La Constitution du Maroc et le cèdre de l'Atlas

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La Constitution du Maroc et le cèdre de l'Atlas

De robustes fougères s’agrippent et enserrent des roches fendues, suintantes et revêtues de mousse aux couleurs de feu.

Cistes et lauriers abondent et n’exhalent que peu à cette heure où le chemin escarpé s’escalade à la première aube.

Thym, asphodèles et flouve odorante accompagnent le buis puis s’épuisent à l’entrée de la futaie.

Immenses, majestueux et solitaires.

À leurs pieds, leurs épines.

À la population des cèdres du Moyen Atlas, entre Azrou, Ain Leuh et les sources de l’Oum Al Rabii, seul convient un hommage silencieux.

Une colonie de singes magots peut venir quémander ou chaparder avec insolence puis détaler non sans lancer quelques cris railleurs.

Ici la forêt est moins dense, ses augustes personnages peuvent avoir un port de 50 mètres et se contemplent en léger retrait.

Puis une trouée et une vaste clairière.

Des rondins de bois solidement assemblés de main d’homme constituent une plateforme.

Lieu d’où les invités de la chasse royale à l’abri et parvenus jusques là dans des jeeps de l’armée tiraient le sanglier rabattu en amont et piégé par un découvert sans issue.

Ici était reçu Shimon Pérès, actuel Président de l’entité sioniste par le roi Hassan II. Ici se sont préparées les étapes qui ont conduit à la signature de paix de Camp David entre Anouar Sadate et Menahim Begin.

Hassan II aura été l’initiateur de l’idée auprès des États arabes d’une paix juste et globale au Moyen Orient incluant l’OLP présidé par Arafat et l’occupant sioniste et son infatigable militant. Son philosémitisme très appuyé, il le devait à une croyance profonde. Une protection estampillée par Israël lui épargnerait une nouvelle tentative de renversement. Les essais avortés de 1971 puis de 1972 avaient eu la validation de la CIA incarnée (déjà) dans le personnel de l’ambassade US à Rabat.

La chasse royale est désertée depuis des décennies. Les boulevards gravillonnés taillés dans la cédraie qui conduisaient les hôtes de marque depuis la route goudronnée au site même d’un exercice sans risque de rater la cible restent les cicatrices toujours déshabitées de cette époque.

Époque révolue ?

En mars 2009, la rupture diplomatique décidée par le Maroc avec l’Iran a été une mesure disproportionnée avec les motifs allégués. Le prétendu prosélytisme shiite auprès de la communauté marocaine à l’étranger et sur le sol national est une fiction élaborée dans une piètre officine. Les sectes évangélistes étasuniennes très actives depuis une bonne décennie abondent et prospèrent dans les médinas, habitent chez l’habitant et ne semblent pas gêner pas les autorités religieuses du pays. Il est vrai qu’elles ne séduisent pas les Marocains. Même démunis, ils tiennent à leur foi. L’usage qu’ils ont des prénoms Hassan ou Nasrallah pour leurs enfants vient en gratitude pour la victoire de 2006 du Hezbollah sur la désormais non invincible armée d’occupation.

En mars 2009, Tzipi Livni a dû annuler un séjour au Royaume Uni pour échapper à un mandat d’arrêt émis à son encontre par un juge britannique. Elle faisait partie du gouvernement qui avait commis la nouvelle expédition punitive meurtrière sur le million et demi d’assiégés de Gaza décembre 2008-janvier 2009. En novembre de la même année, elle est reçue en grandes pompes par le fils des Affaires Étrangères du Maroc, président d’un Institut de coopération Amadeus créé dans le sillage du projet mort-né de l’Union pour la Méditerranée et soutenu financièrement par celle-ci même.

Le Maroc ne s’offusque guère quand des militants sionistes nantis travaillent ouvertement depuis son territoire pour leur cause et ne trouve rien à objecter qu’un homme d’affaire veuille faire admettre à la justice marocaine l’équation de l’ Anti Defamation Ligue qui fait passer la lutte contre le sionisme (voler un territoire et en chasser les occupants) pour un racisme.

Il tolère, plein de clémence.

La mention dans le discours royal du 17 juin 2011 annonçant le référendum pour la Nouvelle Constitution d’une langue hébraïque comme composante historique de la culture marocaine a pu dans un premier temps évoquer une bévue, de la hauteur de celle du Président de la République de France qui a porté à la connaissance de son auditoire l’existence d’une langue et d’une culture Koufiques. La religion juive fait partie du patrimoine de toute la zone méditerranéenne, elle est l’un des sédiments multiples de la terre marocaine. Mais les juifs marocains ont parlé amazigh puis arabe mais jamais l’hébreu. Qu’il n’y ait nulle trace relevable de cette langue parmi les anciennes tribus juives du Tafilalet aux traditions étroitement conservées affermit la thèse reprise par l’auteur du L’invention du peuple juif, Shlomo Sand. Il n’y a pas eu d’exode significatif depuis la Palestine à aucun moment de l’histoire. L’expansion de la religion juive, limitée puis contrariée par celle du christianisme, est liée à des conversions obtenues par des éléments qui pratiquaient un prosélytisme fervent.

Comment passer outre cette erreur nourrie de l’inculture diffusée par le discours ambiant puisqu’elle converge vers le projet politique sioniste qui revendiquera bientôt non seulement l’aire entre le Nil et l’Euphrate mais bientôt jusqu’à l’Atlantique?

L’erreur devient une faute grave, elle est réitérée dans le Préambule du projet de Constitution du Maroc et on l’y retrouve dès le troisième paragraphe : «Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. »

La Constitution soumise au peuple marocain comporte une autre complaisance grave aux inventions discursives occidentales.

Dans son article Premier, il est énoncé que la nation s’appuie sur la religion musulmane modérée pour réaliser son unité.

Le dogme de cette religion est simple, il est admis ou non, et il n’y a pas d’intensité pour lui marquer son adhésion. Il existe des interprétations des textes sacrés certes, ayant donné lieu à des écoles d’exégèse multiples tout au long des 1400 ans de son existence, mais d’échelle étable de 0 à cent ou dix pour les qualifier.

Dans l’attente d’une définition de l’Islam modéré exigible auprès des rédacteurs de ce texte, fournie sans doute dans le kit des penseurs à poitrail dénudé et chevelure artistiquement décoiffée (1), il est à souhaiter que le peuple ne lui réserve ni acquiescement ni même refus. Ses approximations, incorrections, inexactitudes pointées dès ses premières lignes corroborent l’idée qu’il a été conçu selon des compétences très modestes d’abord en français, langue semi-officielle, avant d’être traduit pour la consommation locale.

Laquelle Constitution, adoptée ou non, ne réglera en rien les problèmes du devenir économique et des immenses disparités sociales qui fragmentent le pays. Le problème se pose d’abord dans les termes d’une sous-économie de services ancillaires et de braderie touristique dominée et précaire dans le contexte de la globalisation. Les constructeurs d’un Maroc vrai et non halluciné doivent se mobiliser contre la mutation financière d’une économie largement mondialisée depuis le 19ème siècle. Il n’est aucune vertu thérapeutique magique à l’incantation des mots droits politiques inscrits et démocratie. Comme ses augustes cèdres, d’un bois imputrescible, le Maroc fera glisser entre ses ramures ce vent mauvais.

Nul besoin d’aller plus avant, Préambule et Article I se ressentent des effets Foxman et BHL.

Le fondement est falsifié, les deux perles de l’islam modéré et de l’hébraïté marocaine suffisent à disqualifier ce montage grossier de copié collé.

Les tribus magots se raréfient en lisière, se marginalisent.

Leur vivacité et vélocité sont la partition touffue et blonde qui anime d’un trait espiègle et vif le peuple solennel des cèdres.

Ils signifieraient tout justement à l’inopportun Shimon Pérès que la langue hébraïque n’a jamais élu domicile dans le pays barré de ce géant Atlas.

Il n’est pas le bienvenu ici.

Lui qui reconnaît un terme à l’aventure criminellement utopique de l’effacement d’un peuple et d’une réalité au profit d’un viol et d’un piètre rafistolage de l’histoire.

Israël ne se sauvera pas lui-même de lui-même.

Un procureur de la République de France n’a pas requis de peine contre un mouvement qui revendique le boycott du régime de Tel Aviv.

Les citoyens du monde mettent au ban une aberration co-substancielle à la déstabilisation de toute la zone et bien au-delà où elle a voulu s’implanter.

Badia Benjelloun

Note

(1) BHL dispose d’une résidence à Marrakech. À Tanger également.

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