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• Que pense l’économiste russe Sergei Gaviez, connu pour ses jugements et ses hypothèses radicales, qui ne recule devant aucune folle perspective ? • Il croit qu’aux USA où l’on est à la pointe de tout, “tout” est toujours conduit selon la pensée novatrice du Zbigniew Brzezinski de 1997. • Glaziev nous offre alors un scénario d’empilement de catastrophes successives, la dernière en date état l’attaque de l’Iran. • Une hypothèse étrange excite surtout son imagination : un transfert de la population d’un Israël vaincu vers l’Ukraine...
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22 mars 2026 (17H00) – L’économiste russe Sergueï Glaziev est un membre de l’Académie russe et un théoricien très écouté, de tendance radicale, à l’occasion conseiller des dirigeants russes quoiqu’un peu trop radical pour le prudent Poutine. Il a effectué une analyse générale de la situation économique globale et dans ses perspectives dans la séquence actuelle de la GrandeCrise. Nous travaillons ici sur un texte de Markku Siira, (en traduction, le 20 mars sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’), que l’on a déjà rencontré, qui rend compte des observations et considérations de Glaziev. Le ton est donné par les deux paragraphes d’introduction :
« L’académicien et théoricien russe de l’économie Sergueï Glaziev analyse la politique mondiale à la lumière des lois économiques de long terme. Sa thèse centrale est que le monde est en train de passer d’un ordre dirigé par les États-Unis à une nouvelle structure intégrale dont le centre se forme en Asie de l’Est et du Sud.
» Glaziev rappelle qu’il avait prédit, il y a plus de dix ans, que les États-Unis déclencheraient un conflit mondial pour maintenir leur hégémonie, mais qu’ils finiraient par le perdre. Selon lui, cette prédiction est en train de se réaliser. »
Il est remarquable, mais certainement pas étonnant du fait de la proximité des jugements, qu’Alexandre Douguine suit la même tendance dans un texte récent (14 mars 2026). Là aussi, les deux premiers paragraphes suffisent à donner le la.
« Il est évident que nous avons besoin d'un second souffle, d'une sorte de rechargement du système. Il ne s'agira pas seulement de lutter sans relâche, mais de vaincre et de continuer à bâtir la vie et la société dans des conditions totalement inédites. Il n'y a plus de monde auquel revenir. Beaucoup de choses (presque tout) devront être recréées.
» L'Occident a changé au point d'être méconnaissable. L'Est aussi. Nous avons changé. Mais nous ne nous en rendons toujours pas compte. »
Il est également remarquable que dans l’introduction de l’analyse de Glaziev, la politique d’hégémonie conduisant au chaos mondial des États-Unis trouve sa source dans les analyses de Zbigniew Brzezinski. Il semble que ce penseur, avec sa charge écrasante d’erreurs, ait parfaitement compris la psychologie américaniste pour pouvoir conduire ce pays (et nous avec) vers l’abîme en le convainquant qu’il s’agit d’une hégémonie mondiale.
La folie a donc commencé dans les années 1990, après l’effondrement de l’URSS faussement mis au crédit de la politique américaniste, – car il est écrit, dans la plus profonde sagesse occidentale-tardive, qu’“on ne change pas une équipe qui perd [et se perd]”. Donc, retour à la case-Brzezinski (son bouquin ‘The Grand Chessboard’ date de 1997).
« L’agression actuelle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran s’inscrit, selon Glaziev, dans une trajectoire historique plus large. Il affirme que les États-Unis suivent toujours le plan en cinq étapes élaboré par Zbigniew Brzezinski après la chute de l’URSS, dont le but était la domination globale américaine. »
A partir de ce point de départ si séduisant, Glaziev nous conduit donc le long des diverses phases que Brzezinski propose impérativement dans sa pensée, sa doctrine, son inspiration. Vous retrouvez, harmonieusement interprétées, les diverses catastrophes auxquelles nous avons assistées durant ces trente dernières années ; ce sont autant d’étapes harmonieusement ratées que la pensée brzezinskienne (flamboyant pléonasme pour notre arsenal dialectique) a tracées dans le ciel étoilé de la future hégémonie mondiale revenant aux États-Unis. Quelques exemples ?
« Le plan a commencé avec la prise de pouvoir des nationalistes ukrainiens et l’isolement de la Russie par rapport à l’Europe. Ensuite, il s’agissait de renverser le gouvernement de Moscou, de détruire l’Iran et, finalement, d’isoler la Chine par un blocus commercial. Selon Glaziev, “les services secrets américains ont réussi à insuffler ce plan insensé à leurs gouvernements marionnettes européens”, ce qui a plongé l’UE dans une crise socio-économique irréversible.
» Cependant, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. En Russie, la menace extérieure a renforcé l’unité intérieure, tandis que la Chine a profité au maximum du pivot de la Russie vers l’Asie. »
Aujourd’hui, tout ayant été raté, on passe à la quatrième étape brzezinskienne : l’attaque et la destruction de l’Iran. Glaziev analyse les conséquences de l’attaque avant même d’étudier le destin de l’attaque elle-même, avec quatre hypothèses. On détaille les effets du coup de génie brzezinskien...
« Aujourd’hui, Washington est passé à la quatrième étape du plan, la destruction de l’Iran, bien que la troisième n’ait pas été réalisée. [...]
» Selon Glaziev, la direction iranienne est consciente de la menace existentielle et prête à se battre jusqu’au bout. En réponse à l’attaque, elle a fermé le détroit d’Ormuz, ce qui risque de déclencher une crise énergétique mondiale. [...]
» Cela accélérerait l’inflation, plongerait l’Europe dans la récession et déclencherait une vague de faillites qui se répercuterait sur les marchés de produits dérivés américains et pourrait faire s’effondrer tout le mécanisme d’endettement du pays. [...]
» Déjà, la hausse du prix du gaz a approfondi la crise économique en Europe. Si la Russie interrompait ses livraisons, les gouvernements pro-américains pourraient perdre leur emprise sur l’UE. L’OTAN pourrait se disloquer si le secrétaire général Mark Rutte mettait à exécution sa menace d’une défense collective contre l’Iran – ce que, selon Glaziev, les services de renseignement israéliens cherchent à provoquer par une attaque contre Chypre. »
Glaziev envisage donc quatre scénarios. Ils sont détaillés dans le texte ci-dessous avec plusieurs niveaux de probabilité (il écarte pour une bonne part la possibilité d’une guerre nucléaire).
Mais on remarque surtout qu’il s’attache à détailler une analyse spéculative où il mélange les deux guerres en cours, Ukraine et Iran. En évoquant la possibilité d’une défaite israélienne et d’une quasi-dissolution de l’État israélien, il envisage la possibilité d’un transfert de population ; dans quel sens ? D’Israël en Ukraine, bien sûr...
« Dans ce contexte [la défaite totale d’Israël], Glaziev avance la théorie selon laquelle un transfert de population israélienne vers l’Ukraine serait déjà en préparation.
» Selon lui, sur la rive droite du Dniepr, en Ukraine, il se déroule actuellement un “génocide des Russes”, le “régime nazi de Kiev” libérant la zone pour des réfugiés israéliens en tuant et en déportant les hommes de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Kherson et Odessa... [...]
» Glaziev entrevoit deux alternatives pour l’avenir de l’Ukraine: soit les Ukrainiens «se soumettent à l’esclavage de leurs nouveaux maîtres et répètent le sort des Palestiniens», soit ils reconnaissent leur origine russe et reviennent vers la Russie. Cette dernière option paraît peut-être plus attrayante, mais dans la pratique, elle signifierait la fin de l’indépendance ukrainienne et le déplacement forcé de millions de personnes vers l’empire russe. »
Cette étonnante perspective montre bien l’aspect radical de la pensée de Glaziev. On n’est pas obligé de le suivre mais on ne peut pas ne pas remarquer combien le désordre chaotique des événements échappant à tout contrôle pour avoir été mis dans les mains des fous divers, et pour être essentiellement suscités par des forces extérieures à la stupide humanité, fût-elle hyper-complotiste, ouvre toute grande les vannes des concepts les plus improbables, mais aussi les plus frénétiques et les plus extravagants. Glaziev n’y résiste pas, même s’il termine en observant combien le monde est devenu un coupe-gorge frénétique où les êtres humains sont manipulés et déplacés comme des pions sans importance ni considération... Mais cette époque folle que nous vivons autorise cette sorte de débordement sans paraître “in-sérieux” ; au reste, ils sont moins là pour être réalisés que pour accentuer encore le désordre général.
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L’académicien et théoricien russe de l’économie Sergueï Glaziev analyse la politique mondiale à la lumière des lois économiques de long terme. Sa thèse centrale est que le monde est en train de passer d’un ordre dirigé par les États-Unis à une nouvelle structure intégrale dont le centre se forme en Asie de l’Est et du Sud.
Glaziev rappelle qu’il avait prédit, il y a plus de dix ans, que les États-Unis déclencheraient un conflit mondial pour maintenir leur hégémonie, mais qu’ils finiraient par le perdre. Selon lui, cette prédiction est en train de se réaliser.
Washington a affaibli ses alliés européens tout en renforçant la Chine, devenue la puissance dominante aussi bien sur le plan productif que scientifique et technologique. Dans son analyse, la politique de sanctions et les guerres commerciales menées par les États-Unis ont détruit le système international du commerce et des devises et affaibli le dollar en tant que monnaie dominante mondiale.
L’agression actuelle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran s’inscrit, selon Glaziev, dans une trajectoire historique plus large. Il affirme que les États-Unis suivent toujours le plan en cinq étapes élaboré par Zbigniew Brzezinski après la chute de l’URSS, dont le but était la domination globale américaine.
Le plan a commencé avec la prise de pouvoir des nationalistes ukrainiens et l’isolement de la Russie par rapport à l’Europe. Ensuite, il s’agissait de renverser le gouvernement de Moscou, de détruire l’Iran et, finalement, d’isoler la Chine par un blocus commercial. Selon Glaziev, « les services secrets américains ont réussi à insuffler ce plan insensé à leurs gouvernements marionnettes européens », ce qui a plongé l’UE dans une crise socio-économique irréversible.
Cependant, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. En Russie, la menace extérieure a renforcé l’unité intérieure, tandis que la Chine a profité au maximum du pivot de la Russie vers l’Asie.
Aujourd’hui, Washington est passé à la quatrième étape du plan, la destruction de l’Iran, bien que la troisième n’ait pas été réalisée. Cette fois, l’avant-garde idéologique est constituée par les sionistes israéliens, tout comme auparavant par les nationalistes ukrainiens et les revanchards allemands.
L’administration américaine mène une guerre hybride par procuration et n’hésite pas à sacrifier ses alliés, craignant pour sa propre popularité intérieure. Cette stratégie inclut aussi diverses provocations, comme l’attaque contre une base britannique à Chypre ou des frappes sur le territoire de l’Azerbaïdjan. L’objectif est d’étendre le conflit et de fragmenter l’Iran entre ses différents groupes ethniques.
Selon Glaziev, la direction iranienne est consciente de la menace existentielle et prête à se battre jusqu’au bout. En réponse à l’attaque, elle a fermé le détroit d’Ormuz, ce qui risque de déclencher une crise énergétique mondiale. Plusieurs analyses de marché ont averti qu’une fermeture du détroit provoquerait un choc pétrolier majeur.
Cela accélérerait l’inflation, plongerait l’Europe dans la récession et déclencherait une vague de faillites qui se répercuterait sur les marchés de produits dérivés américains et pourrait faire s’effondrer tout le mécanisme d’endettement du pays. Selon des agences de presse, l’Iran envisage un plan permettant à certains pétroliers de franchir le détroit à condition que les transactions se fassent en renminbi chinois.
Déjà, la hausse du prix du gaz a approfondi la crise économique en Europe. Si la Russie interrompait ses livraisons, les gouvernements pro-américains pourraient perdre leur emprise sur l’UE. L’OTAN pourrait se disloquer si le secrétaire général Mark Rutte mettait à exécution sa menace d’une défense collective contre l’Iran – ce que, selon Glaziev, les services de renseignement israéliens cherchent à provoquer par une attaque contre Chypre.
Glaziev envisage plusieurs scénarios pour l’évolution du conflit. Le premier, consistant en un coup d’État et un éclatement de l’Iran, paraît désormais improbable, mais même cela ne sauverait pas les États-Unis de l’effondrement du système du dollar, de l’éclatement des bulles financières et de l’éloignement de leurs alliés.
Le deuxième scénario, et le plus probable, est celui d’un état intermédiaire prolongé, où les combats se poursuivent de façon limitée et où les prix de l’énergie continuent d’augmenter.
Dans le troisième scénario, le plus sombre, les États-Unis et Israël auraient recours à l’arme nucléaire pour détruire l’Iran. Tout le Moyen-Orient deviendrait alors une zone de catastrophe – la peur et l’exode augmenteraient, et « la moitié de la population pourrait fuir », certains se dirigeant peut-être vers l’Ukraine. Glaziev considère toutefois une guerre nucléaire généralisée comme irréaliste et trop destructrice.
Dans le quatrième scénario, l’Iran inflige à Israël des pertes insoutenables, forçant ce dernier à se retirer de la guerre. Cela déclencherait une nouvelle vague d’antisionisme dans la région et remettrait en question l’existence même d’Israël. Dans ce contexte, Glaziev avance la théorie selon laquelle un transfert de population israélienne vers l’Ukraine serait déjà en préparation.
Selon lui, sur la rive droite du Dniepr, en Ukraine, il se déroule actuellement un «génocide des Russes», le «régime nazi de Kiev» libérant la zone pour des réfugiés israéliens en tuant et en déportant les hommes de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Kherson et Odessa.
Le cinquième scénario concerne une implication plus large de l’OTAN et une réponse de la Chine. Si la Chine bloquait Taïwan, les pays de l’OTAN perdraient la plupart de leurs microprocesseurs. Cela ferait éclater les bulles spéculatives autour de l’IA et plongerait tant l’Europe que les États-Unis dans une catastrophe sociale.
Dans tous les scénarios examinés, Glaziev prévoit un approfondissement de la crise économique en Occident. Cela atténuerait la pression contre la Russie et renforcerait la position russe, accélérant la réalisation des objectifs de “l’opération spéciale”.
Mais ici se pose une question incontournable sur le rôle de la Russie elle-même: si l’affirmation de Glaziev sur le transfert de population israélienne en Ukraine est exacte, le gouvernement Poutine participe-t-il alors activement à ce jeu géopolitique cynique, dans lequel des territoires ukrainiens sont «nettoyés» de leur population d’origine pour laisser place à de nouveaux arrivants?
Glaziev entrevoit deux alternatives pour l’avenir de l’Ukraine: soit les Ukrainiens «se soumettent à l’esclavage de leurs nouveaux maîtres et répètent le sort des Palestiniens», soit ils reconnaissent leur origine russe et reviennent vers la Russie. Cette dernière option paraît peut-être plus attrayante, mais dans la pratique, elle signifierait la fin de l’indépendance ukrainienne et le déplacement forcé de millions de personnes vers l’empire russe.
Cela dévoile la dure réalité de la situation: la vie humaine n’est finalement qu’un carburant pour la machine géopolitique. Les États-Unis et Israël utilisent leurs propres citoyens comme des pions tout en détruisant les peuples de la région, les gouvernements européens se vendent à bas prix, et les Ukrainiens et Russes ordinaires paient le prix fort dans le récit des deux camps. Le bouleversement de l’ordre mondial balaie des masses humaines sur son passage, alors que l’ancien pouvoir s’effrite et que le nouveau cherche sa place.