Journal de bord dedefensa.org – 031021, dedefensa.org et quelques Dies Irae

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21 octobre 2009 — La formule “domaine payant” attire nombre de commentaires. La démocratie doit en être satisfaite. Pour le reste, le nombre des abonnements, lui, est largement moins démocratique, ce dont, en général, la démocratie n’a cure. (Pour le décompte des abonnements, nous verrons à la fin de l’année, quand la situation se sera stabilisée, notamment selon le rythme de reprise des abonnements mensuels et selon le rythme général de prise des abonnements sur une période significative.)

Certains commentaires nous ont énormément touchés. Leurs auteurs se reconnaîtront et nous les en remercions, au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer. Leurs encouragements, leur compréhension nous sont infiniment précieux. D’autres ont mis en évidence combien tant de situations précaires méritaient beaucoup d’attention. Nous n’en disconvenons pas un instant. Certains acceptent de faire des sacrifices, d’autres ne peuvent pas – et, pour ces derniers, nous sommes bien en peine, bien attristés, de ne pas trouver une voie systématique pour les aider – et peut-être en trouverons-nous, disons une “demi-voie” – en attendant, nous faisons comme nous pouvons, et certains le savent. (Il doit y a avoir aussi ceux qui écartent l’hypothèse risible de faire de tels sacrifices, non pour la somme, ni pour le “sacrifice”, mais pour le principe ou pour le sarcasme. Peu de choses à dire sur leur compte, des tâches plus urgentes nous réclament.)

Quant à notre situation, la voici: nous ne dirons pas que nous sommes riches, ce que nous ne sommes pas, ou que nous sommes pauvres, ce que nous ne sommes pas encore. Nous dirons ceci, que l’on pourrait méditer, ne serait-ce qu’une seconde – actuellement, par les temps qui courent, nous nous appauvrissons. (En clair : nous dépensons plus que nous ne gagnons.) Rien de moins, et volontairement, puisque cette entreprise est volontaire et, pour nous aussi, nullement nécessaire. Comme cela a été expliqué la semaine dernière, la chose pourrait être arrêtée du jour au lendemain au bénéfice (!) du principal intéressé qui cesserait ainsi de dépenser plus qu’il ne gagne… Là-dessus, les conseils économiques (faites ceci, faites cela) ont peu de poids. On ne prête qu’aux riches et, d’ailleurs, on ne prête qu’à ceux qui veulent gagner de l’argent – ce qui n’est pas notre cas et qui est le cadet de nos soucis; en plus, ou en moins qui sait, aujourd’hui on ne prête plus à personne. Remarquez, nous ne nous plaignons pas vraiment, car emprunter pour faire des investissements et encore plus nous appauvrir, ce n’est pas notre tasse de thé. Bref, nous n’avons pas vraiment de sex appeal économique.

Il est possible, comme certains nous le disent et nous le redisent, que nous soyons un “produit” de qualité et que, par conséquent, nous ne soyons absolument pas indispensables. Bien que tant se plaignent de ne plus pouvoir nous lire complètement, il en est ainsi que nous n’avons certainement pas une utilité essentielle. Dont acte, d’autant plus que nous ne doutons pas une seconde de la vérité désolante du propos – cela écrit, vraiment sans la moindre ironie.

A propos de la mensualisation, triste propos…

Passons aux nouvelles, qui sont la cause essentielle de ce Faits & Commentaires. Beaucoup de gens réclament la mensualisation de l'abonnement avec prélèvement automatique. Ils seront déçus, comme nous le sommes nous-mêmes de ne pouvoir le leur proposer. Le système que nous avons adopté permet la mensualisation avec prélèvement automatique au prix de frais si importants pour nous qu’il est inutile d’en parler plus avant. Nous pourrions chercher à l’assurer nous-mêmes, mais en prenant des risques, notamment du côté de la sécurité, qui pourraient nous conduire sur des voies bien incertaines qu’il n’est pas question d’emprunter.

Quelques détails feront l’affaire. Nous n’aimons pas mettre nos comptes à jours, nous l’avons déjà écrit, mais pour un cas si précis et patent nous ferons une exception. Nous allons exposer précisément ce qu’il nous en coûterait d’installer et de faire fonctionner un service de mensualisation avec prélèvement automatique.

• Pour l’installation elle-même, les coûts d’activation (€750) et d’installation (€500) reviennent à un total de €1.250.

• Le fonctionnement du système nous coûterait €157 par mois.

Faites les comptes… Nous, nous ne les avons pas fait tant l’évidence nous aveuglait. Puisque nous sommes dans la définition de notre société, comme on a pu le lire avec telle et telle contributions de lecteurs, nous ajouterons la nôtre: nous sommes dans une société de services, où les coûts de servir à la diffusion des “produits“ (qu’on nous pardonne ce mot, que nous n’aimons pas du tout jusqu’à le détester en vérité), jusqu’aux plus prestigieux et aux plus nécessaires à l’esprit, supplantent – que dis-je, écrasent ceux des “produits”. C’est une équation totalement perverse, qui est totalement à l’image de la crise qui nous ronge, où l’échelle des valeurs est absolument cul par-dessus tête.

Nous sommes devant un problème insoluble, un de ces problèmes qui justifient ce que nous disions plus haut: l’évolution, pour pouvoir survivre, passe par notre appauvrissement, donc notre condamnation. Face à cela, il y a les bonnes thèses économiques, qui passent elles-mêmes par d’autres actes qui impliquent, eux aussi, d’abord l’appauvrissement. Le cercle est vicieux, et bien vicieux.

Par conséquent, comme dit notre collaborateur technique, il reste la voie dite “de bon père de famille”, qui consiste à vous conseiller de vous mensualiser vous-mêmes. Nous allons donc proposer ce que certains d’entre vous font déjà: pratiquer l’abonnement mensuel. Nous allons prendre en compte ce que nous ignorions au départ. Nous avions pris la proportion très importante d’abonnements mensuels (€14) pour des démarches d’“abonnements d’essai” (voir ce que valait la formule, puis la poursuivre en passant à l’abonnement annuel – nous parlons toujours de l’abonnement “articles seulement“: €150). Finalement, il s’avère que c’est une démarche d’“auto-mensualisation” pour certains, pour nombre d’entre vous. C’est ainsi, essentiellement, que nous considérerons donc désormais l’abonnement mensuel.

Pour bien marquer combien cette proposition doit être prise pour ce qu’elle est, nous décidons unilatéralement, comment les américanistes du Bush de la grande époque, de réduire le prix de l’abonnement mensuel (articles seulement) pour le faire correspondre exactement au montant qui serait prélevé automatiquement si nous avions un procédé de mensualisation – soit €12,5 au lieu de €14 (souligné en gras, pour souligner l’aubaine) – cela, dès aujourd’hui et sans plus attendre. Un publicitaire et spécialiste de la com’ dirait: “quelle aubaine!” (Et que les plus récents abonnés qui sont encore passés par le tarif de €14 nous pardonnent…)

Quelques notes plus sarcastiques que fausses

Nous approchons de nos dernières cartouches. Ce qui nous semble un peu incongru et surprenant dans la situation actuelle, c’est que nous n’avons jamais eu autant de visites sur notre site, depuis le début du statut du domaine payant. En adoptant la même référence et la même identification technique de comptage que celle déjà signalée dans notre message du 1er juillet 2009, les résultats sont les suivants, par comparaison à la période correspondante de 2008:

• Pour septembre 2009 (le “domaine payant” commence le 10 septembre), à partir d’un mois de septembre 2008 (septembre est traditionnellement, et de loin, le mois le plus fréquenté de l’année) qui avait crevé tous les plafonds et était exceptionnel à cause de la crise du 15 septembre 2008 (142.469 entrées), nous passons à 154.409 entrées (+ 8,4%).

• Pour octobre 2009, au 20 octobre, nous sommes à 101.879 entrées alors que le mois d’octobre 2008, toujours profitant de l’impact d’intérêt à cause de la crise, atteignait dans ses 31 jours 131.974 entrées. Si le rythme se poursuit, nous serons au même niveau que septembre 2009 et dépasserons octobre 2008 d’autour de 20%.

Comme si le “domaine payant” attirait plus de lecteurs, alors qu’il y a encore bien peu d’abonnements, que la crise 9/15 n’est déjà plus qu’un souvenir… Etrange constat, en vérité. Certes, les explications ne doivent pas manquer, mais nous n’en avons cure. Encore une fois, le constat se résume un peu à ceci: à quoi bon?

Pour une fois, nous ne vous parlerons pas de notre satisfaction, de notre fierté que ces constats provoquent chez nous mais d’un certain sentiment de dérision, sinon d’auto-dérision. Comprenne qui pourra ce que cette remarque signifie au fond, précisément – et combien, finalement, elle s’adresse effectivement plus à nous-mêmes, au sentiment que nous avons, de sentir parfois s’étioler et s’éloigner le sentiment de servir à quelque chose. Toutes les choses passent, y compris celle de croire à une mission à remplir. Prenez ces remarques, peut-être, sans doute, pour un sentiment temporaire; sachez pourtant qu’elles nous traversent parfois l’esprit.

Ainsi donc, pour ceux qui le peuvent et n’en font rien, chers lecteurs, continuez à ne surtout pas vous abonner. Cela pourrait heurter les usages démocratiques sur la grande trouvaille de la gratuité démocratique d’Internet, et l’on sait combien les usages démocratiques nous sont précieux pour sauver notre monde. Pour les autres, ceux qui hésitent, vous voyez bien qu’il nous serait fort utile que vous n’hésitiez plus.

Pourquoi Dies Irae ?

Oui, pourquoi ce titre … Mais notre colère est rentrée, tout au fond de nous et, dans un sens, elle se manifeste silencieusement parce qu’elle constate également son impuissance et se mélange à la tentation du découragement sans pourtant jamais parvenir tout à fait à nous décourager.

Dies Irae parce qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que naisse un sentiment collectif d’entraînement et de soutien partagé, et que ce “pas beaucoup” semble parfois un abîme infranchissable.