De l’“Orient surréaliste” à “D.C.-la-folle”

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De l’“Orient surréaliste” à “D.C.-la-folle”

Le texte de E.J. Magnier ci-dessous qui s’appuie sur la rencontre de Poutine et d’Erdogan à Sotchi aujourd’hui 22 octobre, représente en réalité un intéressant historique des événements qui, depuis début octobre, ont abouti à l’actuelle situation. On découvre, sans surprise excessive, que non seulement il s’agit de l’“Orient compliqué”, mais surtout de l’“Orient surréaliste”, où la Russie règne en maîtresse absolue, reconnue désormais par tout le monde, – sauf bien entendu, à “D.C.-la-folle”, les généraux à la retraite, les neocon en chômage et les enquêteurs démocrates et clintonien sur les “Russian assets”.

Témoignent de cette domination russe, si besoin était, ces quelques passages d’une nouvelle de DEBKAFile concernant les “autorisations de frappe” israéliennes que Netanyahou devrait venir prochainement demander à Poutine, toujours à Sotchi... Au fait, un Netanyahou toujours Premier ministre d’un État en décomposition, mais qui vient d’abandonner la tâche de former un nouveau gouvernement au profit de son adversaire Gantz, dans une situation de complet blocage du pouvoir israélien, – un peu comme partout, d’ailleurs, – sauf peut-être en Russie, en Iran et en Syrie pour la séquence actuelle... “Compliqué” peut-être, “surréaliste” sans le moindre doute.

« Le président Vladimir Poutine reçoit son invité turc Recep Erdogan à Sotchi ce mardi 22 octobre en tant que maître du nord de la Syrie après que ses forces spéciales[russes] ont commencé à se déplacer vers des positions américaines évacuées, dont la grande base aérienne de Tabqa. [...]
» Le contrôle militaire et aérien de Moscou étendu sur le nord et l'est de la Syrie, à la suite du retrait américain, appelle à une extension de l'accord de coopération militaire israélo-russe qui limite les frappes aériennes d'Israël contre l'Iran au nord et à l'ouest. Des addenda à ces accords devront être négociés. Par conséquent, on peut supposer que le Premier ministre Benjamin Netanyahou se rendra bientôt à Sotchi pour discuter de la coordination avec Poutine et ses chefs de la défense et déterminer dans quelles parties des régions de l’Est de la Syrie l’armée de l'air israélienne sera autorisée [par les Russes]à intervenir contre l’Iran et ses alliés. »

L’article de Magnier ci-dessous reprend donc l’historique dissimulée et officieux des événements, manœuvres, accords, promesses, volte-face, etc., qui ont marqué la séquence qu’on peut intituler “retrait des forces US de Syrie”. C’est en fait “dans la première semaine d’octobre” que les USA ont informé la Turquie et la Russie de leur intention de partir, ce qui implique une certaine planification, la coopération au moins de la Maison-Blanche et du Pentagone, etc., – c’est-à-dire une décision d’une forme très différente de ce qu’on a d’abord perçu, c’est-à-dire l’habituel tweet de Trump, manifestant une décision soudaine et solitaire imposée à son administration, à ses alliés, etc., et susceptible d’être annulée de façon aussi abrupte par une décision contraire.

(Une probabilité quasi-certaine du côté US : c’est le départ de Bolton, forcé à la démission par Trump, qui a permis de lancer la planification de la décision de retrait. Bolton bloquait d’une façon décisive cette volonté de retrait.)

On peut également accepter l’idée que l’opération de retrait s’est faite dans une certaine “étroite coopération” entre la Maison-Blanche et le Kremlin. Du côté US, les termes du marché sont clairs : la Russie prend en charge la responsabilité de la situation de sécurité, et elle évite tout débordement trop voyant (par exemple contre les Kurdes), qui susciterait à Washington des pressions contre Trump. Tout ce que veut le président US aujourd’hui, c’est avoir les mains libres pour sa bataille intérieure, et pas seulement les élections, mais aussi la destitution, les troubles possibles, l’affrontement avec l’ultragauche démocrate et surtout les réseaux Clinton-Obama et leurs alliés de la CIA. Les USA sont complètement refermés sur eux-mêmes, non par isolationnisme mais à cause de l’importance de l’affrontement interne, et toute question de politique extérieure est jugée d’abord par ses effets sur cette bataille intérieure.

Ce que le récit de Magnier nous montre principalement, c’est d’abord l’entêtement peu ordinaire de :la direction politique kurde à croire au soutien US, y compris jusqu’à aller à des désaccords avec les chefs militaires kurdes. Même aujourd’hui, la situation n’est nullement assurée, dans la mesure où cette direction politique est largement “lobbyisée”. Elle agit comme un puissant lobby à Washington, et elle est tenue dans sa politique par cette position qui est objectivement d’une complète corruption psychologique (en faveur des USA), pesant de tout son poids sur ses choix politiques et stratégiques.

C’est dans ce contexte qu’il faut mesurer l’importance des récents événements, qui apparaissent comme une “défaite” de première importance de l’américanisme à nombre de commentateurs (“la plus grave défaite des USA depuis le Vietnam”, estime Pépé Escobar)... Sauf que nous ajouterions à tout cela le qualificatif déjà employé, qui vaut quelques autres concepts dont nous faisons bombance : “simulacre”, “narrative”, parce qu’il s’agit bien nécessairement d’une “défaite surréaliste” puisque la bataille, ou la guerre menée étaient également “surréalistes”, comme reste complètement “surréaliste” tous les détritus de la politique “étrangère” US . Cette politique “étrangère” US n’est qu’un copié-collé de la politiqueSystème où ni les stratèges, ni les idéologues, ni les complotistes n’ont conceptuellement aucun rôle, sinon de scénaristes de bandes dessinées. Le Diable se charge de tout, et sa politiqueSystème n’a pas pour vocation de satisfaire les intérêts des États-Unis dont elle se fiche bien, ni l’hybris des vétérans des multiples Grandes Guerres sans fin lancées depuis le 11 septembre 2001 ; elle n’a pour vocation que la destruction jusqu’à l’entropisation de tout, y compris, et nous dirions même principalement, des exécutants de l’entropisation...

Magnier peut donc écrire que la fin de l’aventure d’un “Kurdistan” composé à partir de lambeaux de territoires pris à l’Irak, à la Turquie et à la Syrie s’aligne avec la fin de l’“aventure fantasmée” d’un “nouveau Moyen-Orient”, aussi bien née des cerveaux allumés des neocon que des crétins malins qui peuplent les détritus (là aussi, le même mot) de la politique des USA, du type de ceux (Karl Roveen l’occurrence) qui racontaientà l’été 2002 : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. » Il y a que les débiles profonds-hallucinés, comme Audiard nous l’avait appris, pour croire à de tels détritus (encore et toujours ce mot) de leur propre hybris“surréalistes” lancées dans la dégénérescence tourbillonnante (“tourbillon crisique”).

En attendant, Magnier nous instruit de cette façon : « Les Kurdes syriens croyaient que leur rêve d’avoir leur propre État avait des chances de se concrétiser, car la partition de l’Irak et de la Syrie leur apparaissait probable. Si cela s’était avéré, le nord de l’Irak serait devenu la partie orientale de l’État kurde et le Rojava (nord-est syrien) sa partie occidentale.
» Mais le plan visant à créer le “nouveau Moyen-Orient” a échoué et la présence continuelle des forces US est non seulement illégale, mais ne leur est d’aucune utilité. Trump a promis de se retirer et il est fort probable qu’il respectera sa promesse, d’autant plus qu’elle donnera un coup de pouce à sa campagne électorale en 2020... »

On comprend alors, du fait de la profusions de débiles profonds-hallucinés dans le zombieland qu’est “D.C.-la-folle”, la levée de boucliers des parlementaires, généraux (à la retraite), commentateurs, experts, contre la décision de “trahir” l’héroïque peuple kurde laissé à la barbarie de nos-alliés-turcs-de-l’OTAN. Tous ces gens-là manœuvrent essentiellement, c’est-à-dire exclusivement en fonction de leurs positions à Washington D.C., de leurs privilèges, de leur petits arrangements sociaux et de leurs appointements. Tout borné qu’il soit et malgré sa folie, Trump a compris tout cela. Après tout, ce monde-là n’est pas différent de celui dans lequel il évoluait.

Ils (les zombies, catégorie “débiles profonds-hallucinés”) se battront jusqu’au bout et donc rien n’est fini, et des avatars peuvent surgir, tant que ce “jusqu’au bout”-là n’est pas atteint et réglé décisivement. Il reste que le vrai, le seul mystère est bien de savoir ce qui nous attend là-bas, quand nous aurons atteint et réglé ce “jusqu’au bout”-là. C’est tout le charme inédit de notre Grande Crise d’Effondrement du Système.

Ci-dessous, le texte de E.J. Magnier du 21 octobre 2019, dont le titre original est : « Rencontre Poutine-Erdogan pour aplanir les différences et réduire l’écart séparant les alliés. »

dedefensa.org

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...Jusqu’à la rencontre Poutine-Erdogan

Dans la première semaine d’octobre, les USA ont informé la Turquie et la Russie de leur intention de se retirer du nord-est syrien. Le président turc Recep Tayyib Erdogan a alors sorti son plan établi il y a plus d’un an consistant à déployer ses forces dans une zone du nord-est syrien faisant 440 km de longueur et 35 km de largeur, en prenant le contrôle de villes comme Manbij, Ain al-Arab et Ras al-Ayn. Le commandement central des USA et le commandement militaire russe, ainsi que d’autres pays dont la Syrie, ont été informés de l’intention de la Turquie de combler le vide laissé par les USA. La Turquie croit que son incursion dans le territoire syrien sert ses intérêts de sécurité nationale et permettra de reloger des millions de Syriens vivant en Turquie, tout comme ceux qui quitteront Idlib une fois enclenchée l’offensive visant la libération de la ville. Erdogan juge nécessaire de créer une zone tampon à la frontière séparant la Turquie de la zone sous contrôle des YPG, la branche syrienne du PKK, cette dernière organisation figurant dans la liste des groupes terroristes des USA, de l’Europe, de l’OTAN et de la Turquie.

La réaction rapide de la Turquie a sonné l’alarme à Washington et poussé le président Donald Trump à envoyer une lettre – jugée  humiliante  par la Turquie – à son homologue turc, l’implorant de ne « pas faire l’idiot » et d’attendre avant d’agir. Simultanément, le président Poutine a convoqué une réunion de son conseil de sécurité nationale pour discuter du retrait des USA et de l’intention de la Turquie de remplacer les forces US dans le nord-est syrien. Des sources dans le milieu du renseignement ont confirmé les préparatifs des USA en vue de leur retrait. Le président Bachar al-Assad a été consulté et mis au fait des intentions des USA et de la Turquie.

Les décideurs en Syrie ont évalué la situation. Les informations préliminaires confirmaient que les USA comptaient vraiment se retirer, malgré l’habitude de Trump de changer d’idée et de revenir sur ses décisions au dernier moment. Il a été entendu de prendre cette possibilité de retrait des USA au sérieux et d’y répondre en regroupant les forces nécessaires à un déploiement dans le nord-est syrien.

Damas a tenté de communiquer avec les Kurdes syriens avant l’annonce officielle du retrait des USA du nord-est syrien, afin de connaître leur réaction à cette décision qui changeait complètement la donne. Les YPG se montraient condescendants. Damas en a conclu que les Kurdes plaçaient encore leurs espoirs dans une intervention des USA, des Britanniques et des Français pour infirmer la décision de Trump. Les dirigeants politiques kurdes doutaient de la capacité de Trump à donner suite à son intention.

Damas était convaincu que les Kurdes n’avaient  pas tiré  leur leçon et qu’ils misaient sur une présence continuelle de forces étrangères – USA, UE (forces britanniques, françaises et italiennes) et Israël  – qui avaient dans les fait décidé de mettre fin à leur présence illégale dans le nord-est syrien. Les responsables syriens savaient que les Kurdes seraient les plus grands perdants. Mais le gouvernement syrien trouvait inacceptable de laisser tout le nord-est syrien sous contrôle turc si les USA retiraient leurs forces.

Les décideurs en Syrie savaient que les responsables russes et iraniens s’entendaient sur l’importance de maintenir des contacts directs avec la Turquie pour coordonner la présence de leurs forces dans le nord-est syrien. Leur but n’était pas d’augmenter la tension avec la Turquie et d’affronter les forces turques en sol syrien, mais plutôt de s’organiser avec cette présence et de limiter son avance le temps que les USA se retirent. Un affrontement entre la Turquie et la Syrie dans le nord-est syrien aurait probablement servi l’intérêt des USA, ce que voulaient éviter la Russie et l’Iran.

La motivation et la préoccupation d’Ankara reposaient sur le fait que les Kurdes syriens miseraient sur le soutien des forces US et de leurs alliés européens jusqu’au jour du retrait de ces forces. Il était impératif de combler le vide et de fermer la porte à tout retour possible de ces forces en Syrie. Les forces turques assuraient ainsi la rétrocession du territoire au gouvernement syrien. Sauf que Damas risquait de se retrouver avec un nouvel occupant, la Turquie, qui n’est pas porté à se retirer rapidement malgré toute les promesses provenant d’Ankara ou de Moscou.

Lorsque la Turquie a déployé ses mandataires et ses forces dans le nord-est syrien, les Kurdes syriens ont pris conscience du danger. Leur commandant militaire, le général Ferhat Abdi Sahin, alias Mazloum Abdi, croyait que la seule solution était de demander la protection de la Russie et du gouvernement central à Damas. La Russie, contrairement à l’armée syrienne, a une présence limitée de troupes terrestres. Les militaires russes ont donc conseillé aux Kurdes de négocier avec Damas. Ces négociations ont eu lieu à la base militaire de Hmeimim et à Damas. L’aéroport de Qamishli– sous contrôle de l’armée syrienne – a servi de plaque tournante à la délégation kurde dans ses pourparlers avec les responsables militaires russes et du gouvernement syrien.

Malgré la désapprobation des dirigeants politiques kurdes du nord-est syrien, le général Abdi, qui a combattu avec le chef du PKK Abdallah Ocalan, a signé une demande d’intervention appelant l’armée syrienne à défendre les Kurdes dans les zones sous contrôle des USA. Damas est évidemment au fait de la collaboration entre Kurdes et Israéliens, ces derniers ayant échoué dans leur tentative de maintenir la présence des forces US dans le nord-est syrien.

Il manquait de temps pour organiser un déploiement rapide de l’armée syrienne dans une zone presque cinq fois plus grande que le Liban (40 000 à 50 000 km2). La Russie et l’Iran travaillaient conjointement pour ralentir le président Erdogan et minimiser le coût de son invasion. La Turquie s’est montrée compréhensive dans ses négociations avec la Russie et l’Iran en se disant prête à négocier et à organiser la présence de l’ensemble de ses forces dans la zone contestée, sans toutefois tolérer la moindre présence armée des Kurdes dans le secteur. Le président Erdogan s’est aussi engagé à ne pas attaquer l’armée syrienne dans toute ville ou les soldats de Damas étaient présents.

La semaine dernière, le président Bachar al-Assad a dit à une délégation russe  dirigée par l’envoyé spécial du président Vladimir Poutine en Syrie Alexander Lavrentiev qu’il rejetait toute occupation de son pays et que les USA devaient quitter le pays tôt ou tard. Assad a exprimé ses craintes que la Turquie décide de rester dans le pays de nombreuses années avant de négocier son retrait. Le gouvernement central à Damas est prêt à résister à cette occupation et soutiendra sans doute la résistance intérieure s’y opposant. La Russie a confirmé son soutien à la pleine intégrité du territoire syrien et sa volonté de mettre un terme à la guerre en Syrie, en mettant fin à la présence de toutes les forces d’occupation et en se montrant favorable aux réformes constitutionnelles favorisant une réconciliation rapide.

La Russie a affirmé qu’il était possible de parler au président Erdogan et d’en arriver à un accord raisonnable, car une fois entériné un accord clair, la Turquie a plus de chances de respecter ses engagements, contrairement au président Trump qui change d’idées tous les jours. La Syrie et ses alliés ont décidé de continuer à surveiller l’évolution des choses, de maintenir une liaison directe et de préparer d’autres troupes en vue de leur déploiement dans le nord-est syrien.

Les soldats de Trump  se retirent  des principales provinces et ne sont plus présents à Raqqa et à l’est d’Alep. Le retrait des USA de la frontière avec la Turquie a amené les forces turques et leurs mandataires à accélérer la cadence et ils sont parvenus à occuper Ras al-Ayn pour prendre le contrôle de la ville. Les Kurdes syriens, même s’ils  tentent  toujours d’amener Trump à revenir sur sa décision et de rester en Syrie, prennent un peu plus conscience que le seul allié étranger qui leur reste est la Russie, qui peut leur servir de garant pour préserver les villes et les villages où ils vivent à la suite du retrait des USA.

Le président des USA a donné à son homologue turc, le président Erdogan, ce qu’il voulait : un cessez-le-feu pour permettre aux Kurdes de se retirer de la zone syrienne convoitée par la Turquie, forçant ainsi les Kurdes à abandonner ce territoire et à déplacer leurs forces à l’intérieur des terres, ce qu’ils ont d’ailleurs fait en abandonnant la ville de Ras al-Ayn ce weekend. Du point de vue des Kurdes, c’est encore pire que le retrait total des forces US de toute la région. Les mandataires de la Turquie se sont révélés inefficaces dans leur lutte contre Daech en 2016 et contre les Kurdes depuis de début de l’opération militaire. En livrant les villes sans résister, ils permettent à la Turquie d’atteindre ses objectifs en essuyant moins de pertes.

Trump n’a jamais promis aux Kurdes un État, ni qu’il resterait indéfiniment en Syrie pour les protéger. Le départ des forces US est une issue inévitable, même dans des pays qu’ils occupent depuis les décennies (l’Afghanistan et l’Irak sont les meilleurs exemples). Les Kurdes syriens croyaient que leur rêve d’avoir leur propre État avait des chances de se concrétiser, car la partition de l’Irak et de la Syrie leur apparaissait probable. Si cela s’était avéré, le nord de l’Irak serait devenu la partie orientale de l’État kurde et le Rojava (nord-est syrien) sa partie occidentale.

Mais le plan visant à créer le “nouveau Moyen-Orient” a échoué et la présence continuelle des forces US est non seulement illégale, mais ne leur est d’aucune utilité. Trump a promis de se retirer et il est fort probable qu’il respectera sa promesse, d’autant plus qu’elle donnera un coup de pouce à sa campagne électorale en 2020.

Le président Erdogan se retrouve avec un allié tout proche, la Russie, avec qui il négociera et organisera la présence de ses troupes dans le nord-est syrien. Les forces US se retirent de manière organisée. Trump n’a pas clarifié ses intentions à l’égard des gisements pétroliers et gaziers sous le contrôle des USA. Il voudrait donner aux Kurdes le contrôle du nord-est syrien, mais sans présence de forces US sur place, sauf au poste frontalier  d’al-Tanf  (150 à 200 militaires US). Il craint un  contrôle iranien  sur les gisements pétroliers. Téhéran approvisionne le gouvernement syrien en pétrole depuis huit ans. Sa dernière livraison de 2,1 millions de barils a créé une situation explosive entre l’Iran et le R.-U., marquée par la confiscation d’un superpétrolier et d’autres navires appartenant aux deux pays.

Les Kurdes syriens vendaient du pétrole à Damas lorsqu’ils contrôlaient le nord-est syrien, en dépit des requêtes des USA de cesser d’approvisionner en énergie la population syrienne. Les Kurdes de Syrie reconnaissent maintenant l’armée syrienne comme les seuls défenseurs qui leur restent, avec la garantie de la Russie. Si les USA s’inquiètent vraiment de la sécurité des Kurdes, le seul choix qui s’impose est de soutenir un gouvernement central stable à Damas pour garantir la protection des Kurdes.

La présence de l’armée syrienne à Manbij et Ayn al-Arab a contrecarré le plan turc de contrôler la zone convoitée faisant 440 km de longueur et de 35 km de longueur. Les deux villes se trouvent au milieu de cette zone qu’Erdogan veut occuper. Voilà pourquoi la rencontre Poutine-Erdogan d’aujourd’hui est cruciale pour l’avenir de la Syrie. L’accord d’Adana conclu en 1998 par la Syrie et la Turquie sera passé en revue. Il sera probablement aussi question de la réforme de la constitution syrienne pour accélérer le consentement à sa mise en œuvre et permettre le retrait des troupes turques, si c’est vraiment le seul motif qui pousse les Turcs à rester en Syrie.

Bien des progrès ont été accomplis pour mettre fin à la guerre en Syrie. Une solution pacifique est en vue et le contrôle d’Idlib par les djihadistes tire à sa fin.

Elijah J. Magnier

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