La crise? Du jamais vu...

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«The truth is, I've never seen such uncertainty ...», dit le Premier ministre canadien dans une interview à la station de télévision CTV News de Halifax, au Canada. Le Premier ministre Stephen Harper, en position politique archi-délicate dans son pays, – mais ce n’est pas le point qui nous intéresse, – est sans doute le premier dirigeant d’importance, à notre connaissance, à avoir admis, “concédé” en un sens, que l’actuelle crise économique, ou crise systémique générale c’est selon, pourrait conduire à une dépression. La référence des années 1930 est donc désormais une référence admise dans les milieux officiels dirigeants.

Reuters rapporte aujourd’hui des extraits de cet entretien, également repris par le quotidien Globe & Mail. Harper parle aussi bien de la situation économique du Canada que de la situation économique mondiale, et c’est pour cette dernière qu’il envisage la possibilité d’une dépression.

«Prime Minister Stephen Harper, in perhaps his bleakest comments yet on the global economy, said the future has become increasingly hard to read and conceded a depression could occur. […]

»“The truth is, I've never seen such uncertainty ...,” the Globe and Mail quoted Harper as saying in the interview. “I'm very worried about the Canadian economy."”

»The Prime Minister also raised the possibility that a depression – loosely defined as prolonged recession where output declines more than 10 percent – might be possible. “It could be, but I think we've learned enough from the 1930s to avoid some of the mistakes that caused a recession in 1929 to become a depression in the 1930s.”»

Pourquoi s’attarder à ces déclarations du Premier ministre canadien, alors que la situation canadienne n’est pas une de nos références habituelles? Parce que Harper se réfère à la situation mondiale et qu’il présente une référence qui est, dans les pays de sa zone, la référence catastrophique par excellence. Le fait que cette référence soit citée publiquement constitue une indication convaincante, non seulement de l’aggravation de la crise qui est manifeste depuis quelques semaines, mais particulièrement de la prise de conscience de cette évolution catastrophique dans les milieux dirigeants occidentaux. Ce que dit Harper n’est évidemment pas propre au seul Premier ministre et au seul gouvernement canadiens. Lorsqu’on évoque de telles prévisions globales, on se trouve dans un domaine où l’information est partagée dans les milieux dirigeants occidentaux, autour des organismes transnationaux et des contacts intergouvernementaux permanents.

La perception de la gravité de la crise est un facteur psychologique fondamental dans l’évolution des positions des milieux dirigeants. Cette perception s’accompagne d’une très nette inflexion du champ de la crise, comme on peut le constater avec un discours de Dominique Strauss-Khan, président du FMI, à Madrid hier. Le Times de ce 16 décembre signale ce discours dont l’objet est un avertissement concernant l’évolution de la crise vers des troubles, voire un chaos social, en raison des contraintes sociales imposées par les événements. Surprise, – le directeur du FMI, retrouvant presque des accents socialistes, avertit qu’il faut faire évoluer le système vers une situation où il profite à tous et non plus à une petite élite de “très-riches”, – excellente occurrence qui nous permet d’apprendre que le système, tel qu’il fonctionne dans sa catastrophique situation actuelle, ne favorise effectivement que les “très-riches”.

«Violent unrest may be sparked around the world by a prolonged global slump unless governments act with greater urgency to jump-start stalled economies, the head of the International Monetary Fund said on Monday. Dominique Strauss-Kahn sounded a stark warning over the consequences of what he argued was weak and uncertain government reaction to the economic crisis… [...]

»[Strauss-Khan] also claimed that violent protests could break out in countries worldwide if the financial system was not reordered to benefit everyone rather than a small elite.»

Le simple constat est que nous nous trouvons dans une spirale de réalisation psychologique de la gravité de la situation. Strauss-Khan continue à plaider la version officielle (amélioration au printemps 2009) mais l’assortit de sévères conditions se résumant à l'exhortation que les “bonnes mesures” soient prises rapidement, alors que l’on sait que des divergences tout aussi sévères existent entre divers dirigeants sur la structure et l’orientation de ces “bonnes mesures”; sinon, estime DSK, l’amélioration pourrait être reportée à fin 2009 ou début 2010.

On est encore loin du compte dans le chef de celui qui nous disait, fin septembre, que “le pire est derrière nous”, mais la prise de conscience évolue tout de même. De toutes les façons, il reste à réaliser que ces prévisions sont basées sur des données économiques, alors que DSK annonce par ailleurs la possibilité de troubles sociaux, – et l’on imagine aisément quel facteur d’incertitude introduit cette possibilité, notamment par rapport aux prévisions économiques. Encore s’en tient-on aux seules crises liées à l’économie, alors que d’autres existent, en pleine activité, qui joueront leurs rôles déstabilisants. Finalement la seule parole sensée est celle de Harper: «The truth is, I've never seen such uncertainty ...», – un complet aveu d’impuissance.


Mis en ligne le 16 décembre 2008 à 20H06

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