Le tsunami de l’US. Navy

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Robert Gates a annoncé plusieurs recommandations de nomination importantes, qui affirment une extraordinaire prééminence de l’U.S. Navy dans les grands commandements structurels à forte implication politique des forces armées US. Une dépêche BBC.News du 18 mars, notamment, donnent les indications à cet égard.

• L’amiral James Stavridis, qui commande Southern Command (la zone de l’Amérique Latine) est recommandé comme nouveau commandant en chef de European Command et nouveau commandant en chef suprême en Europe (SACEUR, chef militaire de l’OTAN) en remplacement du général de l’U.S. Army John Craddock. Cette recommandation est un événement, notamment dans la mesure où Stavidris est le premier amiral pour ce poste, qui va traditionnellement depuis un demi-siècle à l’U.S Army (le plus souvent) et à l’USAF (à deux reprises, en 1958 et en 2000). BBC.News note: «But correspondents say appointing an admiral as the alliance prepares to step up its ground war in Afghanistan may cause concern in some quarters.»

• L’amiral Robert Willard, actuellement chef de la Flotte du Pacifique, est recommandé pour devenir commandant en chef de la zone Pacifique (PacCom). C’est là aussi une réaffirmation de la prééminence de l’U.S. Navy, dans un poste de contrôle stratégique essentiel, qui est partagé traditionnellement par la Navy et l’USAF.

• L’amiral Mullen est recommandé pour un nouveau terme (deux ans) à la tête du Joint Chief of Staff, qui contrôle toutes les forces armées.

Ces recommandations complètent un dispositif des grands commandements qui assure une énorme prépondérance à l’U.S. Navy, notamment par l’importance stratégique et politique des commandements qui lui reviennent. La nomination probable de Stavidris rétablit un équilibre politique cher à Gates, qui avait été rompu avec la démission il y a un an de l’amiral Fallon de la direction de Central Command, et son remplacement par le général Petraeus. Stavidris devrait jouer un rôle essentiel dans le conflit de l’Afghanistan, à cause de l’implication de l’OTAN, et marquera d’autant Petraeus, qui a l’Afghanistan dans sa zone de responsabilité. Petraeus, homme “de compromis” qui connaît ses intérêts, s’est largement rallié à la politique de l’administration Obama après avoir été “l’homme de Bush” en Irak, mais il sera de cette façon encore mieux “encadré”.

Le maintien de Mullen est également un point très important. C’est le renouvellement d’une équipe (Gates-Mullen) qui a travaillé depuis deux ans à l’apaisement des tensions au sein de l’appareil militaire, et à une politique de réduction radicale de la politique belliciste de l’époque Bush. Gates-Mullen ont joué un rôle capital dans le désamorçage de toute tentative d’attaque contre l’Iran de la partie extrémiste de l’administration Bush.

D’une façon plus générale, ces recommandations renforcent un dispositif général, voulu par Gates avec le soutien d’Obama, qui tend à confirmer l’orientation de la hiérarchie militaire vers une politique systématique d’apaisement. La nomination éventuelle de Stavidris à l’OTAN semble impliquer notamment que la recherche d’un arrangement en Afghanistan sera privilégiée sur la poursuite maximaliste de la guerre. Elle indique que les relations entre les USA et l’Europe ne sont certainement pas une priorité au niveau militaire et stratégique pour l’administration Obama, qu’elles doivent plutôt être traitées au niveau diplomatique et économique.

On ajoutera à ces recommandations le rappel que c’est également un amiral (à la retraite), l’amiral Dennis Blair, qui tient la tête du renseignement US comme Director of National Intelligence (DNI). L’U.S. Navy est devenue, au sein de l’establishment washingtonien, la grande force militaire de stabilisation et de remise en ordre après l’époque GW Bush. Cette situation renforce également, par le biais de bons rapports entre le pouvoir civil et la direction militaire au travers de la prépondérance de l’U.S. Navy, la stabilité politique, la “loyauté” du pouvoir militaire vis-à-vis du pouvoir civil en temps de crise. Sont confirmées d’une façon générale les diverses orientations constatées, d’un changement de la politique de sécurité nationale, vers un certain apaisement, toute l’attention étant désormais portée à la crise économique et à ses conséquences.

Il s’agit aussi, la chose étant considérée d'une façon plus structurée, de la confirmation de ce que nous nommons la “contraction” de la politique de sécurité nationale des USA. Que l’U.S. Navy y participe d’une façon aussi prépondérante est tout à fait logique; il s’agit d’une arme traditionnelle puissante, très stable, qui assure certes le contrôle des mers mais qui reste très centripète, très liée par orientation stratégique au centre national et géographique du pouvoir US, et d’une façon historique un service de tradition isolationniste.


Mis en ligne le 19 mars 2009 à 06H26