Le Congrès et la Maison-Blanche comme système out of control

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On sait que le 111ème Congrès des USA, qui vit ses dernières semaines, est l’objet d’enjeux considérables puisque le président Obama veut lui faire voter un nombre important d’actes législatifs (dont la ratification du traité START-II). Le déroulement des événements, très rapide et chaotique, suggère que cet ensemble Congrès-président est en train de s’imposer comme une sorte de système autonome qui, à l’image de nombre d’autres phénomènes de cette sorte (voir sur ce site, à propos de Wikileaks), est hors du contrôle des acteurs essentiels.

On citera deux articles, dans l’ordre chronologique, donnant un exemple frappant de cette situation.

• Le Wall Street Journal du 1er décembre 2010 publie un article, reflétant la situation au 30 novembre, et annonçant une possibilité d’accord général après une rencontre entre le président et les dirigeants républicains (cela, après un refus initial des républicains de rencontrer le président).

«President Barack Obama on Tuesday gained significant Republican support for his top foreign-policy priority, a nuclear-arms treaty with Russia that in recent days had appeared all but dead for the year in the Senate.

»Separately, in their long-awaited first meeting since the election, the president and Republican leaders appointed a set of negotiators to hunt for a compromise on the future of the Bush-era tax cuts, set to expire at year's end…»

Politico.com, le 1er décembre 2010, au soir, met en ligne un article qui rend compte de la situation de ce même 1er décembre, et d’un renversement complet de la tendance signalée la veille.

«Senate Republicans’ aggressive move to block virtually all business in the chamber has created a fresh round of partisan anger, threatening to derail or delay the rest of the Democratic agenda in an already gridlocked lame-duck session of Congress.

»A day after both sides signaled a willingness to work together at the White House, all 42 Senate Republicans sent Senate Majority Leader Harry Reid a warning shot: any bill brought up before votes to extend the Bush-era tax cuts and a stop-gap funding bill to keep the government operating will be filibustered.

»Unless Reid alters his agenda or Republicans cave, Democrats could see a hodge-podge of measures fall by the wayside, including a nuclear arms treaty with Russia, a repeal of the “don’t ask, don’t tell policy” prohibiting gays from serving openly in the military, an authorization of defense programs, an extension of unemployment benefits, an immigration bill for children of illegals, a 9/11 first responders bill, and a slew of judges awaiting confirmation to the federal bench.

»It remains unclear how intensely the GOP will fight efforts to bring up the nuclear arms treaty and judicial nominations, since the threat only pertains to “legislative” matters, which doesn’t seem to include a treaty ratification and judicial nominations…»

Notre commentaire

@PAYANT Il est vrai que nous avons de plus en plus tendance à considérer la situation politique sous forme de systèmes autonomes qui semblent se former spontanément et échapper au contrôle des acteurs principaux des situations impliquées. La question intéressante de cette sorte d’hypothèses est bien celle de savoir si ces systèmes se forment spontanément parce qu’ils échappent “au contrôle des acteurs principaux des situations impliquées”, ou pour échapper “au contrôle des acteurs principaux des situations impliquées”. Question ouverte, mon cher Watson…

Pour ce qui concerne le binôme Congrès-président, il s’agit effectivement de la formation d’un système qui tend à devenir incontrôlable. La situation est très complexe. D’une part, Obama veut faire voter avant la fin décembre un certain nombre de dispositions législatives (les plus importantes étant le blocage d’une augmentation des impôts, institué par Bush et qui arrive à expiration, et la ratification de START-II, mais les autres législations ont aussi leur importance) ; les démocrates le suivent, parfois en rechignant parce qu’ils craignent que le président, comme d’habitude, cède trop aux républicains. Obama et les démocrates du Congrès sont néanmoins unis dans une même crainte : celle du 112ème Congrès, où les républicains tiendront la Chambre et seront moins minoritaires au Sénat. Les républicains jouent donc sur du velours ? Pas sûr, car eux aussi, paradoxalement, craignent le 112ème Congrès, où l’on sait qu’on trouvera une minorité activiste et peut-être incontrôlable dans leurs propres rangs, les élus de Tea Party ou proches de Tea Party. Alors, les républicains prennent d’abord une position intransigeante, traitent avec une incroyable désinvolture les appels d’Obama à une concertation bipartisane, puis acceptent cette concertation après s’être convaincus qu’ils devraient obtenir par cette tactique des concessions importantes. C’était avant-hier, avec une rencontre à la Maison-Blanche. Hier, tout change, et l’on retombe dans la vindicte partisane, avec à nouveau des menaces d’un blocage généralisé de la part des républicains, grâce aux tactiques habituelles de retardement (filibuster), très faciles à appliquer puisque l’affaire se joue sur trois semaines.

Y a-t-il une stratégie derrière tout cela ? A notre avis, aucune. Depuis le début, tous les acteurs sont conduits par un “climat”, qui est celui de l'élection du 2 novembre, précédée d’une campagne électorale chaotique et furieuse, et suivie, d’une façon totalement inédite parce que les lendemain d'élections étaient jusqu’alors toujours le temps des compromis, d’un durcissement remarquable, toujours dans le même sens chaotique et furieux. Il y a donc une logique dominante d’un “climat” que personne ne contrôle, par définition, – une “crise climatique” de la politique washingtonienne, si l’on veut, – qui impose aux acteurs principaux certaines tendances qui vont toutes dans le sens du durcissement, et le plus souvent dans le désordre. Ces tendances sont contrecarrées par le désir tactique d’arriver à des accords où les uns et les autres, poussés par les groupes de pression et autres centres corrupteurs, trouvent leurs intérêts ; mais les résultats tactiques, une fois concrétisés par des démarches d'accords informels, sont à leur tour contrecarrés par l’épouvantable “climat” qui redémarre au quart de tour à la suite de tel ou tel incident, telle ou telle insatisfaction, et en général par les commentaires des médias qui, pour le cas présent, mettent en évidence une entente bipartisane qui se heurte à la ligne politique intransigeante du parti républicain en général (cette ligne a donné de si bons résultats, face à Obama). Ainsi se forme effectivement une situation de “système” (comment le qualifierait-on ? “Anthropo-psychopoliticien” ? Encore un néologisme de grand poids…) ; l’on voit bien que cette sorte de système échappe au contrôle des acteurs, des groupes d’acteurs, voire même des situations elles-mêmes puisque cette occasion où le compromis général était atteint (avant-hier) aurait dû semble-t-il satisfaire l’un et l’autre côté. (Mais ce dernier avis est une pure observation de routine, et nous ne sommes plus dans la routine. La plupart des acteurs eux-mêmes sont entravés par l’antagonisme entre le désir de compromis qui leur assure une partie de leurs intérêts et la pression incessante d’un climat psychologique d’un affrontement intense.)

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Que des votes auront lieu ou qu’ils n’auront pas lieu, que START-II sera ratifié ou ne le sera pas ? “Question ouverte, mon cher Watson…” – et même, question déplacée, car là n’est pas le problème. Puisqu’il y a hypothèse de “système” comme on les fait actuellement, il s’agit bien de “systèmes” qu’on qualifierait d’autonomes, et évidemment incontrôlables et imprévisibles ; par conséquent les diverses issues qu’on peut envisager sont toutes possibles. On comprend que ce qui nous intéresse dans ce constat n’est pas la formation en systèmes, ce qui est toujours plus ou moins le cas dans cette sorte de situation, que le fait qu’il s’agisse de systèmes tendant à être autonomes, incontrôlables et donc imprévisibles.

La véritable certitude, c’est que ces divers avatars ne cessent d’aggraver le climat, bien identifié lui, de la psychologie, donc des rapports entre les uns et les autres. Même s’il y avait un accord bipartisan pour les votes, ce serait un accord fait paradoxalement dans un climat d’affrontement partisan impitoyable. Dans un autre commentaire, Politico.com fait l’hypothèse que la phase actuelle d’affrontement est le schéma annonciateur de ce que sera, en bien pire, le prochain Congrès. Cela nous paraît parfaitement juste et, alors, le chaos de confrontation exacerbé de ces deux dernières années, avec la phase aggravée de l’avant et l'après l’élection du 2 novembre, sera devenu effectivement un système chaotique quasiment autonome, c’est-à-dire une situation incontrôlable et imprévisible institutionnalisée.


Mis en ligne le 2 décembre 2010 à 09H41

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