L’Iran, enjeu de la “guerre civile” US

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L’Iran, enjeu de la “guerre civile” US

Notre ami Alastair Crooke publie un article d’analyse de la situation actuelle entre les USA et l’Iran, en donnant toute sa place et même la place centrale à la “guerre civile froide” (à peine “froide”, en train de “chauffer”) à Washington D.C., – ce que nous traduisons fréquemment par “D.C.-la-folle” à cause des excès, des aspects de simulacre grossier, de son atmosphère irrésistiblement bouffe (tragédie-bouffe). L’analyse de Crooke rencontre parfaitement notre propre conception qui, justement, depuis 9/11 et désormais (depuis 2015-2016) d’une façon visible et souvent grotesque avec le risque évident sinon déjà en cours de l’autodestruction, donne cette place centrale à la situation interne puis l’affrontement interne à Washington D.C. 

Crooke introduit et articule son propos sur l’initiative de ceux qu’il nomme “les Euro3” (les trois pays, Allemagne, France, UK) qui ont dénoncé l’Iran et décidé de porter ce qu’ils jugent être des violation du traité JCPOA par l’Iran. On sait ce qu’il faut en penser du point de vue de l’“esprit de la loi” en ayant à l’esprit la responsabilité US dans le déclenchement de la crise (retrait du traité en 2018), – d’ailleurs archi-prouvé par ce qui suit et est dit sur l’attitude réelle des USA ; et ce qu’il faut penser de l’attitude des Euro3 qui n’ont même pas eu un mot de reproche à l’encontre des USA pour les conditions absolument illégales de l’assassinat de Soleimani. Mais Crooke entend ne juger que l’aspect froidement pragmatique de cette démarche : les Euro3 pensant que l’Iran pourra aisément surmonter le rétablissement éventuel des sanctions de l’ONU, largement dépassées et incluses dans les sanctions US, et qu’il pourra tenir avec des aides diverses de ses pays voisins, y compris des États du Golfe qui n’ont plus guère de confiance dans les USA, – “tenir” jusqu’à la probable réélection de Trump qui, constatant cette situation et étant libéré des contraintes électorales et de la pression de la destitution, modifierait alors sa politique.

Évidemment, les Euro3 ont manqué un élément fondamental, ne comprenant strictement rien puisque figés dans leur soumission inconditionnelle, à la situation interne de Washington D.C. ; et n’appréhendant rien par conséquent du terrible affrontement qui oppose deux factions rivales et constitue la matrice de tout le reste, y compris bien entendu de la crise USA-Iran. Nous donnons ci-dessous une traduction de la deuxième partie de cette analyse qui aborde justement cette question de la situation à Washington D.C., et donc de sa conclusion qui, d’un point de vue opérationnel, estime que l’espèce de “trêve” observée par les USA depuis l’assassinat de Soleimani et la riposte des Iraniens devrait être de courte durée.

« Le professeur Mike Vlahos, cependant, offre une autre perspective que les Européens semblent avoir négligée. Dans son livre, ‘Fighting Identity’, Vlahos va au-delà des habituels parallèles banals pour affirmer que les États-Unis ne sont pas un État-nation ordinaire mais un  “system leader”, la matrice d’une puissance civilisationnelle comme l’étaient Rome, Byzance et l’Empire ottoman. Le “system leader” est “un cadre identitaire universaliste lié à un État. Cette position est cohérente parce que les États-Unis possèdent clairement ce cadre identitaire aujourd'hui”.
» Le deuxième point de Vlahos est que le [soi-disant] succès des États-Unis contre l'URSS a déchaîné leur hubris : il a conduit les dirigeants américains à “adopter une vision du monde d'un conservatisme de fer”. Après tout, (comme ils voient les choses), ils ne défendent pas “la nation” en soi, mais plutôt une vision globale et un ordre mondial fondé sur les règles de cette vision. Parallèlement, alors que le public civil acceptait l’idée d’un nouveau siècle américain et que l'éthique militaire s'affaiblissait au sein de la population, le complexe militaro-sécuritaire a réagi en s’affirmant de manière correspondante comme la puissance sécuritaire assumant et imposant la vision américaine qui avait prévalu pendant la guerre froide. Ainsi, “l’État” a effectivement proliféré et s’est affirmé comme sa propre sous-culture, ou plutôt une constellation de sous-cultures étatiques, militaires et bureaucratiques (ce qui forme le DeepState) qui considère que sa mission est d’être “le gardien de fer” de cette vision universaliste, – jusqu’à (même si Vlahos ne fait pas le lien explicitement) protéger l'État contre des dirigeants “populistes” tels que Trump, qui seraient soupçonnés de trahir le modèle avec une vision mercantiliste qui lui porterait réellement préjudice (selon eux).
» Le résultat paradoxal est qu'alors que l'ancien ordre est  contesté et démantelé, à la fois par Trump et par la “Résistance” anti-Trump (c'est-à-dire ceux qui se considèrent pourtant comme les gardiens de l'ancien ordre), “les partis en guerre ont durci et radicalisé leurs positions de sorte qu’ils feront presque tout pour l’emporter. La grande ironie, c’est que [dans] leur volonté mutuelle de gagner ... [les partis en guerre] refusent de travailler ensemble dans la carapace rouillée de l'ancien ordre constitutionnel. Pourtant, ils travaillent côte à côte, – c’est-à-dire ensemble ! – pour le renverser. Pour les deux partis, l’ancien ordre est le principal obstacle à la victoire. La victoire passe donc par le renversement de cet ordre”.
» Ce qui peut manquer dans l'évaluation de la situation par les Euro3, c’est l’énorme importance symbolique pour ces deux factions américaines en guerre l’une contre l’autre, de l’objectif que l’Iran islamique soit mis à genoux dans une condition de contrition et de repentance pour se faire pardonner sa Révolution islamique. Pour l'establishment militaire et sécuritaire américain, cela représenterait une autre victoire significative de l'hégémonie américaine, – en termes symboliques, une “victoire civilisationnelle” aussi importante que celle contre le “marxisme”. Pour Trump, rien ne peut mieux démontrer aux Américains que ses stratagèmes de négociation à haut risque ont une valeur stratégiques, que les risques sont mesurés et que le résultat sera un Iran neutralisé (sans capacité nucléaire).
» Les Euro3 peuvent penser que tout ce qu’ils ont fait aboutit à une pression supplémentaire sur l'Iran pour qu’il conclue un accord avec Trump. Cela semble “ô tellement rationnel” et plein de bon sens. Mais les États-Unis ne sont pas engagés dans ce type d’analyse stratégique. Ils jouent pour gagner leur sale guerre civile interne, – par tous les moyens. L'establishment militaire et de sécurité veut la domination énergétique du Moyen-Orient ; il ne tolérera aucune menace contre son avantage financier “dollarisé” en matière d'armement qu’impliquerait une mini-“Route de la Soie” des armements sous direction russe, – et il ne veut pas permettre à Israël de se replier.
» Les Euro3, en mettant le cadre du JCPOA à la casse, nous ramènent inévitablement à cette histoire binaire de “l’Iran ne pourra jamais être autorisé à posséder une arme nucléaire : soit les Iraniens doivent renoncer entièrement à l’enrichissement, soit ils doivent en assumer les conséquences”. Trump a peut-être demandé cette action aux Euro3 (peut-être exigée au nom des néo-conservateurs républicains en échange de leur vote contre sa mise en accusation), mais cela ne l’aidera sans doute pas. Le JCPOA était d’une certaine manière une possible porte de sortie du conflit (l’Iran a souligné à plusieurs reprises qu’il s’agissait de la seule architecture de désescalade). Après l'assassinat de Soleimani, il est peu probable que l'Iran veuille parler à Trump. Il n’y a tout simplement plus aucune confiance. Et les Européens viennent de se disqualifier en tant qu’interlocuteurs valables.
» L’ultimatum binaire du “tout ou rien” mis en place par les Euro3 est un cadeau aux néo-conservateurs américains et à leurs alliés évangélistes, plus qu'il ne représente aucune aide pour Trump. En outre, il pourrait même déclencher un intérêt commun entre les sénateurs de tendance évangéliste et le complexe militaro-sécuritaire lié aux démocrates pour voter en faveur de la destitution de Trump, – et ainsi faire entrer à la Maison-Blanche un Mike Pence de tendance fortement évangéliste, lui.
» Les lignes de prospective ne sont donc pas de bon augure. Les pressions américaines vont s’intensifier - conformément à l'ultimatum binaire du “tout ou rien” et l’Iran va alors répondre par la négative par un enrichissement croissant et des actes de dissuasion [de guerre asymétrique]. L’accalmie actuelle des tensions devrait être de courte durée. »

“Concurrence” des conflits

Notre appréciation générale du “conflit” entre les USA et l’Iran, avec le potentiel de devenir un véritable conflit armé, a été depuis longtemps qu’un tel événement pourrait conduire à l’effondrement du pouvoir du système de l’américanisme. Une référence constante est faite, dans nos divers articles où le sujet est abordé, notamment à cette déclaration datant  d’avril 2010, du dirigeant des néo-sécessionnistes du Vermont, Thomas Naylor ; la plus récente utilisation que nous en faisons est celle du  4 janvier 2020 :

« Enfin vient la citation, car Naylor comprend bien que la “dissolution pacifique de l’empire” est loin, très loin d’être acquise. Il évoque alors “l’effondrement de l’empire” :“Il y a trois ou quatre scénarios possibles de l’effondrement de l’empire. Une possibilité est une guerre contre l’Iran...” »

Ce qui est intéressant dans la thèse du professeur Vlahos cité par Crooke, c’est cette idée, que nous avons souvent mise en évidence, de l’affrontement de deux forces du pouvoir américaniste (en gros dans notre cas, Trump vs DeepState) alors que, finalement, au travers d’un imbroglio de manœuvres, elles recommandent la même politique expansionniste. Et ces deux forces se rencontrent sur la question de l’hostilité à l’Iran, tout en s’affrontant férocement, “jusqu’à la mort“, à Washington D.C. transformé en “D.C.-la-folle”. Cette façon de poursuivre une politique étrangère qui est en fait une sorte de symbole brutal de la volonté d’hégémonie du pseudo-empire, alors que l’affrontement véritablement mortel se fait à Washington, entre les deux concurrents, constitue effectivement un énorme paradoxe et, surtout, un risque mortel d’effondrement du pouvoir au travers de cette “guerre civile des élites”.

Bien entendu, il doit être tenu le plus grand compte de l’espèce de “concurrence” entre les deux “conflits”, – celui, bureaucratique et politicien, de Washington, et celui, expansionniste et symbolique, avec l’Iran, – et tenir très grand compte également des interférences du premier sur le second. Le  plus récent exemple est celui du Congrès, essentiellement de la Chambre, où des représentants du DeepState sont très actifs et s’allient dans un paradoxe-bouffon aux adversaires “progressistes-sociétaux ” de Trump, tentant de réduire les pouvoirs du président en demandant que toute action de guerre contre l’Iran soit soumise à l’accord du Congrès.

Il est également évident, comme nous le répétons également à chaque occasion, que cette “concurrence” doit jouer et joue un rôle essentiel dans l’application opérationnelle de la politique anti-iranienne. La question centrale porte alors sur une deuxième “concurrence” : à côté de la “concurrence” des deux groupes développant la même politique en cherchant à se détruire l’un l’autre, la “concurrence” chronologique entre les deux événements que sont la guerre contre l’Iran d’une part et d’autre part l’affrontement mortel entre les deux groupes du pouvoir de l’américanisme qui doit conduire à l’effondrement de ce pouvoir.

Quel sera le premier événement selon l’ordre chronologique : l’impuissance et l’effondrement du pouvoir à Washington à cause de la guerre de Washington contre Washington, des deux groupes ennemis, avant la possibilité d’un affrontement avec l’Iran ? La guerre contre l’Iran avec les interférences sur et de la “guerre de Washington contre Washington”, cette séquence conduisant de toutes les façons à l’effondrement de pouvoir américaniste ? Nous ne voyons que ces deux options (sans conjecturer sur les conséquences diverses ou indirectes) parce que le Système est en mode de surpuissance absolu et, par conséquent, en séquence d’autodestruction totale.

En effet, il s’agit bien et plus que jamais du Système au-dessus de tout cela, et la description que fait Vlahos aussi bien que Crooke de “l’État” proliférant en une “sous-culture”, « ou plutôt une constellation de sous-cultures étatiques, militaires et bureaucratiques », renvoie à un modèle d’entité qui est lui-même directement hérité du Système pour former un cadre extrêmement puissant (surpuissance) propice aux affrontements haineux et mortels de factions concurrentes (autodestruction). L’expression de “system leader” employée par Vlahos pourrait aussi bien décrire, selon nous, les USA comme principale courroie de transmission du Système dans les affaires du monde.

Le titre complet de l’article d’Alastair Crooke repris ci-dessous dans son entièreté du site Strategic-Culture.org du 27 janvier 2020 est « Iran Becomes the Prize to America’s Warring Parties’ Rites of War ». L’expression “Rites of War”, reprise de Michal S. Lind, renvoie à une puissante culture du symbolisme, voire de la magie, dans tous les cas une culture dans un cadre plus métahistorique qu’historique, qui est l’approche commune de la politique et de la stratégie des deux auteurs (Vlahos et Crooke), essentiellement lorsqu’il s’agit des USA. Le livre de Vlahos (Fighting Identity) est déjà ancien (2009) mais il est visionnaire de la situation interne présente, essentiellement parce que ses références n’ont rien à voir avec les pratiques rationnelles du domaine. Lind, lui-même esprit original, définissait ainsi en  avril 2009  dans un article justement titréThe Rites of War le livre de Vlahos : « ‘Fighting Identity’ n’est pas un livre typique sur la stratégie américaine. Il n'est pas moins non-conformiste dans son style littéraire que dans sa portée historique. C'est comme si le ‘Long télégramme’[en 1947, pour décrire l’URSS de Staline] de George Kennan avait été réécrit par Arnold Toynbee à la manière de Thomas Carlyle. »  

dedefensa.org

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The Prize to America’s Warring Parties’ Rites of War

They – the Euro 3 – are taking Iran to the JCPOA Disputes Resolution Mechanism at the UN, insisting Iran to be in non-compliance with its obligations under the JCPOA.

Iran has partially de-complied, it’s true. But a reduction in a signatory’s obligation was foreseen when the JCPOA was drafted. Because of the lack of trust between parties, a clause in JCPOA affirms that, were one party to default in its obligations, the other party is permitted concomitantly to draw-back on its compliance also. Plainly, the U.S. is not fulfilling its obligations – it unilaterally withdrew from them, and others would argue that the EU guarantor is in non-compliance as well.

Those arguments may be valid – but are largely irrelevant. Disputes – such as the EU3 claim that Iran is in breach of its obligations – are supposed to be ironed out within the disputes mechanism. A period of 30 days (perhaps extending to 65 days) is allowed for the parties to find some resolution. If unresolved, the dispute then goes to the Security Council.

And here is the rub – a major one: if Iran is held to be ‘non-compliant’, all the pre-JCPOA UN sanctions ‘snap back’. The only exception would be unless EVERY country on the Council votes to keep the UN sanctions suspended. Saving that improbable event, the gamut of sanctions ‘snap back’ automatically. This ‘snap back’ mechanism was heavily touted by Obama as his negotiating big achievement – to calm the critics of the deal.

Well, let’s be realistic: There may well be some juridical discussion at the ‘mechanism’ about whether it was the U.S.’ withdrawal that made Iranian non-compliance inevitable – and justifiable – but that doesn’t matter ‘tuppence’. Trump severely twisted the EU3’s arms to make them launch the formal dispute complaint, precisely not to have the matter resolved, but to have it taken to the UNSC, where it is guaranteed that the U.S. will not vote to have ‘snap back’ suspended.

So yes, by the Europeans taking their complaint to the Security Council, ‘snap back’ becomes inevitable. And that will be ‘it’, as far as Iran and the JCPOA is concerned. They will be ‘out’.

However, the snap back of sanctions is NOT the point. Iran is now under harsher U.S. sanctions than prior to the ‘deal’. For Iran, the JCPOA will be over, and Iran will revert to its former policy of enrichment (with, or without, the IAEA supervision). A nuclear programme however is one important point of political leverage – as Kim Jong Un keeps demonstrating. But that is NOT the point, either.

Iran hawks in the U.S. and Israel will be happy. They will – in their view – have succeeded in returning the Iran ‘nuclear issue’ back to a binary choice: Either (per U.S. Envoy, Brian Hook), Iran accepts that it will NOT be allowed to enrich uranium, “period”; accepts a legal ‘treaty’; agrees to give up its missiles; dismantles its ‘proxies’ and halts its regional aggression – or it will face military action.

Boris Johnson’s justification for taking Iranian supposed non-compliance to the UNSC, in order to open the way for Trump to negotiate a new deal, clearly is jejeune – and probably uttered by him, as nothing more than a means by which to flatter Trump.

Maybe the Euro calculus is that, with Trump’s maximum-pressure unlikely to result in Iran’s economic implosion, the Europeans assess that Iran will go on quietly surviving, with help from Russia, China, Turkey – and maybe a little from India.

And moreover, Iran has proven with Ein al-Assad its ability to strike effectively – and painfully – at U.S. bases across the region. All are vulnerable. The sophistication of the Iranian strike, and Iran’s electronic capabilities, will have taken Washington, at least a bit, by surprise.

The Pentagon, too, will have become acutely aware that Iran had mobilised for all-out, asymmetric war, with the U.S. and its regional allies, at the moment of the Ein Al-Assad strike. The U.S., of course, has its war machine. But an attack on Iran would not be of the ‘once-and-done’ genre that some U.S. advocates say should be mounted against Iran’s nuclear infrastructure. Iran would immediately retaliate across a spectrum of U.S. (and Israeli) targets. It would be costly, and its effects unforeseeable.

Maybe Europeans detect that this new ‘strategic paradigm’ is sedimenting into Washington thinking, together with the realization that Iraq is serious about U.S. forces leaving the country – and that Turkey seems to be removing itself evermore, from Washington’s orbit. Or, in other words, that Iran has demonstrated unsuspected capabilities, just as America’s foothold in region becomes more tenuous.

Gulf States, certainly, have internalised Iran’s signalling at Ein Al-Assad and Kirkuk, and are  hedging their former unqualified dependency  on the U.S. with other regional powers, such as Russia, and through opening a multitude of channels to Iran. They are, in short, deliberately mounting a Potemkin village façade of sanguinity in wake of the near-war atmosphere that prevailed following Soleimani’s assassination – in order to prevent business being scared away from the Gulf.

All of the above might suggest to the Euro3 that America’s military options vis-à-vis Iran are limited, which is to say that Iranian deterrence is real, and that Iran will manage to struggle along economically, with help from its friends. And if Iran lies low until after the November U.S. elections, Trump – if re-elected – might see that his Iran policy is not working, and change course. That is possible, of course.

If such is the rationale, indicting Iran as ‘non-compliant’ before the UNSC may be judged by the EU as really no ‘big deal’, especially as Middle East tensions lately have subsided.

Professor Mike Vlahos however, articulates another perspective that the Europeans seem to have overlooked. In his book, Fighting Identity, Vlahos goes beyond the usual trite parallels to argue that the U.S. is not an ordinary nation-state but  a “system leader”, a civilizational power like Rome, Byzantium, and the Ottoman Empire. The system leader is “a universalistic identity framework tied to a state. This vantage is helpful because the United States clearly owns this identity framework today”.”

Vlahos’ second point is that the U.S. success versus the USSR gave rise to hubris: leading to American leaders “inhabiting a worldview of iron conservatism”. After all, (as they saw it), they are defending not ‘the nation’ per se, but rather its global vision, and rules-based global order. Concomitantly, as the civil public eased themselves into the comfort of the New American Century, and the military ethos waned amongst the public, the military-security complex reacted by becoming correspondingly certain that it must assume the security burden of defending the U.S. vision that had prevailed in the Cold War. Hence ‘the state’ effectively grew and separated to become its own subculture, or rather, a constellation of state subcultures, military and bureaucratic (i.e. the Deep State) that sees its mission to act as the ‘iron’ guardian to this universalist vision – even (though Vlahos does not make the connection explicit) to guard the state against ‘populist’ leaders such as Trump, who would betray the guardianship or covenant for some mercantilist vision that actually damages it (in their view).

The point here is that as the old order is  contested and broken apart, both by Trump and ‘the Resistance’ (i.e. those who see themselves as guardians of the old order), “the warring sides have hardened their hearts so that they will do almost anything in order to prevail. The great irony is that [in] their mutual drive to win … [the warring sides] refuse to work together in the rusting carapace of old constitutional order. Yet nonetheless, they work shoulder-to-shoulder, together, to overthrow it. For both sides, the old order is the major obstacle to victory. Hence victory is through overthrow”.

What may be missing from the Euro3 assessment of the situation then, is how hugely symbolically important it is to both these warring U.S. factions, that Islamic Iran be brought kneeling in contrition and repentance for its Revolution. For the U.S. military-security establishment, it would represent another signal victory for American hegemony – in symbolic terms, as important a civilisational victory as that against ‘Marxism’. For Trump, nothing can better demonstrate to Americans that his high-stakes negotiating ploys are strategic, the risks are measured, and the payoff will be a neutralized Iran (without nuclear capability).

The Euro3 may think that all they did, in effect, was to put additional pressure  on Iran to strike an agreement with Trump. This sounds oh-so rational, and common-sensical. But the U.S. is not engaged in the kind of think-tank strategic analysis outlined above. It is playing to win its internal, dirty civil war – by any means. The military-security establishment wants Mid-East energy dominance; it will  not tolerate any threat to its dollarised financial weaponry advantage that a Russian-led mini Belt and Road might imply – and it will not allow Israel to fold.

And the Euro3, in sending the JCPOA framework to the scrapheap , inevitably return us to that binary narrative of ‘Iran can never be allowed to have a nuclear weapon: Either Iranians must renounce enrichment entirely, or face the consequences’. Trump may have asked for this action from the Euro3 (or, he may have had demanded it of him by Republican neo-cons in return for their vote against his impeachment), but it may not in fact help him. The JCPOA was – somehow – a possible ‘off-ramp’ to conflict (Iran has stressed repeatedly, that it was the only architecture for de-escalation). But now, after the killing of Soleimani, Iran is unlikely to want to talk with Trump. There is simply no trust. And the Europeans have just disqualified themselves as  interlocuteurs valables.

The binary ‘either/or’ ultimatum being set up by the Euro3 is a gift to the U.S. neo-cons and their evangelical allies, more than it represents an aid for Trump. Furthermore, it could even trigger a common interest between Evangelical and military-security complex linked Senators with Democrats to vote for Trump’s impeachment – and thereby bring the Evangelical Pence into office.

The trend lines thus do not augur well. U.S. pressures will escalate – in line with the binary ‘either/or’ ultimatum, and Iran will then push back through increasing enrichment and acts of deterrence. The present lull in tensions may be short-lived.

Alastair Crooke

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