La tête froide et les idées vives

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La tête froide et les idées vives

• Une riche idée, une idée de vif-argent d’une tête froide : analyser les deux principaux acteurs de la crise Hamas-Israël avec la tête froide... • Avec un texte de l’auteur italien Andrea Marcigliano, un ami qui a lu Pétrone.

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Ceux qui ont les cheveux courts (ou pas de cheveux du tout, ce qui fait la tête froide ) et les idées longues (parce que vives comme le vif-argent, là-bas, dans le temps lointain) se rappellent peut-être de cette querelle fameuse qui opposa en 1966 Antoine (‘Les élucubrations d’Antoine’) et Johnny Halliday (‘Cheveux longs et idées courtes’). Wiki en donne une analyse qui, pour cette fois, n’est pas idéologiquement détournée. Antoine et Johnny évitèrent le baston mais nous nous enflammâmes pour les deux écoles de pensée.

Bibi et le Hamas nous éviteront-ils la Troisième dernière avec arrivée en grandes pompes wagnériennes (ô morbide ironie) du Messie  (Machia’h en hébraïque) ? Question posée, celle à 64 $trillions pour éponger la dette américaniste et laisser un peu de monnaie aux survivants.

“ Non, j’ironise et il ne faut pas”, dit-il tandis qu’un missile hypersonique fonce vers le USS ‘Dwight D. Eisenhower’ qui est en réparation (on dit : “préparation”) de toute-grande urgence à Norfolk, Virginie, pour être déployé de toute-extrême urgence contre l’Iran. Andrea Marcigliano, lui, est un sage ; il a lu Pétrone, et donc ceci venu du ‘Satiricon’ et à moi signalé par un ami bienveillant et vigilant :

« Dans les pays incultes et hérissés, la neige persiste plus longtemps, mais où la charrue a soumis la terre et l'a rendues brillante, la gelée blanche fond en quelques instants. Il en va de même de la colère dans les cœurs: les âmes farouches en sont obsédées; sur les âmes éclairées, elle ne fait que glisser. »

De nos jours, cela s’appelle : garder la tête froide, ce qui nous ramène à 1966, à Antoine-Johnny et au temps où l’on parvenait à vivre sans découvrir tous les minuits moins le quart un complot sous votre oreiller, qu’il soit du dissident exacerbé sous amphétamine ou du fayot de la censure gouvernementale de faction au Xanax. L’un et l’autre ont l’âme farouche, quand ils en ont une.

Marcigliano, qui est un sage et qui a lu Pétrone, vous propose d’aller chez le coiffeur, d’habiller de vif-argent vos idées et d’analyser la crise Hamas-Israël avec la ‘Cool Hand’ de Luke-Paul Newman, – et tiens, de 1966-1967 justement. Compliqué mais instructif surtout si vous accordez l’attention qui sied au passage assez long consacré à la position de Bibi Netanyahou en Israël, – tout cela, Israël notamment, loin d’être le roc granitique étendant son emprise sur le monde que, vous autres, là-bas au fond de la classe, près des radiateurs, imaginez avec un délice frissonnant et foisonnant.

Ce texte de Marcigliano, dans l’original de ‘electromagazine.it’, traduit par ‘euro-synergies.hautefort.com’. A bon entendeur, feu !

dde.org

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Le Hamas et Israël : la tête froide

Le sensationnalisme macabre de ces dernières heures risque d'empêcher tout raisonnement lucide. C'est au contraire d'une telle forme de raisonnement dont nous avons besoin. Un besoin, si j'ose dire, désespéré. Un besoin vital si l'on veut au moins tenter d'éviter une déflagration aux proportions difficilement imaginables.

Il peut sembler froid et cynique de ne pas pleurer les morts de l'un et/ou de l'autre camp. De n'éprouver, désormais, que de la nausée face aux images d'horreur, relancées sans cesse par les médias jusqu'à l'obsession. Un rituel presque obligatoire. Dont très peu - Luttwak, Moni Ovadia, quelques autres - ont jusqu'à présent réchappé.

Dont acte.

Parlons d'abord du Hamas. Ce qu'il est n'est pas un scoop. On sait quelle est sa référence idéologique. Les similitudes avec ISIS sont, il est vrai, nombreuses. Il s'agit d'une émanation extrême et hérétique des Frères musulmans. Il a littéralement pris le contrôle de la bande de Gaza depuis 2007. Interdisant violemment toute dissidence interne.

Il est dangereux. Très dangereux, assurément. Pourtant, il a bénéficié d'une tolérance apparemment incroyable. De la part du monde occidental. Et, paradoxalement, aussi du côté israélien.

La raison en est simple. Le Hamas a brisé l'unité des Palestiniens. Une unité qui a toujours été difficile. Car le monde palestinien est une mosaïque complexe, pleine de contradictions et de contrastes. Même Arafat n'a jamais réussi à le contrôler complètement.

Le Hamas, cependant, est une force particulière. Il n'est pas vraiment intéressé par la naissance d'un État palestinien indépendant. Son point de vue vise la création d'un grand califat sunnite unique.

C'est pourquoi il a eu, dans une certaine mesure, les mains libres pendant longtemps. Il a divisé les Palestiniens. Il ne représentait pas une menace territoriale directe.

Une erreur tragique, assurément. Ce qui a permis la création d'un ghetto/prison aux proportions bibliques à Gaza. Et qui a donné au Hamas une masse dépossédée, totalement dépendante de l'aide étrangère. Essentiellement celle de l'Union européenne. Qui sont gérées par le sommet de l'organisation.

Un sommet qui, soit dit en passant, réside au Qatar, son grand protecteur. Le Qatar qui est, lui, un proche allié de Washington.

Quant à la proximité avec l'Iran, il y a beaucoup à dire. Certes, les Iraniens ont exploité le Hamas pour prendre pied en Palestine. Une arme à brandir, comme une menace, contre Israël. Et le Hamas a exploité les Iraniens pour obtenir, avant tout, une bonne organisation militaire.

Mais le Hamas représente l'extrémisme sunnite, dont les chiites iraniens sont les ennemis jurés. Des hérétiques à anéantir.

Compliqué, n'est-ce pas ?

Cependant, même du côté d'Israël, tout n'est pas clair et net. Au contraire.

Netanyahou est en net déclin. Et les factions politiques internes s'affrontent. Une lutte qui passe inévitablement par ce qui, pour Israël, est la question vitale par excellence. La relation avec les Palestiniens.

L'une des erreurs de Bibi est d'avoir mis en sourdine les accords signés pour résoudre ce problème. D'avoir concentré trop de ressources et trop d'efforts pour favoriser les implantations dans les territoires. Avoir miné le front de Gaza.

Avoir été influencé par les partis religieux. Ne pas avoir accordé suffisamment de place aux militaires dans son gouvernement.

Aujourd'hui, il tente de se rattraper avec un gouvernement d'unité nationale. Et en évinçant les partis les plus radicaux. Ceux qui rêvent du grand Israël.

Mais il est évident qu'après ce moment, les opposants politiques chercheront l'épreuve de force.

Ils exploiteront également l'isolement international de Netanyahou.

Bibi a en effet peu d'amis à Washington. Biden et les siens ne lui pardonnent pas, entre autres, la position prise sur l'Ukraine. Une tentative de rester en dehors du front anti-russe qui a fait preuve d'une certaine sagesse diplomatique.

Mais surtout, George Soros le déteste. Réciproquement, cordialement. Et Soros, c'est le pouvoir de la haute finance internationale.

L'image d'Israël comme bloc granitique, parfaitement soudé à la diaspora juive, est purement illusoire. Bien sûr, en temps de crise, ils donnent cette impression.

Pourtant, les fissures sont là. Profondes. Et capables d'émerger à tout moment.

Andrea Marcigliano