La Guerre froide ranimée comme une caricature d’elle-même

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La Guerre froide ranimée comme une caricature d’elle-même

L’incident du cargo russe transportant, semble-t-il, au moins deux ou trois (on hésite sur le chiffre) hélicoptères d’attaque russe appartenant à la Syrie et d’une utilité plus que douteuse dans les troubles actuels, a fait ressurgir les pires moments de la Guerre froide. Mais il s’agit d’une caricature de la chose lorsqu’on considère les enjeux, et d’une extension monstrueuse de la chose lorsqu’on considère les psychologies et les risques pris pour la caricature. (Les hélicoptères, bien sûr, sont ceux dont il a déjà été question lors de la sortie d’Hillary Clinton à ce propos.)

Il s’agit du cargo russe M V Alaed, qui a été arrêté durant le dernier weed-end au large de l’Ecosse par la décision de son assureur (britannique) de retirer sa couverture assurance, et qui a rebroussé chemin vers la Baltique et, sans doute, Kaliningrad. The Independent rapporte, ce 21 juin 2012, les conditions dans lesquelles David Cameron, ayant à l’esprit le souvenir du grand ancêtre churchillien, fut sur le point d’ordonner un arraisonnement de force du M V Alaed, en eaux internationales, sous le prétexte intraitable que la Russie ne respectait pas une décision de l’UE sur l’embargo des armes vers la Syrie.

«Britain came alarmingly close to a dangerous clash with Moscow when David Cameron was asked to consider giving an order to forcibly board a ship headed towards the English Channel carrying three Russian-made helicopters for delivery to the regime in Syria, it emerged today. Any seizure would have been carried out by members of the Special Boat Service, SBS, the only military unit authorised to performing opposed embarkations at sea. The helicopters are believed to be the same ones that prompted US Secretary of State, Hillary Clinton, recently to berate Russia for sending military hardware to Syria.

»Officials traveling with the Prime Minister on an official visit to Mexico City yesterday gave the first detailed account of a series of high-level meetings that happened at Whitehall at the end of last week as the authorities tracked the ship, the MV Alead, which was steaming southwards through the North Sea after departing from Leningrad port. Mr Cameron was briefed on a continuous basis, they said, on the results of a series of meetings of the emergency Cobra committee as the ship approached waters off Dover. Officials said that at that point "all options were on the table" about preventing the ship continuing its voyage towards Syria. They did not deny that those options might have included an armed boarding and seizure of the vessel, an action that surely would have elicited Russian ire.»

»As the Government consulted with Denmark and the Netherlands on options for stopping it, the ship abruptly turned around on Friday, they said. But by the end of the weekend it was in the Hebrides area and bound westwards apparently on a course to go around Scotland and then south again towards the Straits of Gibraltar. The crisis only eased, it seems, when an international maritime insurance firm was persuaded to withdraw coverage of the ship and its cargo. At noon on Monday, the ship had turned eastwards again. Yesterday, it was reported to be back in the Baltic seemingly headed back to Russia.»

• Sur le fond de l’affaire, on doit se reporter à Russia Today, qui donnait, le 19 juin 2012, des précisions à ce propos, sur l’enjeu que représentent les deux ou trois hélicoptères à bord du navire en question, de l’état d’esprit dans lequel ce type d’incident va contribuer à mettre la direction russe et ainsi de suite. Il s’agit de l’interview d’un expert sur le rôle des armements dans la stratégie, Vassili Kachine, du Centre d’Analyse des Stratégies et des Technologies de Moscou.

«…“They started to use this information to pressure Russia on the Syrian issue. They are deliberately misleading the media; they were manipulating this information,” says Vasily Kashin from the Centre for Analysis of Strategies and Technologies. “This really open pressure is combined with a propaganda campaign and data manipulations,” he says.

»The US never mentioned that these helicopters already belonged to Assad, but said simply that “Russia is sending some helicopters to Syria, without elaborating.” “But in fact these were just old helicopters repaired in Russia. And is far as we know, it was a very limited and cheap repair. The price was really low; Syria could not even afford to replace engines. So, you can’t even say that Russia upgraded these old Soviet helicopters or expanded their capabilities,” Kashin said.

»The shipment halted by the UK, Kashin says, was the fulfillment of contact obligations agreed between Russia and Syria in 2009, “long before all this Syrian unrest started.”The contract covered the repair of Soviet MI25 helicopters, which Syria owed. The county initially had more than 30 of them, but the “inventory was in such a bad shape that they could not be repaired anymore.” So now, “it is about sixteen helicopters which were supposed to be repaired and sent back to Syria.”

»“What we see now is a huge exaggeration and huge manipulation with data, and the Americans are probably doing this in order to make some point for, probably, establishing some kind of no-fly zone and just making an impression that there are … some terrible aircraft killing civilians which need to be stopped,” Kashin suggests. But do these helicopters really have the importance the US portrays?

Kashin says that none of these helicopters have much value, and basically “can’t really change [anything] in the Syrian situation.” “In fact these are very old, Soviet machines and they can be very limitedly repaired just to keep them barely working,” he says.

»So now, this move may really have an impact on the prospects of an agreement between the West and Russia over the situation in Syria. If previously “Russia agreed that everything is negotiable,” now it is “unlikely that the Russian government would show weakness.”»

… Il paraît que les finauds service de renseignement britanniques, qui ont l’habileté de leurs compères du bloc BAO pour repérer les choses, soupçonnaient qu’il y a avait plus que deux ou trois Mi-25 remontant aux années 1970, peut-être un ou deux missiles, quelques caisses de Kalachnikov ; peut-être, peut-être, – car, depuis l’Irak et les armes de destruction massive, la confiance illimitée qu’on peut faire dans les renseignements des SR du bloc BAO est extrêmement érodée. Par contre, les explications de Vassili Kachine ont tout pour nous satisfaire, à la fois de l’expertise sur l’état, l’usage et l’utilité des armements impliqués, à la fois du simple bon sens pour en juger. Par conséquent, on observera que cette affaire du M V Alaed porte sur un sujet absolument dérisoire, à côté de l’enjeu impliqué ; car l’enjeu impliqué ne fut pas loin de l’intervention armée par arrêter le navire en eaux internationales, au nom d’une législation (l’embargo de l’UE sur les armes vers la Syrie) dont la Russie n’a rien à faire en plus de n’être liée en rien par cette législation ; et la cause de cette intervention si risquée pour un motif si dérisoire fut due, à côté de la conscience churchillienne de Cameron qui joue un grand rôle, à la suggestion de la bureaucratie du département d’État qui n’entendait pas le céder aussi aisément après la sottise initiale de Clinton (où cette bureaucratie avait la part essentielle sinon exclusive) annonçant l’envoi d’hélicoptères russes des années 1970, et flambants neufs, et si meurtriers en Syrie qu’on n’en use pratiquement pas.

La Guerre froide ? Au temps de Kennedy, de Kissinger ou de Brzezinski, et quelque mal qu’on puisse penser avec bien des raisons de ces oiseaux, on ne tombait pas dans de telles affaires d’épiciers mal informés, en les faisant presque dépendre d’une agression militaire en mer absolument infondée. (En 1962, lorsque Kennedy ordonnait un blocus militaire autour de Cuba, au moins les navires soviétiques transportaient des missiles balistiques à moyenne portée avec leurs têtes nucléaires en place, – c’était du sérieux, et l'on parlait et l'on finissait par s'entendre.) Effectivement, le plus effrayant dans le chef du bloc BAO et de ses acteurs agités, c’est leur extraordinaire incompétence, la nullité des informations qui leur sont données pour orienter et justifier leur action, l’ignorance professionnelle de ceux qui, dans les bureaucraties, les utilisent, – et l'atmosphère hystérique dans quoi baigne tout cela. Une seule chose marche donc à très haut régime, c’est l’affectivité utilisée à la place de la raison pour conduire la réflexion, la raison étant réduite à être l’“idiote utile” qui habille ces agitations hystériques d’un manteau élimé de sérieux apparent et de pompes diverses, celles-ci et celui-là qui siéent aux grandes puissances responsables et à la diplomatie traditionnellement si respectable. L’affaire du M V Alaed est un petit exemple, sans importance sur le fond puisque dérisoire, mais d’une profonde signification quant à la démarche, de la bassesse abyssale où est tombée l’intelligence américaniste-occidentaliste, – du bloc BAO en question, plus “bloc” que jamais, – l’esprit aussi souple et adaptable qu’un bloc de pierre…


Mis en ligne le 21 juin 2012 à 06H24