L'ombre terrible

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L’ombre terrible

15 janvier 2003 — Le ministre néo-zélandais du commerce Jim Sutton a le parler droit, contrairement à nombre de ses collègues anglo-saxons (néo-zélandais, australiens, britanniques, canadiens). Quand il s’agit de parler du grand problème courant, qui est la politique américaine, Sutton accuse les Etats-Unis de faire un lobby qui s’apparente en fait à une corruption généralisée des pays qu’ils veulent rallier dans leur guerre contre l’Irak. («  If the United Nations Security Council gave approval for war with Iraq, it will be as a result of a huge campaign of arm-twisting by the United States.

Ce franc-parler de Sutton s’accompagne de considérations plus générales, plus prospectives, sur la situation que créerait une guerre contre l’Irak. Ses prévisions sont très pessimistes, notamment du point de vue commercial et économique qui l’intéresse particulièrement. L’intérêt de ces prévisions est, également, qu’elles sont assez subtiles, notamment du point de vue des références.

• D’abord, Sutton juge que la campagne américaine pour rallier le maximum de pays à la guerre contre l’Irak, et notamment les pays européens, va avoir des effets considérables et considérablement déstabilisants, sur les relations entre les USA et ces pays européens. Cela pourrait affecter la Nouvelle Zélande : « the US stance could sour relations with Europe, damaging moves to free up world trade and hurting New Zealand prospects of greater market access for its exports. » Sutton se place du point de vue technique, particulièrement du point de vue de l’évolution des relations commerciales et du libre-échange : « That would almost certainly affect us. It's hard to envisage any significant further progress in trade liberalisation occurring without an accommodation occurring between the European Union and the US. »

• La conclusion de Sutton est en effet inratable : l’effet principal de cette guerre sur le plan des relations entre alliés, et notamment entre Américains et Européens, va être une très forte poussée protectionniste américaine. Et là, le drame risque de se nouer.

• Sutton introduit alors la référence décisive :

« Sutton compared the possible consequences of US unilateralism over Iraq to the enormous damage wreaked on the world economy by the Great Depression following the 1929 sharemarket crash. “US protectionism spread the economic catastrophe pretty effectively around the world then and I think war in Iraq would be in a way a manifestation of a similar response.”

» The problem would not arise if there was general acceptance that the UN mandate was a correct expression of the view of the international community rather than just the consequence of pressure being applied to other countries by the US on a one-to-one basis, he said.

» “It would need to look like a victory based on ideals rather than the sort of victory that say Japan might get in getting some support for more hunting of whales. You know, you line countries up one by one and you kind of make them an offer they can't refuse.” »

Ce que Sutton met en accusation, c’est la corruption psychologique du processus suivi par les Américains dans leur campagne pour soutenir leur guerre contre l’Irak. Cette corruption pourrait déclencher un enchaînement d’événements jusqu’au protectionnisme et jusqu’à une dépression comme en 1929.

La comparaison est d’autant plus intéressante qu’elle vaut essentiellement pour l’aspect psychologique. Sutton craint que les pratiques US minent et détruisent la confiance entre alliés, cette dégradation entraînant ou étant accélérée par des mesures protectionnistes, le tout conduisant au schéma de 1929. Cette approche rejoint d’autre part, de façon peu conventionnelle et inattendue, le fait que la crise de 1929 (en fait, la Grande Dépression après le crash de 1929) a elle-même une très forte dimension psychologique et s’explique, dans tous les cas pour ce qui est de son accélération et de son aggravation, encore plus par la dimension psychologique que par la dimension économique.