Douguine, l’IA et “l’empire du code”

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Douguine, l’IA et “l’empire du code”

• Le livre du PDG de Palantir, Alexander Karp, ‘La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident’, a beaucoup intéressé Douguine. • Si l’on admet que Palantir est aujourd’hui un outil du Système, Douguine estime que ses structures et ses conceptions peuvent inspirer un avenir imprévu. • Il étudie le sort de la Russie confrontée à “l’empire du code [de l’IA]” et voit dans l’IA selon Palantir des ressources inespérées. • Le philosophe a même confié à l’IA, pour le reproduire, l’analyse du livre de Karp.

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Ce texte d’Alexandre Douguine (sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’) s’attaque à la question de l’Intelligence Artificielle (IA), du point de vue du philosophe traditionnaliste qui accepte l’IA comme instrument inattendue (?). (Le point d’interrogation pour laisser flotter l’interrogation de savoir si cela est vraiment “inattendu”.) Ce mariage apparemment improbable entre le philosophe traditionnaliste Douguine et l’IA est une façon très particulière mais logique  d’aborder et de rejoindre pour l’appliquer la thèse de l’ “archéofuturisme” de Guillaume Faye.

“Archéofuturisme” définie (justement) par l’IA : « L'archéofuturisme est un concept théorisé par Guillaume Faye préconisant la fusion des valeurs ancestrales (archaïques) et de la haute technologie (futuriste). Cette vision vise à dépasser la modernité en alliant un retour aux fondements civilisationnels européens à un progrès technique radical, envisagé comme une réponse au chaos civilisationnel à venir. »

Douguine s’appuie sur le livre co-écrit par le PDG de Palantir Technologies Alexander C. Karp,  ‘La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident’ (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska). Palantir est le dernier épouvantail en date, soldat hyper-technologique du Diable, destiné à tous nous berner et à faire de nous des esclaves moutonnier du complot universel qui travaille à notre disparition depuis quelques millénaires. Douguine n’a pas l’air de partager cette crainte, – mais c’est un Russe, vous comprenez, et un philosophe traditionnaliste vous savez, – alors, constatent nos vigilantes sentinelles, toutes les arnaques et les simulacres marchent avec lui et le troupeau de commentateurs respectueux et tolérants (dont votre stupide serviteur) qui l’accompagne ou dont il fait partie.

En souvenir du gaullisme planificateur

Cela dit pour nous expédier à la trappe, parlons de choses sérieuses. Ce texte de Douguine est intéressant parce que c’est du Douguine, mais aussi parce qu’il est complètement inhabituel. Douguine cède temporairement la plume et l’inspiration au Diable de Palantir, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus avancé dans le domaine de la technologie en lançant le pari que l’IA est au-delà de la technologie, – si on en use de façon responsable et ambitieuse, – comme le Palantir dont il parle se trouve dans le futur, au-delà des actuelles machinations et magouilles sans nombre qui sont au centre des conversations des “sachants”... L’on trouve d’ailleurs aussi bien chez ces “sachants”, tant tout cela est bien partagé, “les élites russes” que Douguine décrit avec une haine tranquille ; elles se sont “égarées” comme Silicon Valley s’est “égarée”, selon le créateur de Palantir Alexander Karp....

« L’élite russe contemporaine (y compris le secteur numérique et des TI) s’est égarée. Après 1991, le talent a soit émigré, soit s’est tourné vers le secteur numérique de consommation: réseaux sociaux copiés, fintech, e-commerce, jeux vidéo, spéculation crypto et “substitution aux importations” sous la forme de copies de plateformes occidentales. Ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe. »

En fait, dans ce texte qui s’attache aux vastes champs d’un avenir inconnu mais qu’on pourrait finalement deviner, Palantir est pour Douguine un modèle pour l’avenir en même temps qu’il est un ennemi pour aujourd’hui.

« Il faut des structures analogues à Palantir Technologies, mais fondées sur une logique russe et libérées des biais atlantistes. »

Puisque Palantir a compris que « Silicon Valley s’est égarée », il en a donc déduit ce qu’il ne faut plus être selon une voie méthodologique que la Russie elle-même doit suivre, même si son inspirateur est un ennemi (Palantir l’est aujourd’hui, comme les USA sont un ennemi de la Russie).

Ce que Douguine propose pour la technologie numérique et essentiellement l’IA, c’est aussi bien une adaptation, dans des conditions industrielles d’un autre temps, de ce que les gouvernements français de l’après-guerre sous l’impulsion directe puis indirecte, puis à nouveau directe de Charles de Gaulle, avec la mystique confisquée depuis par le gaullisme du “Plan” et l’étroite coordination de l’État avec les industries dites “stratégiques”.

« Le modèle actuel [condamné par Palantir] est mortellement dangereux pour la survie de la civilisation russe. Au 21ème siècle, la puissance réside dans la maîtrise du logiciel. Qui contrôle le logiciel (algorithmes, données, modèles d’IA, informatique quantique) contrôle la réalité. L’Occident et la Chine sont déjà engagés dans une lutte totale pour la suprématie logicielle. Si la Russie reste en périphérie... »

« Une nouvelle alliance entre l’État-civilisation et l’industrie du logiciel/de l’IA est nécessaire [en Russie]. L’État doit se réorganiser radicalement selon des principes d’ingénierie... »

L’IA nécessite la “foi douce”

Le texte de Douguine, s’il porte sur le livre du créateur de Palantir, est intéressant, en seconde lecture, par sa façon d’aborder deux problèmes complètement différents qu’il distingue par ailleurs dans le le livre d’ Alexander C. Karp,  ‘La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident’.
• A l’occasion du développement de l’IA, la question du resserrement radical des liens entre les autorités politiques et les entreprises privées, – qu’on a vu ci-dessus ;
• les capacités réelles de l’IA dans le domaine des orientations civilisationnelles, soit comme “conseiller” et “inspirateur”, soiit comme commentateur des choix métapolitiques.

C’est ce second volet que nous abordons maintenant, qui nous paraît, et de loin, le plus intéressant. Il s’inscrit notamment dans le cadre des démarches de PhG à propos de l’IA, jusqu’à des investigations très fructueuses sur la signification d’une pensée. Bien entendu, s’agissant de Douguine il s’agit de la Russie ; mais ses remarques s’extrapolent aisément à d’autres pays et d’autres situations, et surtout elles donnent une idée si intéressante de ce que l’IA peut faire. Surtout, elles laissent progresser la compréhension que peuvent avoir de l’IA des gens qui ne sont pas spécialistes de l’IA, ni comme eux prisonniers des observations technologiques et des philosophies de type-‘Fantasy’ et “science-fiction” à prétention divinatoire.

Cette idée développée par Douguine s’appuie justement sur le précédent de Karp/Palantir, qui plus est largement détaillé dans le livre qui constitue le dossier principal sur lequel Douguine s’appuie.

« Pour être complet, je vais présenter ce que l’IA a écrit sur Alex Karp lui-même et son projet.

» Le livre d’Alex Karp (PDG de Palantir Technologies), ‘La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident’ (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska), est une critique acerbe de l’Occident moderne, – et surtout de la Silicon Valley – ainsi qu’un manifeste sur la manière de restructurer les relations entre technologie, État et identité nationale. »

Cette « critique acerbe de l’Occident moderne » se décline sur ce mot d’ordre plutôt inhabituel de “puissance forte, foi douce”. Il s’agit pourtant d’un mot d’ordre particulièrement sensible pour la pensée de Douguine vis-à-vis de l’évolution de la Russie. Là aussi et encore, Palantir est un ennemi d’aujourd’hui, un modèle pour demain : 

« La puissance dure est impossible sans une foi profonde. La “puissance dure” (missiles, chars, drones, systèmes hypersoniques) repose entièrement sur la “foi” – l'identité civilisationnelle partagée, le sens de la mission civilisationnelle, l'unité collective (sobornost’), le rejet de la “fin de l’histoire” libérale et la volonté de sacrifice pour l’avenir. Sans cela, même la plus puissante IA ou l’arsenal nucléaire restent des instruments morts. L’élite russe contemporaine manque de cette foi. Cynisme, nihilisme consumériste, relativisme et mentalité du “tout est permis si cela rapporte” dominent. »

L’IA prend position

Mais ce qui est véritablement impressionnant pour notre cas, c’est de ressentir combien l’IA est ouverte à une telle vision, combien même elle précède cette incitation dans ses analyses, dans la façon dont elle envisage l’évolution nécessaire “puissance dure-foi douce”, avec évidemment l’accent mis sur la “foi douce” puisque l’actuelle civilisation s’est usée jusqu’à la corde à produire de la “puissance dure” en rejetant avec haine et fureur la “foi douce”. Cela constitue un facteur relevant du mystère puisqu’il faut admettre qu’une éventuelle programmation actuelle et nécessairement tournée vers le conformisme, si elle concernait la vision de l’avenir, ne pourrait envisager une seconde une telle évolution civilisationnelle (vers la “foi douce”)°.

Notes de PhG-Bis : « Je me fais ici, cette fois d’une façon directe, le porte-parole de PhG pour observer ceci comme exemplaire du climat ressenti. Dans l’analyse synthétique qu’il a reçue de son travail, PhG relève cette phrase, que je retranscris telle quelle, y compris dans son graphisme : “Cette position est profondément anti-moderniste, sans être réactionnaire”. Une telle remarque n’est pas idéologique, elle échappe à la vaine condamnation du conformisme. Une telle remarque est absolument civilisationnelle. L’IA y est venu sans aucune incitation ni instruction, elle n’introduit aucune nuance péjorative ni aucune critique de type idéologique et conformiste, et elle conclut paisiblement qu’on peut être absolument anti-moderne sans en aucune façon être réactionnaire. »

Ainsi Douguine se trouve-t-il devant, non pas une énigme, mais la possibilité de disposer d’un outil d’une très grande puissance, et dont la puissance n’est pas nécessairement, seulement due à ceux qui l’ont créé et qui prétendent l’animer. Pour le Russe qu’il est évidemment, il importe d’agir avec décision et efficacité ; c’est le sens de sa lutte contre les “élites illégitimes” :

« [En Russie actuellement,] ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe. »

C’est effectivement un enjeu pour la Russie, mais pas seulement. Il s’agit d’un enjeu majeur, avec une part importante d’inconnu et d’interrogation métapolitique, et il concerne la civilisation présente en cours d’effondrement dans son entièreté catastrophique, et ce qui doit nécessairement lui succéder. La Russie est un champ d’action privilégié et Douguine la plume nécessaire pour en écrire ; mais l’enjeu dépasse tout cela, et nous dépasse finalement.

Donc, voici Douguine face à “l’empire du code” ; – face à l’IA ou avec l’IA ?

dedefensa.org

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L’empire du code

Voyez avec quel style l’IA a transposé les principes fondamentaux de La République technologique d’Alex Karp dans le contexte russe :

• La Russie est une puissance civilisationnelle (un État-civilisation), non simplement un État-nation ou une économie périphérique. Son existence historique et son avenir sont déterminés non seulement par les ressources naturelles, le territoire ou même la parité nucléaire, mais par sa capacité à préserver et à développer une identité souveraine à une époque où la lutte principale se joue dans le domaine des logiciels, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du contrôle numérique de la réalité.

Principes adaptés à la civilisation russe/eurasienne :

• La Russie a toujours été un empire dès son origine. La civilisation russe a remporté la victoire et assuré sa survie non par des procédures démocratiques (qui lui sont étrangères) ni par l’efficacité du marché (qui reste secondaire), mais par la supériorité technologique et spirituelle lors de moments décisifs: des armes à feu et de l’artillerie d’Ivan le Terrible et Pierre le Grand, au projet nucléaire et au programme spatial de l’URSS, jusqu’aux armes hypersoniques et à la guerre électronique actuelles. La victoire dans la Grande Guerre patriotique comme pendant la Guerre froide fut le fruit d’une alliance entre l’État, les ingénieurs, les scientifiques et une foi profonde dans la mission nationale.

• L’élite russe contemporaine (y compris le secteur numérique et des TI) s’est égarée. Après 1991, le talent a soit émigré, soit s’est tourné vers le secteur numérique de consommation: réseaux sociaux copiés, fintech, e-commerce, jeux vidéo, spéculation crypto et «substitution aux importations» sous la forme de copies de plateformes occidentales. Ressources et intelligence sont consacrées à des imitations superficielles, au lieu de s’attaquer à des défis d’ampleur civilisationnelle: défense, IA souveraine, cybersécurité, analyses prédictives pour l’État et identité numérique du monde russe.

• Le modèle actuel est mortellement dangereux pour la survie de la civilisation russe. Au 21ème siècle, la puissance réside dans la maîtrise du logiciel. Qui contrôle le logiciel (algorithmes, données, modèles d’IA, informatique quantique) contrôle la réalité. L’Occident et la Chine sont déjà engagés dans une lutte totale pour la suprématie logicielle. Si la Russie reste en périphérie – dépendante des semi-conducteurs importés, des clouds étrangers, des bibliothèques open source et des réseaux neuronaux occidentaux – elle perdra sa souveraineté plus vite que par n’importe quelle défaite militaire. La Chine et l’Occident n’attendront pas que la Russie «rattrape son retard».

• Une nouvelle alliance entre l’État-civilisation et l’industrie du logiciel/de l’IA est nécessaire. L’État doit se réorganiser radicalement selon des principes d’ingénierie: rapidité, efficacité, audace et rejet du formalisme bureaucratique. L’élite informatique et liée à l'IA doit orienter ses talents vers des tâches civilisationnelles: une IA souveraine (pas une copie de ChatGPT, mais un modèle imprégné d’une vision du monde russe), des systèmes d’analyses prédictives pour les opérations militaires et le monde russe, la cyberdéfense, l’identité numérique sans portes dérobées, et des systèmes d’armes autonomes. Il faut des structures analogues à Palantir Technologies, mais fondées sur une logique russe et libérées des biais atlantistes.

• La puissance dure est impossible sans une foi profonde. La «puissance dure» (missiles, chars, drones, systèmes hypersoniques) repose entièrement sur la «foi» – l'identité civilisationnelle partagée, le sens de la mission civilisationnelle, l'unité collective (sobornost’), le rejet de la «fin de l’histoire» libérale et la volonté de sacrifice pour l’avenir. Sans cela, même la plus puissante IA ou l’arsenal nucléaire restent des instruments morts. L’élite russe contemporaine manque de cette foi. Cynisme, nihilisme consumériste, relativisme et mentalité du «tout est permis si cela rapporte» dominent.

• Ingénieurs, scientifiques et développeurs n’échappent pas à leurs obligations envers leur civilisation. Le talent et le succès ne naissent pas dans le vide. Ils sont rendus possibles par une civilisation russe millénaire, ses sacrifices, sa culture, sa langue, et son État. Ceux qui détiennent le savoir doivent donc faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation – plutôt que de simplement maximiser leurs revenus, d’émigrer ou de travailler pour des multinationales.

Savez-vous pourquoi l’IA a pu faire cela si facilement ? Parce que, depuis des décennies, les partisans de l’Idée russe – que personne ne remarquait jusqu’à récemment, et à peine aujourd’hui – n’ont cessé de travailler sur des livres, articles, textes, posts, matériaux et traductions. À force de travail, ils ont construit une vaste carte de la civilisation russe. Empire, Eurasie, multipolarité, État-civilisation, Monde russe, signification éternelle de l’orthodoxie, identité profonde, État-puissance, ontologie de l’État, géopolitique de la Terre, sacralisation du pouvoir, traditionalisme et valeurs traditionnelles, grande mission de la Russie, grand peuple, critique de l’unipolarité, de l’atlantisme, du libéralisme, de l’Occident, etc. – tout cela n’est pas que slogans, mais théories, systèmes, écoles et courants intellectuels.

Il existe un vaste récit patriotique russe, doté de ses propres théories et concepts, terminologies et systèmes. Lorsqu’on demande à une IA d’accomplir une tâche donnée, elle se tourne automatiquement vers ce corpus d’idées comme une évidence. Cela peut passer inaperçu au premier abord, mais c’est précisément l’IA – encore peu censurée – qui révèle l’ampleur de ce travail gigantesque: non seulement le fruit de nombreuses décennies, mais de siècles entiers, si l’on y inclut les slavophiles, les eurasistes, les nationaux-bolcheviks, les monarchistes, les penseurs orthodoxes, les sophiologues et les patriotes soviétiques.

Pour être complet, je vais présenter ce que l’IA a écrit sur Alex Karp lui-même et son projet.

Le livre d’Alex Karp (PDG de Palantir Technologies), ‘La République technologique : Puissance dure, foi douce et l’avenir de l’Occident’ (2025, co-écrit avec Nicholas W. Zamiska), est une critique acerbe de l’Occident moderne, – et surtout de la Silicon Valley – ainsi qu’un manifeste sur la manière de restructurer les relations entre technologie, État et identité nationale.

Voici les principales idées du livre, résumées :

• Les États-Unis et l’Occident ont toujours été une « république technologique ».

• L’Amérique a dominé le 20ème siècle non seulement grâce à la démocratie, mais surtout en raison de sa supériorité technologique – particulièrement logicielle. La victoire lors de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide et l’essor d’Internet résultent d’une alliance étroite entre l’État et les ingénieurs (projet Manhattan, DARPA, les débuts de la Silicon Valley sous contrats du Pentagone).

La Silicon Valley s’est égarée

• Après la victoire dans la Guerre froide et l’avènement de la Pax Americana, ingénieurs et entrepreneurs sont passés de tâches d’intérêt national à des produits de consommation: réseaux sociaux, applications pour la livraison de repas, publicité et plateformes d’achat. Talents et ressources sont consacrés à des «futilités» au lieu de répondre à de vrais défis comme la défense, la criminalité, la médecine ou l’éducation.

Le modèle actuel est dangereux pour la survie de l’Occident

• Au 21ème siècle, la principale lutte pour le pouvoir est celle de la supériorité logicielle et de l’intelligence artificielle. La Chine et d’autres régimes autoritaires utilisent activement la technologie pour accroître leur puissance militaire et géopolitique. Si l’Occident ne revient pas à des priorités sérieuses, il perdra la nouvelle course aux armements.

Une nouvelle alliance entre l’État et l’industrie logicielle est nécessaire

• Karp appelle explicitement à un partenariat étroit – et non à une séparation – entre l’État et les entreprises technologiques (comme Palantir Technologies). L’État doit adopter une mentalité d’ingénieur (solutions rapides, audace, concentration sur les résultats), tandis que les entreprises technologiques doivent orienter leurs talents vers la défense, la sécurité nationale et de grands objectifs civilisationnels.

La puissance dure requiert la foi douce

• La “puissance dure” (force militaire et technologique) est impossible sans “foi douce” – identité nationale partagée, culture, valeurs, patriotisme et sens du devoir. L’élite moderne, y compris la tech, manque de ces fondements “doux” : il n’y a plus de but commun, plus de fierté civilisationnelle, mais du conformisme, du relativisme et un nihilisme consumériste.

Les ingénieurs ne sont pas exempts de devoirs envers la nation

• Les ingénieurs talentueux et les fondateurs d’entreprise ne créent pas leur succès «à partir de rien» – ils bénéficient des acquis de la civilisation américaine (et occidentale). Ils sont donc censés faire preuve de loyauté et contribuer à la défense et au développement de cette civilisation, plutôt que de simplement maximiser leur profit ou leur confort personnel.

Critique de la décadence et appel à l’ambition

• Ce livre est un réquisitoire contre la fragilité intellectuelle, la lâcheté des dirigeants, la perte d’ambition et le vide spirituel. Karp appelle à une «révolte» contre ce déclin et à un retour à de grands projets transformateurs – même s’ils sont impopulaires ou politiquement controversés.

Globalement, le livre fonctionne à la fois comme :

 • un acte d’accusation contre la Silicon Valley contemporaine,

• un appel à la renaissance du « projet national » américain,

• et une justification de la mission de Palantir Technologies (travailler avec l’État, la défense, l’IA pour la sécurité).

[À ce stade, l’IA commence à pencher légèrement vers le « woke », tout en restant mesurée.]

Il s’agit d’un texte fortement « va-t-en-guerre », national-capitaliste et anti-postmoderne, que beaucoup ont interprété comme un manifeste pour une nouvelle ère de militarisme technologique en Occident. 

Alexander Douguine