De l’attaque de l’Allemagne par l’URSS à Merkel à l’ONU

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De l’attaque de l’Allemagne par l’URSS à Merkel à l’ONU

C’est un bien étrange mélange auquel nous sommes conviés, mettant ensemble comme dans un mixeur d’où devrait sortir une sauce renouvelée, le premier ministre ukrainien Iatseniouk, – mais la sauce risquerait d’être lourde sur l’estomac ... Il s’agit de l’historique revu et corrigé de la Deuxième Guerre mondiale par un professeur improvisé quoique glorifié par l’establishment-Système, du silence de Merkel et de ses porte-paroles, de quelques questions posées par l’élève russe au professeur Iatseniouk (c’est l’historien en question) et de la mirifique perspective d’un siège de secrétaire général de l’ONU en 2017. Tout cela se passe en 2015, grand cru de l’ère postmoderne, sans nul doute, avec un goût peut ordinaire pour la vérité historique et les vérités de situation en général.

Le premier épisode se situe dans une déclaration faite par le PM ukrainien à la chaîne ARD, retranscrite (en allemand) le 8 janvier 2015, et fort discrètement, par le Spiegel. La chose est à peine reprise, tout juste mentionnée, parfois évoquée, – tout cela, on le comprend, dans l’atmosphère brûlante qui ébranle sismiquement la planète au nom de Charlie Hebdo qui représente alors le grand événement courant de l’histoire du monde. Pourtant, le PM devenu professeur d’histoire, Iatseniouk, présente une thèse révolutionnaire qui vaudrait le prix d’excellence annuel du révisionnisme, qui se résume comme ceci : “L’Union soviétique a déjà attaqué et envahi une fois l’Allemagne et l’Ukraine durant la Deuxième Guerre mondiale, faisons en sorte que cela ne se reproduise pas”. Par rapport aux normes de l’esquisse des très grands événements de la guerre, l’affirmation sonne haute et originale. L’opération Barbarossa du 21 juin 1941 est la seule trace d’attaque entre l’Allemagne et l’URSS qu’on trouve, et plutôt dans le sens opposé que nous en dit le professeur Iatseniouk, et la riposte soviétique qui s’ensuit qui permit de donner aux alliés la victoire sur l’Allemagne dans la Deuxième Guerre mondiale peut difficilement être tenue pour une “agression” du type dont parle Iatseniouk ; quant à l’Ukraine, elle était au début du conflit en bonne partie, pour le meilleur ou pour le pire, partie de l’URSS et se trouve donc difficilement en position d’être attaquée par qui en possède déjà cette partie-là...

Soit, Bryan MacDonald, journaliste irlandais basé à Moscou et collaborateur de RT, fait un article sur cette affaire le 10 janvier 2015 sur le même Russia Today. Nous en donnons un extrait, le reste explicitant plus en détail la situation de la Deuxième Guerre mondiale dans cette partie du monde, cherchant vainement la trace de l’événement foudroyant dont parle Iatseniouk.

«First, though, here’s what Yatsenyuk actually said. “All of us still clearly remember the Soviet invasion of Ukraine and Germany," he told German-state broadcaster ARD. "We need to avoid [a repeat of] it.“ “Nobody has the right to rewrite the results of the Second World War,’ he also added. “Russia's President Putin is trying to do exactly this.”

»When I saw the comments on my Twitter timeline, I was initially convinced it was a joke. So much disinformation is circulated on the platform that I automatically dismissed it as a misquote. Surely a senior politician wouldn’t say something like that? Only 24 hours later, when I saw Yatsenyuk’s words still swooshing through the Twitter-sphere, did I realize that he actually did utter those words. Arseniy Yatsenyuk, apparently handpicked for the PM post by US diplomat Victoria Nuland, believes the USSR invaded Germany in WW2. This runs contrary to the almost universally accepted narrative that Germany actually attacked the Soviets first in Operation Barbarossa. After repelling the attack, USSR forces eventually made it to Berlin where they met the other liberating powers, the USA and Britain...»

Mais la discrétion qu’on a signalée plus haut de la part du bloc BAO et des Allemands (Merkel) en particulier a, selon Mac Donald, une autre signification, plus politique, qu’il expose en fin de son article. D’autre part, les Russes, qui ne laissent rien passer si aisément, ont tout de même noté la leçon d’histoire de Iatseniouk et ont demandé à Berlin, et à Merkel, ce qu’on en pensait en Allemagne.

«This also explains the silence of German media on Yatsenyuk’s words. If the German public were made fully aware of what the visitor from Kiev had said, they would be outraged. So much so that Merkel could be forced to withdraw all support for Ukraine. If Yatensyuk’s comments were widely circulated, they would embolden revisionists in Germany and beyond - something there is, sadly, no shortage of.

»Just as it seemed the story would fade away, the Russian Foreign Ministry made a late intervention, asking Berlin to outline its official position on Yatsenyuk’s verbiage. The reply, assuming it ever arrives, will be telling.»

Eh bien, finalement, les Allemands n’ont pas vraiment répondu. Merkel s’est tenue absolument muette. L’un ou l’autre porte-parole a observé que tout le monde sait évidemment comment s’est passée la Deuxième Guerre mondiale, – sans préciser exactement “comment” et d’ailleurs c’est inutile puisque tout le monde le sait, – et donc qu’il est inutile de le répéter. Ainsi était démenti sans l’être une seconde en vérité ce qu’avait dit Iatseniouk, à moins qu’en fait il n’ait pas été vraiment démenti et que “tout le monde” sait bien que la Deuxième Guerre mondiale s’est bien passée comme chacun sait, et qu’après tout pourquoi Iatseniouk ne dirait-il pas ce que tout le monde sait très bien...

En bref, cette façon de botter en touche selon une dilectique implicite extrêmement complexe a surpris. Le silence de Merkel, ainsi poursuivi, confirmé et continué, a encore plus surpris, après l’intervention russe auprès d’elle. C’est alors que cette étrange affaire où se rencontrent le dérisoire, le grotesque, la culture invertie et la politique en faux miroirs déformants de la crise ukrainienne a pris une autre tournure. Une autre rumeur est apparue, qui est l’objet d’une interview du chroniqueur serbe bosniaque Nebojsa Malic qui réside aux USA et qui est un collaborateur assidu de Antiwar.com : Merkel serait intéressée par le poste de secrétaire général(e) de l’ONU, qui devient vacant en 2017 et doit revenir à un Européen. Pour cela, elle a besoin de l’appui des USA. On reviendra sur cela. Donc, extraits de l’interview de Malic le 11 janvier 2015 (RT, toujours).

Russia Today : «Recently, Ukraine's Prime Minister Arseniy Yatsenyuk made a comment during his visit to Germany - he recalled “the USSR's invasion of Ukraine and Germany.” This went unnoticed by official Berlin and remains so even now despite Moscow's request for some reaction. Why, do you think?»

Nebojsa Malic : «There’s no rational explanation for Merkel behaving this way towards Russia, towards the rest of Europe. There’s no rational explanation why she stayed silent following the remarks of the Ukrainian prime minister about World War II. That was a very, very inflammatory remark that she should have reacted to, but she didn’t, because, for whatever reason, speculation here, but it is in the interest of Washington to prop up the current regime in Kiev. So here she is doing what’s in the interest of Washington, as opposed to what’s in the interest of Germany.»

Russia Today : «All this comes, as rumors circulate that the chancellor could leave office early, and is eyeing the position of UN chief. How could this be affecting her current policies?

Nebojsa Malic : «What is the next step from being chancellor of Germany for somebody who’s obviously not ready to retire, not ready to relinquish the limelight, not ready to relinquish some sort of power or influence in the world? The rumors in the German newspapers about how she’s eyeing the spot of the UN secretary general, which according to UN custom, belongs next to a European, they fit the entire story, they fit the facts, they fit the behavior. If Angela Merkel wants to become the next UN secretary general, and we all know that anybody who has incurred the wrath of the United States will not stay long in that position, or even get elected if they don’t have the support of Washington, then the appeasement policy towards Washington, for a lack of a better word, suddenly starts making a whole lot more sense.»

Tentons de traduire pour les premiers constats d’évidence : Merkel semblerait vouloir se retirer de la vie publique allemande à la fin, ou avant la fin de son mandat actuel, et elle se sent d’attaque pour une carrière internationale, prestigieuse et à tous égards généreuse. L’objectif du secrétariat général de l’ONU semble bien aller dans ce plan, mais alors il faut avoir de très bonnes relations avec les USA. Et c’est là que la manœuvre politicarde globalisée de la sorte usée à force de pratique qu’on connaît tant devient à la fois étrange et pathétique : ne rien dire contre la leçon d’histoire du professeur Iatseniouk est considéré comme un geste qui doit renforcer la côte de la Merkel aux USA. On conviendra que le petit bout de la lorgnette dans l’entreprise de séduction par la soumission est singulièrement ramenée à des causes extrêmement dérisoires et dont la dimension diplomatique laisse à penser sur ce que vaut la diplomatie interne du bloc BAO aujourd’hui. A moins que l’élite-Système de Washington D.C. ne sache vraiment, de sources sûres, de la CIA par exemple, qu’effectivement l’URSS a attaqué l’Allemagne et l’Ukraine pendant la Deuxième Guerre mondiale...

Ensuite, il faut aller plus loin, parce que c’est tentant, et parce que les rumeurs Merkel-ONU semblent très solides. On dit même qu’elles font partie des liens qui unissent très fortement depuis quelques mois Merkel et les USA, conduisant la chancelière à un tournant antirusse qu’on a largement remarqué depuis. Les USA ont obtenu son complet alignement à cause de ces moyens mystérieux que tout le monde connaît dont ils disposent ; en même temps, car cette sorte de relation doit toujours être à double sens, ils font la promesse (vague ou ferme, who knows?) de soutenir, d’imposer la candidature Merkel à l’ONU.

Maintenant, allons encore plus loin ... Que dit Malic de cette rumeur-ONU ? Il dit que rien n’est vraiment assuré mais que cela convient parfaitement au comportement devenu totalement antirusse de Merkel, qui est difficilement explicable d’une autre façon. Encore une fois, la notion hypothétique que les USA/NSA tiennent Merkel peut être tout à fait justifiée mais, dans les mœurs des directions BAO on ne peut s’en tenir à un simple chantage à aller-simple qui fait désordre et brouille les asservissements à venir ; il faut une compensation qui adoucit la dureté du procédé, de façon que la solidarité entre tous demeure, même lorsque l’intérêt de se soumettre décroit ... Voici donc encore quelques mots de Malic sur le comportement de Merkel :

«There is plenty of discontent towards her CDU (Christian Democratic Union) Party, but not enough to actually propel somebody else to the chancellorship. So again, it could be a [Merkel] calculated move to say, “well okay, I’ll leave at the peak of my popularity and escape responsibility for when everything comes crashing down.” [... ] Or it could be that the speculation in the German media is simply testing the waters, sort of stirring up the pot in German politics, and trying to see what the reaction of the general public would be to the announcement that Merkel might be leaving. Whether that would push forward another political opponent who aspires to her post a little too soon, they’re all legitimate political tactics mind you, but the notion that Merkel might be seeking a promotion so to speak beyond Germany certainly fits with her behavior towards the United States.»

Un dernier aspect de cette perspective concerne d’une façon plus générale la politique très-sérieuse, voire la vraie politique, à la fois en Allemagne et dans la partie engagée avec la Russie. Ce serait l’idée, confortant le désir de Merkel de quitter la scène allemande, que les événements à venir vont être de plus en plus insaisissables, catastrophiques et ingérables, et Merkel préférant après tout n’y avoir pas à exercer les responsabilités qui sont les siennes en tant que chancelière. Elle passerait donc la main, avec l’aide élégante de ses amis américanistes et l’oreille sourde qu’elle prête aux leçons d’histoire du brillant Iatseniouk, et laisserait 1) le CDU-CSU s’agiter dans les eaux troubles d’une défaite électorale certaine, et 2) la crise ukrainienne et des rapports avec la Russie suivre leurs cours catastrophiques sans elle... Tout cela, à moins que l'hypothèse explosive ne se concrétise avant son départ, ce qui n’est vraiment nullement hors des possibilités à envisager au rythme où vont les choses.

Ce dernier point nous laisse avec une hypothèse en forme d’alternative  : ou bien Merkel ne songe à ce que l’on évoque ici qu’en fonction des petits jeux de reclassement des politiciens-Système classique (Tony Blair, que Malic cite en référence, est l’exemple le plus singulièrement répugnant de cette sorte de reclassement réussi et enrichissant après une carrière catastrophique d’un politicien postmoderne) ; ou bien Merkel sait, ou est persuadé que la situation Europe-Russie dans le cadre de la Grande Crise d’effondrement est hors de contrôle et qu’il n’y a plus rien à faire, et dans ces conditions mieux il vaut passer la main et actionner son siège éjectable doté d’un parachute dorée. C'est l'hypothèse la plus intéressante et qui sera suivie le plus attentivement, avec la remarque annexe qu'à ce compte-là, l’ONU vaut bien une trahison au profit de Washington-Système.


Mis en ligne le 13 janvier 2015 à 06H00

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