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• John Mearsheimer évalue les effets de la guerre entre l’Amérisraël et l’Iran sur quelques puissances hors-Occident : Russie, Chine, Inde. • Difficile de s’en bien sortir, pense l’Inde, face à “l’éléphant sauvage” (les USA).
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John Mearsheimer, professeur à l'Université de Chicago et co-auteur de ‘The Israel Lobby and US Foreign Policy’, est l’un des commentateurs les plus écoutés et les plus sollicités sur les événements actuels. Homme pondéré et de grande importance, plutôt de type-Mercouris, – il ne se laisse pas emporter par les théories grandiloquentes sur le “comment ?” et le “pourquoi ?” de tous les complots et manipulations sans nombre de notre folie présente. Néanmoins, il reconnaît bel et bien qu’il s’agit d’une folie, et il n’est pas le dernier pour s’exclamer à ce propos. Dans cette folie, il reconnaît un acteur principal, – et ainsi nous est-il possible de justifier notre titre :
« Les États-Unis sont comme un éléphant sauvage : si vous vous approchez trop d'un éléphant sauvage, il risque de vous piétiner. »
Invité à l’émission ‘New World Order’ de RT, sans craindre les possibles excommunications des divers censeurs antirusses, Mearsheimer a surtout envisagé les effets de l’actuelle guerre contre l’Iran sur les grands acteurs non-occidentaux. Il cite essentiellement la Russie, la Chine et l’Inde dans son évaluation des effets, que ce soit les effets politiques et économiques.
• La Russie est « la grande gagnante » dans ce conflit, selon ce qu’on peut en juger pour l’instant. Augmentation des diverses ressources énergétiques, appréciable réduction des sanctions US, mouvement discret mais général pour la restauration des liens avec la Russie, position beaucoup plus confortable d’un point de vue juridique et moral dans le monde entier.
• La Chine est également « gagnante », mais dans une mesure moins nette que dans le cas de la Russie. De toutes les façons, les deux puissances ont eu une attitude politique et stratégique de soutien direct à l’Iran qui s’avère de plus en plus favorablement considéré.
• L’Inde est, elle, « la grande perdante ». Elle essuie de plein fouet les conséquences énergétiques et économiques du conflit, avec un grave risque d’inflation. Qui plus est, l’Inde avait amorcé, peu avant le conflit, un tournant favorable aux États-Unis et à Israël. Elle en paye le prix.
« “La seule question pertinente à l'heure actuelle est de savoir à quel point l'Inde va perdre.”
» “C'est une très mauvaise nouvelle pour l'Inde. Il ne fait aucun doute que tous les Indiens comprennent que cette guerre est désastreuse pour leur pays”. [...] Selon Mearsheimer, Trump et Israël croyaient en une victoire rapide et décisive, et les pays du Golfe, ainsi que l'Inde, ne voyaient pas non plus une guerre longue. “Par conséquent, l'Inde n'a pas protesté. Les États du Golfe n'ont pas protesté”. »
Mearsheimer note d’autre part que plusieurs pays des BRICS, – comme les trois susnommés certes, – se trouvent dans des positions très délicates, tel l’Indonésie en plus de l’Inde. Comme l’Inde, ils sont restés prudents vis-à-vis de l’Iran, et ils n’ont ainsi mis qu’une chose en évidence : les BRICS, à laquelle l’appartenance de l’Iran leur faisait un devoir de solidarité, n’ont aucune chance de prévaloir s’ils s’en tiennent à une politique de coopération et d’intégration économiques, sans aucune posture concurrente sinon agressive, dans tous les cas stratégique, vis-à-vis du bloc-BAO.
Certes, la Russie et la Chine font aussi partie des BRICS et ils ont eux-mêmes promu, dans ce cadre spécifiquement, cette attitude qui repousse les engagements politiques et stratégiques. Mais ils ont d’autre part, notamment par l’OCS, des liens stratégiques avec l’Iran qui est un pays essentiel pour eux deux, et ils évoluent vers la compréhension que les USA ne peuvent être considérés comme un pays “normal”, mais bien comme une puissance agressive dans tous les horizons et les occasions, effectivement le déchaînement d’ “un éléphant sauvage”. Les événements les poussent, sinon les forcent à comprendre cela.
Pour l’Inde et les autres, la guerre contre l’Iran et la façon dont elle se déroule sont une rude leçon. Le gouvernement Modi va devoir se justifier, même si Mearsheimer juge que la politique avec des tendances pro-américaines de Modi se justifie ; – ou plutôt se justifiait-elle, et désormais ne se justifie plus. L’inde va devoir choisir “son camp” de façon plus hardie et plus vigoureuse, même si une proximité avec Israël satisfait/satisfaisait son hostilité vis-à-vis des musulmans du fait de l’antagonisme avec le Pakistan.
Si Mearsheimer ne s’attarde pas à cette question, il est certain que les BRICS, s’ils veulent continuer à exister, vont eux aussi, collectivement, devoir réviser certaines orientations et la forme de leurs relations. Ce sera une sévère revue de détail. La même démarche s’impose pour les pays du Golfe, selon ce qu’il en restera après cette guerre, selon ce que sera cette sorte d’“après-guerre”, – si nous sommes encore là pour écouter les descriptions colorées des stratèges des complots venus du “Big-Bang” qui n’a pas eu lieu.
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La Russie est la « grande gagnante » de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, a déclaré John Mearsheimer, expert en relations internationales, sur le plateau de l'émission New Order de RT.
Mearsheimer, professeur à l'Université de Chicago et co-auteur de « The Israel Lobby and US Foreign Policy », a ajouté que l'Inde risque d'être « la grande perdante » de ce conflit au Moyen-Orient, malgré ses bonnes relations avec toutes les parties.
« La grande gagnante, c'est la Russie », a affirmé Mearsheimer, faisant référence à la levée des sanctions sur le pétrole et le gaz russes par le président américain Donald Trump.
Concernant la stratégie diplomatique de New Delhi face à l'escalade du conflit, Mearsheimer a déclaré : « La seule question pertinente à l'heure actuelle est de savoir à quel point l'Inde va perdre. »
« C'est une très mauvaise nouvelle pour l'Inde. Il ne fait aucun doute que tous les Indiens comprennent que cette guerre est désastreuse pour leur pays », a-t-il ajouté. Selon l'expert, les principaux points faibles de New Delhi sont l'inflation, le coût du gaz, des engrais et la production alimentaire.
Selon Mearsheimer, Trump et Israël croyaient en une victoire rapide et décisive, et les pays du Golfe, ainsi que l'Inde, ne voyaient pas non plus une guerre longue. « Par conséquent, l'Inde n'a pas protesté. Les États du Golfe n'ont pas protesté », a-t-il ajouté.
New Delhi n'a pas condamné l'assassinat américano-israélien du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, préférant présenter ses condoléances ultérieurement.
Concernant la complexité des relations avec l'administration Trump, Mearsheimer a déclaré que l'Inde avait fait un travail honorable. « [Le Premier ministre Narendra] Modi est conscient du danger de se rapprocher trop des États-Unis », a-t-il affirmé. « Les États-Unis sont comme un éléphant sauvage : si vous vous approchez trop d'un éléphant sauvage, il risque de vous piétiner. »
Il a déclaré que les pays qui ont le plus profité de la guerre en Iran sont « clairement la Russie et la Chine, et toutes deux sont membres des BRICS. Mais en même temps, je pense que beaucoup de pays des BRICS vont être durement touchés. L'Inde en fait partie. L'Indonésie pourrait en être un autre. »