Le G20, le sort du monde et la situation de l’emploi au trésor US

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Hier 11 mars, dans divers organes de presse respectables de la place londonienne, nous entendîmes les gémissements variés de Sir Gus O’Donnell, dit Sir Gus, chef du “civil service” britannique. Ces gémissements, issus d’un compte-rendu d’une réunion où Sir Gus s’adressait à des représentants du susdit “civil service”, ont permis de mesurer la détresse où se trouvent les Britanniques dans leur tâche de préparation du G20. On craint même une “crise” avec les USA. La cause? Principalement ceci que le département du trésor, à Washington, ne répond pas au téléphone…

Voici comment le Guardian (le 11 mars) nous expose les interventions de Sir Gus:

«Sir Gus O'Donnell, head of the UK civil service, said the US treasury secretary, Tim Geithner, had told him there was no one in the US treasury department because of delays in appointing a new administration. “There is nobody there,” he told a civil service conference in Gateshead. “You cannot believe how difficult it is.”

»Sir Gus made his remarks in defence of a permanent civil service, pointing out that he had known Geithner for many years, but had been unable to get decisions from the administration. The lack of a heavyweight US treasury administration nearly two months after the inauguration is especially alarming at a time of global economic meltdown. […] Sir Gus criticised the US system of new administrations appointing their own senior civil servants, saying it would be “absolute Madness” to introduce similar rules here. He said: “If there's a change of administration, you're out, and a whole new bunch of people come in who probably haven't been in government before.” […]

»The remarks appeared on a government website but were taken down shortly afterwards - even though the government accepted they had been made. [...] The prime minister's spokesman said the quotes had been taken out of context and insisted Gordon Brown had found the White House fully engaged when he visited last week. He said: “We have very good relations with the Obama administration on the G20 and other issues, as shown by the very substantive discussions we had with President Obama and his team last week.”»

Tout cela nous renvoie à diverses indications récentes de source US, notamment de ABC.News le 24 février et, le 26 février. Le 24 février, ABC.News donnait une analyse générale de la situation…

«The Treasury Department still has numerous job vacancies that need to be filled, leaving Secretary Tim Geithner working on his own, according to Darrell West, head of government studies at Brookings Institution. “Essentially Geithner is sitting over there by himself and does not have a staff,” West said. […] “If the secretary had a full staff he would've been in a stronger position to work out the details, so I'm sure that has been part of the problem,” West said. […]

»[Rob] Nichols, a former Treasury spokesman, estimated that right now Geithner “probably has 10 or 20 percent of the political appointees around him that he ultimately will have.”

Le 26 février, c’était l’écho d’une intervention furieuse de Paul Volcker, un des principaux conseillers économiques du président Obama et président du Economic Recovery Advisory Board. Le mot principal de Volcker : “Shameful !”. Puis ce développement:

«The Secretary of the Treadury is sitting there without any undersecretaries, without any, as I know, assistant secretaries responsible in substantative areas at a time of very sévère crisis. He shouldn’y be sitting there alone. […] «You can’t be the leading economic power in the world with all the problems we have and have a weak Treasury.»

Ainsi en est-il de la situation au trésor à Washington, D.C., alors qu’il reste moins de trois semaines pour sauver le monde, le 2 avril, au G20, à Londres. Cette situation, d’ailleurs déjà signalée, est expliquée par diverses procédures, freinages bureaucratiques, la pesanteur absolument paralysante du système, aussi l’absence d’expérience éventuelle de l’administration Obama. Nous y ajouterions divers chausse trappes et actions retardatrices de l’administration Bush, inquiète des mesures annoncées avant l’entrée en fonction de l’administration Obama, qui lui sont idéologiquement et politiquement déplaisantes.

Mais il faut aussi voir la situation d’une façon plus générale et constater que, d’une façon ou l’autre, les réactions du système vont toutes dans le même sens qui est celui d’une auto paralysie, d’un gel des situations, même si ces situations recouvrent simplement des absence ou du vide. Il est caractéristique que l’urgence elle-même suscite une accentuation (une aggravation) de cette situation de paralysie. Encore n’en sommes-nous qu’aux prémisses et l’on peut imaginer ce que seront les attitudes bureaucratiques lorsqu’il s'agira d'activer la réalisation concrète de la répartition et des interventions de l’administration pour aider l’économie (dans le cadre du “plan de stimulation”). De ce point de vue, la situation et le comportement de la machinerie US rappellent d’une façon irrésistible ceux de l’URSS dans les années avant l’arrivée de Gorbatchev, et avant la dissolution par inexistence de l’URSS. Il n'est pas assuré que la méthode Roosevelt, pourtant si critiquée pour avoir étendu la bureaucratie, n'était pas la bonne: créer des agences spéciales chargées de l'action anti-crise du gouvernement plutôt que passer par les canaux déjà établis de la bureaucratie fédérale.

Un dernier point à noter, c’est l’extraordinaire volatilité de la situation, et les erreurs de prévision qu’elle engendre. Lorsqu’on considère rétrospectivement la situation, il apparaît clairement que l’appel si inhabituel de l’amiral Mullen, en mai 2008, de conserver une équipe soudée et effectivement en position de contrôle au Pentagone pendant la transition entre les deux présidents et au-delà, jusqu’à la mise en place de l’administration Obama, aurait du jouer d’abord, ou, dans tous les cas, tout autant pour le trésor. Mais la suggestion montre elle-même ses limites, et elle illustre la tragédie d’une direction politique absolument divisée en deux pôles politiquement et idéologiquement radicalisés sur cette question de la crise financière et économique. On n’imagine évidemment pas Paulson restant au trésor, comme Gates a pu rester au Pentagone.


Mis en ligne le 12 mars 2009 à 16H55