant à la prudence. “D'un autre côté, il existe de nombreuses variables dans le calcul qui pourraient changer la situation. Cela dépendra vraiment de l'issue du conflit en Ukraine”.

» “Toutes les armées se préparent à l'éventualité d'un conflit de haute intensité”, a-t-il ajouté. »

On n’a pas l’impression que cette position (“Nous sommes tous d’accord”) soit celle de la Hongrie, dont la présidente s’exprime certes dans ce sens, mais insiste surtout sur le protection de la minorité hongroise. On cite également Pavel lors d’une interview du 28 novembre, où il explique que l’Ouest n’a pas rempli ses engagements auprès de l’Ukraine, où l’on note également cette phrase sibylline :

« Selon Pavel, l'hiver donnera à la Russie le temps de se rétablir et de reconstruire son armée, ayant déjà considérablement augmenté sa production militaire. »

Dans ces divers cas, Pavel présente l’armée russe comme “épuisée”, ce qui contredit très fortement les estimations d’une large fraction des observateurs dissidents de la ligne officielle, qui s’appuient sur les pertes considérables et l’échec ukrainien de la “contre-offensive”. A cela, on rétorque par la banalité du constat, largement répété ces dernières semaines, qu’une armée renforcée, nombreuse, fortement retranchée dans des défenses implacables, protégées par des champs des mines, des obstacles antichars, une artillerie formidable,  essuie énormément moins de pertes que l’attaquant qui se rue sans véritable organisation ni appui solide à l’assaut de ces terribles lignes de défense. (voir plus loin la déclaration du volatile général Hodges.)

Pour appuyer encore sur la variabilité des jugement, on prend justement en marche le volatile lieutenant général Hodges, à la retraite de l’US Army après avoir servi comme commandant en Europe jusqu’en 2018. Hodges est un virtuose, one of the best and the brightest. Commençons par le 11 novembre 2022 (on aurait pu remonter plus loin dans le temps) :

« Le lieutenant-général à la retraite Ben Hodges affirme que la guerre a révélé la “vulnérabilité" et la "corruption" de l'armée russe

» Le lieutenant-général Ben Hodges, ancien commandant de l'armée américaine en Europe, estime que l'échec de la Russie à vaincre l'Ukraine pourrait marquer le début de la fin pour la Fédération de Russie. "Il y a des forces centrifuges à l'œuvre qui vont la faire éclater", a-t-il déclaré au podcast ABC News Daily. Je pense que nous devons nous préparer à l'éventualité d'un éclatement de la Fédération de Russie”. »

Ensuite, et successivement, au long de la contre-offensive ukrainienne à laquelle il n’a rien trouvé à redire lors de son lancement le 4 juin :

• Le 21 juin 2023 :  « “Les troupes ukrainiennes, si elles sont suffisamment soutenues par une aide militaire occidentale accrue, peuvent percer les lignes russes et atteindre la péninsule de Crimée occupée d'ici la fin de l'été”, a déclaré à ‘Newsweek’ l'ancien commandant de l'armée américaine en Europe, Ben Hodges. »

• Le 16 novembre 2023 : « “L’objectif ultime de la contre-offensive ukrainienne devrait être de forcer les forces d’invasion russes à quitter la Crimée. [...] Une contre-offensive est bien plus que ce qui se passe sur le champ de bataille", a déclaré Hodges [au réseau ukrainien Radio NV le 15 novembre].

» “L’Ukraine mène ce que l’OTAN appelle des opérations multidomaines. Cela signifie que l’air, la terre, la mer, l’espace et le cyberespace sont impliqués. Toutes ces choses sont intégrées pour obtenir le résultat. Et bien sûr, le résultat de la contre-offensive devrait être, je crois, la libération de la Crimée.” Hodges a noté que la partie terrestre de la contre-offensive, sur laquelle la plupart des gens se concentrent, a ralenti, mais que l'offensive dans le sud de l'Ukraine “ne devrait aider qu'à isoler la Crimée en coupant le pont”.

» Il a également recommandé de demander au commandant de la flotte russe de la mer Noire comment se déroule la contre-offensive ukrainienne. “Je pense qu'il vous dirait que les Ukrainiens font un excellent travail parce que leur flotte de la mer Noire a été contrainte de déménager de Sébastopol vers des ports plus à l'est”. »

• Le 28 novembre 2023 : « Les États-Unis n’auraient jamais exposé leurs propres soldats à une opération de ce type [la contre-offensive ukrainienne], sans avoir auparavant préparé le terrain, a ainsi admis Ben Hodges, ancien commandant en chef des forces terrestres de l’Otan en Europe.

» “Nous n'enverrions jamais de soldats américains pour mener cette attaque sans avoir déjà acquis une supériorité aérienne totale et sans avoir fourni une immense quantité d'équipements d'ingénierie de brèche, etc.”, a-t-il déclaré à la chaîne estonienne ERR.

» Ben Hodges a ajouté que les livraisons d’armes occidentales n’avait pas permis à Kiev d’inverser la tendance sur le front, mais ont “seulement suffi à maintenir l'Ukraine dans le combat”. Il a admis que des voix au Pentagone avaient critiqué la contre-offensive ukrainienne, considérée comme un échec. »

A ce dernier propos, de ce qu’aurait fait l’US Army à la place de l’Ukraine dans sa contre-offensive, on peut ajouter cet avis du colonel Lawrence Wilkerson sur l’état des lieux au sein de l’US Army. Wilkerson fut chef de cabinet du secrétaire d’État Powell, en 2001-2005 ; depuis son départ à la retraite (2005) il est l’un des dirigeants du puissant Forum qui poursuit l’objectif du rétablissement de la conscription et qui sert de conseil permanent aux organismes du Congrès travaillant sur cette question. Wilkerson est donc un spécialiste de l’état de viabilité et d’opérationnalité des forces armées US, celles que Hodges aurait voulu voir dans une contre-offensive bien faite, et pas avec ces ploucs d’Ukrainiens. (Voir vidéo de ‘TheDuran’, le 30 novembre 2023, à partir de 03’20”) :

« Les opérations faites [ces vingt dernières années] l’ont été avec des forces entrant en action dans des guerres que nous ne pouvions pas gagner [avec ces forces] qui, jetées dans une guerre existentielle pour nous et que nous devrions impérativement gagner, y seraient irrémédiablement battues. Nous avons de terribles problèmes aujourd’hui avec nos forces armées, aux États-Unis, qui se manifestent notamment dans les résultats statistiques sur la population comme jamais vus auparavant. Ainsi, dans la catégorie des 18-24 ans, le pourcentage de personnes envisageant la possibilité de s’engager dans les forces est de 9%. La situation des effectifs est particulièrement grave dans l’US Army, l’US Air Force et surtout dans l’US Army Reserve Force. Nous avons aujourd’hui une force militaire dans tous les sens des nécessités d’utilisation qui est plus petite que celle du Bengladesh. »

Cet état catastrophique des USA dans tous les sens du jugement, et concernant toutes ces capacités, est évidemment une question absolument considérable qu’on oublie bien trop souvent de continuellement prendre en compte lorsqu’on discourt sur la guerre en Ukraine. Ainsi, dans ce passage d’une très longue analyse, fort bien faite par ailleurs, par ‘Simplicius’ (‘The Thinker’), sur la possibilité d’une guerre de l’OTAN (en fait, des Européens seuls) contre la Russie (traduction du ‘Sakerfrancophonele 29 novembre) :

« Pour les États-Unis, c’est un plan gagnant-gagnant, non seulement parce qu’il maintient la division entre la Russie et ses voisins et alliés naturels les plus proches, mais aussi parce qu’il maintient l’Europe dans la pauvreté et les États-Unis au sommet de la hiérarchie du “monde occidental“. Non seulement parce que l’Europe est obligée de dépenser des sommes de plus en plus prohibitives pour ce projet [d’aide à l’Ukraine et d’antagonisme avec la Russie], mais aussi parce que ses propres tensions forcées contre la Russie l’amènent à prendre des décisions économiquement désastreuses, comme se couper de l’énergie bon marché, bloquer les échanges commerciaux, etc.

» Il faut comprendre que la prétention des États-Unis à la primauté est leur position de leader économique en Occident. Ils ne peuvent pas commander à leurs vassaux s’ils ne peuvent plus peser de tout leur poids économique. Ainsi, à une époque où les États-Unis eux-mêmes s’effondrent économiquement, le seul moyen de conserver leur position est de s’assurer que l’Europe s’effondre encore plus rapidement. »

... Et ainsi nous est-il rappelé que tout ce plan superbement élaboré, notamment et également pour faire s’effondrer l’Europe “encore plus vite”, se fait « à une époque où les États-Unis eux-mêmes s’effondrent économiquement ». Ce n’est pas rien, cela, d’autant que l’effondrement US est aussi social et sociétal, psychologique et sanitaire, militaire et politique... A moins de jouer au scorpion et à la grenouille (ce qui est une idée extrêmement valable par les temps fous qui nous emportent), la question de la véritable situation US dans ces temps pré-électoraux, – par exemple, lorsque Carlson l’évoque, – n’est pas un facteur accessoire. Au contraire, il est tout simplement central et conditionne tout le reste.

Balle de match Euphorie-Panique : Hystérie

C’est alors qu’il faut revenir à la vidéo Christoforou-Mercouris car, assez vite après les passages cités, Mercouris répond à une question de son compère sur la cause de cet emportement des Européens : est-ce de l’euphorie ou de la panique ? Mercouris répond : “panique” (et nous serions tentés d’ajouter : “panique hystérique”, vue le nombre de sottises proférées, y compris pare les présidents anciennement généraux acclamés à l’OTAN). Et alors Christoforou introduit l’idée de Trump élu dans un an... Cela conduit Mercouris à s’attarder à la dimension psychologique de l’affaire.

« Eh oui, l’idée véhiculée par le discours de Pavel [d’une Europe affrontant la Russie] est dans toutes les interventions de ces gens... Et, selon mon opinion, c’est une idée tellement ridicule, tellement fantaisiste que ce ne peut être de l’euphorie, parce que c’est de la panique... Ces gens sont absolument paniqués ! »

Christoforou-Mercouris nous rappellent qu’il y a un an, à la conférence annuelle dite ‘Wehrkunde de Munich de chaque février donc en février 2023, c’était l’euphorie, avec les sanctions, la perspective véritablement palpable de la chute de Poutine, de la fin de la Russie... Et aujourd’hui, la Russie de Poutine, plus forte que jamais, prospère, et en train de gagner la guerre en Ukraine...

« Il y a un an, c’était l’euphorie, aujourd’hui c’est la panique, la réalisation soudaine que tout va mal... Ils sont en train de perdre la guerre en Ukraine et ils commencent à comprendre que la possibilité que les Américains finissent par passer un accord avec la Russie, – et un Donald Trump pourrait faire ça, – est en train de grandir... Vous avez plein d’articles, partout dans la presse britannique sur le danger grandissant qu’il puisse y avoir une présidence Donald Trump, et ce qu’elle serait, et derrière tout ce bruit qui est fait aujourd’hui il y a cette peur panique qu’un Trump réélu et Poutine puisse s’entendre. »

Cette perspective est l’évidence même, Trump ne cesse de le répéter, comme il le disait au début de sa présidence de 2016, sa volonté de s’entendre d’une façon générale avec Poutine avant que le ‘Russiagate’ le mette KO et le paralyse. Aujourd’hui, les choses sont tellement différentes à cet égard. Différentes hypothèses sont évoquées dans le cas où les USA entameraient une opération de retraite diplomatique sous l’impulsion d’une poussée isolationniste telle qu’un Trump a dans l’esprit, – mais aussi un RFK  Jr., – quant à Biden, qui sait s’il a encore assez d’esprit pour songer à de telles possibilités.

Ainsi Mercouris présente-t-il l’idée d’un accord Poutine-USA, dans l’hypothèse Trump, cela alimentant la panique européenne, et diverses autres options. Selon lui, les buts stratégiques de la Russie sont un retour à la situation d’avant l’expansion orientale de l’OTAN quant à la présence des forces US notamment, par un accord quelconque qui, pour être sérieux et pour ce qui concerne les USA, devrait passer par un vote favorable de ratification du Sénat, – ce qui paraît aujourd’hui extrêmement, si pas extraordinairement problématique.

Sa conclusion à ce point et du fait de toutes ces conditions difficiles, est que le seuil vrai projet de Poutine, sous une pression continuelle des directions russes des organes de sécurité, c’est l’institution d’une très puissante organisation industrielle de guerre, avec une armée à mesure, – l’analyste de Mercouris parlant d’une armée d’un million et demi de soldats “opératifs”, – pour verrouiller la frontière Ouest de la Russie et donner une assurance de sécurité acceptable selon ce point de vue. Quant aux accords possibles ou pas, Mercouris juge que l’esprit qui habite Moscou aujourd’hui...

« est tout entier résumé par la remarque fameuse, que l’on entend souvent répétée, de l’empereur Alexandre III : “La Russie n’a que deux alliés : l’armée russe et la flotte russe... ”, – remarque complétée et modernisée aux nouvelles dimensions des armées... »

Et quel serait alors le but concrètement poursuivi par les Russes à la lumière du tzar Alexandre ? Faire pression, mi-amicale, mi-insistante, et éventuellement rencontrer les prévisions héroïques du général-président Pavel... Vraiment, Mercouris a bien peu d’estime pour les ambitions guerrières des Européens, et il en rit sans s’en dissimuler,, surtout lorsqu’il est piqué par une de ces questions provocantes de son complice Christoforou, toujours à la recherche du lauréat du jour de son ‘clown-world’, – car Pavel, barbe et moustaches altières, la mine effroyablement sévère et extrêmement ennuyeuse, ferait bien l’affaire.

De Gaza à Avdeyevka

Il est assez vrai, – ‘ludicrous’, ‘clown-world’, simulacre, – qu’entendre et voir les Européens, aussi nus que le roi peut l’être en fait d’armements, de troupes héroïques, d’audace et de stratégie,  déclamer publiquement leurs plans de guerre contre la Russie ressemble vraiment à une sorte de parodie-bouffe, un spectacle de marionnettes de la ‘comedia dell’arte’.

Bien entendu, on ne sera pas sans remarquer la parfaite synchronisation communicationnelle, médiatique, etc. : le rythme de la tuerie baisse à Gaza où l’on fait des bilans, et l’on découvre à grand bruit que les Russes, qui faisaient discrètement les fiers, se trouvent partout en difficultés. Une reprise “simulacrise” ukrainienne occupe la place désertée un instant par les stratèges des montages du flanc Sud.

Cela fait que les meilleures sources les-plus-fiables (évidemment le ministère de la défense ukrainien) communiquent au ministère de la défense UK, auto-institué juge de paix de la vérité des faits-vrais, des chiffres qui montrent, calculettes à l’appui, que les Russes perdent des hommes par milliers, quasiment par jour, à tenter de s’approprier un village ou l’autre sur l’alentour d’Avdeyevka. On comprend que le général-président Pavel, nourris aux sources claires des habitudes héroïques de l’OTAN, donne au minimum l’hiver aux Russes pour tenter “de se reconstruire” comme l’on dit de celui qui a perdu son grand amour, et même qu’il faudrait bien après tout « des années à Moscou pour restaurer ses capacités de combat ». Nous passons donc du spectacle-bouffe du Mossad à la parade-bouffe de l’OTAN.

Et l’on notera d’ailleurs que l’on est dans la même sorte d’ennuis, ici et là. Comment faire tenir droite la tuerie de Babel de la narrative du 7 octobre, lorsque des gens aussi sourcilleux et moralisateurs que les trotskistes de ‘WSWS.org’ vous sortent un dossier épais sur les avatars nombreux et dissimulés de cette vertu américaniste-occidentaliste et sur les infortunes terriblement pesantes de la version sioniste du terrorisme dans leur grand’œuvre ? Comment maintenir toute l’attention et la tension de l’Occident-cognitif alors que Mister Z lui-même a tendance à user de la pédale douce pour pouvoir admettre que tout ne va pas si bien ? Il s’agit véritablement de la démonstration de la difficulté de conduire des simulacres parallèles de guerres crisique-compatibles sur des routes semées d’avatars dont l’un ou l’autre peut dissimuler l’une ou l’autre vérité-de-situation.

Ces situations crisiques comme parties de la GrandeCrise, sont à la fois le théâtre même de l’imposture et de l’absurde, et le théâtre de massacres et d’infamies qui pèsent sur les corps et les consciences. Ce sont à la fois des non-évènements et les constituants de l’Évènement par définition, comme immense phénomène de la période. C’est la raison pour laquelle même les imbéciles doivent prendre garde et, sans le vouloir, faire jaillir une vérité-de-situation. On ne peut donc être assuré tout à fait de la vanité et de la vacuité du propos du général-président. Comme par hasard, “comme en 14”, guerre il pourrait y avoir...