La drôle de destitution

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La drôle de destitution

Le processus officiel de “mise en accusation” en vue d’une destitution du président des États-Unis a donc été lancé officiellement par la Speaker de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi. L’accusation porte sur une conversation téléphonique entre Trump et le président ukrainien, le 25 juillet dernier, au cours de laquelle, selon l’interprétation de Pelosi, – qui n’avait pas lu la transcription de la conversation lorsqu’elle a annoncé la chose, – Trump a “fait pression” sur le président ukrainien Zelenski pour qu’il relance une enquête pour corruption concernant le fils de Joe Biden, ancien vice-président et actuel candidat à la désignation démocrate pour USA-2020. Histoire connue, certes, ce qui ne gêne personne à propos du statut actuel de Joe Biden ; on connaît donc nombre des éléments du dossier, et on dispose désormais du “Mémorandum sur la conversation téléphonique”, déclassifié sur ordre du président le 24 septembre.

(Un “Mémorandum”, dans ce cas, n’est ni un résumé comme certains se sont empressés de le présenter, ni une interprétation. Il est ainsi défini : « A Memorandum of a Telephone Conversation (TELCON) is not a verbatim transcript of a discussion. The text in this document records the notes and recollections of Situation Room Duty Officers and NSC policy staff assigned to  listen and memorialize the conversation in written form as the conversation takes place. A number of factors can affect the accuracy of the record, including poor telecommunications connections and variations in accent and/or interpretation. The word “inaudible” is used to indifate portions of a conversation that the notetaker was unable to hear. »)

On connaît déjà très largement le passage concernant le fils Biden spécifiquement (321 signes sur un mémo d’à peu près 11 850 signes), et il dit ceci (Trump s’adressant à Zelenski) : « L’autre chose, on parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a arrêté les poursuites et que beaucoup de gens veulent en savoir plus à ce sujet, alors tout ce que vous pouvez faire avec le procureur général serait formidable. Biden s'est vanté d'avoir arrêté l'accusation, donc si vous pouvez y jeter un coup d'œil... Ça me semble horrible. »

Divers textes ont déjà été publiés sur le fond de l’accusation. On lira celui de The Moon of Alabama (traduction du Sakerfrancophone), qui estime qu’il n’y a absolument aucun cas passible de destitution dans cette affaire précisément : 

« …La façon dont les démocrates veulent construire un dossier de destitution à partir de ça me dépasse.
[…]
» Pelosi n’a rien. Six comités ont enquêté sur les problèmes de Trump mais n’ont jusqu’à présent rien trouvé à lui reprocher. L’enquête de Mueller n’a pas non plus révélé de dommages. Comment la combinaison de tous ces assiettes vides ferait-elle un repas de destitution ?
» Trump devrait être mis en accusation pour ses crimes contre la Syrie, le Venezuela et le Yémen.
» Mais les démocrates ne toucheront sûrement pas à ces questions. Ils s’engagent dans un théâtre politique qui ne donnera rien. Au lieu d’attaquer les politiques de Trump et de proposer une meilleure législation, ils nous casseront les oreilles avec des rumeurs sur des “crimes” inexistants.
» Il n’y a pas de motif de destitution. Même si la Chambre votait pour, le Sénat ne suivrait jamais. Personne ne veut voir un président Pence. »

L’intérêt nous paraît donc pour l’instant de nous attacher à cette question : pourquoi Pelosi, qui était contre toute tentative de destitution jusqu’ici, a-t-elle cette fois décidé de s’y lancer, pour un cas qui paraît extrêmement problématique ? On peut trouver une réponse assez classique (dans le sens du Système, ou “expert-Système”) dans une interview-express (cinq questions) de France-Inter, avec Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), le 25 septembre. On prendra l’avant-dernière questions qui concerne l’après-aboutissement du processus (si la Chambre vote la mise en accusation, le procès devant le Sénat, avec immense probabilité d’acquittement du président). L’attitude de Pelosi et des démocrates y est analysée, et c’est ce qui nous intéresse, pour mieux distinguer la narrative bien élevée du Politiquement-Correct, avec Trump dans le rôle du “méchant” de nos jours chômés, et l’élégante Pelosi pour camper la créature du genre féminin triomphant au nom de la démocratie et des droits de l’homme (ou plus précisément, disons les “droits du genre”).

Question : « Si le Sénat ne vote pas la culpabilité, que se passe-t-il ensuite ? » 
Réponse : « Il y a plusieurs enquêtes en cours sur Trump à la Chambre : conflits d’intérêts avec la Trump organization, RussiaGate, etc. Mais on est sur le temps long. Pour la procédure d’impeachment, il est certain que si le Sénat ne vote pas la destitution, Trump triomphera et se déclarera blanchi. Il peut en sortir renforcé pour la suite, surtout s’il est réélu. Il en fera une affaire personnelle : Nancy Pelosi le déteste et il est “seul contre tous” (les démocrates et les médias de gauche).
» Mais d’un autre côté, Nancy Pelosi lance aussi cette procédure pour signifier au président qu’il doit respecter l’équilibre des pouvoirs, ainsi que les institutions démocratiques, pour lui montrer qu’il n’a pas de pouvoir illimité (mise en danger de la sécurité de l’État, obstruction à la justice, etc.) C’est une question d’honneur et de responsabilité pour des élus chevronnés comme Pelosi.
» S’il s’en sort, et s’il est réélu, ce peut être un avertissement pour la suite. En effet, Trump a réussi (pour l’heure) à échapper à des poursuites suite à la publication du rapport Mueller, et cela a renforcé son sentiment d’impunité. Il pourrait être plus prudent ensuite, car il aura eu la preuve que les démocrates sont prêts à aller jusqu’au bout. »

… Le commentaire sur « les démocrates [qui] sont prêts à aller jusqu’au bout » vaut son pesant de cacahuètes et mérite vraiment toute notre considération… Exquisément rationnelle et très respectueuse du très-Politiquement-Correct, cette explication générale qui est très répandue dans la presseSystème n’a pour nous qu’une relation de simulacre avec la vérité-de-situation. Parler d’“honneur” et de “responsabilité” à propos de Pelosi, c’est être partie prenante d'un scénario hollywoodien de la grande époque de Mister Smith Goes to Washington. Cela nous incite d’autant plus à chercher la véritable raison de la décision de Pelosi. A notre sens, un article du site The Intercept du 25 septembre nous donne une très bonne piste ; il est de Ryan Grim, sous le titre de « Pourquoi le caucus [la direction] démocrate de la Chambre a été capable d’agir si rapidement pour la destitution ».

L’article décrit l’atmosphère et la tension au sein des militants de base du parti, ceux qui forment son ossature et assure son succès aux élections. Le mois d’août, qui voit les élus revenir dans leurs circonspections, a été très propice à une telle évaluation. Le résultat a été absolument extrême et intenable : la base du parti, aiguillonnée par ailleurs par des parlementaires radicaux comme les quatre filles du Squad, en était à considérer que la mise en marche d’une procédure de destitution constituait la condition sine qua non de la poursuite de son adhésion et de son travail au sein du parti. Ce passage, par exemple, est aimablement significatif si on le compare à l'“honneur” et à la “responsabilité” de dame Pelosi :

« La patience s'est également évaporée car la politique de passivité ne semble plus profiter même aux membres les plus influents du parti, parce. La démobilisation de la base démocrate [en faveur du parti selon cette ligne de non-destitution] commence à ressembler à une menace électorale existentielle. Les arguments avancés par les leaders en faveur de l’inaction sont devenus de plus en plus inopérants. “Il n'est pas difficile du tout d'exiger la destitution”, a fait valoir l'un d'eux à ses collègues. “Ce qui demande du courage, c'est de ne pas exiger la destitution.” »

Cette appréciation nous semble parfaitement convenir à la situation politique à “D.C.-la-folle”, au sein du parti démocrate, etc., largement construite sinon structurée depuis 2016 autour d’une fureur et d’une haine extraordinaires à l’encontre de Trump. La situation s’est installée et développée grâce à la puissance non moins extraordinaire du système de la communication qui a répercuté la narrative générale développée durant la campagne de 2016 pour construire autour d’Hillary Clinton et du reste une citadelle de vertu, appuyée essentiellement sur le progressisme sociétale, et d’une puissance suffisante pour dissimuler absolument la corruption non moins extraordinaire que le reste (tout est “extraordinaire” dans cette affaire) de la candidate et des structures qui la portaient. Trump s’est avéré être un bouc-émissaire et un exutoire, – bien entendu “également extraordinaires”, – lui-même s’arrangeant parfaitement de cette situation pour construire son personnage soi-disant populiste, “American-Firster”, non-interventionniste (!), etc., et gagner le soutien d’un électorat conservateur de plus en plus poussé vers l’extrême.

…Simulacre contre simulacre, certes, et pures constructions de communication se complétant ; mais finalement, les uns et les autres, les Pelosi et les Trump, étant obligés de jouer les personnages qu’ils se sont eux-mêmes fabriqués devant une situation de plus en plus radicalisée à force d’expédients et de narrative certes, selon les impératifs de la communication ; mais ainsi ayant créé une sorte de “néo-réalité” radicale qui rejoindrait une vérité-de-situation.

Le cas de Nancy Pelosi, comme des quelques caciques restant de la direction démocrate, est particulièrement remarquable. La poussée extrémiste est devenue aujourd’hui d’une puissance incroyable chez les démocrates et Pelosi est complètement le jouet de cette dynamique. Il est manifeste, selon notre appréciation, qu’elle n’a pas voulu cette procédure de destitution, mais qu’elle y a été littéralement contrainte par sa base populaire, par sa base communicationnelle (tous ceux qui relaient le simulacre du progressisme-sociétal, les lobbies LGTBQ, etc.) et par sa base parlementaire. Vendredi dernier, alors que circulaient les premières rumeurs sur ce mystérieux “lanceur d’alerte” qui a fuité la conversation Trump-Zelenski, un premier sondage chez les démocrates donnaient plus de 215 parlementaires partisans de la mise en accusation.

Inutile d’ajouter que cette procédure désormais lancée va nous donner un spectacle du type Russiagatemultipliée par dix, et par conséquent une campagne présidentielle absolument sanglante dont l’issue est absolument incertaine, – et nous parlons ici de l’issue constitutionnelle plus encore que de l’issue de la bataille électorale… C’est-à-dire la question de savoir si l’élection présidentielle USA-2020 pourra avoir lieu dans des conditions normales, si elle ne débouchera pas sur un bouleversement institutionnel, sur un affrontement émeutier, etc., si effectivement l’on ne se trouve pas dans les prémisses d’une sorte de Guerre Civile-2.0.

… Pour observer et commenter ce champ de ruines, il y aura au moins un jugement de bon sens et de courage dans la personne de Tulsi Gabbard, de plus en plus désignée comme la “Ron Paul de gauche, et qui est finalement remise dans le processus électoral officiel des démocrates puisqu’elle a obtenu les résultats statistiques et financiers nécessaires pour être réinstallée dans les débats officiels des candidats. Après avoir raté le troisième à la suite de ce qu’on jugeait être une élimination complète voulue par le DeepStateelle est requalifiée et participera au quatrième débat en octobre. De ce côté également, le désordre règne et le DeepState accumule les ratages et les coups d’épée dans l’eau.

 

Mis en ligne le 26 septembre 2019 à 15H15

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