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• Un livre sur ‘La philosophie verticale’, de Natalia Melentiëva, femme d’Alexandre Douguine et mère de Daria, assassinée en 2022. • Un signe de la riche présence du néoplatonisme, ennemi juré de la modernité.
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Qu’est-ce que représente la Russie du point de vue de l’Esprit à l’heure de l’échauffement progressif et explosif des événements en Ukraine et ailleurs, par exemple au moment où le régime zélenkiste s’est transformé en gang terroriste devant lequel les étranges élitesSystème de l’Occident-sidératif ne cessent de mettre le genou en terre. L’adoration-sidérée de Zelenski est un des phénomènes les plus troublants et les plus bouffons de la catastrophe évidemment finale. Dans de telles circonstances, il est préférable de s’appuyer sur la sagesse du passé pour y puiser les ressources d’un mépris roboratif et d’un optimisme paradoxal à trouver dans le constat le plus pessimiste du monde, de l’état du monde.
Pour cela, aller voir ce qu’il en est de l’Esprit dans la “Troisième Rome”. On n’espère pas de Miracle ni de Révélation, mais simplement sagesse et mémoire. On y trouvera une “communauté néoplatonicienne” dont la famille Douguine est un exemple. Il est bon de les suivre dans les enchantements platoniciens.
« Il existe néanmoins une communauté néoplatonicienne dispersée à travers le monde, capable de se révolter contre le postmodernisme. Et il y a en Russie la famille platonicienne des Douguine. Non seulement les livres du penseur moscovite, souvent cités accompagnés de tristes préjugés mais peu lus, sont précieux comme exemples de renouvellement du platonisme, mais aussi les écrits de sa fille Daria Douguina, qui a choisi très jeune le surnom de «Platonova», ressentant une affinité particulière avec le philosophe grec. On pourrait même penser que sa mort tragique par attentat en août 2022 pourrait représenter un équivalent (post)moderne de la condamnation à mort de Socrate, coupable d’avoir invité les jeunes à dépasser l’opinion pour accéder enfin à la Vérité. »
Le texte ci-dessous, de Luca Negri présente un livre de la philosophe russe Natalia Melentiëva, – femme d’Alexandre Douguine et mère de Daria, assassinée en 2022 –, en traduction italienne chez Aga Éditeur : l’essai ‘Philosophie verticale’, ouvrage en lien avec la Révolution conservatrice. La philosophie verticale est interprétée comme le platonisme, et le néoplatonisme que Daria Platinova Douguine explorait précisément. C’est une révolte contre la modernité et son progrès, ce progrès qui a permis d’accéder à la fabrication de ces engins dont Daria Platonova fut victime, qui créa la mitrailleuse et l’artillerie qui transformèrent 14-18 en l’infâme boucherie que l’on sait... “On n’arrête pas le progrès”, c’est bien connu.
« Dans l’un de ses aphorismes les plus sages, Nicolás Gómez Dávila affirme que le monde moderne représente une révolte contre Platon. Il est difficile de lui donner tort, surtout si l’on considère le glissement supplémentaire vers le postmodernisme, où les ombres sur le mur de la caverne se sont multipliées, comme les opinions et revendications déconnectées de l’objectivité de la nature et du logos.
» La véritable révolte contre Platon est plus précisément un nivellement sur la ligne horizontale des identités fermées, du bavardage alimenté par les médias. C’est l’oubli de l’Être, donc de la verticalité qui permet de sortir de la caverne, de se connecter au monde objectif de l’esprit. »
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La philosophe russe Natalia Melentiëva publie chez Aga Éditeur l’essai Philosophie verticale, ouvrage en lien avec la Révolution conservatrice
Dans l’un de ses aphorismes les plus sages, Nicolás Gómez Dávila affirme que le monde moderne représente une révolte contre Platon. Il est difficile de lui donner tort, surtout si l’on considère le glissement supplémentaire vers le postmodernisme, où les ombres sur le mur de la caverne se sont multipliées, comme les opinions et revendications déconnectées de l’objectivité de la nature et du logos.
La véritable révolte contre Platon est plus précisément un nivellement sur la ligne horizontale des identités fermées, du bavardage alimenté par les médias. C’est l’oubli de l’Être, donc de la verticalité qui permet de sortir de la caverne, de se connecter au monde objectif de l’esprit.
Nous avons donc besoin d’une pensée verticale qui secoue la stagnante mare horizontale du postmodernisme, d’une philosophie tellurique capable de faire tomber les fausses et confortables certitudes pour faire surgir de nouvelles hauteurs.
Il existe néanmoins une communauté néoplatonicienne dispersée à travers le monde, capable de se révolter contre le postmodernisme. Et il y a en Russie la famille platonicienne des Douguine. Non seulement les livres du penseur moscovite, souvent cités accompagnés de tristes préjugés mais peu lus, sont précieux comme exemples de renouvellement du platonisme, mais aussi les écrits de sa fille Daria Douguina, qui a choisi très jeune le surnom de «Platonova», ressentant une affinité particulière avec le philosophe grec. On pourrait même penser que sa mort tragique par attentat en août 2022 pourrait représenter un équivalent (post)moderne de la condamnation à mort de Socrate, coupable d’avoir invité les jeunes à dépasser l’opinion pour accéder enfin à la Vérité.
Le lecteur italien a toutefois maintenant la possibilité de lire en volume un recueil significatif d’écrits de la mère de Daria et épouse de Douguine: la philosophe Natalia Melentiëva. Tout récemment publiée par AGA Éditeur, Philosophie verticale suggère déjà, par son titre, un contenu capable de stimuler le mouvement tellurique que nous avons invoqué.
Il s’agit précisément d’une anthologie de textes abordant divers thèmes, d’abord philosophiques, avec des applications politiques d’une extrême actualité. Ce sont des contributions qui illustrent bien la fécondité de la pensée actuelle provenant de Russie, qui redevient en ce sens et véritablement une « Troisième Rome » comme le prophétise Paolo Borgognone dans sa préface précise.
La lecture commence par une intervention qui se rattache au sentier interrompu de la «Révolution Conservatrice» allemande, analysant l’essai d’Armin Mohler sur le «style fasciste». Un texte à lire et méditer en ces jours où cet adjectif est surtout utilisé pour discréditer et effacer tout interlocuteur qui se place en dissidence par rapport à la narration libérale dominante et aux identifications fossilisées par la gauche du 20ème siècle.
Suit une réflexion aiguë sur un penseur fondamental pour la pensée socialiste: Auguste Blanqui. Sa conception d’univers multiples peut devenir un stimulant puissant pour ne pas accepter la civilisation présente, pour devenir révolutionnaires en étant conscients que d’autres mondes sont toujours possibles et qu’il ne faut pas céder au fatalisme du fait accompli, simple organisation d’un seul univers.
La philosophe russe s’intéresse aussi au cinéma, trouvant dans les longs-métrages de David Fincher et Lars von Trier des éléments, parfois involontaires, de critique du système libéral.
Melentiëva invite également à découvrir le philosophe allemand Gerd Berfleth, décédé en 2023, spécialiste de Bataille et de Nietzsche, défenseur d’une pensée en révolte au diapason de l’idée jüngerienne de l’Anarque.
De grande importance, le souvenir du « navire des philosophes » (photo) qui a forcé à l’exil, aux débuts du bolchevisme, les penseurs russes les plus incisifs et les plus véritablement verticaux (comme Berdiaev et Merejkovski), appauvrissant énormément la civilisation soviétique et la conduisant vers l’échec.
Puis, des pages précieuses sur la déconstruction du paradigme mental libéral, où – en accord avec son mari Douguine – elle en tire les conséquences inévitables de la perte de contact avec les Idées platoniciennes et les «universaux» du thomisme. Lorsque le monde occidental a fini par céder au nominalisme, niant la réalité métaphysique des concepts, il ne restait que l’individu nu, qui n'était plus membre d’une société, d’une communauté ou d’une tradition plus grande que les parties elles-mêmes. La voie de la guerre de tous contre tous pour l’appropriation des biens, véritable filigrane du capitalisme, était déblayée. Dans un monde précisément aplati horizontalement.
Et de l’horizon, on creuse même vers le sub-humain avec la philosophie de l’Ontologie Orientée Objet, d’origine anglo-saxonne, qui nie toute centralité et spécificité à l’être humain dans un horizon où chaque entité a les mêmes droits et la même dignité: animaux, plantes et même objets matériels. Cette philosophie postmoderne était un objet d’étude critique particulier pour Daria, dans ses derniers temps incarnés.
Et c’est précisément avec des souvenirs et hommages à sa fille que se clôt le volume de Melentiëva.
Daria est partie beaucoup trop tôt, à moins de trente ans, pour réaliser pleinement sa «philosophie verticale», notamment les concepts et pratiques de ce qu’elle appelait «l’optimisme eschatologique» (à laquelle AGA avait déjà consacré un volume). En s’appuyant notamment sur Platon, Hegel, Nietzsche, Evola, Cioran et Jünger, Daria a proposé une vision du monde qui accepte courageusement l’illusion, les ombres projetées sur le mur de la caverne, et la condition tragique dans laquelle se trouve l’être humain emprisonné, mais qui réagit non avec un pessimisme fataliste, mais avec l’optimisme de ceux qui se battent aussi pour des causes apparemment désespérées, sortant de la caverne, passant dans la forêt, forçant la rupture pour accéder à un stade supérieur de conscience.
Le chemin laissé inachevé par la mort brutale de Daria, rappelle sa mère, attend des sujets courageux prêts à le reprendre, à redresser la colonne vertébrale, à redécouvrir la verticalité pour laquelle l’être humain existe sur la face de la Terre.