De l’autre côté (Dialogues-30)

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De l’autre côté (Dialogues-30)

On a lu précédemment (le 27 octobre 2011) que s’il n’y avait eu Occupy Wall Street ( OWS) dans l’extension qu’on lui connaît, j’aurais commencé ma contribution dans cette relance des DIALOGUES par un autre texte que celui que j’ai consacré à OWS. On dira donc qu’il s’agit de cet article présent, qui chercherait essentiellement à fixer les propositions théoriques qui me paraissent fondamentales pour “sortir du Système”.

Nous commencerons par une rubrique qui me paraît impérative pour aider à la lecture des contributions que j’apporte dans cette rubrique, autant que pour aider à la lecture de dedefensa.org en général. Il s’agit d’un exercice de définition de deux concepts qui sont souvent employés dans les textes de ce site. Il s’agit de “Système” et de “psychologie collective”.

• Du concept de “Système”, on fait un fort grand usage, et même usage systématique dans dedefensa.org, avec description à mesure. (La dernière en date, très détaillée, est du 29 septembre 2011.) Nous l’écrivons, tout aussi systématiquement, avec une majuscule, depuis bien plus d’un an me semble-t-il, autant pour la raison du symbole que pour la raison de figurer un concept avec la plus ample signification possible, sans la moindre restriction possible dans l’environnement où il évolue et avec le but qui l’anime. Il s’agit de fixer cette définition dans cette ampleur, et non pas d’indiquer des cas extrêmes ou des cas spécifiques. Cela implique impérativement, dans mon chef, de rejeter tout réductionnisme du concept à telle ou telle “spécialisation”, – notamment la spécialisation scientifique.

Pour mieux m’expliquer dans la logique de ce qui précède immédiatement, je dirais ce que “Système”, dans mon idée, n’est pas seulement : il n’est en aucune façon réduit à ce concept scientifique, que les sciences modernes adoptent dans nombre de leurs raisonnements et de leurs représentations, ni à ce concept socio-politique ou socio-économique qu’on utilise en général dans le champ idéologique, tel que “système communiste” ou “système capitaliste” par exemple. Il s’agit de “système” au sens général, étymologique, au sens de la forme originelle. Pour poursuivre l’explication de la chose, je reproduit ici la définition générale que donne Wikipédia, que je trouve suffisamment neutre et générale pour convenir, sur laquelle on peut à son aise s’appuyer pour la définition de l’emploi de “Système” qui est fait dans dedefensa.org.

«Un système est un ensemble d’éléments interagissant entre eux selon certains principes ou règles. Un système est déterminé par : la nature de ses éléments constitutifs ; les interactions entre ces derniers ; sa frontière, c'est-à-dire le critère d'appartenance au système (déterminant si une entité appartient au système ou fait au contraire partie de son environnement).

»Un sous-système ou module est un système participant à un système de rang supérieur. Un système peut être ouvert ou fermé dans tel ou tel domaine, selon qu'il interagit ou non directement avec son environnement.»

L’étymologie du mot renvoie parfaitement à la conception développée ici, en nous renvoyant aux racines fondamentales de notre civilisation, celle d’avant la contre-civilisation : «En grec ancien, sustema signifie “organisation, ensemble”. Ce mot provient du verbe sunistemi (de sun histemi : “établir avec”), qui signifie “mettre en rapport, instituer, établir”.»

“Système” a donc une implication universelle, qui n’est nullement limitée à son aspect scientifique ni aux sciences politiques et humaines, tout en les comprenant évidemment, tout cela sans restriction. Dans le cas de l’emploi du mot majusculé par dedefensa.org, le Système est l’organisation multiforme et multidimensionnelle qui s’est établi fermement depuis à peu près deux siècles, depuis la jointure des XVIIIème et XIXème siècles, entre 1776 et 1825, avec les “trois révolutions” (l’américaniste, la française, la révolution du choix de la thermodynamique). Pour mieux marquer son universalité, sa composition énigmatique, dépassant largement les domaines scientifique (comprises les sciences humaines), il faut rappeler que nous utilisons dans dedefensa.org (voir aussi La grâce de l’Histoire) comme équivalence directe du concept de Système les termes de “deuxième civilisation occidentale” ou, mieux, de “contre-civilisation” ; et, comme équivalence plus large, le terme de “modernité”.

• La deuxième définition sera plus courte et impérative. Lorsqu’il est fait emploi du terme “psychologie” dans notre chef (dedefensa.org et moi-même), il n’y a aucun automatisme admis dans notre conception qui puisse l’élargir automatiquement au concept de “conscience” ou à celui d’“esprit”. Nous parlons, avec la “psychologie”, d’un outil, et d’un moyen de communication le plus large possible entre l’intérieur de l’intellect de l’être, et l’extérieur. De ce point de vue, lorsqu’il est question du concept de “psychologie collective”, il n’y a aucune implication nécessaire qu’il puisse s’agir d’une “conscience collective”, – même si une évolution est possible dans ce sens, comme toute autre sorte d’évolution, y compris un processus d’“inconscient collectif” aboutissant à des changements des esprits.

Ces définitions sont importantes à garder à l’esprit. On a vu dans notre définition de ce que nous considérons comme des “systèmes antiSystème” (la majuscule impérative au milieu du mot, au mépris de l’orthographe), en formation spontanée et souvent paradoxale, que ces phénomènes se forment en toute inconscience, au mépris des définitions classiques (scientifiques et politiques selon les normes modernistes), et que leur efficacité est très grande justement à cause de cet aspect d’absence de conscience. Vous avez donc les apports essentiels des deux définitions, d’une part le caractère hors-normes scientifiques que nous faisons du concept de “système”, d’autre part le caractère inconscient d’une évolution psychologique spécifique (collective) :

• Un “système” (système antiSystème) issu d’une chose informe hors de notre propos, laquelle devient cohérente dans des conditions chaotiques parce qu’elle s’exerce contre le Système ; et il en est ainsi parce que le Système est ce qu’il est, échappant lui-même aux normes de définition trop rationnelles ; ces “normes de définition trop rationnelles” jusqu’à l’être faussement, trop sûrement orientées et intéressées, que nous devrions considérer pour cette raison avec la plus extrême méfiance  ;

• Une chose informe qui devient système antiSystème sans le réaliser consciemment, et même, et surtout, parce qu’elle ne le réalise pas consciemment, parce qu’elle répond à des normes psychologiques non conscientes… (Les cas sont multiples : Tea Party, Ron Paul, tel ou tel aspect du “printemps arabe”, OWS, le Mossad prenant partie contre les “rebelles” du CNT et pour Kadhafi, les “rebelles”’ du CNT si l’élément islamiste triomphe chez eux et réduit au ridicule les entreprises-Système du bloc BAO, dito l’OTAN, Sarko-BHL et le reste… Dans ce chaos cosmique qu’est notre époque, ne craignez jamais le paradoxe et la contradiction, au contraire, cajolez l’un et l’autre.)

Tout cela est dit pour définir, pour mon compte, les domaines dans lesquels je vais développer ma réflexion. Il faut en effet considérer, à mon sens, avant même d’exercer une réflexion, le cadre où s’exerce cette réflexion ; si ce cadre a plus ou moins partie liée avec le Système, toute la réflexion est faussée et devient inutile, sinon trompeuse, parce qu’elle est alors soumise au Système qui est, dans son domaine, d’une surpuissance irrésistible.

Passons maintenant au plat principal…

Le “Je n’y comprends rien” de Joseph de Maistre

Dans les premiers paragraphes de ses Considérations sur la France (1796), Joseph de Maistre, dont tout habitué de ce site doit connaître l’extrême sympathie que j’éprouve à son égard, écrit ceci, – il parle bien entendu des événements formidables de la Révolution française : «“Je n’y comprends rien”, c’est le grand mot du jour. Ce mot est très sensé s’il nous ramène à la cause première [de la Révolution] qui donne dans ce moment un si grand spectacle aux hommes ; c’est une sottise, s’il n’exprime qu’un dépit ou un abattement stérile.»

Prenez cette phrase, mettez là dans la bouche d’un sapiens de notre temps qui en est arrivé à se convaincre que des évènements formidables se déroulent (“un si grand spectacle”), qui ont toute l’allure d’une crise d’effondrement du Système (ou “crise d’effondrement de la contre-civilisation”, pour rappeler les précisions dites plus haut) ; enfin, remplacez “Révolution” par “crise de l’effondrement du Système”… Vous avez, énoncé en peu de mot, le problème, que dis-je, le dilemme formidable qui s’impose à nos esprits aujourd’hui.

Vous conviendrez qu’il serait de la meilleure logique du monde de chercher effectivement la “cause première” de cette crise de l’effondrement, si l’on veut travailler autrement qu’à des accords type “Sarko-sauvant-la-Grèce” (et le monde par conséquent), au moins jusqu’à la semaine prochaine. Trouver la “cause première”, c’est faire un pas de géant dans la compréhension du problème, que ce soit pour “sortir du Système” ou “extirper le Système de notre tête” ; bref, c’est déjà tenir une partie de la solution… Mais est-ce possible ? (Je ne dis pas : “est-il possible que nous trouvions cette ‘cause première’”, mais bien “est-il possible que nous ayons la possibilité de chercher cette ‘cause première’ ?” ; ou bien encore, question plus grave encore : “sommes-nous autorisés par les normes du Système à chercher cette ‘cause première’?” ; et j’ajouterais plus encore, pire encore : “Sommes-nous autorisés par les normes du Système et sommes-nous capables malgré l’influence collective du Système sur notre psychologie, de chercher cette ‘cause première’?”)

Revenons à Maistre : que nous signifie-t-il, lui, lorsqu’il parle de “cause première” ? Il ne s’en cache pas, c’est la Providence, le dessein divin… La Providence a jugé nécessaire cette Révolution française pour faire évoluer l’Histoire, dans ce cas d’un point de vue métahistorique, et purger l’ancien régime de ses tares décadentes. Est-ce stupide, ou “réac”, etc., d’identifier la “cause première” dans ce sens ? Dans ce cas, apprêtez-vous à classer dans la rubrique “stupide” et le reste un certain nombre de personnages, du calibre d’un Platon ou d’un Dante par exemple ; c’est une démarche exaltante, que je laisse à Charlie Hebdo qui en fera, j’en suis sûr, ses croissants chauds du petit déj’ autour d’un zinc prolo avant de paqsser au Grand Journal. D’autre part, qui nous dit, qui nous impose, sinon le Système lui-même, l’idée fameuse dans l’esprit scientifique que l’équation “le hasard et la nécessité” serait une “cause première” plus intelligente et plus probable que la Providence ? Je demande à voir, juste pour voir…

Passons outre car le temps presse, écartons ces jugements grotesques à force de caricature, et surtout remarquables pour leur penchant pour la censure. L’essentiel pour le propos, ici bas, dans cette page, c’est de constater que cet interdit contre l’argument de la Providence, – car cette censure existe bel et bien, et d’autant plus formidable qu’elle est inexprimée, – ampute dans notre esprit les données nécessaires à la recherche de “la cause première” d’un pan immense de la formation, du développement et de la gloire de l’humanité.

Poursuivons le plat principal en détaillant un exemple très concret, qui nous fera remonter à la Renaissance.

De Agrippa à notre crise

Je m’arrête à un passage de La grâce de l’Histoire qui n’est pas encore en ligne (Que la Providence fasse que ces parutions reprennent rapidement…). Il fait partie du “Deuxième Livre” de l’ouvrage (titre : Contre-civilisation et résistance). Il s’agit de la Deuxième Partie, Mise en perspective du désastre : la Renaissance. Le dernier chapitre tente de rassembler un jugement général sur la Renaissance par rapport à la modernité, par rapport à notre crise, avec l’éclairage du destin d’un érudit, l’Allemand Agrippa, qui mourut en 1537. Après sa mort, la célébrité d’Agrippa comme un des maîtres de la philosophie hermétiste, ou “magie”, fut immense (il inspira à Goethe son Faust), avant de décroître jusqu’à faire de lui un personnage très secondaire de la Renaissance. Il est pourtant bien plus représentatif qu’un Erasme par exemple, mais pour d’autres raisons que sa célébrité initiale de philosophe hermétiste ; il l’est, surtout parce qu’il présente, par les dilemmes et les angoisses qui marquent son aventure intellectuelle, le véritable événement historique et spirituel que fut la Renaissance.

L’historiographie moderniste, agissant comme une entreprise d’inversion historique, présente cette période de la Renaissance comme un triomphe de l’humanisme, une “naissance” de la gloire de l’homme, l’ouverture de la grande entreprise de l’avenir progressiste au travers de toutes les magnificences de l’art et de la connaissance. Un excellent biographe d’Agrippa (le professeur Charles Nauert, de l’université de l’Illinois, avec Agrippa et la crise de la pensée à la Renaissance, 2006) en donne une vision complètement différente, jusqu’à en être, dans l’esprit, la complète antithèse, – au lieu d’une certaine assurance nouvelle dans l’avenir, l’“anarchie intellectuelle”, au lieu de l’enthousiasme bouillonnant, le pessimisme… «Ceux qui vivaient effectivement au début du XVIème siècle avaient une toute autre vision de leur époque. Leurs élans d’optimisme étaient égalés, peut-être même surpassés, par de sombres crises de pessimisme…»

Agrippa est l’illustration de l’«anarchie intellectuelle» et de l’angoisse existentielle qui va avec, qui caractérisèrent en vérité la Renaissance, au contraire de ce qu’on en fit ensuite (Nauert le note précisément), avec les multiples manœuvres, récupérations, l’histoire récrite à convenance nous restituant une image très clean et triomphante de la Renaissance, lançant la modernité dans notre histoire, Progrès en bandouillère et dotée d’une légitimité sans conteste. Agrippa fut successivement un héritier du néoplatonisme avec sa philosophie hermétique, puis il fut tenté par un rapprochement du réformisme naissant sans jamais épouser complètement les thèses de Luther, il versa ensuite dans le scepticisme qui allait inspirer puissamment Montaigne quelques décennies plus tard, enfin il termina son parcours intellectuel jusqu’à sa mort en en revenant aux seules Ecritures Saintes. Son biographe observe encore, pour décrire cette dernière tentative de vaincre «ses doutes et ses incertitudes» : «Plus de vingt ans plus tard, en écrivant une dédicace pour le Livre Trois de “De occulta philosophia”, Agrippa réaffirma que l’esprit ne saurait accomplir son ascension vers Dieu, l’ultime vérité, s’il se fie à des choses uniquement terrestres plutôt qu’aux choses divines.»

Cette bataille (la recherche de «l’ultime vérité») s’avéra perdue d’avance sur le terme assez court puisque, déjà, la machinerie de propagande la modernité s’était emparée du fait de “la Renaissance”, depuis Luther et l’interprétation déjà en marche de son mouvement, pour en faire cette machine de combat qui imposa effectivement cette seule vision de l’avenir de l’homme, – modernité, progrès, la voie vers les Lumières, le “déchaînement de la Matière” et le triomphe du “parti de l’industrie” effectif au début du XIXème siècle (Stendhal entendant avec horreur, en 1825, ce mot du nommé Gouhier : «Les Lumières, c’est désormais l’industrie.»). En un sens, l’impasse où la propagande du temps enferma le legs de l’incertitude féconde d’Agrippa, pour imposer la “vérité révélée” du Système (plutôt que “vérité ultime”), nous restitue notre propre crise, et l’enfermement de notre pensée, aujourd’hui, dans la crise ultime.

Ainsi pourrait-on tracer un parallèle entre les déchirements d’Agrippa et ceux qui nous affectent aujourd’hui, tout comme le parallèle est immanquable entre notre crise présente et celle de la Renaissance dans sa vérité, et non dans sa construction de propagande, – ou notre crise actuelle, reprenant, amplifiant, conduisant à son terme celle de la Renaissance, une fois la modernité incubée jusqu’au seuil de la mort… Pourtant, et c’est enfin là l’essentiel de mon propos, il y a une différence absolument fondamentale entre les réflexions possibles d’un Agrippa et nos réflexions possibles dans des temps similaires d’«anarchie intellectuelle» et d’insurrection contre une raison humaine dévoyée (et nullement contre le raison humaine per se). Cette similitude, entre nous et la Renaissance, d’“insurrection contre la raison humaine dévoyée”, est présentée dans le texte déjà signalé de La grâce de l’Histoire, et dont il est présenté par ailleurs un extrait substantiel, dans Ouverture libre, ce même 8 novembre 2011. Ici, on trouve “un extrait de cet extrait”, pour mieux expliciter directement le propos général.

«… Mais nous sommes, comme nous l’avons déjà noté, dans une terrible situation par rapport à celle du XVIème siècle (Agrippa), même si l’une et l’autre ont tant de similitudes. La différence est de l’ordre de l’essence même de l’esprit, d’une telle évidence qu’elle est rarement notée. Nous sommes dans cette situation où nous ne pouvons même pas renouveler dans un débat avec nous-mêmes “les doutes et les incertitudes” qu’Agrippa agite pour lui-même, pour représenter le malaise de son temps. […]`

»“Plus de vingt ans plus tard, en écrivant une dédicace pour le Livre Trois de De occulta philosophia, Agrippa réaffirma que l’esprit ne saurait accomplir son ascension vers Dieu, l’ultime vérité, s’il se fie à des choses uniquement terrestres plutôt qu’aux choses divines.” Cela, cette volonté de chercher l’ascension vers l’“ultime vérité”, ne nous est plus permis ni possible, dans le débat intellectuel et spirituel entre esprits indépendants des chapelles, en ce début de XXIème siècle. Pour accéder à l’“ultime vérité”, dit Agrippa, il faut s’appuyer sur des “choses divines” parce que les “choses terrestres” n’y suffisent pas ; comment pourrions-nous faire, si nous voulions suivre cette exhortation quant à nous, dans un univers où il a été décrété par diktat implicite de la raison suggérant en sa chaire de vérité que les “choses divines” n’existent pas ; en conséquence de quoi et ceci accordé à cet esprit grégaire qui oriente notre existence inspirée, les références et les symboles des “choses divines” sont classés sans crédit ni considération, objets de plaisanteries méprisantes, relégués au sombre magasin des accessoires de la superstition, et nulle part considérés comme un argument rationnellement possible.»

Les courants de psychologie collective

Ma conviction est qu’il existe effectivement des phénomènes essentiels, dans notre crise présente, qui sollicitent pour en débattre des arguments autres que ceux que nous autorise notre raison subvertie et contrainte à rester dans les normes du Système. (Quel paradoxe et quelle ruse diabolique sont-ce là que de se forcer, pour chercher une vérité permettant d’échapper au Système, pour se retourner contre le Système et chercher à l’abattre, à n’utiliser que les arguments d’une raison dont nous savons pertinemment qu’elle est complètement subvertie par le Système, donc soumise à lui !)

Nous avons identifié dans dedefensa.org un “Moment psychologique” ou un “courant de psychologie collective” apparu soudain, qui donna un élan complètement inattendu et imprévu à Occupy Wall Street. (Sans aucun doute, OWS était totalement imprévu dans la dimension formidable qu’il a prise, tous les commentateurs en conviennent ; par exemple, Tom Engelhardt, de TimDispatch.com, écrivait le 31 octobre 2011, s’adressant à OWS : «Once the Arab Spring broke loose, people began asking me why this country was still so quiet. I would always point out that no one ever expects or predicts such events. […] Nothing like this, I would say, happens until it happens, and only then do you try to make sense of it retrospectively. […] I wasn’t expecting you. After this endless grim decade of war and debacle in America, I had no idea you were coming, not even after Madison. You took me by surprise. For all I know, you took yourself by surprise»)

Ainsi ce “Moment psychologique” qui fit de OWS ce que personne n’attendait qu’il fut, est de cette sorte de phénomène qui sollicite d’autres arguments que ceux d’une raison subvertie qui, d’ailleurs, s’avère impuissante à donner un argument acceptable. (Même les inévitables rumeurs de complot n’explique que la logistique et la constitution initiale d’un mouvement, mais nullement l’écho qu’il eut, qui n’exista à aucun autre moment, pour d’autres événements, notamment pour les événements quantitativement bien plus massifs, et bien plus répercutés aux USA, que celui de Madison, dans le Wisconsin, en février dernier.) Si nous ne nous résolvons pas à appliquer une autre méthodologie du raisonnement de l’esprit, à offrir une méthodologie métaphysique en de telles occasions, nous ne le ferons jamais et nous nous condamnons à rester enfermés dans le cercle infernal d’une raison subvertie prétendant critiquer le Système alors qu’elle lui est soumise par cette subversion même. (Je ne fais pas qu’une proposition théorique, pour cet argument, ici, dans ce texte. Dans le numéro, à paraître, du 10 novembre 2011 de dde.crisis, c’est exactement de cette façon que j’essaie d’appréhender le problème du mouvement Occupy. Pour le reste, on comprend aisément que j’ai moi-même décidé de me passer de l’imprimatur du Système pour utiliser les arguments qui m’importe, à moi, pour chercher “l’ultime vérité”.)

La raison retrouvée dans toute sa hauteur

A ce point de la conclusion, je dois absolument insister sur ce caractère fondamental de ma démarche, qu’il importe de prendre exactement pour ce qu’il est…Je vous parle en termes de raison, mais de raison restaurée, ouverte à l’intuition haute, et non en termes de foi ou de croyance (même si j’ai l’une ou l’autre, ou même si je n’ai ni l’une ni l’autre, – là n’est pas le problème). Je ne vous engage pas à vous précipiter à la messe ou à faire le signe de croix, d’ailleurs pour honorer des Eglises qui sont dans un état “moderniste” qui en fait des acteurs totalement décérébrés du débat actuel, et qui ont grand’peine à seulement accepter rationnellement ce qui fit leur fonction originelle, voire à simplement y croire encore. Je vous engage à sortir ces arguments nécessaires à la recherche de l’“ultime vérité” du ghetto religieux où on les a enfermés pour les faire entrer de plein droit dans le processus d’une raison restaurée.

Je ne vous parle ni de foi ni de croyance, mais je vous parle de raison. Il s’agit de la raison humaine restaurée dans toute sa grandeur et sa gloire, ouverte (r-ouverte) à l’intuition haute, dépassant enfin son enfermement dans les terribles travers d’apparence glorieuse que la Matière lui a offertes en échange de son empire d’elle (la Matière) sur elle (la raison subvertie), – ivresse de puissance, hubris, etc., toutes ces choses si souvent détaillées dans ces pages. Je vous parle en terme de raison restaurée, parce que c’est la raison qui, si elle n’a pas froid aux yeux et défie glorieusement les interdits terroristes du Système né de la “Matière déchaînée”, se découvrira alors, elle, capable d’évoluer effectivement dans l’univers de la métaphysique, hors des griffes du Système. Une fois la raison humaine restaurée dans sa gloire, rien n’est plus simple que de faire sortir le Système de votre esprit car le Système ne supportera pas longtemps cette compagnie. Non d’ailleurs, à partir de cela, vous n’aurez même plus à “sortir du Système” car votre raison sera devenue trop haute pour que le Système puisse l'atteindre pour tenter de conserver son empire sur elle.

Philippe Grasset

Note

Nous indiquons à ceux de nos lecteurs qui désirent proposer un commentaire qu'il est préférable de le faire dans le texte (similaire) qui figure dans la rubrique “DIALOGUES”. Ce texte est mis en ligne ce même 8 novembre 2011.