La saga-‘Fantasy’ du F-35 en Arabie

Ouverture libre

   Forum

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

La saga-‘Fantasy’ du F-35 en Arabie

• Bel exemple du décalage entre les différentes visions des différents univers qui nous affectent, entre le réel et les divers autres que nous avons inventés. • L’offre faite par les USA à l’Arabie pour acheter un “paquet” de 24 $milliards de F-35. • Pour le nombre et le reste, on verra.• La riche idée ! • Les USA sont en pleine forme explosive, l’Arabie en pleine décomposition, le F-35 en pleine inutilité qu’il ne faut pas trop risquer chez l’ennemi. • Conditions idéales pour un marché qui renforcera la civilisation. 

_________________________


24 septembre 2026 (17H15) – Quelle étrange situation nous avons à considérer. Elle concerne le royaume d’Arabie Saoudite, jusqu’alors considéré comme une puissance appuyée sur tous les attributs de la modernité fournie par l’américanisme :
•. L’exportation du pétrole comme principale puissance . La formule du regretté et si vertueux John McCain sur la Russie, qui ne vaut rien et n’a jamais rien valu, vaut pour l’Arabie : “Une station d’essence déguisée en nation” (et posée dans le désert, pour les chameaux et les F-35).
• Sa position dominante au Moyen-Orient, passant par des arrangements basés sur des $millards et des armes, avec Israël et les USA.
• Sa pression continue sur l’Iran, soutenue par l’axe des amis américanisraéliens.
• Son soutien à tous les mouvements islamistes radicaux répondant au wahabisme puritain et radical, faisant de l’Arabie la “station-service du ‘regime change’”, — avec notamment la Syrie laïque à son palmarès.

Que reste-t-il de tout cela avec les épisodes guerriers des deux dernières années, notamment Houthis suivant l’élimination des bases US ? Le tandem ‘C&M’ nous présente (le 23 septembre 2026) la situation catastrophique de l’Arabie :

Christoforou : « Très bien, Alexander, parlons de la situation au Moyen-Orient. Que se passe-t-il avec l'Arabie saoudite et MBS, alors que le prix du diesel grimpe, dépassant les 6,30 dollars, je crois, aux États-Unis. Oui. Dans certains endroits en Californie, il a même atteint les 10 dollars. »

Christoforou : « Oui, c'est ce que j'ai lu. J'ai vu des endroits où l'on parle de 10 dollars. Je ne sais pas si c'est tout à fait exact, mais le prix du diesel continue d'augmenter, tout comme celui du pétrole .et MbS semble être en très mauvaise posture. Il ne contrôle pas le détroit d'Ormuz, ni le détroit de Bab-el-Mandeb ...ni l'oléoduc Est-Ouest. Et les Houthis continuent leur progression. Les États-Unis ne semblent ni prêts ni disposés à aider MbS. Il se retrouve donc dans une situation délicate. »

Christoforou : « Dès lors, quelle analyse faites-vous de la situation de l’Arabie ? »

Mercouris : « MbS se trouve dans une situation délicate. Et je dirais même que l'Arabie saoudite est dans une impasse. Les Saoudiens ont désormais affaire aux Houthis au sud. Ces derniers sont clairement en train de l'emporter au Yémen. Ils contrôlent déjà la côte yéménite de la mer Rouge. Ils contrôlent le détroit de Bab-el-Mandeb, comme vous l'avez dit. Ils frappent les installations pétrolières saoudiennes ainsi que d'autres infrastructures dans le sud de l'Arabie saoudite, et ils abattent des avions de chasse saoudiens. D'ailleurs, cela s'est effectivement produit ; il existe même des images de l'événement.

Il y a aussi les milices irakiennes au nord, qui lancent elles aussi des attaques de drones contre des installations saoudiennes et qui sont tenues pour responsables des dégâts — et il est désormais clair que ces dommages étaient très importants — causés à l'oléoduc Est-Ouest de l'Arabie saoudite, que le royaume utilisait pour acheminer du pétrole vers les ports de la mer Rouge. Cet oléoduc a donc dû être fermé. Et ensuite, si les Saoudiens regardent vers l'est, ils ont les Iraniens et le détroit d'Ormuz fermé, ainsi que la crainte et la menace constantes de voir l'Iran mener également des frappes contre l'Arabie saoudite.

Tout comme lors des affrontements survenus plus tôt cette année entre les États-Unis et l'Iran — en mars —, nous savons désormais que les Saoudiens ont pris part à l'offensive aérienne américaine contre l'Iran, tandis que les Iraniens, de leur côté, ont lancé des frappes de missiles sur des bases américaines en Arabie saoudite. Certaines installations saoudiennes, notamment pétrolières, ont été gravement endommagées durant ce conflit et n'ont toujours pas été réparées.

L'Arabie saoudite ne peut plus exporter de pétrole. Nous connaissons une situation sans précédent : pour la première fois, je crois, de son histoire moderne, l'Arabie saoudite est dans une période sans aucune exportation de pétrole. Elle a fait savoir aux Européens qu'elle ne pouvait pas les approvisionner en pétrole pour le moment. »

Chouette ! des F-35 pour MbS

Et puis voici que paraît ce très long, ce kilométrique article sur un achat de F-35 aux USA, pout plus de 24 $milliards (Alors que l’Arabie peine actuellement à trouver un prêt de 8 $milliards pour boucler son budget). L’article aurait judicieusement, quoiqu’aussi kilométriquement, pu être écrit  en 2002-2003 lorsque la légende du F-35, alors JSF, était à l’apex de sa puissance de communications et de relations publiques (sans implications opérationnelles, surtout, surtout pas)... Mais en 2026 ?! Curieusement, il paraît dans RT.com, écrit par By Murad Sadygzade, President du Middle East Studies Center, expert invité, HSE University (Moscou).

Il est donc kilomètriques et semble venir d’un autre temps, d’une période pré-tertiaire et du ‘Jurassic Park’,  ou quelque chose du genre. — vous voyez, assez lointainement de nous, ici en 2026. Il décrit un imbroglio de contrôles de l’avion, de ses technologies, de ses performances tenues top-secret, de son emploi et de son efficacité fulgurante, et surtout de sa maintenance... Et tout cela maniée avec maestria  par des USA semblant, eux, au même apex de leur puissance technologique et militaire, maître du jeu et aménageant simplement leur hégémonie mondiale, type-Karl Rove, style incontestable...

Qui parle ? Sur quelle planète sommes-nous ? Quelle curiosité bien intrigante que RT.com ait choisi de passer cet article, excellent au demeurant mais dans la série “gloires du passé” et l’émission ‘L’ombre d’un doute’ de la chaîne ‘Histoire’. Il contredit tous les enseignements, toutes les évidences des récents conflits aussi bien que des positions géopolitiques des ex-géants de la région, USA et Israël en tête.

Aucune mention n’est faite des capacités de défense et de protection de tels avions, s’ils sont jamais non seulement achetés mais activés, avec les lieux communs sur la crainte d’Israël d’avoir une concurrence sur sa domination technologique qui écrase le Moyen-Orient. Ah oui ? Vraiment ? On parle d’une situation si bien réelle qu’on en pleure de la Vérité retrouvée, analysée par la bureaucratie et Lockheed Martin avec collaboration du Département d’État et de la CIA, — ou bien s’agit-il d’un scénario d’un film-‘Fantasy’ de Hollywood en préparation ?

Juste un petit coup d’œil sur la question des défenses d’un éventuel stationnement de F-35 en Arabie, sans parler de l’utilité de l’avion et de son efficacité, autre royaume d’un film-‘Fantasy’ de Hollywood. Toujours Mercouris, et vraiment sans surprise :

« Selon de nombreux rapports, l'Arabie saoudite est désormais à court d'intercepteurs de défense aérienne, c'est-à-dire de missiles Patriot. En d'autres termes, elle a renoncé à obtenir des missiles Patriot des États-Unis, car nous savons que les stocks américains sont considérablement réduits et que les États-Unis ont besoin de tous leurs missiles Patriot pour protéger leur unique base encore opérationnelle dans la région — celle de Jordanie — ainsi qu'Israël, où les Américains semblent également disposer de troupes.

Ils ne peuvent donc pas obtenir de missiles de défense aérienne auprès des Américains. Ils se tournent désormais vers les Européens pour en demander, arguant que les Américains ne les aident pas et qu'ils jouent un rôle absolument crucial pour l'avenir économique à long terme de l'Europe. Or, comme nous le savons, les Européens reçoivent également des demandes de missiles de défense aérienne de la part de l'Ukraine. L'Arabie saoudite est donc en concurrence avec l'Ukraine pour la livraison du peu d'intercepteurs de défense aérienne qu'il reste à l'Europe. Les Saoudiens se trouvent ainsi dans une situation extrêmement difficile. MBS a téléphoné à deux reprises à Trump pour lui demander de bombarder les Houthis. Nous avons déjà abordé ce sujet dans une émission précédente, en soulignant que bombarder les Houthis ne changerait rien en soi. Mais je pense que l'une des raisons pour lesquelles MbS voulait que Trump bombarde les Houthis, c'est que cela aurait été perçu en Arabie saoudite comme une démarche manifeste des États-Unis visant à soutenir non pas l'Arabie saoudite en tant que telle, mais MbS personnellement ; que les États-Unis répondaient aux demandes de MbS et le soutenaient donc.

 Le fait que les États-Unis ne soient pas prêts à bombarder les Houthis — tout en prétendant avoir un accord avec eux, ce que ces derniers démentent évidemment — a dû nuire à la position de MbS en Arabie saoudite même. Deux articles importants sont parus dans les médias britanniques au sujet de la position de MbS : l'un dans le ‘Financial Times’ et l'autre dans le ‘Daily Telegraph’. Tous deux soulignaient que, malgré les problèmes considérables — reconnus comme sans précédent dans l'histoire de l'Arabie saoudite —, la position de MbS dans le pays reste solide. C'est peut-être le cas.

C'est peut-être le cas. Mais j'ai le sentiment que les appels téléphoniques passés à Trump racontent une histoire quelque peu différente. J'ajouterais qu'en Arabie saoudite, on a vu par le passé des personnalités qui semblaient puissantes et intouchables être soudainement écartées du pouvoir. Dans les années 1960, ils ont même réussi à évincer un souverain ; ils ont effectivement destitué l'un de leurs rois. Je ne vais donc pas trop m'avancer en conjectures sur la situation interne en Arabie saoudite. Mais personnellement, je trouve inconcevable qu'il n'y ait pas de critiques en privé à l'encontre de MbS, ni de commentaires suggérant qu'il a conduit l'Arabie saoudite dans cette situation terrible et qu'il est peut-être temps pour lui de se retirer. C'est très étrange, ce qui se passe entre MbS et Trump. »

Agonie de la supériorité aérienne

Basé sur une conception totalement dépassée du  rôle de l’arme aérienne, alors que désormais la domination aérienne par l’aéronef n’a plus guère de chance, frileusement repliée à bonne distance des défense anti-aériennes des pays barbares de l’axe Iran de la région... Comme en Europe certes, la même chose avec l’axe russe qui n’a aucun besoin de contrôler l’espace aérien par des aéronefs puisque cet espace est absolument saturé des missile et de drone d’une extraordinaire puissance et précision face à une défense aérienne rapidement agonisante à cause de l’absence de réserves de missiles, — par ailleurs d’une efficacité douteuse contre des missiles hypersoniques quasiment intouchables et des nuées de drones de plus en plus sophistiqués.

Cela rejoint le délire, — pas d’autre mot disponible, — du ministre polonais Sikorski annonçant l’invasion et la capitulation de la Russie en 42 jours (Pourquoi ce chiffre si précis ? Il a corrompu l’lA ?) par la seule capacité européenne, parce que l’Europe-OTAN à 2000 avions de combat contre 600 pour la Russie

Note de PhGBis : « Les chiffres de Sikorski, hollywoodiens arrosés de vodka russes et bien russes sont une honte d’incompétence inculte et mensongère, assumée par l’arrogant culot d’un neocon exporté directement de Washington, pour un ministre d’un pays prétendument sérieux. Les agents US dans les gouvernements européens, notamment dans l’exacerbée Pologne dirigée par les globalistes de Tusk, sont de plus en plus malhabiles et parlent comme si l’on était en 1992, juste après l’étourdissante et bien réelle victoire US en Irak, dernier exemple d’une guerre où la supériorité aérienne des aéronefs avaient encore un rôle essentiel . »

Utilité scabreuse du catastrophique F-35

Ce qu’il y a d’étonnant dans cet article n’est pas le contenu lui-même, qui donne avec la plus extrême justesse les détails et les conditions d’une vente actuelle en mettant en évidence la dépendance totale, pour des décennies, des acheteurs de l’avion vis-à-vis des USA. On notera d’ailleurs que ce n’est pas une nouveauté pour l’Arabie, notoirement incapable de prendre en charge les avions modernes qu’elle achète, et donc dépendante complètement du vendeur (ces des F-15E, avion autrement plus performant et “utile” que le F-35). L’auteur finit d’ailleurs, d’une façon plus actuelle, en observant que si la  vente de F-35 n’est pas approuvée par le Congrès, et donc l’offre de vente retirée, il pourrait s’ensuivre un basculement de l’Arabie vers d’autres fournisseurs, essentiellement la Russie et la Chine.

« Un échec pur et simple de la vente ne signifierait pas une rupture immédiate des relations saoudo-américaines, lesquelles englobent bien plus qu'un simple programme d'armement. Cela pourrait néanmoins conforter Riyad dans l'idée que même un accord avec le président américain ne garantit pas une issue prévisible. Les Saoudiens auraient alors une raison supplémentaire de diversifier leurs fournisseurs et de réduire leur dépendance aux décisions prises à Washington.

Une livraison réussie ne garantirait pas pour autant que l'Arabie saoudite renonce à sa stratégie d'équilibre entre des puissances rivales. Elle pourrait approfondir sa coopération militaire avec les États-Unis tout en préservant ses liens économiques avec la Chine et sa coordination énergétique avec la Russie. Washington pourrait alors faire valoir qu'il a conservé un partenaire essentiel, tandis que Riyad pourrait arguer qu'une politique étrangère indépendante lui a permis d'obtenir de nouvelles concessions.

Les signes concrets de progrès consisteront en des conditions convenues, un financement garanti, des préparatifs d'infrastructure et un calendrier de livraison crédible. L'enjeu stratégique de fond n'apparaîtra que plus tard, lorsque les intérêts américains et saoudiens divergeront à nouveau sur une question majeure. Ce n'est qu'alors que l'on saura si le F-35 a contribué à forger une alliance politique plus étroite ou à renforcer la coopération militaire entre deux États qui continuent de poursuivre leurs propres objectifs. »

• Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cet article, c’est que le F-35 soit l’objet d’une discussion si sérieuse, portant sur des dizaines de $milliards et des années sinon des décennies de “coopération”, alors qu’il s’agit de deux pays en faillite et au bord de l’effondrement sinon  de l’invasion ((pour l’Arabie, les Houthis).

• Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cet article, c’est que le F-35 soit toujours considéré comme l’apex (encore lui) en matière d’aviation de combat dans tous les départements d’un combat qui serait uniquement structuré pour lui, protégé par son “invincibilité”. Le F-35 n’a strictement rien prouvé durant les diverses phases de l’affrontement avec l’Iran, sinon quelques graves vulnérabilités. Il n’a absolument pas modifié l’équilibre (ou le déséquilibre) des forces et a plutôt révélé des exigences contraignantes, ne serait-ce que sa protection et le refus du moindre risque avec l’obsession américaniste de risquer de mettre des technologies jugées sacrées et sans égales à portée de l’adversaire, — alors que ces technologies constituent plutôt la source de nombreux désavantages. Dans de nombreux cas, des missions ont été refusées aux F-35 pour aller aux F-15, F-16 et F-18, de crainte de l’une ou l’autre perte en territoire ennemi.

• Le désavantage le plus inquiétant est celui de devoir disposer au sol d’un environnement tempéré (au sens météorologique du mot) pour protéger son électronique et autres divers caractères lui assurant une furtivité qui ne fonctionne plus face à certains types de radar. Cela implique dans ces pays de très haute température le stationnement dans des hangars spéciaux, équipés de monstrueux dispositifs d’air conditionné, qui deviennent très vite des cibles idéales pour des missiles très précis et à très forte capacité de destruction.

Tout cela étant dit, et dit très longuement nous le reconnaissons volontiers ; voici l’article lui-même très long, remarquablement informé et totalement décalé par rapport aux réalités nouvelles de la guerre. La légende du F-35/JSF a la peau dure. Parler à propos de ces F-35 saoudiens « d'une amélioration substantielle de ses capacités aériennes » constitue une complète absurdité, balayé par les nouvelles versions des F-15 et F-16 en production pour l’USAF, — justement pour palier à l’impuissance du F-35.

dedefensa.org

_________________________

 

 

Le prix caché des F-35 proposés à l’Arabie

L'administration Trump a approuvé une vente potentielle d'avions de combat F-35 à l'Arabie saoudite, dans le cadre d'un contrat de 24,3 milliards de dollars incluant également des moteurs, des équipements et des pièces de rechange. Pour Riyad, cette décision ouvre la perspective d'une amélioration substantielle de ses capacités aériennes, tout en permettant à Washington de démontrer sa volonté d'approfondir ses relations avec l'un de ses partenaires les plus importants au Moyen-Orient. Toutefois, des désaccords politiques et des négociations sur les modalités subsistent entre l'approbation du département d'État et l'arrivée effective des appareils sur les bases aériennes saoudiennes.

La portée de cette décision dépasse largement le cadre d'un simple contrat d'armement, l'Arabie saoudite cherchant de plus en plus à diversifier ses relations avec des centres de pouvoir concurrents. Dans ce contexte, l'initiative de Trump peut être perçue comme une tentative de préserver la position des États-Unis en tant que principal partenaire stratégique du royaume et d'empêcher un éloignement accru vis-à-vis de Washington. Le défi réside toutefois dans le fait que les intérêts commerciaux, la protection des technologies sensibles et les engagements envers Israël ne convergent pas toujours vers une politique unique.

Maintenir Riyad dans l’orbite US

L'Arabie saoudite attache de l'importance à son partenariat avec les États-Unis, mais souhaite déterminer elle-même dans quelle mesure ce partenariat doit orienter sa politique globale. Ses relations avec la Chine, sa coopération avec la Russie et le développement de liens régionaux permettent au royaume de réduire sa dépendance à l'égard d'un partenaire extérieur unique. Cela ne signifie pas que Riyad soit prêt à abandonner les dispositifs de sécurité pilotés par les États-Unis, mais cela rend les dirigeants saoudiens moins réceptifs à des exigences que Washington aurait autrefois considérées comme allant de soi dans le cadre d'une alliance.

Pour les États-Unis, le risque réside dans l'érosion progressive de leur position privilégiée. Même si le royaume continue d'acheter des armes américaines, il pourrait se tourner de plus en plus vers d'autres acteurs pour obtenir un soutien politique et des opportunités économiques. À mesure que ces relations s'approfondissent, Riyad dispose d'un plus large éventail d'options, tandis que Washington voit diminuer ses possibilités d'obtenir des concessions en menaçant de restreindre la coopération.

Une offre de F-35 pourrait rendre le partenariat américain plus attractif à une époque où ses avantages ne peuvent plus être tenus pour acquis. En ouvrant l'accès à un appareil que les dirigeants saoudiens convoitaient depuis longtemps, Trump manifeste sa volonté de prendre en compte les ambitions du royaume. Pour Riyad, la portée symbolique est considérable, l'acquisition de tels avions confirmant son statut parmi les partenaires de sécurité des États-Unis.

Les bénéfices concrets pour Washington découleraient toutefois de la pérennité de cette relation. Les avions de combat de pointe nécessitent des contrats de soutien continu, maintenant ainsi un lien avec Riyad tout au long de leur durée de vie opérationnelle. Une fois que l'Arabie saoudite a investi massivement dans ces appareils, les infrastructures et le personnel, il devient plus difficile et plus coûteux de s'éloigner de ce système. Un contrat de défense peut donc renforcer des liens qui perdurent au-delà des changements d'administration et des différends diplomatiques ponctuels.

a volonté de Washington d’aller de l’avant pourrait convaincre les dirigeants saoudiens que leur stratégie actuelle porte ses fruits. Si le rapprochement avec les concurrents de l’Amérique s’accompagne d’offres américaines plus alléchantes, Riyad a tout intérêt à poursuivre dans cette voie. Trump doit alors déterminer quel degré d’indépendance il est prêt à tolérer chez un partenaire pour conserver une influence sur lui, et à quel stade les concessions exigées dépassent ce que son administration est disposée à accepter.

Reste le débat au Congrès

Le premier mandat de Trump a montré que les ventes d’armes à l’Arabie saoudite pouvaient susciter de vives tensions politiques internes. En 2019, le Congrès a adopté des résolutions s’opposant à plusieurs transferts d’armes vers le royaume et les Émirats arabes unis, mais le président y a opposé son veto et le Sénat n’a pas réussi à passer outre. Cet épisode ne prouve pas que les législateurs bloqueront la vente actuelle, mais il ne permet pas non plus de supposer que la décision du président sera mise en œuvre sans résistance.

La procédure ne nécessite pas un vote d’approbation explicite du Congrès, l’administration pouvant aller de l’avant une fois le délai d’examen légal écoulé, à moins qu’une interdiction législative n’entre en vigueur. Les opposants doivent transformer leurs objections politiques en restrictions contraignantes et, si le président exerce son droit de veto, réunir suffisamment de soutiens pour le surmonter. Un seuil exigeant à atteindre si la Maison Blanche conserve l’appui de la majorité des républicains.

Dans le cas du F-35, l’objection majeure porte sur la protection des technologies américaines sensibles. Les relations de l’Arabie saoudite avec la Chine soulèvent des questions quant à la capacité réelle d’empêcher des tiers d’accéder à l’appareil, aux équipements associés et aux informations sensibles. Ces préoccupations pourraient trouver un écho auprès des législateurs qui soutiennent globalement Trump mais placent la préservation de l’avantage technologique américain au-dessus des retombées d’un contrat spécifique.

À Washington, les critiques pourraient également invoquer la coopération de Riyad avec la Russie au sein de l’OPEP+ et son refus de s’associer aux sanctions contre Moscou comme autant de preuves de la réticence du royaume à soutenir la politique étrangère américaine. Toutefois, il convient de distinguer les griefs politiques des risques pesant sur un programme d’armement précis, une politique pétrolière indépendante ne constituant pas, en soi, une menace pour la technologie militaire. Ces questions risquent de s’entremêler dans le débat public, alors même qu’une évaluation sérieuse de la vente exige des réponses distinctes pour chacune d’elles.

Les partisans du projet peuvent faire valoir qu’un refus de la vente ne ferait que renforcer la détermination de l’Arabie saoudite à nouer des liens avec d’autres partenaires. Ces mêmes liens avec Moscou et Pékin peuvent ainsi étayer des conclusions opposées. Certains y verront un motif pour refuser l'accès à des armements de pointe, tandis que d'autres y trouveront une raison de proposer à Riyad une coopération renforcée tant que l'influence américaine demeure significative.

Le débat au Congrès portera donc probablement tant sur l'opportunité de la vente que sur les engagements que l'Arabie saoudite devra prendre. L'administration devra expliquer quelles restrictions permettraient réellement de protéger la technologie et comment le respect de ces mesures pourrait être vérifié. Des garanties plus crédibles rendraient plus difficile pour les opposants la constitution d'une large coalition, mais des exigences excessives pourraient susciter des réticences de la part de l'acheteur.

Israël trace sa ligne rouge : garde à vous !

Pour Israël, la question centrale est de savoir quel impact une Arabie saoudite militairement renforcée aurait sur sa propre sécurité. Washington cherche à améliorer les capacités de défense de ses partenaires arabes tout en préservant l'avantage militaire qualitatif d'Israël ; or, le dossier du F-35 rend la conciliation de ces objectifs particulièrement ardue. L'acquisition de tels appareils par une autre puissance régionale aurait des conséquences significatives, même si leur configuration différait de celle des modèles israéliens.

Il est peu probable que Riyad reçoive des F-35 dotés de l'éventail complet de capacités propres à la variante israélienne ; toutefois, des différences d'équipement et d'armement ne suffiraient pas à lever toutes les inquiétudes. La puissance aérienne saoudienne gagnerait en capacités, et les répercussions sur l'avantage régional d'Israël dépendraient en partie de la rapidité avec laquelle le royaume parviendrait à maîtriser ces appareils et à les intégrer à ses forces armées.

Une force aérienne saoudienne renforcée ne réduirait pas directement les capacités de combat d'Israël, mais elle pourrait modifier l'équilibre relatif des forces et restreindre la liberté d'action israélienne. C'est dans ce contexte qu'il convient d'appréhender les préoccupations concernant la supériorité aérienne. La planification militaire israélienne doit prendre en compte tant les relations actuelles avec les États voisins que les évolutions susceptibles de survenir à long terme, durant la période de service opérationnel de ces appareils.

Les responsables israéliens ont avancé des arguments similaires pour s'opposer à une éventuelle vente de F-35 à la Turquie, avertissant qu'elle risquait de bouleverser l'équilibre régional des forces. Cet exemple illustre la sensibilité d'Israël face à une diffusion plus large de telles capacités, sans pour autant rendre les cas turc et saoudien identiques. L'identité de l'acheteur, la nature des relations bilatérales et les modalités de livraison envisagées influeront toutes sur l'intensité de l'opposition israélienne.

Il est fort probable que les dirigeants israéliens exercent des pressions diplomatiques et s'appuient sur leurs alliés au Congrès pour bloquer la vente ou obtenir des restrictions. Les négociations pourraient porter sur l'armement des appareils saoudiens, sur certaines capacités technologiques spécifiques ainsi que sur des mesures complémentaires visant à renforcer les défenses d'Israël. Toutefois, aucune de ces dispositions ne peut être considérée comme acquise, le compromis final dépendant de la volonté de chaque partie d'en assumer les coûts politiques.

Pour Trump, la situation crée un dilemme délicat. Plus l'offre faite à Riyad sera substantielle, plus les objections israéliennes risquent de se durcir ; à l'inverse, chaque restriction supplémentaire introduite pour rassurer Israël pourrait rendre l'offre moins attrayante aux yeux de l'Arabie saoudite. Si les dirigeants saoudiens perçoivent ces conditions comme la confirmation que leur pays occupera toujours une position subalterne, l'accord pourrait compromettre la confiance même que Washington espère bâtir au sein de ce partenariat.

À quoi pourrait ressembler un compromis et quelles seraient les conséquences d'un échec ?

L'étape suivante la plus probable consiste en une négociation prolongée, au cours de laquelle une annonce politique de haut niveau se traduirait par des obligations concrètes. Washington cherchera à protéger les technologies sensibles et à offrir des garanties acceptables pour Israël, tandis que Riyad insistera pour obtenir une acquisition à forte valeur militaire tout en préservant son indépendance politique.

Un compromis semble plus réalisable si les restrictions portent sur la sécurité du programme lui-même, notamment l'accès aux équipements, la gestion des données et les interactions avec des tiers. Si Washington tente de conditionner la vente à une refonte plus large des relations saoudiennes avec la Chine et la Russie, il est probable que la résistance de Riyad s'intensifie. Les dirigeants saoudiens doivent pouvoir justifier l'accord au regard de leurs intérêts nationaux, tout en conservant la liberté de prendre des décisions qui ne satisfont pas systématiquement les États-Unis.

Le Royaume devra également mettre en balance la valeur des capacités qu'il acquerrait et les restrictions qui y sont associées. Des conditions trop contraignantes pourraient réduire l'attrait de l'accord, mais y renoncer impliquerait aussi des coûts, nécessitant d'envisager d'autres voies de modernisation et d'évaluer les délais qu'elles impliqueraient. Un mécontentement marqué à l'égard de certaines conditions pourrait donc s'intégrer au processus de négociation sans pour autant y mettre un terme.

Une autre possibilité est que l'accord politique soit maintenu alors que sa mise en œuvre est différée pour une période prolongée. L'administration pourrait continuer à présenter cet accord comme la preuve d'un partenariat renforcé, tandis que Riyad attendrait d'y voir plus clair concernant la configuration du matériel, la formation du personnel et les calendriers de livraison. Toutefois, une promesse perd peu à peu sa capacité à maintenir l'intérêt d'un partenaire, surtout si chaque retard semble s'accompagner de nouvelles conditions politiques.

Un échec pur et simple de la vente ne signifierait pas une rupture immédiate des relations saoudo-américaines, lesquelles englobent bien plus qu'un simple programme d'armement. Cela pourrait néanmoins conforter Riyad dans l'idée que même un accord avec le président américain ne garantit pas une issue prévisible. Les Saoudiens auraient alors une raison supplémentaire de diversifier leurs fournisseurs et de réduire leur dépendance aux décisions prises à Washington.

Une livraison réussie ne garantirait pas pour autant que l'Arabie saoudite renonce à sa stratégie d'équilibre entre des puissances rivales. Elle pourrait approfondir sa coopération militaire avec les États-Unis tout en préservant ses liens économiques avec la Chine et sa coordination énergétique avec la Russie. Washington pourrait alors faire valoir qu'il a conservé un partenaire essentiel, tandis que Riyad pourrait arguer qu'une politique étrangère indépendante lui a permis d'obtenir de nouvelles concessions.

Les signes concrets de progrès consisteront en des conditions convenues, un financement garanti, des préparatifs d'infrastructure et un calendrier de livraison crédible. L'enjeu stratégique de fond n'apparaîtra que plus tard, lorsque les intérêts américains et saoudiens divergeront à nouveau sur une question majeure. Ce n'est qu'alors que l'on saura si le F-35 a contribué à forger une alliance politique plus étroite ou à renforcer la coopération militaire entre deux États qui continuent de poursuivre leurs propres objectifs.

Murad Sadygzade