L’Islande et ses volcans, et le rappel de 1783-1789

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Contrairement à ce qui se dit de-ci de-là dans la presse-Pravda, selon l’air fameux du “tout va très bien, madame la marquise’”, nombre d’autorités, notamment à caractère transnational, cultivent une réelle inquiétude pour les suites de l’affaire du volcan au nom imprononçable. C’est notamment le cas dans les institutions européennes chargées de coordonner une planification au niveau du continent.

@PAYANT Des réunions de crise sont prévues dans ces diverses organisations concernant des “scénarios-catastrophes”, comme l’on dit, avec une urgence extrême. Les prévisions portent sur la possibilité d’une durée importante des conséquences de l’éruption et de sa poursuite, et donc de la situation de crise que suscitent ces conséquences, durée présentée hypothétiquement en semaines et même en mois, avec des conséquences économiques considérables. Les situations envisagées portent sur le trafic aérien, bien entendu, mais on connaît la chaîne innombrable de conséquences indirectes sur tous les aspects du fonctionnement du système, avec les non moins innombrables matériels à transporter par air pour son fonctionnement. La globalisation tant vantée et recherchée a ses obligations. Les autorités institutionnelles européennes espèrent réunir les premières indications de leurs services dès lundi prochain.

Il semble donc que ces diverses autorités européennes estiment que les risques de poursuite des conditions de ces derniers jours sont sérieux, tandis que les hypothèses sur les effets sur les avions en vol ont été renforcées par des incidents moteurs graves sur un F-16 d’un pays de l’OTAN en Belgique et sur deux avions de chasse finlandais, qui sont attribués aux effets des émissions de l’éruption volcanique. Les autorités officielles islandaises ont communiqué aux institutions européennes un rappel historique qui commence à se répandre, qui concerne la dernière éruption du volcan “au nom imprononçable” (dévoilons le secret: il s’agit du volcan Eyjafjallajökull), qui fut suivi par l’éruption encore plus catastrophique du volcan Laki. Cette communication tend à montrer que les Islandais sont très inquiets de la possibilité de la répétition du phénomène, qui eut des conséquences économiques et même politiques considérables. L’Observer du 18 avril 2010 rappelait que ces circonstances étaient liées au moins indirectement à la Révolution de 1789: «Dr Stephen Edwards, of the Department of Earth Sciences at University College London, said it was not the first time Iceland's volcanoes had inflicted chaos on Europe: “The 1783 eruption of Laki in Iceland, which lasted for about eight months, has been linked to crop failure in France. As such, it may have been one of a number of factors that led to the French Revolution.”»

Certains experts européens pourraient éventuellement avancer également, comme nous le faisions nous-mêmes hier, les conséquences psychologiques de cette éruption et de la suite. Dans une époque de crise systémique globale, alors que l’accusé fondamental de la crise est le mégasystème anthropotechnique qui nous dirige et après des crises parcellaires et sectorielles comme celle du 15 septembre 2008 n’ayant amené aucune mise en cause notable de ce système, un phénomène naturel de cette ampleur mettant à son tour en évidence la fragilité en chaîne de ce même système constituerait un choc psychologique collectif d’une force considérable. On ajoutera également la référence islandaise, pays qui poussa le plus à son terme la folie du système financier et qui fut le premier à s’effondrer à cause de la catastrophe 9/15. La référence à 1783-1789 constitue en cette occurrence la cerise sur le gâteau, dont même La grâce de l’Histoire ferait ses choux gras.

Il est difficile de trouver un “accident” de cette dimension, mêlant réalités naturelles, rappels historiques et crise systémique en cours, qui réunisse autant de facteurs pouvant réunir cette capacité d’un choc psychologique fondamental. Dans ce contexte, les réactions bureaucratiques, d’habitude paralysantes, peuvent jouer involontairement le rôle contraire. On peut d’ores et déjà observer, dans les réactions bureaucratiques face aux demandes des autorités d’envisager des “scénarios-catastrophes”, que les hypothèses effectivement les plus catastrophiques sont envisagées. Il s’agit dans ce cas, pour la bureaucratie, de montrer son zèle habituel dans la production de travail, de rapports, etc. On se trouve dans une situation où les conditions sont réunies pour l’éventuel déclenchement d’une crise à la fois économique et psychologique, ou plutôt de l'exacerbation de la crise économique et psychologique générale en cours. L’élément déclencheur éventuel serait plutôt à chercher du côté de la perception des causes et effets de l’éruption, que du côté la connaissance précise des effets de l’événement naturel qu’est l’éruption du volcan.


Mis en ligne le 21 avril 2010 à 12H21