Les taureaux dans l’arène

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Les taureaux dans l’arène

La thèse est claire et, d’une certaine façon, nous serions proches de la partager (tout en la jugeant insuffisante pour rendre compte de l’entièreté de l’événement). Elle consiste à estimer que ce que nous nommons le Système, pour employer notre arsenal dialectique, est profondément fracturé aux USA, cette puissance qui est son principal bras armé. Il s’agit d’un affrontement qui se fait autour de la globalisation, dont on sait l’état alarmant, avec les pros et les antis. Ainsi va donc l’image, figurant les deux fronts du Grand Capitalisme qui s’affrontent comme deux taureaux furieux dans l’arène, et ce terrible affrontement mobilisant toutes les attentions, interdisant toutes les tentatives autres que capitalistes, etc. :

« Toutes ces crises des deux dernières décennies ont révélé de plus en plus clairement cette guerre impitoyable interne aux capitalistes. Comme ceux-ci ont le vrai pouvoir avec l’argent et les médias, cette guerre ne fait pas que masquer tous les efforts pour une réelle alternative au système capitaliste. Elle écrase brutalement toute tentative de renouveau démocratique. Les taureaux du capitalisme s’affrontent les uns contre les autres dans une arène où la démocratie s'est maintenant transformée en poussière sous les chocs d’une terrible violence qu’ils provoquent.»

Ce paragraphe est extrait du texte que l’on donne ci-dessous, qui vient d’un site qui nous est inconnu, qui pourrait se nommer ‘FailedEvolution’, ou encore et plus développé : « The Unbalanced Evolution of Homo Sapiens » (‘L’évolution déséquilibrée d’Homo Sapiens’). Sans origine identifiée pour notre compte ni aucune personne nommée, et nous attachant à l’essentiel qui est l’intérêt du texte, nous dirions qu’il s’agit d’un site d’une tendance démocrate. Sa particularité serait que la tendance est clairement de l’aile gauche soutenant un Sanders (mais valant bien mieux que lui), sans l’hystérie révolutionnaire du progressisme-sociétal drogué de communication dans les rues de Portland ou de New York City, jouant à l’extrémisme de gauche et arrosé tout de même de l’argent des 0,1% hypercapitalistes autant que des trafiquants de drogue.

Le texte se décompose en deux parties, dont nous donnons ici la seconde :
• d’abord, une analyse rapide et une description des ‘forces’ soutenant Trump et pouvant intervenir sinon provoquer une guerre civile, essentiellement des milices intérieures et diverses polices au niveau des villes et des comtés ;
• nous laissons de côté cette partie sur laquelle nous reviendrons, qui avance l’argument central pour expliquer son analyse sur la probabilité d’une guerre civile ;
• la deuxième partie, la plus longue et la plus déraillée, explique les causes profondes et les acteurs réels de cette guerre civile, à savoir les deux factions rivales du capitalisme à l’occasion d’une conception divergente sur l’hyperlibéralisme.

Il s’agit d’un conflit qui n’était jusqu'à lors qu’une différence de conceptions selon les circonstances, notamment dans leurs résonnances économico-politiques et politiques ; entre protectionnistes et libre-échangistes, entre isolationnistes et interventionnistes, entre nationalistes et internationalistes. Bien entendu, on retrouve les grands secteurs du Corporate Power, ceux qui s’appuient sur l’activité intérieure et défendent les thèses protectionnistes et nationalistes (les ‘nationalistes économiques’ du type America-First, à-la-Trump) ; ceux qui ont une vision globale intégrée où ils veulent placer les USA comme leaders (les ‘libre-échangistes globalistes’, du type progressiste-sociétaux).

Jusqu’ici on estimait en général que ces deux courants se complétaient, avec assez de flexibilité et d’adaptabilité pour le faire selon les circonstances. Ce que nous a montré l’après-Guerre Froide, qui a introduit une formidable incertitude politique pour les USA, c’est que la cohabitation des deux tendances devenaient de plus en plus difficile et bientôt impossible, alors que la mécanique militaro-industrielle imposait un gigantisme interventionniste dévorant littéralement les entrailles de la prospérité US, et imposant le globalisme à ses structures économiques et technologiques (en quelque sorte, les USA prisonniers de leur puissance et du globalisme que cette puissance leur imposait).

C’est contre cela mais sans y connaître grand’chose précisément, et surtout pas la dimension symbolique et métahistorique, que Trump a affirmé qu’il voulait réagir. Il n’a réussi qu’à mettre en évidence, – c’était évidemment inévitable, – l’état structurel catastrophique des USA, la parcellisation du pouvoir, la désagrégation des organismes de contrôle, l’effondrement de l’unité du pays, tout cela avec la dette et les imprimerie à billets tournant autour dans une folle farandole... En ce sens, l’inimitable clown qu’est Trump a, sans le vouloir certainement, désigné au monde entier cette terrible vérité, – simplement, que le roi est nu et que le vent glacé du réchauffement climatique balaie les grandes plaines désertes et craquantes de sécheresse du Middle West.

C’est bien notre perception : le démon se bat contre lui-même, le monstre à deux têtes se crache à la gueule et s’insulte l’un l’autre jusqu’à la mort. Mais c’est effectivement un ballet de mort, d’où toute perception réaliste, équilibrée, mesurée, est emportée par un vent de folie. Cette folie qui s’exprime dans tous les sens, et au fond des deux côtés, ne cesse d’appeler notre attention, et l’on comprend que là se trouve la faiblesse de l’analyse par ailleurs intéressante que nous donnons à consulter ci-dessous : l’absence du facteur psychologique, par conséquent en faisant l’impasse sur leurs schizophrénies, sur leurs paranoïa, sur leur tendances maniaques, sur la haine extraordinaire et colossale qui les sépare et les oppose jusqu’à la mort, au temps du « dernier homme » nietzschéen.

Notre auteur mystérieux, qui écrit cette analyse intéressante, la centre tout de même autour d’une incroyable dichotomie de la perception. Pour lui, ceux qui vont déclencher la ‘guerre civile’, – « Qui peut les en blâmer ? », – ce sont les milices et les flics fidèles à Trump, et cela est dit comme si rien ne se passait depuis quatre ans au niveau constitutionnel contre le président-élu, et comme si rien ne se passait depuis quatre mois dans les rues de Minneapolis, de Portland, de Seattle, de New York City, du fait des Black Lives Matter et des Antifas sous les applaudissements des maires, des gouverneurs et des parlementaires du parti démocrate.

Faisant ces remarques, ce n’est pas de notre part chercher à établir ou à graduer les responsabilités, condamner ici et sanctifier là. De façon très différente décidément, il s’agit de constater l’extraordinaire disparité des perceptions : effectivement, deux mondes parallèles, et chacun d’eux pensant que l’autre est imposteur, apostat, un-American, et complètement perdu dans sa folie incroyable.

Les deux taureaux furieux se battent effectivement dans l’arène. Mais c’est comme s’ils cognaient et cognaient, chacun, sur une ombre, – sinon sur leur ombre. Le texte se termine par le constat que les “deux taureaux” envoient le peuple se battre en leur nom : « Et dans ces circonstances, les capitalistes n’hésiteront pas à jeter dans l’arène la classe ouvrière américaine, dont ils se passeraient aisément. Pour se battre en leur nom dans une guerre civile tout aussi impitoyable. » Certes, les peuples descendront dans la rue, mais nous ne croyons pas que les deux taureaux s’en laveront les sabots : c’est bien leur sort qui est en jeu et la guerre civile leur coûtera peut-être bien leurs têtes à tous les deux...

Selon la tradition, – « Ah, ça ira, ça ira, ça ira ! »

Ce texte du 5 septembre 2020 présenté également sous le sigle Globinfo Freexchange a comme titre : « The worst-case scenario for the US general election may lead to a working class civil war ». Nous le raccourcissons en en gardant l’esprit.

dedefensa.org

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Du “pire des scénarios” à la guerre civile

... Comment les États-Unis se sont-ils mis dans ce pétrin ?

Alors que la gauche s’était presque ‘évaporée’ au cours des décennies précédentes, la classe capitaliste avait pris [depuis la fin de la Guerre Froide] le contrôle de l'ensemble du système politique par le biais de la doctrine néolibérale. Pendant toutes ces décennies, nous avons assisté à une détérioration des institutions démocratiques (aux États-Unis et dans l'Ouest capitaliste), les marchés ayant remplacé la nécessité d'un État régulateur qui fonctionnerait au profit du plus grand nombre. Et cette idée a été essentiellement dictée aux sociétés par un totalitarisme culturel.

La détérioration des institutions démocratiques comprenait la fraude électorale et, peu à peu, les sociétés civiles ont commencé à perdre confiance en ces institutions.

Ainsi, lorsque la façade néolibérale s’est brutalement fracturée en 2008 avec l'effondrement financier, les vrais problèmes ont commencé.

Comme nous l’avons écrit précédemment, l’agressivité du capital d'investissement occidental, des cartels bancaires et des monopoles d’entreprises, a progressivement généré des forces centrifuges importantes au sein du système capitaliste mondial. L’idéologie néolibérale elle-même les a renforcées car, au plus profond d’elles-mêmes [de ces “forces centrifuges importantes”], se trouve la conviction de l’impossibilité d’une croissance sans fin et d’une concurrence impitoyable et ininterrompue. Ces forces, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du système capitaliste occidental, ont commencé à se manifester surtout à partir de la fin des années 90 tandis que le capitalisme néolibéral déclenchait des crises majeures en Russie, en Asie du Sud-Est et ailleurs.

Ce n’était plus qu’une question de temps pour qu’une crise catastrophique comparable à celle de 1929 éclatât au cœur du capitalisme néolibéral. La grande crise de 2007-2008 aux États-Unis a complètement libéré les forces centrifuges du système capitaliste occidental et a révélé une guerre intra-capitaliste sans merci, qui couvait déjà les années précédentes.

Les deux événements majeurs résultant de cette guerre ont été la montée de Donald Trump et le vote de Brexit. Tous deux dans les pays d’origine du néolibéralisme.

Ce que nous voyons maintenant aux États-Unis avec Trump, c'est une contre-attaque de la part du capital américain contre la faction globaliste. La faction qui est principalement constituée par la ploutocratie libérale. Par conséquent, alors que la classe capitaliste se divise, les capitalistes autour de Trump rassemblent autour d’eux la partie la plus conservatrice de la société américaine, car ils ont besoin du pouvoir électoral. Ils ont l’argent et leur propre réseau médiatique. Leur première grande victoire a été celle de Trump à la présidence des États-Unis et cela explique pourquoi les médias libéraux l'attaquent si durement et si fréquemment.

Les électeurs conservateurs [populistes] constituent un groupe très commode pour la faction capitaliste de Trump. Dans sa campagne, Trump a pu aisément les rassembler contre les immigrants et les gauchistes, au lieu d’identifier la racine du problème, qui est le système capitaliste lui-même.

Trump personnalise aisément les attaques contre les figures-clef de la ploutocratie libérale. Il a donc réussi à retourner les électeurs contre la fraction globaliste du capital américain, et non contre l’ensemble du système capitaliste. Toute la machine de production de conspiration des médias d’extrême droite a préparé le terrain au cours des années précédentes en lavant le cerveau de millions d’Américains avec quelques théories de conspiration extrêmes. Ces théories les ont retournés non seulement contre l’establishment libéral et la gauche, mais aussi contre les institutions démocratiques elles-mêmes, déjà dégénérées.

Naturellement, l’establishment libéral a accueilli avec faveur les attaques contre la gauche parce que la gauche a fait quelques tentatives d’investissement du pouvoir politique.

Nous en sommes donc arrivés au point où [un important rassemblement] de milices d’extrême droite ainsi qu’une partie importante des forces de police américaines forment cette armée disparate pour défendre Trump.

Mettez-vous à la place d’un électeur moyen de Trump. Avec l’effondrement complet du vernis de légitimité de l’establishment, que pensera-t-il d’un scénario [pour éliminer Trump du pouvoir] quand il verra d’où vient ce complot ? [Quelles que soient les analyses qui l’accréditent], les électeurs de Trump penseront que c’est une grande ‘manœuvre’ de l'establishment pour prendre le pouvoir à Trump, même s’il gagne. Qui peut les en blâmer ?

Toutes ces crises des deux dernières décennies ont révélé de plus en plus clairement cette guerre impitoyable interne aux capitalistes. Comme ceux-ci ont le vrai pouvoir avec l’argent et les médias, cette guerre ne fait pas que masquer tous les efforts pour une réelle alternative au système capitaliste. Elle écrase brutalement toute tentative de renouveau démocratique. Les taureaux du capitalisme s’affrontent les uns contre les autres dans une arène où la démocratie s'est maintenant transformée en poussière sous les chocs d’une terrible violence qu’ils provoquent.

Et dans ces circonstances, les capitalistes n’hésiteront pas à jeter dans l’arène la classe ouvrière américaine, dont ils se passeraient aisément. Pour se battre en leur nom dans une guerre civile tout aussi impitoyable.

FailedEvolution

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