Notes sur la déconstruction stratégique

Analyse

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 3879

Notes sur la déconstruction stratégique

26 mai 2020 – L’atmosphère (allemande) entourant le départ prochainde l’ambassadeur US en Allemagne, Richard Grenell, peut parfaitement être résumé par  ce tweet d’un important et influent parlementaire allemand, le Dr. Andreas Nick, figure incontournable du Système et atlantiste pur-sucre de la CDU avec sa fonction de chef de la délégation allemande à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de Strasbourg :

« Pendant une génération, chaque ambassadeur américain que j’ai connu personnellement, – qu’il soit diplomate de carrière ou bénéficiaire des nomination politique, – quittait son poste en tant que personnalité très respectée et ami de confiance de l'Allemagne. Aujourd'hui, [l’ambassadeur actuel] quitte son poste en proférant des menaces comme s'il représentait une puissance hostile. »

Mieux encore, ou pire si l’on veut, Grenell ne s’en va pas à cause de sa conduite en Allemagne qui pèse terriblement sur les relations entre les USA et l’Allemagne ; il ne s’en va pas disgracié, ni “puni” et mis sur une voie de garage. Au contraire il est très apprécié de Trump et ne manque pas de préciser qu’à Berlin, il n’a fait qu’appliquer à la lettre la politique américaniste (la politique voulue par Trump, via Pompeo ou directement précisée par le président). Il s’en va pour prendre à Washington un poste d’une extrême importance, celui de DNI (Director of National Intelligence, chargé de la direction, de l’orientation et de la coordination de toutes les agences de renseignement des États-Unis). C’est dire si le venin antiallemand de Grenell n’est pas prêt de disparaître.

Le cas des bombes B-61

Les préparatifs de son départ ont été et sont marqués par le surgissement d’une question très épineuse, sinon centrale d’une part pour la sécurité européenne, pour la sécurité allemande, et d’autre part pour l’OTAN et les USA. Il s’agit du stationnement en Allemagne d’une vingtaine de bombes nucléaires tactiques B-61 dont la destination initiale était durant la guerre froide, – et rien n’indique qu’il y ait eu un changement, – et reste donc, en cas de conflit (avec la Russie) d’en équiper sous strict contrôle US des avions d’attaque allemands (comme des avions de certains autres pays européens de l’OTAN sur le sol desquels se trouvent de telles bombes), de façon à faire d’une frappe nucléaire de l’OTAN une œuvre collective impliquant les principaux membres, et surtout pour ce cas, les membres non-nucléaires. 

C’est l’intervention du chef du groupe SPD au Bundestagqui a (r)ouvert la boite de Pandore  au début du mois, en affirmant qu’il était temps d’envisager de demander le retrait des armes nucléaires US du sol allemand. Bien entendu, cette déclaration a profondément troublé la majorité au pouvoir, dont le SPD est un élément, – bien qu’il s’agisse de cette sorte de déclaration que l’on fait épisodiquement et sans grande conséquence jusqu’alors, les USA étant ce qu’ils sont, et les Allemands par rapport aux USA ce qu’ils sont encore plus... Cette fois, l’alarme a sonné, parce qu’il y a Trump et son ambassadeur Grenell. La CDU-CSU de Merkel a jugé la déclaration “inappropriée”, “maladroite”, etc., montrant l’habituel sens de la manœuvre de dissimulation et de capitulation du monde politique allemand lorsqu’il s’agit de mettre en cause un élément ou l’autre de l’occupation militaire US de l’Allemagne.

L’administration Trump n’a pas laissé passer l’occasion, et Grenell, quelques jours plus tard, a écrit noir sur blanc, dans le quotidien “de référence” allemand, ce qu’il pensait de cette initiative. Cela a déclenché, – surprise, surprise, – une réaction de sa collègue, l’ambassadrice US en Pologne, toujours selon la même tactique employée depuis deux ans : “Si les Allemands n’en veulent plus, les Polonais se feront un plaisir de les remplacer”. Bien entendu, nous ferons avec une belle audace et une grande originalité l’hypothèse que tout pousse à envisager que la manœuvre était préméditée et montée par les deux ambassadeurs avec l’accord enthousiaste du département d’Etat de Mike Pompeo, et sans doute de Trump lui-même.

Le 19 mai, Scott Ritter a commenté sur RT.com cette passe d’armes en allant aussitôt à l’essentiel, c’est-à-dire en admettant l’hypothèse qu’un tel changement pourrait se faire et ce qu’il signifierait au niveau stratégique.

« Les États-Unis envisagent le déploiement d’armes nucléaires américaines sur le sol polonais dans le cadre de l’accord de “partage nucléaire” de l'OTAN. Une telle décision ne ferait qu’augmenter les chances de voir se déclencher la guerre qu’un tel déploiement cherche à dissuader.
» Pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, les ambassadeurs américains en Allemagne et en Pologne ont commenté les questions de sécurité de l'OTAN d’une manière qui sape l’unité de l’alliance tout en menaçant la sécurité européenne en cherchant à modifier l’équilibre des forces d’une manière indûment provocante pour la Russie. 
» Richard Grenell, l'ambassadeur des États-Unis en Allemagne et directeur par intérim du renseignement national, a lancé la manœuvre en rédigeant un  article d’opinion  pour le journal quotidien allemand Die Welt, critiquant les politiciens de la coalition au pouvoir de la chancelière Angela Merkel qui ont demandé ouvertement aux États-Unis de retirer leurs armes nucléaires du sol allemand.
» L’ambassadeur américain en Pologne, Georgette Mosbacher, a  tweeté  deux jours plus tard que “si l'Allemagne veut réduire sa capacité nucléaire et affaiblir l'OTAN, peut-être que la Pologne, – qui paie sa juste part, comprend les risques et se trouve sur le flanc est de l'OTAN, – pourrait héberger les capacités ici”. »

Fermeture des “Cieux Ouverts”

Mais il y a eu en même temps un autre front qui s’est ouvert, qui est celui de l’accord de surveillance aérienne réciproque entre la Russie et les pays de l’OTAN, le traité “Ciel Ouvert” (Open Sky Treaty, ou OST), signé par Krouchtchev et Eisenhower dans les années 1950, puis étendu aux pays des deux blocs. C’est le plus vieux traité de la guerre froide, et il reste en place bien qu’il ait perdu nombre de ses avantages opérationnels, surtout pour pérenniser la structuration de ce qui est supposé être le climat de confiance, désormais entre la seule Russie et le reste. 

Le maintien de l’OST apparaissait évidemment important dans ce climat général, où la confiance ne tient plus qu’à un fil après le matraquage depuis quasiment une décennie de simulacres, de montages et autre FakeNews antirusses. (Il ne peut en effet se discuter une seule seconde, si l’on veut traiter sérieusement le problème, que la faute principale, la décision agressive délibérée, etc., dans cette guerre de la communication viennent des USA et de leurs complices du  bloc-BAO.) Il y a donc eu, puisque l’OST restait un des facteurs ultimes de confiance dans les relations avec la Russie, la décision US de retrait du traité, quasiment en même temps que la manœuvre Grenell-Mosbacher.

Cela correspond évidemment au climat ultra/hyper-dur sinon hystériquement agressif de la politique US, contre la Chine certes, mais aussi contre la Russie, et puis aussi contre l’Iran, et puis après tout et s’il le fallait contre les pays européens alliés, et d’autres encore... C’est l’interprétation que fait désormais Trump de son America First, qui s’exerce autant sur le plan de la sécurité que celui du commerce ou de l’économie. On y ajoutera un élément personnel, qui n’est pas sans importance, ô combien, qui est le trait de narcissisme très accentué de la psychologie de ce président-là des États-Unis.

C’est ce que signale le même Scott Ritter, le 21 mai, faisant en effet du caractère et de la psychologie du président US un facteur essentiel dans la situation stratégique générale, et notamment des USA bien sûr :

« Cependant, la véritable raison de la décision de l’administration Trump de se retirer de l'OST réside dans le narcissisme catastrophique du président Trump lui-même, et son aversion ouverte pour tout accord de contrôle des armements déjà établis et qui ne porte pas son imprimatur. [...]
» Le président Trump s’est présenté comme le négociateur ultime et, en tant que tel, il a donné libre cours à son ego pour interpréter toute supputation[en général gratuite] selon laquelle un accord de contrôle des armements existant est mis en œuvre d’une manière qui n’est pas dans l’intérêt exclusif des États-Unis comme un encouragement décisif à quitter cet accord pour envisager de commencer à en négocier une nouvelle version améliorée.
» À ce jour, le bilan de ces actions est tout sauf positif : le retrait du traité FNI a fait courir à toute l'Europe un risque accru de conflit nucléaire et a engendré une course aux armements avec la Chine. Entre-temps, le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire avec l'Iran a accru les tensions dans le golfe Persique, augmentant la probabilité d'un conflit entre les États-Unis et l’Iran tout en ne parvenant pas à contenir l'enrichissement nucléaire de l'Iran ou sa capacité en matière de missiles balistiques. »

La déconstructuration stratégique du monde

Ritter ne croyait pas si bien écrire puisque, dans la foulée, c’est l’accord sur les essais nucléaires qui est menacé, toujours par Trump et selon sa psychologie si excessive. Les événements stratégiques de déconstruction s’empilent, toujours dans le même sens, dans une sorte d’indifférence générale qui semble bien être la marque de fabrique de cette “étrange époque” où l’on s’effondre avec grâce et élégance, ou simplement du fait du caprice d’un fou narcissique ; il est vrai, en l’occurrence, que Covid19 mobilise toute notre attention, pour les meilleures raisons du monde, et c’est peut-être une “ruse divine” de cet événement qui l’est également, de détourner ainsi l’attention pour que Trump et sa bande continuent leur travail de déconstruction de tout ce qui peut encore avoir une allure de stabilité dans ce qu’il reste du “monde d’avant”.

Cette fois, c’est The Moon of Alabama (MoA) du 22 mai (traduction du Sakerfrancophone) qui nous rapporte rapidement l’épisode, notamment selon l’habile manœuvre trumpiste de relancer les essais nucléaires pour faire pression sur la Chine (et aussi sur la Russie sans doute, sur l’Iran, sur les amis du bloc-BAO...)

« L’administration Trump est hostile à tout accord qui limiterait ses capacités à construire, tester et déployer des armes nucléaires.
» Elle a quitté l’accord sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) qui limitait les déploiements de missiles nucléaires en Europe. Elle l’a fait après avoir  accusé la Russie  de déployer des missiles dépassant la portée autorisée par le traité FNI. Elle n’a jamais apporté la preuve de cette accusation.
» Récemment, l’administration a annoncé qu’elle quitterait le traité “Ciel Ouvert”  qui permet des vols de reconnaissance mutuelle pour ses 34 pays membres. Elle a accusé la Russie d’avoir limité les demandes américaines pour de tels vols au-dessus de certaines zones russes. Le gouvernement russe a démenti  ces affirmations.
» L’administration Trump prend intentionnellement tout son temps avant de renouveler le  nouveau traité START  qui limite les plateformes nucléaires stratégiques déployées par les États-Unis et la Russie. Le traité  expirera  le 5 février 2021. La Russie a proposé de le renouveler pour cinq ans sans aucune condition. Les États-Unis ont rejeté cette offre. Ils disent que la Chine doit être intégrée au traité, même si cela n’a aucun sens.
» En plus de tout cela, Trump pense maintenant  à rompre  le  traité d’interdiction  totale des essais nucléaires que les États-Unis ont signé mais pas ratifié :
» “L’administration Trump a discuté de l'opportunité de procéder au premier essai nucléaire américain depuis 1992, dans une démarche qui aurait des conséquences importantes sur les relations avec les autres puissances nucléaires et renverserait un moratoire de plusieurs décennies sur de telles actions, a déclaré un haut fonctionnaire de l'administration et deux anciens fonctionnaires familiers des délibérations.
» ”La question a été soulevée lors d'une réunion de hauts fonctionnaires représentant les plus hautes agences de sécurité nationale le 15 mai, suite aux accusations de fonctionnaires de l'administration selon lesquelles la Russie et la Chine procèdent à des essais nucléaires de faible puissance - une affirmation qui n'a pas été étayée par des preuves accessibles au public et que les deux pays ont démenti.”
» L’affirmation selon laquelle la Russie et la Chine ont procédé à des essais de faible puissance est presque certainement  fausse  et ne constitue qu’un prétexte pour éviter la ratification du traité d’interdiction des essais. »

Politique de “pression maximale”

Tout cela n’est pas sans conséquence pour les supputations personnelles, même si l’en n’en éprouve pas de craintes profondes et de frissons d’horreur, – c’est l’époque qui veut cela, et la communication au rythme d’un tsunami qui ne s’arrête jamais. Il n’empêche, le déroulement de cette séquence montre les USA en train de créer une situation où n’existera plus rien des canaux de communication stratégiques, des garde-fou, des situations de possibles compromis, etc. Cette situation existe surtout sur le théâtre européen, qui est la zone privilégiée des affrontements possibles ; où l’OTAN, alliance pseudo-“défensive” qui ne cesse d’agiter sa quincaillerie, se trouve aux avant-postes, le nez collé à la frontière occidentale de la Russie, c’est-à-dire mettant en cause directement les intérêts vitaux et existentiels de la Russie.

Toutes ces pseudo-tractations, ces ballons d’essai, ces hypothèses lancées en l’air d’un possible transfert du gros des forces US en Allemagne vers la Pologne, – et jusqu’au nucléaire ! – ont effectivement de quoi très fortement inquiéter les Russes. La Pologne est devenue, au sein de l’OTAN, le pôle central animé d’une volonté extrémiste d’antagonisme avec la Russie. Cela sied parfaitement aux USA avec leur actuelle “politique” de pression maximale dans toutes les directions, comme on le voit et l’entend avec les divers bruits, hypothèses, suggestions, etc., de transfert de l’Allemagne à la Pologne du rôle de courroie principale de la puissance US en Europe. Si cette idée est le plus souvent considérée comme un artefact de communication, sa persistance, et surtout l’évidence des situations géographique et psychologique, – avec une Pologne maximaliste au côté des USA contre une Allemagne soumise aux USA mais incertaine et traînant des pieds, – pourrait très rapidement, ; sans crier gare, devenir une réalité stratégique dans certaines circonstances et selon certaines conceptions dont nous ne sommes pas très éloignés.

Ritter, dans son texte déjà cité du 19 mai, termine son article par une appréciation de ce que deviendrait la situation entre la Russie et la Pologne, encore plus qu’entre la Russie et l’OTAN, si un transfert des outils de la puissance US, également nucléaires, était effectué d’Allemagne en Pologne :

« Pour sa part, la Russie a déclaré à plusieurs reprises qu'elle ne souhaitait pas entrer en conflit avec l'OTAN. Cependant, l'expansion de l'OTAN en Pologne et dans d'autres pays d'Europe de l'Est a de plus en plus mis en danger les intérêts russes en matière de sécurité. Le déploiement de lanceurs Aegis Ashore sur le sol polonais dans un rôle ostensiblement anti-missiles [avec une capacité dissimulé d’un rôle sol-sol], alors que l’OTAN a déclaré qu'il était exclusivement orienté vers la protection de l'Europe contre les missiles iraniens, est considéré par la Russie comme une menace pour sa propre capacité de missiles stratégiques [autant que pour sa propre sécurité stratégique]. En réponse, la Russie a déployé des missiles à courte portée à capacité nucléaire dans son enclave de Kaliningrad, entre la Pologne et la Lituanie.
» Si l’OTAN devait déployer des armes nucléaires sur le sol polonais dans le cadre d'un accord de partage nucléaire amélioré, la menace pour la Russie serait intolérable, – chaque décollage d'un chasseur-bombardier polonais serait considéré comme une menace existentielle potentielle, obligeant la Russie à augmenter son état d’alerte le long de sa frontière occidentale, ainsi que sa capacité à neutraliser rapidement une telle menace si une guerre réelle éclatait. 
» Cela ne signifie pas que la Russie choisirait une attaque nucléaire préventive, – loin de là. Au contraire, la Russie s’appuierait sur les capacités des formations de première ligne de sa 1ère armée blindée de la Garde et de sa 20ème armée des forces combinées pour mener des opérations offensives de pénétration profonde destinées à capturer et/ou détruire toute arme nucléaire déployée en première ligne de l’OTAN sur le sol polonais, avant qu’elle ne puisse être utilisée. Loin de dissuader une guerre avec la Russie, tout déploiement d’armes nucléaires par les États-Unis sur le sol polonais ne fait qu’augmenter la probabilité du conflit que l’OTAN prétend vouloir éviter. »

Le rôle des Polonais

Dans cette affaire, qui est une crise rampante depuis plusieurs années, l’un des paramètres de déstabilisation importants est la division régnant chez les européens membres de l’OTAN et alliés des USA, et desquels les USA entendent obtenir un soutien sans faille, sinon une participation directe à toutes les manœuvres de pression maximale (dans ce cas, sur la Russie). Un exemple immédiat de cette division est la réaction de plusieurs pays européens (dont l’Allemagne et la France) “regrettant” l’intention US de quitter le traité “Ciel Ouvert” et annonçant qu’eux-mêmes y resteraient parties prenantes. D’une certaine façon, c’est une duplication du traité JCPOA avec l’Iran, mais cette fois cela concerne la Russie et, dans le cadre des hautes mesures et politiques en cours, on est proche d’une situation où l’on ne pourra plus éviter de rencontrer, à un moment ou l’autre, la pression insupportable d’une situation opérationnelle pouvant directement et rapidement mener à une confrontation.

Cela est d’autant plus à considérer selon le fait, suggéré par Ritter, qu’un transfert d’armes nucléaires US en Pologne pourrait être un cas-limite pour la Russie, qui accepte sans trop rechigner que l’Allemagne ait du nucléaire US chez elle parce que la Russie connaît l’Allemagne, mais qui s’inquièterait jusqu’à l’extrême si ces armes étaient transférés en Pologne, parce que la Russie connaît la Pologne. On peut alors, comme Ritter le suggère, envisager dans certaines circonstances une Russie quittant sa position défensive, ou plutôt la transmutant en une position préventive-défensive, décidait effectivement une attaque préventive (conventionnelle) limitée pour se saisir des armes nucléaires US confiées aux Polonais. Si les Russes s’en tenaient à cette intervention, ils placeraient alors le bloc-BAO devant la très-difficile obligation de décider : riposter, avec le risque évident sinon inéluctable de la guerre nucléaire, ou bien chercher un arrangement pour désamorcer la crise.

Cet ensemble de points de friction, portant sur la situation européenne et sur la cohésion de l’OTAN, et enfin et surtout sur les relations entre l’Europe (sauf les proaméricanistes de l’Est) et les USA, a de multiples développements d’aggravation possible. Le refus du retrait du traité OST de la part des Européens, si les USA s’en retiraient, est un cas presque immédiat et évident de cette aggravation.

Mais une situation plus grave, comme le cas extrême envisagé plus haut par Ritter, pourrait sans guère de doute parvenir à une situation de crise ultime, hors le cas de la Russie, à l’intérieur du camp occidental, notamment avec l’Allemagne (avec la France) dont on peut penser qu’elle serait sans guère de doute partisane d’une solution négociée de compromis, au contraire bien sûr des Polonais et des américanistes.

La logique américaniste aujourd’hui est celle de Trump : refuser la moindre entrave pour l’exercice et l’utilisation des intérêts américanistes (America First [et Alone]). Ces intérêts se trouvent notamment en Europe, dans le contrôle de l’OTAN, dans le stationnement de forces, dans le stationnement d’armes nucléaires. Toute entrave mise dans l’activité US sur le déploiement, la manipulation, l’interprétation d’usage, etc., de ces avoirs stratégiques, est considérée comme une chose inacceptable par la “pensée-trumpiste”, et cette philosophie-AmericaFirsterqui s’impose dans tout l’establishmentwashingtonien d’autant plus aisément qu’elle existait de facto dans la  politiqueSystème depuis 2001, simplement d’une façon moins affichée. C’est dire si, en vérité, Trump et toute sa bande, et le reste finalement, préfèreraient que les bombes nucléaires d’Allemagne soient transférées en Pologne, où les dirigeants sont de zélés proaméricanistes plus par antirussisme que n’importe quoi, en quelque sorte “plus royalistes que le roi” et donc allant au-devant des désirs du roi.

“Comment j’ai appris à aimer la GCES”

Comment conclure ? Évidemment en envisageant les résultats des élections présidentielles US puisqu’on a lié certes, par nécessité de l’évidence, l’aggravation de la situation au président Trump, à ses foucades, à sa psychologie, etc.

• Si Trump est réélu, comme cela est très possible et même assez probable, ce sera un président plus que jamais triomphant, plus que jamais assuré de ses certitudes et de lui-même, d’un narcissisme conquérant. Ce n’est pas contre la seule Chine qu’il en aura, mais contre toute puissance que l’Amérique jugera être sur son chemin, – donc la Russie bien entendu, mais bien entendu également les Européens s’ils ne se mettent pas en rang et au garde-à-vous. Selon les circonstances géopolitiques, les pressions en cours, les mésententes diverses entre USA et Europe mais aussi au sein de l’Europe, et l’avantage du maximalisme dans ce cas, et aussi avec la proximité presque intime de l’adversaire désigné par les USA, la crise européenne à son paroxysme nous paraît très probable comme première crise chronologiquement et opérationnellement d’un nouveau mandat.

• Si un(e) démocrate (Joe Biden, mais est-ce bien sûr ?) est élu, dans l’état de faiblesse et de menace de fracturation et de corruption où se trouve le parti, on ne voit guère qu’il puisse y avoir une autre option envisageable qu’un renchérissement sur la politiqueAmericaFirster, qui est celle d’un empire finissant, qui ne voit plus d’espoir qu’en lançant toutes ses forces dans une bataille qu’il a lui-même suscitée pour survivre.

• Tout cela est considéré, bien entendu, sans les développements de Covid19 morphant en  GCES, et plus précisément l’évolution des crises internes aux USA, y compris les probables remous autour de l’élection de novembre 2020. Comme on l’a déjà vu, on constate la “concurrence” entre la crise générale de la globalisation dans toutes ses ramifications conflictuelles, et la crise intérieure, essentiellement pour nous celle des USA, avec l’homogénéité et l’unité de ce pays mises en cause. Ainsi n’étonnera-t-on personne en observant benoîtement qu’on en viendrait fermement à  souhaiter que ce troisième volet prenne le pas sur les deux précédents, ou que les deux précédents provoque l’accélération du troisième avant de s’être concrétisés en un conflit.

• Le sous-titre du Docteur Folamour de Kubrick était : « Ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe ». On peut reprendre l’expression et mettre “Grande Crise” à la place de “la bombe”.
 

 

Erratum du 30 mai 2020

Un excellent ami, excellent mais aussi vigilant comme doit l’être un ami, a porté à notre attention une grossière erreur historique de notre part dans ce texte, – erreur qui, pour autant, ne modifie en rien ni le sens ni la logique du propos. Qu’importe, il y a erreur, due à une mémoire trop confiante, et à propos de laquelle nous vous présentons nos excuses. Il s’agit du rapide historique et du statut de “traité Ciel ouvert”, qui avait été élaboré en 1955 et proposé à l’URSS, qui l’avait refusé. Le traité était donc “en sommeil” et ne fut ressorti de la naphtaline qu’en 1989 pour être sérieusement négocié. Au contraire, le paragraphe consacré à cet historique (« Fermeture des Cieux Ouverts ») présente la chose comme si le traité avait été effectivement activé en 1955-1956, ce qui est totalement faux. Nous sommes peinés, honteux et désolés.

Ci-dessous, un extrait du Wikipédia sur le traité OST.

« Le traité Ciel Ouvert (en anglais : Treaty on Open Skies) met en place un programme de vols de surveillance non armés sur la totalité du territoire des États parties. Il vise à renforcer la compréhension et la confiance mutuelle en donnant à tous ses participants, quelle que soit leur taille, un rôle direct dans la collecte d'informations au sujet des forces militaires et des activités qui y sont liées. “Ciel ouvert” est l'un des efforts de plus grande portée au niveau international pour promouvoir l'ouverture et la transparence dans ce domaine. 
» Le concept d’“observation aérienne mutuelle” a été proposé au premier ministre soviétique Boulganine par le président américain Eisenhower lors du sommet de Genève, en 1955 ; l'Union soviétique le rejette ; il reste donc en sommeil plusieurs décennies. Le président George Bush relance l’idée d'un traité “Ciel Ouvert” en 1989. Après des négociations entre les membres de l'OTAN et du Pacte de Varsovie (dissous en 1991), il est signé à Helsinki le 24 mars 1992. Les États-Unis le ratifient en 1993 et la Russie en 2001, ce qui permet l'entrée en vigueur du traité au 1er janvier 2002. »

Donations

Nous avons récolté 1873 € sur 3000 €

faites un don