Le “D-Day” de Donald Trump

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Le “D-Day” de Donald Trump

Trump a débarqué en Angleterre un peu comme les alliés, dont les Anglo-américanistes, débarquèrent en Normandie il y a 75 ans, sous un feu de mitrailles, de fureurs et de cris... La différence se trouve, ce qui n’étonnera personne, dans la matière de ces différents projectiles : acier, métaux et chimies divers et mortels ici, paroles furieuses, invectives et tweets moqueurs là. Il s’agit et cela reste, quoi qu’il en soit, du domaine du “déchaînement de la Matière.

Car enfin, il s’agit de s’expliquer du titre. Tout se passe comme si le fameux “D-Day” du 6 juin 1944 – dont on va fêter en très grandes pompes (mais sans les Russes) le 75èmeanniversaire, – jusqu’alors pris comme symbole répétitif et à la sonorité habile (D signifiant “Day”, ce qui équivaut à “Day-Day”, d’ailleurs assez paradoxalement proche du très étrange “Mayday, mayday” [*]), et sonorité évidemment triomphante (“C’est enfin le Grand Jour”), bref comme si ce fameux “D-Day”avait grâce à l’inusable Trump, une signification beaucoup plus singulière : “Disorder-Day” en fait, car c’est là que nous voulons en venir. (D’autres auraient pu dire “Donald-Day”, mais cela nous priverait du charme du mot magique de “désordre”.)

Londres et le Royaume-Uni sont, pour le président US, une source et une mine de polémiques, d’insultes proférées et retirées, d’accusations furieuses, et aussi d’ingérences indécentes dans les affaires nationales, de bons usages diplomatiques pulvérisés... On devine, on le sent bien, l’intense satisfaction qu’éprouve Trump à semer le désordre avant même qu’il ait posé un doigt de quelque pied que ce soit sur le sol britannique ; déjà une polémique sévère l’opposait au maire de Londres Sadiq Khan, car Trump n’aime pas Londres telle que la ville est devenue, désamour à la manière d’un des plus fameux Monty Python, John Cleese : « Je ne sais pas très bien ce qui se passe en Angleterre. Ou bien, devrais-je dire plutôt, – je ne sais pas très bien ce qui se passe à Londres, parce que Londres n’est plus une ville anglaise. [...] J’ai un ami californien qui est venu il y a deux mois, qui a parcouru King’s Road et qui m’a demandé : “Mais où sont passés les Anglais ?” »

Pour Trump, l’Angleterre avec tous ses problèmes invraisemblables actuels, représente une occasion en or de rhétorique tweeteuse disposant d’une hyper-couverture médiatique pour rappeler toutes ses promesses de campagne dont il jure qu’elles ont été tenues, tous les grands thèmes de sa Très-Grande-Politique. Il est si bon de se payer une tranche d’offensive démagogique et électoraliste sur le dos de ces braves porteurs d’eau que sont les Britanniques, – enfin, ce qu’il en reste.

A ce point, introduisons un texte rapide de RT-France, le réseau le plus FakeNewsé du bloc-BAO selon Macron, qui nous rapporte quelques-unes des incartades du président US pour le début de sa Très-Grande-Visite aux cousins britanniques... Ces chers-cousins britanniques, ou ce qu'il en reste (bis) auxquels, dans un mot ou l’autre qui est comme de l’huile sur le feu, Trump ne manque pas de rappeler que les USA sont les plus grands amis-et-protecteurs, – donc, qu’il faut être prêt à avaler quelques couleuvres-américanistes, sport national des élites britanniques depuis 1941... Même l’excellent Sadiq Khan devrait s’en souvenir.

« Avant de toucher le sol de la capitale britannique, Donald Trump a donné le ton en répondant aux attaques du maire de Londres, Sadiq Khan, le traitant de “loser sans émotion” dans un tweet. Selon le chef d'Etat, le maire a “fait un très mauvais travail en tant que maire de Londres, et a été bêtement ‘méchant’ à l'égard du président des États-Unis en visite, de loin l'allié le plus important du Royaume Uni”.
» Le 1er juin, l'édile londonien, s'était en effet fendu d'une tribune au vitriol contre le chef d'État américain, l'assimilant aux «fascistes» et à l'«extrême droite» tout en l'accusant de menacer «nos droits et libertés durement gagnés et les valeurs qui définissent nos sociétés libérales et démocratique depuis plus de soixante-dix ans». Et le maire de Londres d'enfoncer le clou en évoquant «Victor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie, Marine Le Pen en France et Nigel Farage ici au Royaume-Uni [qui] utilisent pour convaincre le même vocabulaire de division que les fascistes du XXe siècle, mais avec de nouvelles sinistres méthodes pour délivrer leur message.» Autre attitude de Donald Trump non digérée par l'édile, son soutien à l'ancien maire de Londres, Boris Johnson, contre tout usage habituel, pour succéder à Theresa May, vu comme une tentative “d'interférer sans vergogne dans la direction du parti conservateur”.
» Le président américain avait en effet estimé que Boris Johnson “ferait du très bon travail” au poste de Premier ministre dans un entretien au Sun.
» Plus largement, le président ne cache pas son penchant pour le scénario du hard Brexit, c'est-à-dire une sortie de l'Union européenne sans accord avec celle-ci : “Si vous n'obtenez pas l'accord que vous voulez, [quittez la table des négociations]” a-t-il conseillé dans une interview au Sunday Times, tout en préconisant une sortie sans payer “50 milliards de dollars”, en référence au règlement des engagements pris par le Royaume-Uni dans le cadre du budget pluriannuel européen en cours (2014-2020), qui couvre également la période de transition prévue par l'accord de divorce conclu en novembre entre Londres et Bruxelles. Quant à Nigel Farage, le chef du Brexit party, sorti largement en tête des élections européennes, Donald Trump n'a pas caché sa sympathie à son égard : “J'aime beaucoup Nigel. Il a beaucoup à apporter”, a-t-il expliqué, déplorant au passage que l'homme politique britannique ne soit pas associé aux négociations avec Bruxelles. »

(Nous laissons de côté la polémique sur Meghan Markle, d’origine américaine et venue de la diversité, qui avait promis de quitter les USA si Trump était élu en 2016, qui est devenue princesse de la famille royale, que Trump a, ou bien aurait traité de “nasty”, etc.)

Trump ne vit qu’au rythme du désordre qu’il sème dans tous les coins de son activité. Comme toujours avec lui, il y a deux choses à distinguer : 

• le fait même du désordre, qui, à notre sens et cela comme une répétition d’affirmation que nous ne cessons de développer, ne peut être que bénéfique à l’avancement de l’effondrement du Système en contribuant à gripper systématiquement tous les réseaux de stabilisation, d’influence, de légitimation, etc., qui fonctionnent en général au profit du Système après avoir été installés par lui ;

• le sens du désordre, qui peut être positif ou négatif pour nous, selon des critères et des références assez aisées à comprendre. Ne boudons pas notre plaisir : dans ce cas, le sens de son désordre, pro-Brexit, anti-Bruxelles, etc., nous convient parfaitement. Trump vient mettre un peu plus de désordre encore dans cette Europe institutionnalisée, spécifiquement l’UE et pas “l’Europe”, – cette chose si vague, d’ailleurs, – l’Europe-UE pourrie, croulant sous son impuissance et ses manquements de tous ordres, poussiéreuse après un demi-siècle de production de toutes les régulations antipopulaires du monde, etc. On comprend que l’éléphant-Trump dans le magasin des porcelaines de l’hypocrisie et la bienpensance européennes ne peut être qu’admiré pour ses prouesses.

Il est assez étrange et parfois délicat, on s’en doute, d’avoir continuellement à soutenir un personnage pour ensuite le dénoncer avec au moins autant de vigueur quand il s’aligne sur la ligne Bolton-Pompeo, avant d’y revenir, un personnage chargé de tant de vices détestables, de pratiques indignes sinon immondes, et pourtant qui fait des choses louables qu’aucun autre que lui ne ferait, en plus des choses indignes et immondes qu’il fait également. Certes, nous sommes naturellement et évidemment contre toute inférence dans la souveraineté d’une nation dans la mesure où il s’agit d’une principe structurant, mais quand il s’agit de la souveraineté actuelle de UK, complètement invertie, qui ne cesse de participer à des actions faussaires et monstrueuses, d’inventer des complots russes ou de persécuter Assange, eh bien cette souveraineté-là, complètement invertie et subvertie, ne mérite que d’être violée. Trump s’en donne à cœur joie.

Ce qui est assez remarquable dans cet épisode, dont on peut penser qu’il aura des effets dans toute l’Europe-UE, c’est de constater combien le Royaume-Uni, qui a voté le Brexit il y a trois ans, et dont nombre d’élites europhiles-eurolâtres continentales se jugeaient soulagées de n’avoir plus les Britanniques si mauvais européens à leurs basques, continuent à entretenir un foyer de désordre et de division au sein de l’Europe-UE dans son entièreté. Ce pays, qui n’arrive pas à concrétiser son destin, reste une tête de pont idéale pour ce président tête-de-lard, qui s’est enfoncé dans son cerveau épais l’idée que l’UE devait être combattue par tous les moyens, et qu’il n’y a pas de meilleur relais de communication que UK pour faire cela. On retient de cette rapide description que tout cela produit d’abord et en priorité un immense désordre : c’est pour cela que Trump se trouve où il se trouve, selon les forces supérieures de la métaHistoire ; c’est pour cela que UK est encore utile à l’Europe dans son rôle.

Note

(*) Mayday signifiant “venez m’aider”, et fruit d’une étrange collaboration linguistique entre ces deux langues si proches et si antagonistes : « L'appel de détresse universel Mayday est inventé en 1923 par Frederick Stanley Mockford, chef officier radio à l'aéroport de Croydon à Londres (Royaume-Uni). Les autorités lui avaient demandé de trouver un terme signalant une détresse et qui soit facilement compris par tous les pilotes et le personnel au sol en cas d'urgence. Mockford choisit une transcription anglophone phonétique de la prononciation de l'expression française “m’aider” (version raccourcie de l'expression “venez m'aider”) car la plupart des vols à destination de Croydon provenaient à l'époque de l'aéroport du Bourget, en France. En cas de détresse, comme l'appel d'urgence moins prioritaire pan-pan, il doit être répété trois fois : “Mayday, Mayday, Mayday”. »

 

Mis en ligne le 3 juin 2019 à 17H10

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