Moby Dick en “tigre de papier” : le goût de la catastrophe

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Daniel Goure, du Lexington Institute, fait son devoir qui est de sonner en permanence l’alarme en ce qui concerne les “réductions” budgétaires qui vont affecter le Pentagone. Si l’on considère les faits (la comptabilité, les effectifs, etc.) relativement, son alarme est justifiée.

Dans ce texte du 23 novembre 2011, sur le site Early Warning, Goure prend comme point de comparaison la précédente période de réduction budgétaire du Pentagone. Il s’agit de la période qui suivit immédiatement la fin de la Guerre froide, lorsqu’on parlait, – malgré la première guerre du Golfe, – des “dividendes de la paix”, passant par une réduction du budget de la défense des USA, – c’est-à-dire, les années 1990.

«…The last time defense spending went down the actual year-to-year declines were relatively modest; most of the savings came from the difference between planned expenditures and available resources. The actual decline in defense spending for the first year of the Reagan-Bush drawdown, FY 1990, compared to actual spending for FY 1989 was only $5 billion and the reduction compared to projected spending was some $20 billion. No one year experienced reductions greater than $10 billion. Contrast this approach with a now mandatory cut to the defense budget for FY 2013 of $57 billion compared to FY 2012 which itself was $26 billion lower than planned as a result of the first round of mandatory spending cuts for a total of $83 billion in reduced spending. As a result of sequestration, the new FY 2013 defense budget will be over $100 billion less than what the Pentagon projected for its future defense spending just one year ago. Oh yes, lest we forget, DoD has already absorbed over $400 billion in cuts as a result of the force structure and procurement decisions taken by former Secretary of Defense Robert Gates.

»The last time defense spending went down it came after a defense buildup which included a significant increase in acquisition. The Pentagon had been able to modernize its fleets of tactical fighters, strategic bombers, surface combatants, nuclear attack submarines and armored combat vehicles. Under Reagan the military was buying some 240 F-16s a year, more than all DoD’s aircraft purchases in 2011. Over the past decade, for example, the Air Force’s inventory of aircraft has actually declined by some 15 percent even as the average age has increased. The Pentagon essentially has lived off the Reagan build up for the last quarter century and now faces a procurement bow wave that it cannot avoid.

»The last time defense spending went down the military had capacity it could shed, albeit only at the cost of extra wear and tear on the residual force. The Army went down by almost 60 percent from 18 divisions to 10, the Air Force by around 50 percent, from 36 wings to 20 and the Navy by nearly 40 per cent, from 546 to 298 ships. At the same time, however, the number of missions the military participated in went up four fold. This time around, cuts would reduce the Army to 4 divisions, the Air Force to 10 wings and the Navy to around 200 ships. However, the demands on that military, excluding Iraq and Afghanistan, have risen further under this Administration than its predecessors back to the Clinton Administration. Today there are even U.S. troops in Uganda. The U.S. military has taken increased responsibility for dealing with large-scale humanitarian problems at home and abroad. Regardless of who occupies the White House, this nation maintains a global foreign and security policy and wants a military that can support it.

»The last time defense spending went down the threat was receding. The Soviet Union was on its last legs, Iraq had been thrown out of Kuwait and America, to use then-JCS Chairman General Colin Powel’s words, “was having trouble finding enemies.” Today this is not the case. China is a rising military power. Russia has plans to modernize all branches of its military. North Korea, Iran and Syria…

»The last time defense spending went down the United States was in an entirely different economic situation. Deficits were a small part of the overall federal budget. The United States was the world’s premier manufacturing nation. The defense industrial base included a significant number of large prime contractors in each major sector (ships, aircraft, vehicles, etc.). The baby boomers were approaching the height of their productive years. Today, the United States has lost nearly a third of its manufacturing jobs. […] The future of this country as an industrial and technological power is uncertain, at best.

»The last time defense spending went down, everything was different. So too will be the consequences of catastrophic reductions in defense spending. This time they could be, well, truly catastrophic.»

Nous parlons ici, effectivement, d’une analyse relative, c’est-à-dire sans tenir compte de la hauteur du budget actuel du Pentagone ; cette hauteur est phénoménale malgré les réductions en cours ou à venir, mais il s’agit d’un autre problème. Ce qui nous importe concerne les capacités opérationnelles réelles des forces armées US, en fonction des deux situations considérées (les années 1990 et la période présente). A cet égard, l’analyse de Goure est incontestablement juste et particulièrement impressionnante. Il est vrai que la situation de base à partir de laquelle s’effectuent ou vont s’effectuer les réductions budgétaires actuelles est catastrophique par rapport à celle des années 1990, et le contexte stratégique complètement bouleversé, dans le sens des exigences opérationnelles beaucoup plus importants, également par rapport à celui des années 1990. De ce point de vue, le qualificatif de catastrophique pour la situation actuelle et pour les années à venir est complètement justifié.

Le nœud fondamental de cette situation, et de ce qualificatif justifié de “catastrophique”, est bien entendu dans les exigences que la politique stratégique de l’actuelle direction américaniste s’impose à elle-même. Si l’on prend par exemple le seul réseau des bases extérieures qu’entretient le Pentagone (plus ou moins un millier), on trouve un élément absolument impondérable de blocage d’une part importante des dépenses à un très haut niveau. La même chose peut être dite pour les opérations extérieures. C’est-à-dire que la politique extérieure des USA emprisonne les forces armées dans des frais fixes, complètement improductifs pour ce qui concerne les bases, du point de vue de la dynamique opérationnel puisqu’il s’agit d’éléments statiques. Il peut être répondu qu’il s’agit de réseaux essentiels à la sécurité des USA, si l’on adopte le point de vue belliciste maximaliste implicite au Système, mais ces réseaux n’ont d’utilité décisive que s’ils sont renforcés par une activité opérationnelle dynamique qu’il devient de plus en plus impossible de financer à moins de prendre des budgets sur les équipements, sur le volume des forces, etc. ; mais ces équipements et volumes des forces (extrêmement onéreux, sinon “catastrophiques” comme le JSF) sont à leur tour indispensables pour nourrir une “activité opérationnelle dynamique”, – et ainsi de suite, en un parfait cercle vicieux. De plus, les faiblesses de ces différents postes sont si grandes aujourd’hui qu’il s’agit effectivement de “catastrophe”… (Les chiffres fournis dans ce qui résulte de cette situation, dans le volume des forces, sont extraordinairement significatifs : en vingt ans, de 546 à 200 navires de guerre pour la Navy, de 18 à 4 divisions pour l’Army, de 36 à 10 escadres pour l’Air Force…)

Tout le monde (particulièrement les chefs militaires) est conscient de cette situation. Cela implique qu’il va y avoir au Congrès, tout au long de 2012, une formidable bataille pour tenter d’empêcher la réduction automatique de $650 milliards sur 10 ans pour le Pentagone. Pour y arriver, certains prévoient une loi spéciale, mais cette loi n’est concevable que dans le cadre d’un accord général, – don on voit mal comment on pourrait l’atteindre puisque la “super commission” n’a pu réussir à mettre au point ; cet accord général est nécessaire parce qu’Obama a annoncé qu’il mettrait son veto à toute tentative d’empêcher les réductions automatiques s’il n’y avait pas cet accord général. (De ce point de vue, la décadence totale du personnage Obama dans le clientélisme et l’activité politicienne la plus basse a ses côtés involontairement vertueux : aujourd’hui, Obama ne s’intéresse plus qu’à sa réélection, c’est-à-dire qu’il n’acceptera pas que les réductions budgétaires épargnent le Pentagone et pas les programmes sociaux puisque son électorat réclame ses programmes sociaux.) Aujourd’hui, les partisans d’un privilège pour le Pentagone ne sont certainement pas assez nombreux pour passer outre à un veto présidentiel (il fait les deux tiers du Congrès), et il n’est même pas assuré que le parti républicain puisse présenter un front uni à cet égard, avec la présence des parlementaires Tea Party qui sont d’abord intéressés par une réduction de la dette.

«…This time they could be, well, truly catastrophic.»


Mis en ligne le 26 novembre 2011 à 11H31

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