La fièvre de la sécession

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La fièvre de la sécession

Nous empruntons son titre (« Secession Fever ! ») à un article de synthèse de Thomas DiLorenzo, un excellent historien, spécialiste dissident de la narrative officielle sur Lincoln. DiLorenzo est bien entendu un libertarien enragé, ennemi du “centre”, ennemi du fédéralisme et même de n’importe quelle union, fut-elle confédérale. DiLorenzo est totalement un auteur révisionniste sur le rôle et l’action de Lincoln, et par conséquent sue Guerre de Sécession. (Il doit publier le 7 juillet un nouveau livre chez Regnery Publishing, The Problem With Lincoln, qui peut d’ores et déjà faire l’objet d’une pré-commande sur  Amazon.)

Di Lorenzo publie cette synthèse le 22 février 2020 sur son blog, sur le site LewRockwell.com. Il fait état d’une série d’initiatives pour la sécession d’un certain nombre de comtés à majorité conservatrice, dans des États où le gouverneur et la majorité démocrate (progressiste-sociétale) développent une politique intérieure, sociale-sociétale et culturelle, que ces conservateurs jugent insupportables. (On a  déjà vu l’une de ces initiatives, avec des pétitions dans plusieurs comtés de l’Oregon pour être rattachés à l’Idaho [initiative dite du Greater Idaho.].) 

« Les conservateurs de cinq États envisagent sérieusement de faire sécession avec les gouvernements néo-staliniens, comme celui de la Virginie, maintenant qu'il est entièrement contrôlé par les bolcheviques-démocrates (grâce en partie au financement de milliardaires totalitaires comme George Soros et Michael Bloomberg).  Ce faisant, ces conservateurs répudient le principal mantra du ‘Lincoln Cult’, selon lequel sa guerre totale contre les États du Sud “a mis fin une fois pour toutes” au débat sur le caractère volontaire de l’union des États des USA et sur la légalité de la sécession.
» La position de Lincoln, et celle de tous les membres affiliés à la secte du ‘Lincoln Cult’, en particulier les neocons-“Straussiens”, est que l’Union des États des USA n’a jamais été volontaire.  Elle ressemble davantage à l'Union soviétique, unie par la menace de la force, de la violence et de la guerre totale contre les civils. C’était la théorie de Lincoln sur la fondation américaine.  Il a peut-être utilisé de séduisantes expressions comme l’“accords mystique” d’une “union perpétuelle”, mais la véritable situation de ce pays est celle d’une union forcée instaurée par l’assassinat de centaines de milliers de personnes, et le bombardement et l’incendie de villes entières. Il n’est pas étonnant que parmi les admirateurs historiques de Lincoln, on trouve Karl Marx et Adolf Hitler.
» Dans son premier discours inaugural, Lincoln a mis en garde contre l’“anarchie” si un État faisait sécession de manière pacifique. Cela se produirait, disait-il, parce qu'alors les comtés feraient sécession des États, et les villes des comtés, etc. C’est de cela que les Virginiens discutent aujourd'hui. Une autre façon de décrire l’“anarchie” de Lincoln serait “l’absence de gouvernement tyrannique” ou “la dévolution du pouvoir”, chose que Lincoln était déterminé à interdire, même au prix de centaines de milliers de vies.

DiLorenzo parle de cinq États où des initiatives variées de sécession sont lancées à coup de pétition pour inscrire la question au programme du vote du 3 novembre (élections présidentielles, accompagnées de législatives partielles et de référendum propres aux États sur des questions diverses). Il s’agit de l’Oregon, de la Virginie, de l’Illinois, de la Californie et de New York. Un article du WashingtonTimes du 20 février donne quelques détails sur cette situation, – et l’on retrouve, en filigrane, les oppositions que l’on rencontre dans de si nombreux pays dans le monde, comme conséquence humaine et sociétale du déchaînement crisique que nous connaissons, entre, à gros traits, les milieux urbains, progressistes-sociétaux, globalistes, et les milieux ruraux, conservateurs, traditionnels, etc. (La sécession deviendrait alors, dans l’air du temps, les Gilets-Jaunes à l’américaine, et antiaméricanistes.)

« Il y a des Oregoniens qui cherchent à se réfugier dans l'Idaho, des Virginiens qui s'identifient comme des Virginiens de l'Ouest, des Illinoiens qui se battent pour échapper à Chicago, des Californiens qui rêvent de créer un 51e État et des New-Yorkais qui pensent que trois États valent mieux qu’un.
» La fièvre de la séparation balaie le pays alors que des groupes de ruraux frustrés, de banlieusards et de conservateurs, don-quichotesques mais tenaces, cherchent à se libérer des États dont les législatures sont de plus en plus contrôlées par les grandes villes et les bastions métropolitains progressistes. »

Rick Boyer, un ancien membre du conseil des superviseurs du comté de Campbell en Virginie, est le meneur de l’initiative Vexit2020 (Vexit pour Virginia Exit), établie pour une sécession qui feraient devenir Virginiens Occidentaux ceux qui le suivraient, en se séparant de la Virginie investie par les progressistes-sociétaux financés par la paire Soros-Bloomberg. Il constate une évidence de l’air du temps, que si son initiative « marche en Virginie, il n’y a aucune raison que ça ne puisse pas remodeler la carte politique ».

A ces Virginiens partisans du Vexit par le biais d’une sécession de leurs comtés, le gouverneur Jim Justice de la Virginie Occidentale, qui serait l’État choisi par les sécessionnistes, a déclaré au cours d’une conférence de presse qu’il était tout à fait prêts à les accueillir. « Si vous n'êtes pas vraiment heureux là où vous êtes, nous vous accueillerons à bras ouverts, que vous veniez de Virginie ou d’ailleurs.[...] Nous soutenons fermement le Deuxième amendement et nous défendons fermement le droit à la vie des enfants à naître. »

Lors de sa conférence de presse, Justice avait à ses côtés Jerry Falwell, Jr., de la Liberty University de Lynchburg, en Virginie. Président d’une université institutionnellement chrétienne, et adversaire de l’avortement, Falwell a soutenu l’initiative de sécession en commentant, à propos de ce droit à l’avortement qui vient d’être rétabli par la nouvelle direction démocrate, que « ce qui se passe en Virginie est une tragédie ».On voit combien ces divers affrontements rencontrent les grands débats culturels qui déchirent aujourd’hui les USA en deux camps radicaux, radicalement opposés.

(Le gouverneur Justice, sans encourager explicitement la sécession puisqu’il s’adresse à des personnes “de Virginie et d’ailleurs” et non à une volonté collective d’un territoire, intervient néanmoins dans le sens des pétitionnaires du Vexit, notamment en soutenant leurs revendications [le respect du Deuxième amendement implique l’abandon de toute tentative de limiter l’accès à des armes à feu des citoyens]. Cette prise de position est remarquable dans la mesure où elle signale, implicitement et discrètement, que des autorités d’État sont prêtes à apporter le soutien à une démarche sécessionniste, ce qui tend à faire passer la question de la sécession au niveau des autorités officielles alors que cette question était jusqu’ici absolument taboue.)

Dans un article sur cette tendance, sur Strategic-Culture.org le 26 février 2020, le commentateur Robert Bridge rapporte les principaux faits qui permettent de fixer le débat, pour porter un jugement sceptique sur la possibilité d’aboutir, du moins dans les conditions actuelles. Il n’empêche qu’il reconnaît évidemment que ces initiatives se placent dans un courant général extrêmement violent, dont nul n’a pu esquisser la moindre issue dans un compromis qu’aucun des camps n’est prêt à considérer, ni même à discuter... Où l’on voit que le scepticisme de Bridge est un tribut rendu à la solidité encore restante des institutions et des directions-Système, mais sans se faire aucune illusion sur la durée de ces freins à ces mouvements déstructurants et déconstructeurs (mais vertueusement déconstructeurs, selon nous, comme l’on en rencontre de plus en plus souvent) :

« Ces appels à la sécession dans des parties opposées du pays sont-ils les grondements d'un conflit politique imminent ? Après tout, les chances que ces initiatives soient adoptées par les législateurs des États et de la Fédération restent très douteuses, mais la frustration et la colère qui les ont fait naître ne disparaîtront pas de sitôt. Elles ne feront que s'envenimer et infecter le corps politique jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée pour accommoder les deux idéologies politiques radicalement différentes de l'Amérique. La vraie question est de savoir si les deux parties peuvent atteindre cet objectif sans recourir à la violence. »

On comprend bien combien se précisent les conditions de l’affrontement, de la déchirure qui nous paraît irréversible aux USA, et cela avec un climat d’une tension absolument terrible, avec une saison électorale chaotique et explosive, dans des conditions crisiques complètement incontrôlables, etc. De ce point de vue, on comprend bien que le scepticisme de Bridge est aussi mince que la résistance des institutions et d’une structuration à bout de souffle, celle ces USA, sous les coups de boutoir de ses divisions sans cesse exacerbées.

Il est évident que la sécession est un énorme tabou aux USA, sans doute le plus énorme, et le plus prétendument intouchable, ; mais qui est dans tous les esprits. Cet interdit n’est pas un signe de force mais un fantastique aveu de faiblesse. Si l’une de ces initiatives parvient à passer, – et qui sait ce qui peut se passer, et ce qui peut “passer” d’ici le 3 novembre, et sans préjuger de ce qui enchaînera, ou se déchaînera aussitôt après, – notre appréciation est que le reste suivra, nous voulons dire, la succession des sécessions et des séparatismes comme des dominos, révélant la mortelle fragilité de ce que sont devenus les Etats-Unis.

 

Mis en ligne le 26 février 2020 à 16H45

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