Déjà le désamour pointe

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Notre époque ne la cédera jamais à aucune autre, – sauf celle qui suivra, sans doute, – pour la vitesse des choses, des émotions, des sentiments, des “grands événements” qui bouleversent le monde et qui changent l’Histoire (ou le contraire: qui changent le monde et qui bouleversent l’Histoire), qui enchaînent sur leur vrai contraire trois jours après, ou trois semaines plus tard. Ainsi de Barack Obama, le 44ème président des Etats-Unis et le premier président Africain-Américain, dont l’élection fut accueillie comme l’aube d’un changement extraordinaire.

Obama, “change”, et, pour être sûr de la chose, “yes, we can”? Les jeux des miroirs du virtualisme machiné par le médiatisme sont cruels. Déjà, nous dit le Times de Londres aujourd’hui, Obama est mis sur la défensive face aux journalistes qui lui disent : “et alors ce changement? Avec tous ces vieux durs à cuir au cuir tanné à l’ombre de l’administration Clinton qui pullulent dans l’équipe Obama, qu’en reste-t-il?”

«Barack Obama defended his decision to pack his new Cabinet with veteran Washington insiders and former Clinton officials yesterday after a campaign in which he promised change.

»The President-elect responded after naming the former Federal Reserve chairman Paul Volcker, a veteran of the Carter and Reagan Administrations, as the head of a new economic panel to stop “groupthink” infecting his inner circle of White House financial advisers. There have been mounting concerns, particularly from the liberal wing of his Democratic Party, that Mr Obama has pivoted sharply to the centre-right with his choice of top Cabinet posts.

»His main economic advisers have close ties to the Clinton White House and Mr Obama has already chosen Hillary Clinton to be his Secretary of State. His chief of staff, Rahm Emanuel, once served Bill Clinton, and more appointments still to be announced will include a slew of officials who served in the most recent Democratic Administration.

»“What we are going to do is combine experience with fresh thinking,” Mr Obama said at his third press conference in as many days. He said he would be foolish, at such a “critical time in our history”, to pick people who “had no experience in Washington whatsoever”. He added: “What I don’t want to do is somehow suggest that because you somehow served in the last [Clinton] administration you are barred from serving again.”

»Mr Obama said he was forming an economic recovery advisory board, with Mr Volcker to head it, to give independent economic advice from outside the White House. “Sometimes policymaking in Washington can become a little bit too ingrown, a little bit too insular,” Mr Obama said. “The walls of the echo chamber can sometimes keep out fresh voices and new ways of thinking.” Mr Obama said the board, which would report to him regularly, would be filled with individuals from diverse sectors of the economy and would be government outsiders, “to challenge some of our assumptions, to make sure that we are not just doing the same old thing all the time”.»

Désamour, Obama? Déjà? Pourquoi pas… Nous assistons à un phénomène caractéristique du médiatisme, avec ses outrances dans les deux sens. L’élection d’Obama a amené une exaltation extraordinaire, et cette exaltation s’est aussitôt concentrée sur quelques mots-clef, quelques formules. Le mot “change” (“changement”) ne pouvait ne pas figurer en haut de la liste. Obama était donc le candidat du changement, il a été élu pour changer les choses, il doit aussitôt s'employer à changer les choses pour que nous constations aussitôt que les choses ont changé. L’éventuelle exagération du propos, l’outrance de l’espoir impliqué, même l’irréalisme de voir un tel programme (?) se réaliser instantanément n’entrent pas en ligne de compte dans cette attente, qui est essentiellement affective et irrationnelle. Toutes les explications rationnelles du monde, toutes les pirouettes sémantiques n’y pourront rien, – d’autant que certaines sont fortement sollicitées, comme celle de nous promettre une “pensée nouvelle” (“fresh thinking”) avec des personnalités d’expérience, mais dont l’expérience est inévitablement liée d’une façon ou l’autre à la catastrophe en cours. Dans l’équipe Obama, il n’y a paradoxalement qu’un Obama, lui qui peut dire que son inexpérience est presque la garantie de sa virginité dans cette même catastrophe en cours.

Mais qui a voulu cela, sinon Obama lui-même, qui a choisi de faire sa campagne des primaires, celle qui a le plus marqué les esprits, au son de ces mots-clefs qui prétendent définir un programme par définition indéfinissable, – un programme vague, insaisissable, mais un programme claironnant l’espérance, – donc, un “programme” qui nourrit toutes les déceptions après avoir justifié toutes les espérances? On ne fera pas ici le procès d’Obama, savoir s’il veut vraiment le changement, s’il peut vraiment l’apporter; on se contente d’observer que c’est lui-même qui a tressé la corde qui commence déjà à l’emprisonner aujourd’hui, qui va l’emprisonner de plus en plus; il l’a fait en usant à merveille du médiatisme, lequel se retourne aujourd’hui contre lui en lui rappelant les promesses imprécises mais impératives qu’il fit; ces promesses qui peuvent se transformer, qui sont en train de se transformer en autant d’actes d’accusation aussi imprécis et aussi impératifs. Et encore ceci, le signe de la rapidité stupéfiante des temps médiatiques et virtualistes car nous n’en sommes encore qu’aux préliminaires, avec Obama pas encore en fonction…

La coalition hétéroclite qui a élu Obama est destinée à se fractionner au rythme des exigences que la crise exacerbe et que le nouveau président ne peut rencontrer. Quelle que soit la position dans le système, Obama ne peut, ou ne pourra longtemps ignorer cette tendance, si elle se marque dans les sondages. Que faire alors pour la combattre? C’est là, dans cette pression s’ajoutant à celle de la crise avec son cortège de dégâts, notamment humains, que l’on peut distinguer des circonstances où Obama, revenant sur sa voie moyenne et nécessairement prudente, pourrait prendre des initiatives déstabilisantes. (Comme toujours, l’hypothèseAmerican Gorbatchev”.)


Mis en ligne le 27 novembre 2008 à 16H50