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• Dans son texte, Alastair Crooke s’appuie sur diverses interventions pour décrire l’actuelle dynamique irrésistible de la GrandeCrise . • Thème général structurant cette réflexion, l’irrésistible effondrement de l’Amérique.
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... De quel rêve est-il question sinon l’American Dream ? Cette remarque peut servir d’introduction, de présentation, de structuration et de nécessité à ce texte d’Alastair Crooke (le 15 juin 2026 sur ‘UNZ.com’). Le talentueux commentateur anglais présente plusieurs interventions de divers orateurs, lors de réunions internationales d’experts, où la fin de l’Amérique, l’effondrement de l’American Dream est la toile de fond et le thème impératif, non déclaré dans le thème des réunions mais irrésistiblement présent. Il s’agit aujourd’hui de “l’événement” fondamental qui nous écrase et pour beaucoup nous libère, dont tout le monde parle, dont tout le monde ne peut s’empêcher de parler.
Pour nous, ce thème est déjà ancien et irrésistible dès l’origine où il prit un aspect essentiel pour nous après la fin de la Guerre Froide (exactement, depuis les émeutes de Los Angeles du printemps 1992, — nous nous souvent et précisément expliqué là-dessus). Nous nous permettons de présenter, justement en guise de présentation du thème traité par Crooke mais considéré d’un point de vue métahistorique, un extrait d’un article, d’une analyse, qui choisit cette voie en proposant d’une façon impérative, presque en l’exigeant, cette venue de l’effondrement américain. Il s’agit du texte du 14 octobre 2009, « Notes sur l’avenir des USA ». Effectivement, la chose était déjà l’axe géopolitique et psychologique principal de cette situation métahistorique déjà largement identifiée.
« Nous avons cité des exemples, rien d’autre, sans prétendre donner un catalogue précis de la prospective catastrophique. Il nous importe simplement de substantiver notre affirmation de départ, de cette liberté paradoxale laissée à la diffusion de ces idées définitives sur les USA, donc confirmer cette “fascination de l’américanisme pour sa propre destinée catastrophique”. Nous confirmons ainsi l’importance que nous accordons à cet aspect psychologique.
» Il y a, dans cette “fascination de l’américanisme pour sa propre destinée catastrophique” une cause évidente, qui découle de la structure de ce pays qui n’est pas une nation, de cette fausse nation qui a prétendu se faire par la puissance, le fer, le feu et le sang – malgré la cause avancée rapidement fagotée, en 1862-1863, pour éviter la désintégration du Nord – et la plus grande Cause qui soit pour nos petits esprits postmodernistes, qui est celle de la liberté, qui produit en général, à terme, son contraire comme nous le montre le “système” lui-même aujourd’hui. Là-dessus, nous comprenons parfaitement que Lincoln, cet incontestable très grand homme, ait traîné toute sa terrible vie ce tragique ‘tædium vitae’ qui est la dépression que les psychologies individuelles, jusqu’aux plus hautes, retirent de la décadence de civilisation qu’elles vivent.
» (L’action de Lincoln est un peu comme le panégyrique extrêmement contraint de la démocratie par Tocqueville, vue par Sainte-Beuve, avec quel brio : “Tocqueville m'a tout l'air de s'attacher à la démocratie comme Pascal à la Croix: en enrageant. C'est bien pour le talent, qui n'est qu'une belle lutte; mais pour la vérité et la plénitude de conviction cela donne à penser.”)
» Oui, les USA sont absolument fragiles, parce qu’ils n’ont jamais été adoubés par l’Histoire, qu’ils se sont construits contre elle, par le fer, le feu et le sang, puis par la spéculation, la corruption, la rapine et le virtualisme de la création fictionnelle. Le seul remède à cette fragilité, confusément mais fortement devinée, c’est l’expansion – non pas la conquête, mais l’expansion de l’américanisme, jusqu’à ce que tout devienne américanisme et qu’il s’avérerait alors que l’Histoire est vaincue. Ces dernières années ont montré, avec quelle vitesse vertigineuse, quelle ivresse de la défaite, du revers et de la catastrophe, que l’expansion politique et économique de l’américanisme est dans une impasse, que c’est même le contraire qui se passe. Ainsi s’impose soudain, comme une fascination pour son propre destin, la “fascination de l’américanisme pour sa propre destinée catastrophique”… Dito, la fragilité de la chose, soudain exposée dans toute sa béance, et contre laquelle plus rien de solide ne semble pouvoir être construit. »
Dans son texte, Crooke s’appuie surtout sur une intervention du professeur Hudson, qui part de ce qui devrait être un postulat, et qui l’est pour nous depuis fort longtemps : la matrice, la cause de l’effondrement de l’Amérique dans le cadre imposée et enfantée par elle de la GrandeCrise, — parce que l’Amérique poursuit jusqu’à son terme un destin d’une ambition folle et autodestructrice, et secrètement (à peine) d’une exigence psychologique, et parce qu’elle est donc effectivement la génitrice exigeante de tout le chaos de la GrandeCrise...
« Nous assistons à la fin d'une ère, non pas à un déclin, mais à un changement brutal. Et ce changement ne vient pas de l'extérieur : la fin de la puissance américaine n'est pas le résultat d'une guerre civile étrangère ou d'une autre guerre contre la domination américaine. Cette fin est venue des États-Unis eux-mêmes, qui ont tenté d'opposer leurs intérêts hégémoniques à ceux de tous les autres pays. » (Hudson)
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« Après la guerre en Iran : la fin d’une ère, non pas un déclin, mais un catalyseur de changements brutaux. »
« La mainmise de Trump sur le pétrole, les droits de douane et la technologie s'est retournée contre lui, forgeant une nouvelle ère d'économies autosuffisantes et de confrontation générationnelle. »
Dans un débat récent, le professeur Michael Hudson s'oppose à ceux qui parlent aujourd'hui du « déclin de l'hégémonie américaine ». Un déclin implique des fluctuations, explique Hudson, mais la situation finit toujours par se redresser.
« Mais statistiquement, il n'y a jamais eu de cycle… Il n'y a pas de déclin, c'est un effondrement. »
« Nous assistons à la fin d'une ère, non pas à un déclin, mais à un changement brutal. Et ce changement ne vient pas de l'extérieur : la fin de la puissance américaine n'est pas le résultat d'une guerre civile étrangère ou d'une autre guerre contre la domination américaine. Cette fin est venue des États-Unis eux-mêmes, qui ont tenté d'opposer leurs intérêts hégémoniques à ceux de tous les autres pays. »
Paradoxalement, le professeur Hudson déclare :
« Chaque mesure prise pour échapper au « déclin » américain est devenue le mécanisme qui le provoque. Les États-Unis sont entrés en guerre pour réaffirmer leur domination – et ont prouvé qu’ils ne pouvaient plus dominer… Ils ont mené quarante ans de pression maximale pour briser l’Iran, et ont au contraire forgé l’adversaire même qui se trouve aujourd’hui confronté à la domination américaine. »
Afin de préserver la puissance américaine, le président Trump a cherché à imposer une série de points de blocage à l'ensemble de l'économie mondiale « en contrôlant le pétrole – car tout le monde en a besoin », explique Hudson.
Le fait que Trump ait déclaré la guerre à l'Iran et à la Russie et ait tenté d'étouffer la Chine ne constitue pas, à lui seul, l'intégralité du dispositif américain de préservation de la puissance. Ce dispositif est plus vaste. Le pétrole en est toutefois une dimension essentielle, tout comme l'hégémonie du dollar qui y est liée. Trump souhaite clairement consolider le contrôle mondial de l'énergie afin que les États-Unis puissent déterminer qui aura accès à l'énergie (c'est-à-dire ni l'Iran, ni la Russie, ni Cuba), et quels pays verront leur approvisionnement énergétique réduit pour limiter leur compétitivité (c'est-à-dire la Chine).
En revanche, les fournisseurs de carburant, comme la Russie, sont sanctionnés précisément pour tenter de limiter les pays auxquels le pétrole et le gaz russes peuvent être livrés. Les États clients de la puissance impériale (c'est-à-dire l'Europe) semblent étonnamment satisfaits de jouer le rôle de garant du monopole énergétique américain, se transformant eux-mêmes en un important instrument de sanctions.
Les autres facettes (outre la domination pétrolière) de la tentative américaine d'établir une emprise sur les économies du reste du monde sont, premièrement, la politique tarifaire — par laquelle Trump espérait utiliser la menace de tarifs douaniers économiquement perturbateurs pour contraindre les États dociles à prêter allégeance à Washington ; à acquiescer à l'alignement politique des États-Unis ; et à fournir à l'Amérique les matières premières dont elle a besoin — en échange de l'admission au « réseau d'initiés » de Washington (les États clients de l'Amérique).
En réalité, il existe deux « réseaux d'initiés » à Washington : l'un composé de Trump, de sa famille et de ses partenaires commerciaux élargis ; et l'autre de ses protégés à l'étranger (États du Golfe, etc.).
La politique tarifaire est en réalité une façon polie de dire : « Nous utiliserons des droits de douane, une compression énergétique ou une compression financière pour perturber vos économies, à moins que vous n'acceptiez de rejoindre le "réseau" dirigé par les États-Unis. »
Cependant, ni les politiques tarifaires ni les politiques d'asphyxie énergétique n'ont été sans revers, notamment parce que l'Iran a refusé de s'y conformer et continue de fournir du pétrole à la Chine et à d'autres alliés iraniens.
Le nouvel élément de cette politique d'étranglement est donc l'initiative « Pax Silica ». Arnaud Bertrand explique que l'administration Trump a « explicitement défini son objectif de "syndicat" ».
« Les pays adhèrent, alignent leurs chaînes d’approvisionnement sur Washington, excluent la Chine (poliment désignée comme celle qui se livre à des « pratiques non marchandes » et au « dumping déloyal ») – et en échange, ils obtiennent l’accès à l’écosystème technologique impérial ».
« Afin d’éviter toute ambiguïté, le sous-secrétaire d’État Jacob Helberg — un ancien de Palantir qui est l’architecte de cette initiative — l’explique clairement : celui qui contrôle « l’informatique et les ressources qui l’alimentent » dirigera le XXIe siècle, et il souhaite former un groupe de pays « alignés » autour de Washington dans le cadre d’un « nouveau consensus de sécurité économique » pour s’assurer que ce soit bien eux qui le fassent. »
La guerre menée par Trump sous le slogan « Rendre sa grandeur à l'Amérique » a donc des répercussions mondiales. Le monde ne peut pas simplement revenir à la situation antérieure. Wall Street et les marchés semblent croire que c'est probable, voire inévitable (ils n'envisagent aucun autre avenir), mais le reste du monde perçoit la guerre en Iran comme le signe d'un changement systémique marquant l'avènement d'une nouvelle ère, précisément parce que les combustibles fossiles, les engrais et autres produits dérivés sont les éléments essentiels au fonctionnement du monde.
La guerre en Iran va inciter à une prise de conscience mondiale de la nécessité, pour les pays, d'une autosuffisance alimentaire minimale afin de se prémunir contre l'instrumentalisation du commerce extérieur par les États-Unis, notamment dans les secteurs de l'alimentation, du pétrole, des engrais et de pratiquement tout ce sur quoi les États-Unis peuvent créer un point de blocage et instrumentaliser. Ceci implique un retour à des économies autosuffisantes et circulaires, en opposition au modèle de la Banque mondiale, axé sur les exportations et financé par la dette.
Andrey Bezrukov, professeur à l'université russe MGIMO et ancien officier du renseignement du SVR, a abordé spécifiquement les défis d'un monde en mutation lors du Forum de Saint-Pétersbourg le 3 juin 2026. Et bien qu'il ait formulé ses commentaires dans le contexte de la Russie, ses remarques s'appliquent au monde entier.
Dans son discours, résumé par Laura Ru , Bezrukov a affirmé que la Russie était entrée dans une nouvelle confrontation mondiale prolongée avec l'Occident. Selon lui, ce conflit représente un changement fondamental dans la nature de la guerre, qui façonnera la politique et la société russes pour l'avenir prévisible.
Bezrukov a souligné que le conflit militaire actuel ne vise pas principalement la conquête de territoires, qui, selon lui, ont perdu une grande partie de leur valeur traditionnelle. Il s'agit plutôt d'une guerre d'usure axée sur la destruction des systèmes critiques, notamment les infrastructures, les réseaux de commandement, les technologies, les moyens spatiaux, la sécurité biologique et le domaine de l'information… « La stratégie de l'Occident dans cette guerre est très simple : éviter une collision nucléaire avec nous, dont il sortirait perdant. C'est pourquoi il s'agit d'un processus lent et insidieux. »
« Il a averti que la Russie devait s'attendre à rester en état de guerre pendant de nombreuses années, peut-être 20 à 30 ans. Pendant cette période, la Russie doit apprendre à coexister avec la réalité de la guerre, tout en poursuivant son développement économique. »
« Un thème central de son discours était une critique acerbe de l'approche actuelle de la Russie. Bezrukov a soutenu que le pays avait été trop indulgent envers ses adversaires : « Nous sommes lents. Nous leur en laissons trop. Ils ne nous craignent pas… car de nombreuses lignes rouges dont nous avons parlé sont restées lettre morte. »
Pour s'adapter à cette nouvelle réalité, Bezrukov a appelé à une restructuration fondamentale de l'État et de l'économie. Il a insisté sur la nécessité de créer un système à double vocation, capable de poursuivre à la fois le développement et la défense à long terme. Les infrastructures critiques – telles que les centres de données, les installations de stockage de pétrole et les nœuds de communication – doivent être enterrées ou protégées selon les mêmes normes que les centrales nucléaires. Il a également souligné l'impératif de réduire l'écart entre les sphères militaire et civile et d'adopter des politiques plus affirmées. La Russie ne peut espérer un retour rapide à la paix et doit donc réorganiser sa société, son économie et sa stratégie en conséquence.
Le discours de Bezrukov a suscité beaucoup d'attention, tant par son ton que par son appel à ce que la Russie s'adapte psychologiquement et structurellement à une ère de confrontation qui durera des générations – un thème déjà longuement abordé par le professeur Sergueï Karaganov.
Ces deux contributions témoignent d'un monde en mutation qui tente de se restructurer face à l'agressivité d'une hégémonie américaine déclinante, et qui cherche à la fois à protéger ses économies des tarifs douaniers, de l'énergie, de la technologie et de l'offensive monétaire américaine contre le reste du monde, et simultanément, à s'adapter à la nouvelle ère de guerre géopolitique asymétrique qu'a instaurée la guerre contre l'Iran.
Le professeur Hudson conclut,
« L’Iran se bat pour son mode de vie contre ceux qui veulent lui refuser la possibilité de forger son propre avenir. C’est là l’enjeu de ce combat. Il s’agit en fin de compte d’un combat moral qui se traduit par une lutte économique et commerciale, et qui conduit à cette division [mondiale]. »
C’est cette manière d’être morale et civilisationnelle, opposée au vide matérialiste radical trumpiste-américain, qui définira probablement les guerres civiles et mondiales de notre époque.