Les milices sur le sentier de la guerre

Bloc-Notes

   Forum

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

 400

Y a-t-il une forte résurgence des milices, groupes racistes, xénophobes, etc., aux USA? Plutôt que “résurgence”, d’ailleurs, on devrait parler d’“émergence”, et même d’émergence explosive puisque les chiffres et le rythme dépassent largement la période de référence des années 1990. Un texte de Sam Stein, d’Huffington.com, du 2 mars 2010, rapporte les dernières références du Southern Poverty Law Center (SPLC) à cet égard.

«When the Obama administration's Department of Homeland Security released a report this past August raising concern about the rise of “right-wing extremist activity,” a debate erupted over whether the findings were politically motivated or based on factual analysis.

»A slew of stories of right-wing violence – from the shooting at the Washington D.C. Holocaust Museum to attacks on IRS buildings – seem to verify DHS's warnings. And a new report by the Southern Poverty Law Center, an organization that tracks instances of violent extremism, provides further evidence.

»On Tuesday, the SPLC released its quarterly intelligence report, titled “Rage on the Right,” in which it charted what officials described as “an astonishing” rise in “nativist extremist” and anti-government “Patriotic” groups. The former, which includes institutions that “go beyond mere advocacy of restrictive immigration policy to actually confront or harass suspected immigrants,” saw its numbers bulge from 173 groups in 2008 to 309 in 2009. The latter saw an even larger explosion in numbers, going from 149 groups (including 42 militias) in 2008 to 512 (including 127 militias) in 2009. “That is cause for grave concern,” the SPLC concludes. “Individuals associated with the Patriot movement during its 1990s heyday produced an enormous amount of violence, most dramatically the Oklahoma City bombing that left 168 people dead.”

»The entire report presents a rather grim and alarming portrait of the state of extremist organizations in America. Pointing to media figures (Fox News's Glenn Beck) and lawmakers (Rep. Michele Bachmann) who have indulged in some of the conspiracy theories that drive these groups and their members, the SPLC suggests that a radical ethos is gradually becoming institutionalized in American politics.»

Le même texte introduit un avertissement concernant les indications données par le SPLC, selon le rappel que cette organisation avait été l’objet d’investigations soupçonneuses, avec la propension qu’elle aurait à lancer des indications alarmistes sur le sujet de son observation (les groupes d’extrême droite) pour obtenir des subsides et des abattements d’impôts: «In March 2007, Ken Silverstein of Harpers Magazine, pointed to the massive financial resources the group had on hand (per its tax filings) and concluded that: “What [SPLC] does best... is to raise obscene amounts of money by hyping fears about the power of those groups; hence the SPLC has become the nation's richest “civil rights” organization.”»

Notre commentaire

@PAYANT …Sans doute le SPLC (que nous avons déjà cité le 7 novembre 2009) se sucre-t-il comme il faut en marge de ses activités. Ce n’est certainement pas la seule organisation de cette sorte à agir de la sorte, surtout dans un pays aussi vertueux à cet égard que les USA. Il est difficile de démêler les précisions parfaites dont certains voudraient disposer, mais les ordres de grandeur qu’avance le SPLC sont suffisamment convaincants. Il est évident qu’il y a là un phénomène massif.

Par ailleurs, il n’y a rien de plus logique dans cet enchaînement, aux USA aujourd’hui, dans le cadre d’une crise massive du système (“the system is broken”) et d’un courant populiste d’une ampleur sans aucun précédent. La constitution de “milices”, le développement de groupes agressifs, le surarmement, sont des phénomènes qui s’inscrivent évidemment dans la dynamique actuelle, selon les traditions américaines les plus tenaces. On peut même dire que ces nouvelles complètent parfaitement la mise en place d’un paysage nouveau aux USA, où les événements s’ouvrent sur de graves possibilités de désordres, d’affrontements et de ruptures politiques divers. Dans tous les cas, la possibilité en est désormais dans tous les esprits, et les statistiques du SPLC y ont tellement leur place qu’on avancerait, si l’on voulait ironiser sur la chose, qu’il faudrait les inventer si le SPLC ne nous les fournissait pas.

Il apparaît évident que le mouvement actuel, de ce point de vue du développement des groupes armés et des milices, n’a rien de commun avec celui qu’on a connu dans les années 1990. A cette époque (les années 1990), ces groupes semblaient constituer un décalage apparent avec le développement général de la puissance US, considérable et hégémonique, extrêmement postmoderniste, globalisée, etc., au point que l’expression d’“‘hyperpuissance” lui fut appliquée par Hubert Védrine en 1998. En un sens, ces groupes semblaient alors comme une résurgence inutile du passé, un combat d’arrière-garde pour une Amérique qui semblait ne plus devoir exister. Aujourd’hui, au contraire, ils apparaissent comme les enfants naturels de la crise, au point où l’on se prendrait à observer que leur (ré)apparition s’est faite bien attendre.

On a rarement assisté à la mise en place générale, aussi précise et aussi complète dans tous ses aspects, d’une situation avec une telle potentialité explosive puis révolutionnaire. Le cap de la crise initiale (15 septembre 2008) est désormais complètement passé et l’on est entré dans une nouvelle crise, – sociale, politique, éventuellement à finalité déstructurante des USA (sécessionniste ou autre). Les USA deviennent peu à peu (en réalité, très, très vite si l’on mesure la chronologie) le centre explosif principal de la crise générale que nous affrontons. La plus complète logique est ainsi respectée, puisque les USA constituent l’impulsion originelle et le moteur constant de cette même crise. Le cycle extension-contraction est en train d’atteindre son terme, avec une extension générale de la crise qui s’est développée pour atteindre son apogée le 15 septembre 2008, et qui se développe désormais en une contraction explosive en revenant vers le cœur même de la puissance qui en est la génitrice.

Inutile, là-dessus, de faire quelque hypothèse de plan, quelque scénario que ce soit sur le rôle de ces groupes, sur le cadre où ils vont évoluer, s’ils vont jouer un rôle ou pas, etc. L’impact psychologique de leur réapparition et de leur développement suffit amplement à en faire, d’ores et déjà un phénomène important. Pour le reste, la façon dont se fera la conflagration et quelle place ils y tiendront, s’ils en tiennent une, – cela fait partie de la spéculation gratuite et d’un intérêt assez moyen. De ce point de vue, tout est possible et rien n’est assuré, – sinon une issue qui va bouleverser notre vision du monde.


Mis en place le 3 mars 2010 à 13H04