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• Pour compléter le texte de PhG sur « le dernier homme » de Nietzsche, voici le texte d’Alastair Crooke qui l’a suscité. • Nous vivons une époque où nous sortons de l’histoire pour anéantir le nihilisme.
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PhG n’oublie pas de citer ce texte d’Alastair Crooke pour nous donner une chronique où nous est rappelée la vision de Zarathoustra sur « le dernier homme ». Celui-ci est caractérisé par son complet nihilisme, et il vient à l’esprit que le Trump de l’aventure vénézuélienne est de cette trempe, jusqu’aux clins d’yeux que la foule nihiliste adresse à Zarathoustra (« “Nous avons inventé le bonheur”, — disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. »).
« Aurélien écrit :
» “C’est Nietzsche, pourvoyeur de vérités dérangeantes, qui a souligné que la « mort de Dieu » et l’absence conséquente de tout système éthique convenu conduiraient à un monde sans sens ni but, car toutes les valeurs sont sans fondement, toute action est vaine, tous les résultats sont moralement équivalents et aucun objectif ne vaut donc la peine d’être poursuivi… ”.
« Dans son ouvrage La Volonté de puissance, Nietzsche soutenait que la disparition de toutes les valeurs et de toute signification entraînerait la disparition du concept même de Vérité et révélerait l'impuissance de la raison occidentale mécanique. Collectivement, cela constituerait “la force la plus destructrice de l'histoire” et engendrerait une “catastrophe”. Écrivant en 1888, il prédisait que cela se produirait au cours des deux siècles suivants. »
Dans son texte, PhG précise que la prédiction de Nietzsche s’est avérée juste, mais sans préciser qu’en même temps apparaîtrait la force ambiguë, surpuissante et autodestructrice à la fois, qui permet d’observer que l’apparition du « dernier homme » est aussi l’instant de sa fin. Bien entendu, l’on parle du système de la communication, d’une infinie puissance mais d’une puissance incontrôlable, qui peut onduler dans ses effets, une sorte de surpuissance ondulatoire qui peut détruire aussi bien l’espèce humain qu’elle peut se retourner et détruire le diable qui l’a suscitée.
« Le dernier homme » est ainsi parfaitement logique. Son nihilisme, parfaitement alimentée par la science moderniste, implique une surpuissance absolue, à un point où elle engendre l’autodestruction tout aussi absolue. La force atomique et nucléaire qui ouvre l’ère du « dernier homme » est de cette sorte : une surpuissance absolue tout à fait inutile et nihiliste dans le chef des projets humains puisqu’elle engendre à son terme extrême l’autodestruction absolue ; par contre ce n’est pas vrai, que du contraire, “dans le chef des projets diaboliques”.
Le texte de Crooke nous fait bien sentir, pour ceux qui prétendent avoir quelque odorat, que nous ne sommes plus dans une ère historique mais bien en pleine métapolitique et métahistoire où la force dominante, qui doit être nécessairement identifiée pour prétendre y comprendre quelque chose, est la métaphysique.
Peut-être Finkielkraut ne croyait-il pas si bien dire lorsqu’il disait justement, en 2020, sur LCI :
« Nous ne disposons plus aujourd’hui d’une philosophie de l’histoire pour accueilli les événements, les ranger et les ordonner. Le temps de l’hégéliano-marxisme est derrière nous. Il est donc nécessaire, inévitable de mettre la pensée à l’épreuve de l’événement et la tâche que je m’assigne, ce n’est plus la grande tâche métaphysique de répondre à la question “Qu’est-ce que ?” mais de répondre à la question “Qu’est-ce qu’il se passe ?”... »
Le “Qu’est-ce qu’il se passe ?” n’est plus une « grande tâche métaphysique », où l’on emploie la métaphysique pour répondre, mais bien une situation où c’est nous-mêmes qui sommes complètement la métaphysique et où notre tâche est d’identifier ce qui nous correspond. Il n’est pas assuré que le parcours politique de Finkielkraut depuis cette citation peut-être plus lumineuse qu’il ne pensait se soit affirmé comme métapolitique pour apprécier les événements.
Nous dirions alors que c’est bien moins le cas d’Alastair Crooke, qui n’est pourtant pas un “philosophe académique”. Lui, il semble bien avoir compris combien, désormais, nous sommes tous devant un dilemme radical : ou bien être la métaphysique, ou bien n’être rien (nihilisme). Le titre complet de son article du 12 janvier sur ‘UNZ.com’ est « Le Rubicon franchi – Le paradigme nihiliste et anti-valeurs de l'équipe Trump »
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Lorsque la posture morale est ouvertement et triomphalement affichée comme une imposture, alors les jeunes chrétiens qui se prennent au sérieux deviennent rebelles.
Ainsi, un acte de prédation pur et simple perpétré par Trump et son équipe – l’enlèvement du président Maduro lors d’une frappe militaire nocturne éclair – a finalement fait de 2026 un moment charnière. Un moment charnière non seulement pour l’Amérique latine, mais aussi pour la politique mondiale.
La « méthode vénézuélienne » s'inscrit dans l'approche « business first » de Trump, qui repose sur la mise en place d'un « système de récompenses financières », selon lequel diverses parties prenantes à un conflit se voient offrir des avantages financiers permettant aux États-Unis d'atteindre (en apparence) leurs propres objectifs, tandis que les populations locales continuent de tirer profit de l'exploitation des ressources vénézuéliennes (dans ce cas précis) – sous la supervision étroite des États-Unis.
Dans ce scénario, les États-Unis n'ont pas besoin de créer un nouveau régime de toutes pièces ni d'envoyer des troupes au sol. Pour le Venezuela, le plan prévoit que le gouvernement actuel de la nouvelle présidente, Delcy Rodriguez, restera aux commandes du pays, tant qu'elle se plie aux exigences de Trump. Si elle ou l'un de ses ministres ne respecte pas ce plan, ils subiront le même sort que Maduro, voire pire. Selon certaines sources , les États-Unis ont déjà menacé le ministre de l'Intérieur vénézuélien, Diosdado Cabello, de représailles de Washington s'il n'aide pas la présidente Rodriguez à satisfaire les demandes américaines.
En d'autres termes, ce plan repose sur un seul principe fondamental : la seule chose qui compte, c'est l'argent .
Dans ce contexte, l'approche américaine vis-à-vis du Venezuela s'apparente à un rachat par un fonds spéculatif prédateur : destituer le PDG et s'assurer la mainmise de l'équipe dirigeante en place grâce à des fonds, afin qu'elle oriente l'entreprise vers de nouveaux objectifs. Dans le cas du Venezuela, Trump espère probablement que Rodriguez (qui a « discuté » avec le secrétaire Rubio par l'intermédiaire de la famille royale du Qatar, et qui est également ministre chargé de l'industrie pétrolière) a rallié toutes les factions composant le pouvoir vénézuélien à sa décision de céder les ressources souveraines de l'État.
Ce qui est crucial ici, c'est l'abandon de toute dissimulation : les États-Unis sont en pleine crise de la dette et souhaitent s'emparer du pétrole vénézuélien – pour leur usage exclusif. Se soumettre à la demande de Trump est la seule variable qui compte. Tous les masques sont tombés. Un Rubicon a été franchi.
« Le Venezuela livrera entre 30 et 50 millions de barils de pétrole de haute qualité, sous sanctions, aux États-Unis d'Amérique, vendus au prix du marché avec l'argent que je contrôlerai » , a écrit Trump sur Truth Social .
L'effacement du « projet » américain – la substitution d'une puissance militaire guidée par l'intérêt personnel au récit américain d'une Amérique « lumière pour toutes les nations » – constitue un changement révolutionnaire. Les mythes et les récits moraux qui les sous-tendent donnent un sens à toute nation. Sans cadre moral, qu'est-ce qui assurera l'unité de l'Amérique ? La célèbre conviction d'Ayn Rand selon laquelle l'égoïsme rationnel était l'expression ultime de la nature humaine ne saurait reconstituer l'ordre social.
Les Lumières occidentales se sont retournées contre leurs propres valeurs et se sont autodétruites. Les répercussions se feront sentir dans le monde entier.
Aurélien écrit :
« C’est Nietzsche, pourvoyeur de vérités dérangeantes, qui a souligné que la « mort de Dieu » et l’absence conséquente de tout système éthique convenu conduiraient à un monde sans sens ni but, car toutes les valeurs sont sans fondement, toute action est vaine, tous les résultats sont moralement équivalents et aucun objectif ne vaut donc la peine d’être poursuivi… ».
Dans son ouvrage La Volonté de puissance, Nietzsche soutenait que la disparition de toutes les valeurs et de toute signification entraînerait la disparition du concept même de Vérité et révélerait l'impuissance de la raison occidentale mécanique. Collectivement, cela constituerait « la force la plus destructrice de l'histoire » et engendrerait une « catastrophe ». Écrivant en 1888, il prédisait que cela se produirait au cours des deux siècles suivants.
Nietzsche affirmait que franchir le Rubicon n'est pas chose anodine. L'Occident perdrait alors l'architecture interne qui rend possible la vie morale, tant sur le plan intérieur que dans son rôle d'acteur sur la scène mondiale. Un État qui perd son architecture interne se réduit à une simple mafia menaçant quiconque refuse de se soumettre à ses exactions et de lui remettre l'argent qu'il convoite.
Il est bien trop tôt pour prédire l'évolution de la situation au Venezuela, mais on constate que Caracas élabore collectivement une stratégie pour gérer une politique américaine agressive dans un contexte de montée du nationalisme populaire. De même, il est impossible de prédire comment se porteront les ambitions plus larges de l'équipe Trump visant à déstabiliser le tissu régional sud-américain (Cuba en particulier). Enfin, il est prématuré de juger si le projet de Trump d'« acquérir » le Groenland a des chances de réussir.
Ce que l'on peut toutefois affirmer, c'est que le calcul établi à l'échelle mondiale est bouleversé par le passage à un paradigme nihiliste et anti-valeurs.
Le monde est désormais gouverné par la force, par la puissance. « Nous avons le pouvoir », proclame l'équipe Trump, et nous imposons nos conditions. La Russie, la Chine, l'Iran et d'autres comprendront qu'il faut faire fi des subtilités internationales. Il est temps d'être résolu et inflexible, car on ne réfléchit plus aux risques et l'esprit critique a disparu. Le risque est omniprésent.
La coercition incite les autres à rechercher des moyens de dissuasion plus efficaces – sous quelque forme que ce soit – et le bien-fondé de tout engagement diplomatique sera examiné avec soin. Comment faire confiance aux États-Unis ? Peut-on les convaincre de renouer avec une politique de négociation classique ? Une telle affirmation susciterait aujourd’hui un scepticisme considérable.
Comment se protéger ? Chaque dirigeant, et notamment les Européens, y réfléchit en secret.
En 2022, au début de l'opération spéciale russe en Ukraine, les dirigeants occidentaux étaient pleinement conscients de leur déficit démocratique et de leur manque d'autorité morale. Cette opération leur offrait pourtant un prétexte pour rassembler leurs nations constitutives, pourtant si diverses. Ils ont alors embrassé le manichéisme prôné par le président Biden à l'égard du président Poutine : le bien contre le mal. Nombre d'Européens y ont adhéré, y voyant un moyen de combler un vide dans la légitimité de l'Union européenne.
Mais aujourd'hui, Trump a balayé cette posture morale. En faisant de l'Ukraine un symbole de l'Europe s'affirmant comme acteur moral, l'UE, du moins dans ses discours, s'est engagée de facto vers une guerre catastrophique avec la Russie, enchaînant les erreurs d'appréciation quant à la nature et aux causes du conflit. Les dirigeants européens ont misé sur une défaite humiliante de Poutine, mais n'ont d'autre solution à l'impasse actuelle que des propositions illusoires en plusieurs points, qu'ils espèrent voir Trump imposer à Moscou.
Au lieu de cela, Trump avertit l'Europe qu'elle est de toute façon menacée d'« effacement civilisationnel » et affirme envisager le recours à la force militaire contre le Danemark pour s'emparer du Groenland. L'Europe se retrouve démunie… et feint d'avoir une conscience morale.
Enfin, quel impact ce glissement américain vers un nihilisme à somme nulle aura-t-il sur les États-Unis ? La base partisane de Trump, qui soutient le mouvement MAGA, est déjà fracturée par la partialité de plus en plus manifeste de Trump envers Israël – privilégiant Israël à l’Amérique – et maintenant par des milliardaires juifs qui insistent pour que toute critique d’Israël soit censurée en ligne .
Les images de femmes et d'enfants morts à Gaza ont galvanisé de nombreux jeunes Américains de moins de 40 ans. Gaza est devenue l'exemple d'une politique de pouvoir amorale si extrême qu'elle a radicalisé une jeune génération qui se tournait de plus en plus vers un christianisme intransigeant.
Cela s'est avéré particulièrement vrai pour Turning Point USA , un groupe clé . La victoire de MAGA en 2024 était en grande partie due à ce mouvement de jeunesse, fort de milliers de sections, de valeurs chrétiennes et d'un dynamisme exceptionnel. Turning Point USA représente encore potentiellement un atout majeur pour mobiliser les électeurs.
Mais ce que beaucoup de Républicains ignorent, c'est que leur électorat de base représente environ un tiers des électeurs qui se rendent aux urnes. Par conséquent, pour que Trump l'emporte, il devra convaincre au moins la moitié des électeurs indépendants. Les sondages indiquent que son taux d'approbation est actuellement de -10.
Un petit groupe de responsables du Parti républicain, de concert avec des personnalités politiques influentes et des donateurs milliardaires, cherche à limiter l'influence du mouvement MAGA au sein du Parti républicain. De la même manière qu'ils ont écrasé le mouvement Tea Party républicain apparu en 2010, ces apparatchiks souhaitent que MAGA soit de nouveau placé sous le contrôle total du Parti et qu'il obéisse aux directives de la direction quant aux candidats pouvant se présenter à l'investiture républicaine pour les élections de mi-mandat de 2026, et même au-delà, jusqu'en 2028.
En 2016, le groupe informel de dirigeants et de donateurs de Washington, surnommé « Sea Island », s'était donné pour objectif de préserver le modèle économique de la politique de la capitale face à l'imprévisibilité de Trump. Aujourd'hui, ce groupe élargi cherche à diviser la base MAGA, pilier du Parti républicain, afin de pouvoir continuer à financer tous les candidats en lice. Le but ? Offrir une illusion de choix, tout en le limitant à deux candidats principaux acceptables par les deux ailes (démocrate et républicaine) de ce parti unique.
Le problème, c'est que lorsque les dirigeants deviennent égocentriques et sans scrupules, l'immoralité ne reste pas cantonnée au sommet. Elle se propage à tous les échelons du parti. Et lorsque la posture morale est ouvertement et triomphalement affichée comme une imposture – comme le fait l'équipe Trump –, les jeunes chrétiens qui se prennent au sérieux se rebellent. Ils ne se taisent plus. Ils comprennent la manipulation dont ils sont victimes.
Vont-ils finalement se soumettre aux apparatchiks du parti ? C’est une bonne question. L’avenir de l’Amérique dépend en grande partie de la réponse.