La guerre : combien ?

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La guerre: combien ?


26 septembre 2002 — Autre sempiternelle question avec celle des moyens de faire la guerre : qu'est-ce que va coûter cette guerre ? Nous signalons deux textes, d'auteurs peu conventionnels, Alan Bock et Jude Wanniski. Leurs analyses abordent aussi bien la question du coût lui-même que les analyses autour de ce coût.

Alan Bock s'attache à la stricte comptabilité et développe des hypothèses sur les effets de la guerre éventuelle sur l'économie US. Sa conclusion est pessimiste, dans la mesure où il voit un effet global, capable de déstabiliser les États-Unis eux-mêmes. C'est aujourd'hui une thèse qui commence à circuler, qui estime les effets de cette guerre sur l'économie US comme étant ceux d'une profonde déstabilisation pouvant aller jusqu'à mettre en péril, l'équilibre de cette puissance.


« Among the most misleading analyses of empire was that of Lenin, who argued that the advanced capitalist countries undertook imperial building for economic reasons – to use surplus capital or to gain access to raw materials. To be sure, in the early phases of most of the European empires, access to materials or to workers was part of the calculation. But while there will be winners, building an empire is a bad investment.

» Empires fall because of political discontent in the colonies and hinterlands, to be sure. But they also fall because they simply become too expensive and those charged with paying the costs eventually get tired of paying and paying and getting resentment and hatred in return. That is likely to happen eventually to the sole superpower, but apparently we will have to suffer significant additional economic deterioration before it does. »


Jude Wanniski se concentre sur les plans des super-hawks et leur intention de “faire payer” l'Irak pour la guerre, essentiellement en contrôlant le pétrole irakien et, si l'on veut, en “se payant sur la bête”. La manoeuvre est complexe et suppose que bon nombre de projets et d'opérations se passent sans la moindre anicroche, jusqu'à parvenir à une situation iodéale où unn Irak immédiatement reconstruit produirait du pétrole à flots et rembourserait les Amérivcains en même temps que la démocratie fleurirait dans la région.


« The hardliners in the Bush administration have clearly been frustrated by the President’s decision to go through the United Nations, even though Mr. Bush still indicates that he reserves the right to go war with Iraq if he is not satisfied with how the UN handles the issues. What is now becoming clearer by the day is that the Pentagon intellectuals who have been itching for a “regime change” in Baghdad have figured out how to pay for the cost of the military action. No, it is not the feeble economics presented by Larry Lindsey, the chairman of the National Economic Council in the White House. Lindsey says the war would cost $200 billion, but once Saddam is removed as a threat to the region, the U.S. economy will go into a giddy expansion and tax revenues will flood the Treasury, paying off the costs of the war. The warriors at the WSJournal editorial page have concocted charts showing the price of oil always falls after the wars in the Middle East are successfully concluded. The war on Iraq would be the first “supply-side war,” one supposes.

» No, the GOP War Party has determined that the people of Iraq will pay the $200 billion it will cost to liberate them. Once Saddam gets the boot, the Iraqi National Congress -- handpicked by Richard Perle, Paul Wolfowitz and Jim Woolsey -- will move to Baghdad from its exile status in Washington, D.C. Out of sincere gratitude to its puppeteer, Uncle Sam, the new Iraqi government will denationalize the oil fields which the Ba’ath Party nationalized in 1972-75, handing out franchises to the old cartel that ran things back then. Woolsey told the Washington Post Sunday: “It’s pretty straightforward...France and Russia have oil companies and interests in Iraq. They should be told that if they are of assistance in moving Iraq toward decent government, we'll do the best we can to ensure that the new government and American companies work closely with them." Woolsey said those oil companies that do not support regime change will be cut out. ExxonMobil and ChevronTexaco are mentioned in the story as being likely beneficiaries because they were part of the cartel, as were British Petroleum and Royal Dutch Shell.

(...)

» If the hawks succeeded in accomplishing these objectives, it would change the world geopolitical map as the US, not the Arabs, would control the world's oil. Sound nice, but what worries old hands like Brent Scowcroft is the explosion that would likely follow in the Arab "street." The Gulf monarchies probably would be toppled and so would Egypt's Hosni Mubarak. The masterminds who have persuaded the President of the benefits of "regime change" can afford to theorize at long distance, but the people of Israel live in what might become a totally lawless neighborhood. It is hard to understand why Ariel Sharon and Bibi Netanyahu are so eager for a US war with Iraq, even taking into account the "cover" it would give them to take care of the Palestinian issue once and for all. »


Nos propres commentaires, plus que de porter sur le prix de la guerre, porteraient sur le poids du prix de la guerre, dont il est maintenant avéré qu'il serait très haut, et notamment sur certains mécanismes et attitudes. On doit retrouver à cette occasion des tendances que nous signalons dans un F&T parallèle publié aujourd'hui, sur “les moyens de la guerre”.

• Il s'agit d'abord du constat que le “prix de la guerre” est, du point de vue américain, de plus en plus en augmentation exponentielle et pas loin d'être out of control. L'évolution depuis le Viet-nâm est particulièrement remarquable. L'année 1968 de combat au Viet-nâm, avec 500.000 hommes et une armée conventionnelle utilisant tous ses moyens, soutenu par tous les moyens marins et aériens possibles, coûta au trésor américain l'équivalent de $100 milliards actuels (par conséquent, pour 365 jours de combat effectif). La guerre du Golfe-I, avec 500.000 homme et tous les moyens, et six semaines de combat effectif (après 5 mois de préparation), coûta $100 milliards actuels (les évolutions avant la guerre situant son coût à $50-$60 milliards actuels). L'actuel conflit en préparation, selon la formule de 200.000 hommes et tous les moyens, et huit semaines de combat effectif , est calculée à $100-$200 milliards et devrait plutôt approcher les $300 milliards si cette base de calcul est confirmé, selon ce qu'on sait de l'approche ultra-prudente des forces armées US, compte tenu de l'usage à profusion de munitions intelligentes de toutes les sortes, au coût unitaire très élevé, compte-tenu des habitudes logistiques en expansion continue avec les coûts correspondants, etc. (Pour comparaison, rappelons que le budget complet du Pentagone est de $400 milliards.)

• Il s'agit d'autre part de l'effet de ces augmentations de dépenses sur la gestion du budget du Pentagone, du point de vue de l'état psychologique de la bureaucratie. Celle-ci est d'ores et déjà paniquée devant la gestion du budget du Pentagone dans sa forme actuelle, dans la mesure où, malgré ce volume de $400 milliards et des augmentations substantielles obtenues depuis septembre 2001, les dépenses d'équipement prévus (c'est-à-dire possibles) ne parviennent pas à inverser la tendance identifiée sous Clinton qui est une tendance conduisant en une décennie et demie à une situation de désarmement structurel (dite “hollow army”) des forces US par rapport à leurs engagements et à leurs missions. Il est probable que les réticences de l'état-major pour une guerre irakienne se réfèrent également au chaos budgétaire que ce conflit provoquerait au Pentagone.