Les Kurdes au risque du PC

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Les Kurdes au risque du PC

 

Le premier texte ci-dessous, après notre présentation et nos commentaires, nous dit des choses intéressantes. Après tout lorsque l’auteur nous parle, à propos des gens (en général de confession musulmane, mais n’en parlons pas trop) qui avaient rejoint Daesh-1 et qui rejoindront Daesh-2 (puisqu’il s’agit bien de cela), de tels opprimés rejoignant ce qui est défini en théorie comme « un projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », ce n’est pas si mal parlé. Cela pourrait même s’appliquer au Gilets-Jaunes (qui ne sont pas tous de confession musulmane, mais n’en parlons pas trop). Enfin, il y a des choses de ce genre dans ce texte, qui méritent considération et même approbation.

On retiendra la façon tranchée et justifiée avec laquelle est condamnée l’interventionnisme américaniste (et cela en pleine activité avant Trump, – soit GW Bush et Obama, – Trump montrant désormais plutôt une tendance au freinage sinon au désengagement). Notons les phrases significatives : 

« L’ingérence américaine et ses retraits successifs inconscients des territoires investis sont les deux mamelles de la diplomatie américaine et n’ont eu de cesse de provoquer le chaos. » [...]
« Et force est de constater que les annonces successives, depuis des années, du départ des soldats américains de zones de conflit perpétuelles, cycliques ou ponctuelles, de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Syrie ou la Libye, ne font que favoriser le retour de la menace puissance dix. »

Tout cela, pour nourrir un texte qui nous annonce :

1) le chaos total dans la zone kurde qui est l’objectif de l’invasion turque, avec la suggestion qu’il pourrait bien y avoir un massacre des Kurdes en conséquence ;

2) l’émergence très probable sinon acquise d’un Daesh-2, puisque les Kurdes ne pourront plus remplir leur « rôle de geôliers bien confortables pour nous. Mais sans moyen et abandonnés par les Occidentaux, les camps de combattants étrangers, comme de femmes et d’enfants et mineurs livrés à eux-mêmes, venus rejoindre la terre de Chams depuis cinq ans étaient devenus des mourroirs. Ils pourraient devenir des accélérateurs pour accéder au paradis

Or, que se passe-t-il d’autre qui aurait dû être mentionné et analysé dans dans ce même texte, et qui ne l'est pas ?

1) Pas un seul mot des Russes, qui ont tout réglé dans cette affaire comme la chose apparaît de plus en plus évidente, qui pénètrent dans la zone kurde avec bénédiction sinon prière des forces US qu’ils remplacent, qui sont prêts à soutenir les forces syriennes et kurdes avec un appui-air si nécessaire, qui ont déjà mis en place un système de contrôle aérien (sorte de “no-fly-zone”) avec un premier F-16 turc qui, aventuré dans ces airs contrôlés, a dû prendre la fuite devant l’arrivée d’un patrouille de Su-27 russes. 

2) Quelques mots sont dit des forces syriennes, sous la forme d’expression englobant les lettres “b-a-c-h-a-r” sous la forme d’un nom ou d’un composé, et dans les quatre cas suivants qui suggèrent que ces forces pourraient bien être des massacreuses en puissance des Kurdes : 
• « Les Kurdes syriens des YPG sont dans une mauvaise passe et les sacrifiés de l’histoire immédiate, coincés entre le marteau turc et l’enclume bachariste, leur ancien ennemi avec qui ils viennent toutefois de conclure un accord pour survivre » ;
• « Car non seulement, c’est faire le jeu d’une Turquie, déjà accusée depuis 2014 de faciliter les choses à l’État islamique, pendant que nous nous battions à la fois contre lui [l’EI] malgré l’écran de fumée bachariste qui commettait tout autant de crimes humains contre sa propre population » ;
• « Deuxièmement, la déstabilisation du nord de la Syrie renvoie autant la question du sort non réglé de Bachar el Assad que l’agressivité sans limite de la politique néo-ottomane d’Erdogan » ;
• « Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? »

... Peut-on justifier sérieusement un tel jugement, sur la situation syrienne : « La Syrie, restabilisée après l’effondrement de Daech 1 en 2018, pourrait, avec la nouvelle décision suicidaire du président américain, rebasculer dans le chaos. Et le Rojava, pour les Kurdes des YPG qui ont été nos alliés indéfectibles dans ce combat contre l’hydre djihadiste, disparaître purement et simplement, abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde » ? L’auteur, spécialiste des questions de terrorisme, et Daesh précisément, a-t-il examiné cet aspect des choses ci-après, ou bien les a-t-il seulement à l’esprit ?

1) l’action contre Daesh et les autres djihadistes, exceptionnellement efficace, des Russes (depuis septembre 2015) et de l’armée syrienne (Assad, please) rétablie dans des capacités opérationnelles également exceptionnelles dès cette époque ; et aussi, l’action des Iraniens, nullement mentionnés dans le texte, et du groupe Hezbollah, inscrit aux abonnés absents sinon pour être qualifié de terroriste par les États-Unis et leurs suiveurs-zombies du bloc-BAO. Tout le monde informé, et notre auteur par conséquent, ne devrait-il pas savoir que ces diverses forces ont assuré largement, disons 80% de la destruction de Daesh, tandis que la “coalition”, essentiellement au service des USA, ne semblait avoir comme mission essentielle que de contrecarrer l’action des susdites diverses forces ci-dessus, et de répéter en chœur “Assad Must Go” ?
2) la situation des Kurdes aujourd’hui, « abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde » ? Comment peut-on émettre une telle affirmation, tout comme de qualifier de “suicidaire” la décision de Trump, dont le contingent n’avait aucune capacité de résister aux Turcs, ses alliés de l’OTAN, et de trancher que tout va “rebasculer dans le chaos” ? Comment peut-on avancer que « l’armée turque [va] régler le sort des Kurdes » alors que les Kurdes sont désormais sous la protection de l’armée syrienne et sous l’ombrelle aérienne des Russes ? N’y a-t-il pas une certaine contradiction, née d’une passion outrancière qui brouille le jugement et cloisonne les choses pour vous protéger des contradictions, entre “massacre” et “protection”, dans ces deux phrases successives : « Que dire aussi de ceux qui vont regarder inconscients le massacre des Kurdes par un pays non arabe et indirectement complice des Occidentaux ? Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? »
3) La phrase de conclusion, qui suit les deux phrases précédentes, – « Merci, Monsieur Trump, pour l’apocalypse annoncée », – nous paraît un peu courte et un peu leste. Il y aurait d’autres personnes à consulter, de Bush à Obama, de Blair à Fabius, de madame Clinton à la maison des Saoud, et tant d’autres, et tant d’autres, qui firent bien mieux que The-Donald.

Et ainsi de suite... Certes, ce texte, répétons-le, a des aspects intéressants, et il en aurait encore bien plus s’il s’était attardé à la phrase cité en premier lieu. Ce « projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », ce n’est certainement pas Daesh, que ce soit le n°1 ou le n°999 ; parce que, d’une part, Daesh est essentiellement une création financée et armée du conglomérat USA-Arabie, champion de ce « monde uniformisé et occidentalo-centré », comme toutes les activités djihadistes depuis la lumineuse idée de Brzezinski, de juillet 1979, d’activer contre l’URSS en Afghanistan une guérilla djihadiste (c’était alors les moudjahidine, ou “freedom fighter” selon la traduction-Reagan, financés et équipés par la CIA et l’Arabie) ; parce que, d’autre part, il n’y a pas que les musulmans-djihadisés à être ces « individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel », – il existe même nombre de “mâles blancs de plus de 50 ans” qui sont dans ce cas...

Mais nous comprenons fort bien ce qui se passe. Les phrases employées dans le texte pour désigner le gouvernement légal de la Syrie, son président et son armée (“enclume”, “écran de fumée”, “sort non réglé”, “seul allié... ancien ennemi”) ressortent totalement du langage PC (Politiquement-Correct, et non Parti-Communiste, quoique...). Ces expressions, employées par un universitaire, pourraient l’être par une Catherine Fourest, un Cyril Hanouna, un Romain Goupil, un Laurent Fabius, c’est-à-dire tous ces personnages du show-business et de l’entertainment touchés par l’affectivisme et par le goût de marcher droit comme d’autres le sont par la Grâce. Elles le sont aussi par des personnalités qui font œuvre sérieuses et même “scientifiques”, où paraît-il l’objectivité est de rigueur, – mais la rigueur “objective” dans ce cas est bien celle des exigences-PC, qu’elles soient consciemment assumées ou inconsciemment acceptées.

Outre ce que ces expressions “fortes” nous disent de la force de caractère des personnes en question, de leur probité intellectuelle et de quelques autres traits de cette sorte, elles conduisent nécessairement à des analyses complètement faussaires à partir de problèmes fondamentaux qui sont souvent correctement identifiés, en faisant de leurs utilisateurs même de très haute compétence technique des complices avérés même si inconscients pour certains. Elles sont des constituants puissants de la tragédie d’inversion qui affecte l’intelligence occidentale et, d’une façon plus générale, la modernité et la civilisation qui s’en réclame. Elles sont des signaux très-forts (au contraire des “signaux-faibles” par quoi on reconnaît la possibilité d’une radicalisation d’un individu plus ou moins barbu et ainsi de suite) qui indiquent la certitude de la montée au paroxysme de la GCES, cette crise de l’effondrement accéléré du Système qui s’est fondé sur l’outil du suprémacisme anglo-saxon, qui s’alimente à l’utilisation extensive du simulacre, et qui entend embrigader sous ses couleurs arc-en-ciel toutes les communautés de toutes les couleurs possibles dans le but d’une homogénéisation générale, ce fameux « monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel » dont nous étions avertis bien des décennies avant l’apparition fantomatique et programmé de Daesh-1.

Après le texte (sur RT-français le 14 octobre), qui a été l’objet du commentaire ci-dessus, de Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, auteur de Daech la suite (éditions de l’Aube), nous plaçons le texte de The Moon of Alabama (MoA) du 16 octobre 2019 (voir une version française sur Le Sakerfrancophone) donnant un compte-rendu complet de la situation dans la région kurde de Syrie. Le titre original de Boussois est : « La malédiction kurde et le sacrifice de l’Histoire : Daesh 2 est en marche » ; le titre original de MoA est : « How The Win-Win-Win-Win Plan For Syria's Northeast Succeeds ». On mesurera le contraste entre les deux.

dedefensa.org

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Daesh-2 est en marche

Les Kurdes syriens des YPG sont dans une mauvaise passe et les sacrifiés de l’histoire immédiate, coincés entre le marteau turc et l’enclume bachariste, leur ancien ennemi avec qui ils viennent toutefois de conclure un accord pour survivre. L’ingérence américaine et ses retraits successifs inconscients des territoires investis sont les deux mamelles de la diplomatie américaine et n’ont eu de cesse de provoquer le chaos.

La métaphore pourrait faire sourire, si elle n’avait pas des conséquences dramatiques dans les terrains que les Américains, lassés de situations inextricables, préfèrent déserter militairement que trouver des solutions politiques durables. Et force est de constater que les annonces successives, depuis des années, du départ des soldats américains de zones de conflit perpétuelles, cycliques ou ponctuelles, de l’Afghanistan à l’Irak en passant par la Syrie ou la Libye, ne font que favoriser le retour de la menace puissance dix.

Et les Kurdes sont bien les sacrifiés de la grande Histoire. Car la nature a horreur du vide et l’internationale djihadiste, même affaiblie, va ressurgir avec plus de violence encore et de détermination. Damas et Ankara auront au moins un temps un ennemi commun. L’histoire du djihadisme depuis quarante ans l’a prouvé : il profite des failles identitaires et des dissensions géopolitiques régionales des États. Nous finissons parfois par ne même plus savoir qui doivent être nos alliés pour défaire nos ennemis, à supposer que les premiers ne soient pas aussi finalement les seconds. Maintenant ou demain. Après 18 ans de guerre, et le déplacement de GI’s américains sous Obama, l’Afghanistan n’a jamais été autant sous contrôle des Talibans, et les négociations et discussions récentes sous égide qatarie entre Américains et islamistes ont une fois encore achoppé. L’Irak n’est pas à l’abri d’un nouveau basculement et la force des milices chiites pro-iraniennes n’a pas fini de jouer la carte de la déstabilisation, soutenu par un Iran en crise. La Syrie, restabilisée après l’effondrement de Daech 1 en 2018, pourrait, avec la nouvelle décision suicidaire du président américain, rebasculer dans le chaos. Et le Rojava, pour les Kurdes des YPG qui ont été nos alliés indéfectibles dans ce combat contre l’hydre djihadiste, disparaître purement et simplement, abandonné par les Occidentaux, les Nations unies, les Américains et le monde. Un communiqué laconique du 7 octobre du coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie se contentait de constater : «Nous nous préparons au pire. Nous ne savons pas ce qu'il va se passer.» 

Auréolée d’un fort prestige à l’international, la cause kurde a toujours touché le monde pour sa résilience unique. Particulièrement celle des combattants révolutionnaires kurdes de Turquie qui se battent depuis des décennies pour leur indépendance alors que l’étiquette de terroristes n’a de cesse de leur coller à la peau depuis qu’Ankara les as estampillés comme tels et enfermé en prison leur leader charismatique Abdullah Öcallan. Par peur de la contagion, Ankara s’est toujours méfié des Kurdes syriens à ses frontières. Malgré tout, et alors que leurs voisins ont obtenu davantage d’autonomie, ils ont résisté coûte que coûte et continuent à représenter pour la Turquie une menace existentielle. Alors qu’ils disposent d’une certaine autonomie dans le nord de la Syrie et au Kurdistan irakien, la peur d’une création ex-nihilo d’une zone internationale kurde pouvant regrouper les trois entités auto-proclamées indépendantes n’a jamais été toléré par le pouvoir turc. Or, l’invasion du nord de la Syrie, évacué des Américains, par l’armée turque représente un danger bien plus grand pour la région que pour la simple Turquie erdoganiste. Et pour le monde.

Car premièrement, c’est lancer un bien mauvais signe à des alliés qui nous ont aidé par la force et la détermination des Pechmergas à éradiquer Daech 1 et ne favoriser que l’émergence d’un Daech 2. La réaction de Donald Trump minorant le rôle des Kurdes dans l’effondrement de l’Etat islamique et surjouant le génie américain et l’excellence et satisfaction du travail bien accompli est la preuve que ces derniers n’étaient que des pions coincés entre des intérêts impériaux divergents : «We did our job perfectly», tweetait le président américain le 10 octobre 2019. Dans le même temps, laisser l’armée turque régler le sort des Kurdes pose un cas de conscience universelle que les Nations unies porteront longtemps comme un fardeau de complicité et de lâcheté dans un monde ou le multilatéralisme s’effondre. Car non seulement, c’est faire le jeu d’une Turquie, déjà accusée depuis 2014 de faciliter les choses à l’Etat islamique, pendant que nous nous battions à la fois contre lui malgré l’écran de fumée bachariste qui commettait tout autant de crimes humains contre sa propre population.

Deuxièmement, la déstabilisation du nord de la Syrie renvoie autant la question du sort non réglé de Bachar el Assad que l’agressivité sans limite de la politique néo-ottomane d’Erdogan. Turquie toujours membre de l’OTAN donc manifestement alliée tout de même à l’administration américaine.

Troisièmement, les Kurdes jouaient le rôle de geôliers bien confortables pour nous. Mais sans moyen et abandonnés par les Occidentaux, les camps de combattants étrangers, comme de femmes et d’enfants et mineurs livrés à eux-mêmes, venus rejoindre la terre de Chams depuis cinq ans étaient devenus des mourroirs. Ils pourraient devenir des accélérateurs pour accéder au paradis. Les camp d’Al Hol et de Derik, sont devenus le symbole et un exutoire confortable, notamment pour les gouvernements européens incapables de prendre leurs responsabilités afin de rapatrier leurs concitoyens radicalisés pour les juger sur leurs propres sols. Sans compter les centaines d’enfants nés en Syrie dans le malheur, qui n’ont rien demandé à personne et qui sont élevés dans la haine des mécréants dès leur plus jeune âge. Tant de familles européennes ont exigé en vain leur retour pour essayer de les sauver. Au pire, les plus faibles, femmes et enfants, risquent la mort face aux attaques turques. Au mieux, les plus vaillants des camps de Roj, Aïn Issa et Qamishli s’enfuiront pour poursuivre leur combat et essayer de rejoindre Idlib, l’actuel bastion d’irréductibles djihadistes.

Quatrièmement, la déstabilisation en cours dans le nord de la Syrie renvoie désormais aussi à ceux qui se satisfaisaient de la chute de Rakka le parfum d’un doute sur leurs profondes convictions matinées de naïveté lorsqu’ils brandissaient le drapeau de la liberté pendant que le noir et blanc était enterré… provisoirement. Alors Daech est mort, vive Daech ? Non puisque le Rojava kurde sur le point de s’effondrer va rouvrir une brèche, que le chercheur belge Rik Coolsaet considère comme une fenêtre d’opportunité pour reprendre la lutte.

Un rapport du conseil de sécurité des Nations unies estimait déjà le 15 juillet 2019, que, en tout et pour tout, près de 30 000 combattants de Daech 1 étaient emprisonnés ou s'étaient évaporés dans la nature en Syrie et en Irak : «Parmi ceux qui se sont rendus au prétendu "califat", 30 000 pourraient être encore en vie et leurs projets resteront une préoccupation au niveau international dans les années à venir. Certains rejoindront peut-être Al-Qaïda ou d’autres groupes terroristes qui pourraient apparaître. D’autres deviendront des dirigeants ou des agents de radicalisation, notamment dans les prisons s’ils sont effectivement poursuivis en justice par des États membres qui ne sont pas en mesure de faire face à ce problème dans leur système pénal.» Voilà qui est prometteur pour notre sécurité, alors même qu’une bonne partie d'entre eux pourraient au moins croupir dans nos prisons plutôt que d'être dispersés. Or, depuis la chute de Rakka le 18 octobre dernier 2018, les appétits comme la détermination des djihadistes enfermés dans les camps tenus par les Kurdes n’attendaient que la fuite pour reprendre les armes ou la mort en martyrs. Les camps du Kurdistan syrien n’étaient qu’une zone de transit pour des milliers de combattants qui rêvaient aussi de rejoindre d’autres terres de djihad.

Enfin, de nouvelles vocations sont déjà en train d’émerger dans l’inconscient djihadiste universel. Car certains n’osaient franchir le cap et il est plus que probable que dans la tête de milliers de jeunes à la dérive, un fort sentiment de frustration, de haine et de déception se soit emparé de leur esprit depuis la chute de Daech 1, a eu le temps d'essaimer par un phénomène de franchises dans plus de 40 pays. Pire : l’Etat islamique, qui a survécu plus que vécu trois ans, pourrait rapidement basculer dans le registre des grands mythes du monde arabo musulman qu’il faut ressusciter à tout prix contre l’arrogance et la folie occidentale. Quels que soient les moyens, quelle que soit la durée. Car une idéologie ne meurt jamais. Elle se diffuse de manière insidieuse et ne peut plus être arrêtée. Comme un virus sans remède adéquat. Le projet de Califat sur la Syrie et l’Irak n’était pas un projet nihiliste. C’était un projet effroyable, mais c’était un projet de résistance et de vengeance pour des milliers d’individus humiliés, détruits, lessivés dans un monde uniformisé et occidentalo-centré devant l’éternel : pour le moment on parle d’une armée potentielle de 12 000 âmes et … 120 000 sympathisants prêt à ressusciter le califat. Que dire aussi de ceux qui vont regarder inconscients le massacre des Kurdes par un pays non arabe et indirectement complice des Occidentaux ? Pourquoi ne doit-il plus rester comme seul alliés des Kurdes que l’armée de Bachar el Assad, leur ancien ennemi, avec qui ils viennent de conclure un accord de protection ? Merci, Monsieur Trump, pour l’apocalypse annoncée.

Sébastien Boussois

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How The Win-Win-Win-Win Plan Succeeds 

The Syrian and Russian operations in the northeast of Syria are going well.

Russian troops prevented attempts by Turkish supported Jihadis to attack Manbij. Russian and Syrian units now also entered Ayn al-Arab/Kobani. Syrian government troops took control of the electricity producing dam in Tabqah and some units set up posts in Raqqa. Other units entered the Conoco and Al-Umar oil fields north of Abu Kahmal and east of Deir Ezzor. Some local tribe which profited from the oil explorations there held a small protest against the return of government control.

The Turkish controlled Jihadis made little progress. Mostly Kurdish fighters are preventing them from expanding from the area they are informally allowed to hold. The Turkish command has called up more irregular 'rebel' troops including Jihadis from Jaish al-Islam who had once controlled Ghouta in the east of Damascus. They had been transported to Idleb after their defeat. A  video  shows them on a bus traveling through Turkey to reinforce the Turkish attack.

The Russian air force in Syria is preventing the use of the Turkish air-force in support of the Turkish attacks. Yesterday a Turkish F-16 entered Syrian air space but retreated when some Russian fighters appeared to hunt for it.

The U.S. is continuing its retreat from northeast Syria. Yesterday a video by a Russian journalist showed the inside  of one of a camps  that U.S. troops had hastily left. There was still food on the table and the Cokes in the fridge were still cold. The view was a bit embarrassing. Today the U.S. bombed a U.S./French military base in Kharab' Ashaq near the Lafarge cement factory shortly after its troops had left it. The likely intent was to prevent more embarrassing pictures.

Turkey still insists on a corridor of some 20 kilometers depth to prevent a PKK build up in the area near its border. At that depth Turkey would occupy the M4 highway which is a main economic corridor in the northern area. Under the  Adana agreement  from 1998 Turkey is allowed to make temporary incursions at the border up to a depth of 5 kilometer to fight any PKK concentration. Anything beyond that infringes on Syria's sovereignty and can not be tolerated.

Under the same treaty Syria is obligated to prevent any PKK camps or training areas in Syria. The U.S built 'Syrian Democratic Forces' are nothing but the PKK with a few drafted Arabs mixed in. The SNC will soon be dissolved into the Syrian Arab Army and the autonomous Kurdish administration will be removed. All that will alleviate the Turkish concerns and remove its justification for any occupation of Syrian land.

The mainstream borg is up in arms that Turkey uses Jihadis to attack their beloved anarcho-marxist PKK terrorists group. They have conveniently forgotten the history of the U.S. war on Syria, its  arming of those Jihadis  and its pampering of al-Qaeda.

The U.S. did not betray the Kurds any more than it betrayed Turkey and the Jihadis which the Obama administration armed throughout the war. Those were also U.S. 'allies' that were left hanging. Raina Khalek made a good video narrative  that debunks much of the false Syria narrative the main stream media is now using.

To prevent Congress from putting harsh sanctions on Turkey, President Trump issued his own milder ones that will not do any harm to Turkey's economy. He has also sent Vice President Pence to talk with President Erdogan. It is just a bit of show to limit the fall out from the Turkish operation.

Everyone involved recognizes that this is a win-win-win-win situation. Erdogan could show that he was fighting against the PKK terrorists and prevented their attempts to become a proto-state. Trump could hold his campaign promise of removing U.S. troops from useless foreign interventions. Syria regained its northeast and the important economic resources of that area. Russia gained global prestige and additional influence in the Middle East.

Everyone is happy but the PKK Kurds. They are the  biggest losers  of this game but only in the sense that they are back to where they started. They had entered into a cooperation with the U.S. to eliminate ISIS. When that was done they got greedy and tried to rule over Arab land. It was always an unsustainable situation. After the defeat of ISIS the U.S. had no strategic reason to further pamper them. Only some wannabe imperialists in Washington DC and in Israel were urging to continue the relation.

There are signs that the series of events was preplanned and somewhat coordinated. There were intensive talks between Russia and Turkey and many phone calls between Trump and Erdogan. There were also talks we do not know about. Syrian and Russian troops were ready to enter the northeast.

It is likely that the plans of these actors extend beyond the northeast and include a solution for the Jihadi controlled Idleb governorate. It will be the next area where some surprising co-operations are likely to happen.

Added: This Trump  answer  to a question about Syria makes much sense.

The Moon of Alabama