L'impuissance planifiée

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L'impuissance planifiée


21 septembre 2002 — Hier, le Washington Times publiait un article sur les plans d'invasion de l'Irak, l'invasion annoncée dans ce cas pour février prochain. Inutile d'ajouter que nous n'en savons ni n'en croyons rien, que nous nous refusons à faire la moindre prévision, ni de date, ni de volume de forces, ni de stratégie et de tactique, ni de rien du tout à propos de cette guerre, — ni même la prévision de savoir si elle aura lieu.


« U.S. military planners are focusing on February as the optimum time to begin a war against Iraq, and they would rely greatly on defecting Iraqi units to topple Saddam Hussein, according to senior defense officials.

» Planners also will seek to design a force buildup that takes weeks, not the six months the exercise took in the 1991 Persian Gulf war. Troops would be more widely dispersed so as not to create large base camps that could be more easily targeted by Saddam's mobile Scud missiles. The Pentagon has not adopted a final time frame or military option. »


Cela fait près d'un an que les spéculations sur une guerre en Irak, l'annonce de l'examen d'options d'attaque et les pressions dans ce sens ont commencé (voir par exemple, comme l'une des premières spéculations substantielles à ce propos, « Iraq 'behind US anthrax outbreaks: Pentagon hardliners press for strikes on Saddam », dans The Observer de Londres, 14 octobre 2001). Cela fait six mois que la presse US publie régulièrement des plans d'attaque, détaille les options, les forces engagées, les buts de guerre qui vont de la simple opération de police à la quasi-conquête du monde. Cette guerre représente, dans sa phase préparatoire, un travail de bûcheron dans le domaine de la communication la plus échevelée aussi bien que de la planification, et, bien entendu, dans le domaine des fuites et de la manipulation.

Jamais, successivement, ...

• une guerre n'aura été annoncée publiquement à autant de reprises ;

• une guerre n'aura été planifiée d'une façon aussi intense et aussi minutieuse ;

• une guerre n'aura été autant discutée publiquement au niveau de sa stratégie, de sa tactique, de tous ses aspects 

• une guerre n'aura été présentée comme aussi urgente, un nombre aussi grand de fois, sur un espace de presque une année (pour l'instant) ...

Tout cela doit être médité en ayant à l'esprit qu'il s'agit d'un côté de la plus formidable puissance militaire du monde, avec un budget de $400 milliards (sans oublier le supplétif britt, parfois utile), de l'autre d'un pays de moins de 15 millions d'habitants, ayant subi une défaite foudroyante en 1991 et soumis depuis à un embargo sévère, des attaques aériennes “de routine” et des inspections permanentes jusqu'en 1998.

Tout ce qui est écrit dans le Washington Times, notamment au niveau des options, l'a déjà été, à différentes reprises précédemment, sous une forme ou une autre, dans d'autres médias. C'est depuis le mois de mai qu'on annonce dans la presse US, de façon régulière, qu'on est sur le point d'entrer dans le processus menant à un choix sur l'option d'attaque. Selon notre appréciation, il n'y a aucune raison de douter de la véracité de ces informations, au contraire, il s'agit de fuites ou d'indications officieuses venant de différents centres du pouvoir et de planification. Cette abondance, cette répétition, cette récurrence exceptionnelle ne font qu'indiquer, voire même refléter la façon dont toutes les discussions se poursuivent, sont relancées, etc ; c'est-à-dire, la façon dont la machine de planification et de décision de l'Amérique, lorsqu'il s'agit d'ordonner une action qui ne soit pas dictée par les circonstances (comme la riposte en Afghanistan, par exemple), est en train de dériver vers l'impuissance.

Encore une fois comme toujours dans cette sorte de jugement où l'on apprécie l'état d'une machinerie par rapport à des événements politiques dont certains sont des obligations de survie, on ne dit pas une seconde que la guerre contre l'Irak n'aura pas lieu à cause de cette impuissance grandissante de la planification. En plus d'être une obsession, la guerre contre l'Irak est devenue un enjeu politique de survie intérieure pour l'administration GW. Elle aura donc lieu. Mais ce que nous montre le processus de planification, lorsqu'on apprécie par ailleurs les forces en présence, nous fait comprendre que cette guerre, essentiellement du point de vue qualitatif de la décision et de l'exécutif, sera à l'image de ce processus. La victoire n'est pas douteuse mais les surprises ne manqueront pas.

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