La CIA au pas ?

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La CIA au pas ?


12 octobre 2002 — La situation américaine, en attendant l'attaque contre l'Irak qui nous est annoncée en technicolor et sur grand écran, recèle des trésors de surréalisme. La querelle CIA versus la Maison-Blanche en est un.

On connaît la trame de départ, dont on a donné quelques éléments dans notre F&C d'hier. L'argument est simple : la CIA contredit le président sur le danger posé par l'Irak et, en général, l'essentiel de l'argument concocté par la machine de communication et les super-hawks de l'administration. La querelle est à ciel ouvert depuis la connaissance publique qu'on a de la lettre du directeur de la CIA George J. Tenet, adressée au Congrès. C'est déjà un élément de poids de cette scène surréaliste dont nous parlons ci-dessus, de voir l'agence de renseignement et le président diverger si complètement sur une matière aussi essentielle, de façon si publique. Le reste ne dépare pas cette ouverture.

Comme nous l'annonce notamment le Saint-Petersburg Times d'hier, GW Bush fait dire simplement qu'il est en désaccord avec son agence de renseignement.


« President Bush disagrees with the CIA's estimate that Iraq is more likely to unleash a terrorist attack on the United States if American forces are sent to Baghdad, White House spokesman Ari Fleischer said Wednesday.

» Fleischer told reporters that despite the CIA's assessment, which was contained in a letter made public Tuesday by Sen. Bob Graham, D-Fla., Bush firmly believes that military action may prove to be the only way to deter the terrorist threat posed by Iraq. Iraqi President Saddam Hussein “has the means and he has the history,” Fleischer said, “and the president has the responsibility to protect the country.” »


Sous nos yeux se déroule la partie la plus extraordinaire, — extraordinaire parce que quasi complètement de façon publique — de manipulation de l'information qu'on puisse imaginer. Le fait exceptionnel n'est certes pas que le pouvoir politique veuille imposer ses analyses à la CIA ou interfère dans les analyses de la CIA (Kissinger s'était rendu célèbre dans les années 1972-73 en imposant à la CIA ses analyses sur le “Mirvage” des ICBM soviétiques, de façon à ce que les faits concordent avec la théorie développée pour justifier les accords SALT-II en négociations) ; le fait exceptionnel est que cela se déroule de façon aussi publique, aussi directe, sur un sujet aussi brûlant et pressant, débattu en public, pour un enjeu aussi considérable que le déclenchement d'une guerre préventive qui nourrit une protestation considérable dans le reste du monde et aux USA même (il suffit de lire entre les lignes ici et là et de consulter les sources qu'il faut), qui pourrait entraîner avec les remous causés des modifications considérables dans les relations internationales.

Un autre aspect extrêmement étonnant de cet avatar, qu'on a déjà signalé hier, est évidemment cette intervention de la CIA à ciel ouvert. C'est une bonne mesure du désordre qui règne à Washington, où chaque partie prenante au pouvoir tient à marquer ses positions, — dans ce cas (celui de la CIA), nous semble-t-il, pour prendre date

Peut-on parler de violations, de “manipulations” dans un sens éthique ? L'univers washingtonien est devenu si complètement virtualiste que les notions même de mensonge et de vérité, sans parler de la simple “réalité”, semblent ne plus avoir de signification précise. L'information est traitée comme une marchandise et l'emporte celui qui met le prix le plus élevé, qui montre le plus de puissance ; l'heureux vainqueur peut alors arranger “son” information dans le sens qui lui importe.

Ci-dessous, nous reproduisons de longs extraits d'un article du Los Angeles Times, dont nous craignons qu'il ne soit plus disponible par la voie normale avant longtemps. Il s'agit de l'article « CIA Feels Heat on Iraq Data », de Greg Miller et Bob Drogin, paru le 11 octobre.


« Senior Bush administration officials are pressuring CIA analysts to tailor their assessments of the Iraqi threat to help build a case against Saddam Hussein, intelligence and congressional sources said.

» In what sources described as an escalating “war,” top officials at the Pentagon and elsewhere have bombarded CIA analysts with criticism and calls for revisions on such key questions as whether Iraq has ties to the Al Qaeda terrorist network, sources said. The sources stressed that CIA analysts—who are supposed to be impartial—are fighting to resist the pressure. But they said analysts are increasingly resentful of what they perceive as efforts to contaminate the intelligence process. “Analysts feel more politicized and more pushed than many of them can ever remember,” said an intelligence official, speaking on condition of anonymity. “The guys at the Pentagon shriek on issues such as the link between Iraq and Al Qaeda. There has been a lot of pressure to write on this constantly, and to not let it drop.”

» The pressure has intensified in the weeks leading up to this week's debate in Congress on a resolution granting President Bush permission to pursue a military invasion of Iraq. Evidence of the differences between the agency and the White House surfaced publicly this week when CIA Director George J. Tenet sent a letter to lawmakers saying the Iraqi president is unlikely to strike the United States unless provoked. That was at odds with statements from Bush and others that Iraq poses an immediate threat. In a speech Monday in Cincinnati, Bush said the danger that Iraq poses to the United States “is already significant, and it only grows worse with time.”

» Several lawmakers voiced frustration with the way intelligence is being used in the debate on Iraq. “I am concerned about the politicization of intelligence,” said Sen. Dianne Feinstein (D-Calif.), who echoed complaints of other members that the administration has been selective in the intelligence it cites, overstating its case in many instances. Classified material provided recently by the CIA on Iraq's capabilities and intentions “does not track some of the public statements made by senior administration officials,” Feinstein said.

» Outside experts say they too see growing cause for concern. “The intelligence officials are responding to the political leadership, not the other way around, which is how it should be,” said Joseph Cirincione, a nonproliferation expert at the Carnegie Endowment for International Peace. “The politics are driving our intelligence assessments at this point.” »

(...)

« [I]ntelligence sources say the pressure on CIA analysts has been unrelenting in recent months, much of it coming from Iraq hawks including Defense Secretary Donald H. Rumsfeld and his top deputy, Paul D. Wolfowitz. CIA officials who brief Rumsfeld and Wolfowitz on Iraq routinely return to the agency with a long list of complaints and demands for new analysis or shifts in emphasis, sources said.

» “There is a lot of unhappiness with the analysis,” usually because it is seen as not hard-line enough, one intelligence official said. Another government official said CIA briefers “are constantly sent back by the senior people at Defense and other places to get more, get more, get more to make their case.”

» A senior Pentagon official rejected claims that Rumsfeld would improperly influence intelligence analysts and said they might be misinterpreting remarks meant to test their convictions. “He's a guy who's constantly challenging assertions and assumptions,” the official said... »

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