Les vétérans des guerres postmodernistes et OWS

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Une question spécifique commence à être débattue à propos des événements intérieurs aux USA, concernant la participation de vétérans des diverses guerres entreprises par les USA depuis 2001 au mouvement OWS, ou Occupy. Elle est apparue lors d’une scène désormais fameuse, avec une vidéo devenue fameuse sur l’Internet, de l’ancien sergent des Marines Shamar Thomas, habillé d’un équipement opérationnel, s’interposant entre les protestataires d’OWS et la police, et apostrophant les policiers en dénonçant leur brutalité (le 17 octobre 2011). D’autre part, il y a le cas de Scott Olsen, ancien Marine, grièvement blessé par un policier lors de la manifestation d’Oakland du 24 octobre.

Russia Today, toujours extrêmement attentif à l’évolution des événements intérieurs aux USA, aborde et développe cette question de la participation des “vétérans” (nous préférons ce terme à celui de “militaires” employé dans le texte, on verra plus loin pourquoi). Observons que, dans ce texte, il est également question des policiers, notamment des grades subalternes, qui pourraient suivre également le mouvement, si on les considère comme partie intégrante des “99%”…

«“The fact that more and more military personnel are joining us shows that they recognize that this is American movement. It’s not about hippies and the negative stereotypes,” said Occupy Wall Street security volunteer Paul Isaac.

»30 year old Gary Briggs has served in the National Guard for the last two years. He has come to spend his short vacation at Occupy Wall Street in New York. “You got some marines here, National Guard, Navy Seals – the more the better,” said Briggs. The guardsman expressed outrage at the fact that marines are getting attacked at home. “The cop that did it should be fired and hung up by his balls,” he said.

»Others at Occupy Wall Street believe it won’t be long, however, until the police join the crowds instead of restricting them. “We are going to see a lot of the police officers protesting because they’re going to work 20 years and they’re going to see that their pension is zero,” said Occupy Wall Street security colunteer Paul Isaac.

»But even if this doesn’t happen – the movement won't be scared away any time soon with marines and other military vets pledging to have the protesters' back. “Everybody has banded together, and the rope that’s being created here – no sword will cut,” said protester Will Birnie.»

Sans écarter l’importance de la position des policiers des échelons subalternes, bien au contraire, nous restons tout de même concentrés sur le sujet des “vétérans”, qui constitue en soi une problématique du plus grand intérêt aux USA. Il y a en effet plus d’un million de vétérans de ce qu’on pourrait désigner comme “les guerres postmodernistes”, c’est-à-dire les “guerres” déclenchées après le 11 septembre 2001 par les USA. Il s’agit de conflits extrêmement spécifiques, qu’on a désignés également comme des guerres de la 4ème génération (G4G), dont les motifs sont très confus, notamment et particulièrement pour ceux qui les font, qui impliquent des affrontement extrêmement dissymétriques entre des armées américanistes-occidentalistes très sophistiquées et des adversaires évoluant entre la guérilla, le terrorisme de type religieux ou nationaliste, la résistance populaire contre l’occupation, avec des méthodes mélangeant des aspects primitifs et des aspects individuels sophistiqués. Ce sont des conflits cruels, souvent d’une illégalité avérée, avec des pertes civiles importantes et des destructions importantes et de tous ordres. Les armées du bloc BAO ont peu de pertes directes, et les blessés sont très souvent sauvés grâce aux soins médicaux avancés, ce qui renforce encore le groupe des vétérans et son aspect psychologique très déséquilibré et revendicatif. La débauche de matériels avancés de ces armées ajoute au sens d’une guerre déséquilibrée et incompréhensible, et marque profondément les psychologies : les affections psychologiques des militaires du bloc BAO, essentiellement US, sont extrêmement nombreuses, les suicides sont nombreux ; les véritables “blessures” les plus durables sont d’ordre psychologique, ce qui fait de cette masse de vétérans ayant regagné la vie civile un groupe humain très spécifique et expérimentant une souffrance durable, très réfractaire à une réintégration dans une société individualiste et en crise profonde, qui reste relativement regroupé au sein d’associations, qui fournit des contingents importants de “nouveaux pauvres” (notamment des sans logis, des chômeurs chroniques, etc.), qui entretient enfin une réaction psychologique d'hostilité au Système extrêmement spécifique. D’une façon générale, on doit considérer les vétérans de ces “guerres postmodernistes” comme un groupe social en soi qui sort des normes, souffrant des maux de la modernité en crise d’une façon particulièrement dramatique, représentant en fait une avancée effrayante dans l'enfer social et psychologique que ménage la crise d'effondrement de cette modernité.

On comprend que ce groupe soit considéré par certains experts et analystes comme un facteur social important pour un risque de contestation, voire d’insurrection aux USA. Cette idée est assez nouvelle, elle est dans nombre d’esprit à cet égard à cause des conditions sociales et économiques actuelles aux USA, depuis 2008-2009. L’analogie a été faite avec la situation des vétérans US de la Première Guerre mondiale durant la Grande Dépression, qui réclamaient des allocations qui ne leur avaient pas été versées et qui se trouvaient dans des conditions sociales difficiles. Ils entreprirent une action organisée au printemps 1932, sous le nom de Bonus Army et marchèrent sur Washington. Ils s’y installèrent dans des campements de tentes, à l’image des actions Occupy d’aujourd’hui. Leur manifestation fut sauvagement réprimée par l’U.S. Army, dans une action dirigée personnellement par son chef d’état-major, le général MacArthur, dont on entendit parler ensuite pour des motifs plus glorieux. Les vétérans restèrent, jusqu’aux premiers fruits de l'action de l'administration de Roosevelt en 1933-1934, l’un des groupes antigouvernementaux les plus menaçants. Dans son show du 27 octobre 2011 de MSNBC, Rachel Maddow a rappelé cet épisode de la Grande Dépression et a comparé cette situation avec celle du mouvement Occupy, du point de vue de l’éventuel ralliement au mouvement de vétérans des “guerres postmodernistes”.

Les conditions sont effectivement favorables à une telle extension de la contestation vers les vétérans. L’analogie avec la Bonus Army de la Grande Dépression est acceptable, des points de vue économique et social, et aussi structurellement (vétérans ayant servi comme volontaires). Du point de vue psychologiques, par contre, l’analogie avec les événements des années 1960 est plus pertinente (alors que les conditions économiques étaient différentes, et que l’armée engagée au Vietnam était une armée de conscription et non de volontariat). On y retrouve certains des déséquilibres avec conséquences psychologiques constatés pour la “guerres postmodernistes”, et notamment le sentiment d’une culpabilité d’avoir mené d’une position de force des guerres illégales et disproportionnées contre des populations agressées, et la responsabilité de cette culpabilité échéant au Système d’une façon particulièrement éclatante et indiscutable. Cette psychologie n’existait pas en 1932 avec la Bonus Army, la Première Guerre mondiale étant perçue en général comme justifiée et équilibrée. Le groupe des vétérans US actuel combine ainsi les motifs de révolte des deux références mentionnées, économique et sociale pour la Grande Dépression, psychologique pour les années 1960, en y ajoutant l’élément dramatique de la perception d’une crise de la modernité elle-même. L’hypothèse de la participation des vétérans au mouvement Occupy comme un aspect spécifique de ce mouvement est donc acceptable ; une telle participation, si elle devenait effectivement importante et organisée, donnerait au mouvement une potentialité explosive importante, en confortant son aspect anti-Système dans ses côtés les plus brutaux et en exposant en pleine lumière les contradictions du patriotisme utilisé et manipulé par le Système, comme moyen de faire ses “guerres postmodernistes”.


Mis en ligne le 29 octobre 2011 à 05H53