Le “coming crash” du Pentagone: un calendrier

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La perspective du “coming crash” du Pentagone est une affaire déjà bien documentée, qui marche de mieux en mieux dans les spéculations. Après le cadre général, on trouve désormais des approches plus précises, c’est-à-dire donnant des prévisions d’une possible situation où le Pentagone se trouverait dans une situation de faillite par rapport à ses obligations de sécurité nationale, ses engagements contractuels, etc.

C’est le cas avec une intervention de David Morrison, qui fut directeur du personnel de recherche et de documentation de la sous-commission de la défense, liée à la puissante commission des appropriations de la Chambre des Représentants. Morrison dirigeait donc directement, jusqu’en janvier 2008, le travail d’évaluation et de contrôle des dépenses du Pentagone, pour le compte de la commission chargée, à la chambre des Représentants, de la comptabilité de ce budget de la défense, dans le cadre du budget fédéral. Defense News rend compte, le 31 octobre, d’une conférence de Morrison donnée le 30 octobre à l’université du Maryland. Il y présentait la perspective du “credit crunch” du Pentagone, ou crevaison grandement explosive de la bulle du Pentagone à l’image des situations diverses de la crise financière.

«Hard times are coming for the U.S. military, and they'll be made even harder by a dysfunctional budget process in Congress and a Pentagon unable to keep weapon programs under control. That's David Morrison's view of the future. Morrison […] warned that a defense “budget Crunch” is coming. It won't happen in 2009 or 2010, but possibly in 2011 or 2012…

»The crunch will begin when "emergency supplementals" used to fund the wars in Iraq and Afghanistan are dramatically reduced or eliminated, he said. That is likely to happen when U.S. troops begin returning from Iraq in significant numbers. The military services have expanded emergency funding bills to include about 40 percent of the weapons they want to buy. The bills, which topped $189 billion in 2008 and could match that in 2009, include tens of billions of dollars for military hardware, including items like Joint Strike Fighters that aren't being used in the wars.

»The largest single military acquisition of 2008, $17 billion for Mine Resistant Ambush Protected vehicles, was made outside the regular budget process in the emergency supplemental. The buy was made without much of the normal input such a program would receive from the Pentagon, Morrison said. For the Army, the end of supplementals will mean serious cash flow problems. In 2008, the Army's procurement budget – the money allotted for buying weapons – was about $11 billion, Morrison said. However, the 2008 supplemental added $24 billion to that. “When the supplementals stop, Army [procurement] programs are going to be rent asunder,” Morrison said.

»“The problem is made much worse by the Pentagon's increasing inability to keep weapon programs on schedule and on budget,” he said. Weapons typically double in cost and fall far behind schedule. The performance for some is far worse. The Navy's Littoral Combat Ship, for example, nearly tripled in price. And every military satellite program has so far exceeded budgets and schedules as to require restructuring - some of them multiple times, Morrison said.»

Morrison nous explique ensuite les arcanes des divers blocages du Pentagone. Il conclut, selon Defense News, par ce jugement abrupt, qui ne nécessite aucun appel: «“The appropriations process is a mess,” Morrison said.»

Certes, la situation du Pentagone est inextricable, mais l’affaire des “supplementals” la rend infiniment juteuse. Il est vrai que c’est sur ces fonds supplémentaires votés ponctuellement par le Congrès, destinés explicitement aux conflits en cours (Irak, Afghanistan) que, l’année dernière, le Pentagone a dégagé l’argent nécessaire pour acheter deux JSF du programme de production, mais en réalité destinés à l’expérimentation de l’avion, pour une enveloppe budgétaire proche de $500 millions. A l’époque, l’affaire avait fait quelques vaguelettes puisqu’on remplissait l’objectif du programme JSF en nombre d’appareils grâce à un financement uniquement destiné aux guerres d’Irak et d’Afghanistan. Nous sommes dans un océan de fraude à ciel ouvert (doublement fraude, puisque ces JSF sont acquis comme “avion de production” alors qu’ils sont destinés aux tests et à l’expérimentation en vol, comme des avions qu’on désignait auparavant de “pré-série” destinés à compléter les expérimentations sur prototypes).

Cette situation met en évidence combien le Pentagone est aujourd’hui prisonnier du Congrès, en même temps que de ses gaspillages et de ses fraudes. Si l’on compare cette situation avec les propos de Barney Frank, si l’on tient ces propos comme l’annonce des choses à venir très rapidement, ce qui n’est nullement solliciter la prévision, on admet que la situation décrite par Morrison pour 2011-2012 pourrait venir beaucoup plus vite, dès fin 2009, avec l’incapacité du Pentagone d’honorer ses engagements budgétaires et contractuels, en plus de devoir sabrer dans ses programmes et dans ses engagements divers. De telles perspectives peuvent déstabiliser l’un ou l’autre géant de l’industrie d’armement, dans l’atmosphère boursière qu’on connaît. On voit que les scénarios du “coming crash” commencent à prendre forme.


Mis en ligne le 31 octobre 2008 à 16H31

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