Entre “sympathie” et “frustration”, un dilemme à la mesure de la politique occidentaliste

Bloc-Notes

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 603

Parmi les experts consultés, l’avis de Jonathan Eyal, directeur des études au Royal United Services Institute (RUSI), est intéressant dans la mesure où il résume bien la position dominante à l’Ouest, fortement influencée par les Anglo-Saxons. Il s’agit de la position dominante simplement par absence d’alternative, parce qu’aucune alternative ne s’est révélée “à l’Ouest”. La France et l’Allemagne sont principalement fautives à cet égard, qui sont les deux seuls pays qui auraient pu, ces dernières années, formuler et appliquer effectivement une telle alternative politique. Même le couple Chirac-Schroëder (avant Chirac-Merkel et Sarkozy-Merkel) n’a pas pu établir cette alternative, s’il a prétendu suivre une politique recherchant certains liens avec la Russie. La France et l’Allemagne, y compris du temps de Chirac-Schrëder, sont par ailleurs trop liées au courant anglo-saxon et libéral, de l’aventure du Kosovo aux pressions dans ce sens des institutions européennes et d’une UE élargie à 27 avec les influences anti-russes nouvelles qui s’y sont installées.

Par conséquent, l’analyse de Jonathan Eyal (dans le Guardian de ce matin) vaut pour “l’Ouest” dans son ensemble, puisque “Ouest” il y a. Elle décrit bien l’impasse où se trouve “l’Ouest”, curieusement et stupidement paralysé entre une “considerable sympathy for Georgia” et une “enormous amount of frustration with the reckless behaviour of the Georgian president at this moment”. Qu’est-ce que c’est qu’une politique qui semble se déterminer entre entre “sympathie” et frustration”, tout cela pour une direction politique géorgienne dont la qualité est bien connue comme du niveau des bas-fond, dont la politique manipulatrice est observée de jour en jour et ainsi de suite? Une politique se fonde sur une analyse stratégique d’une situation, sur l’évaluation des intérêts en présence et sur un but général bien affirmé (suggestion pour ce but: recherche d’un équilibre harmonieux, – mais cette recette ne semble pas convenir à nos stratèges). Les constats de Jonathan Eyal sont par conséquent à l’aune de cette “politique” réduite aux sentiments de midinette dictés par la classe médiatique et les humeurs de salon.

Selon Eyal, si Saakachvili l’avait emporté dans les 48 heures avec son “coup de poker”, l’Ouest aurait été entraîné dans “a diplomatic involvement on the ground”; si la guerre évolue en un conflit majeur, “the predicament for the west is acute and the crisis would be the worst crisis in Europe since the end of communism”. Alors, il faut très vite parvenir à un cessez-le-feu? Comment? Qui va y parvenir? Et qui envisage quelque cgose qui ressemblerait à une victoire russe, – laquelle obligerait les Occidentaux à reconsidérer toute leur “stratégie” (?) vis-à-vis de la Russie, notamment en révisant leurs diverses ambitions de contraintes et de pression?

La description de Jonathan Eyal est désenchantée. L’expert ne parvient pas vraiment à présenter un argument stratégique convaincant simplement parce qu’il n’y en a pas. Il ne fait que décrire une situation inextricable où l’issue, n’importe quelle issue, semble comporter pour “l’Ouest” bien plus d’inconvénients que d’avantages. En laissant aller la politique selon les préceptes américanistes de puissance, d’absence de contrôle réel, de certitude arrogante, l’Ouest s’est lié à des personnages douteux, dont Saakachvili est un exemplaire de référence. Il va falloir assumer, et la perspective n’est pas exaltante.

«It is clearly a calculated gamble by the Georgians. If they manage to overrun South Ossetia, where there are probably only around 1,000 Russian troops at the moment, they will have humiliated Russia and would have created a triumph for themselves. They will also have propelled the west into a diplomatic involvement on the ground. (…)

Russia could not afford to stand quietly by while Georgia made such a public assault on its troops stationed in the region. There is an element of trying to call the Russians’ bluff by assuming that the Russians will not be able to afford all-out war in Georgia.

»I personally don't buy that … Putin cannot afford to be seen to be humiliated in such a brazen, public way. It's inconceivable that the Russians will sit quietly by. The only possible outcome is that either a ceasefire is negotiated and a mediation effort begins, or it goes out into an all-out war. (…)

»If it goes into an all out war, the predicament for the west is acute and the crisis would be the worst crisis in Europe since the end of communism. It would be much worse than the Yugoslav wars, mainly because it has the old traditional element of an east-west confrontation.

»There is considerable sympathy for Georgia among western governments such as the US and London. It is clear that the Russians have fermented the separatist movement for a particular strategic purpose. There is also, however, an enormous amount of frustration with the reckless behaviour of the Georgian president at this moment.»


Mis en ligne le 9 août 2008 à 12H18