De la France et de l’Europe, face au piètre diktat euro-allemand

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De la France et de l’Europe, face au piètre diktat euro-allemand

Un titre : «France's Francois Hollande and Germany's Angela Merkel clash over euro austerity pact», celui d’un article de Emma Rowlet, dans le Daily Telegraph du 27 avril 2012, mis en ligne hier en fin d’après-midi à 18H35. L’article reste assez imprécis sur les conditions de ce qu’il désigne comme “un clash”, mais il semble qu’il s’appuie sur, d’une part des déclarations de Hollande plus ou moins interprétées, d’autre part sur des déclarations de Merkel faites à la presse allemande (sans précisions) … Quoi qu’il en soit, l’esprit de la chose est bien là.

…Quoi qu’il en soit, en effet, tout se passe comme s’il semblait de plus en plus acquis, en termes de communication dans le vaste champ de la situation de “crise d’Europe” (crise de l’existence d’un concept nommé “Europe”, de plus en plus évanescent et en pleine dissolution), que, Hollande étant élu selon l’hypothèse dominante, le premier acte de sa présidence serait également son premier affrontement, direct, pressant, peut-être même générateur de l’accélération et de la précipitation d’une nouvelle phase de la crise européenne. D’autre part et si la perception qu’on en a se confirme, ce qui apparaît comme une intrusion directe de l’Allemagne dans la campagne électorale française devrait contribuer à tendre considérablement les conditions de cette fin de campagne, même si d’une façon inconsciente qui ne serait pas nécessairement exprimée par les candidats. Cette perception devrait évoluer dramatiquement, selon laquelle il ne s’agit plus seulement d’un affrontement franco-français, mais d’un un affrontement de la France avec l’Allemagne arcboutée sur la bureaucratie européenne, c’est-à-dire un affrontement où la crise de l’Europe mais aussi, du point de vue français, la souveraineté de la France, sont devenus des facteurs décisifs voyants, des facteurs de communication mettant dramatiquement en évidence la réalité de l’évènement. D’un autre côté, la perception serait de plus en plus celle d’une “dictature” euro-allemande, elle-même sans la légitimité nécessaire, menaçant de peser sur la France, – mais aussi sur les autres nations et peuples de l’Europe. Un bilan exaltant…

«It is “not for Germany to decide for the rest of Europe”, said Francois Hollande, the frontrunner to replace Nicolas Sarkozy as French president. If elected, Mr Hollande says that he will not pass the fiscal austerity pact agreed by the leaders of 25 European nations, unless it contains measures to spur on growth.

»His stance puts him on a collision course with Angela Merkel, the German Chancellor. She hit back at the French Socialist candidate's plans, warning the deal is “not open to new negotiations”. “The fiscal pact is negotiated, it was signed by 25 government leaders and has already been ratified by Portugal and Greece,” she told a German newspaper. “Parliaments across Europe are on the verge of passing it. Ireland is having a referendum at the end of May.”»

Pour ajouter à la tension, l’article introduit deux autres éléments qui sont, chacun de leur côté, nettement illustratifs des positions extrêmes des uns et des autres dans cet aspect de la crise directement lié à l’élection présidentielle française. Il s’agit d’une part d’une intervention concertée du Premier ministre italien Monti, eurocrate placé par l’UE et l’Allemagne à ce poste comme un véritable proconsul de la mission générale d’austérité caractérisant la “politique” européenne, et du président de la Commission européenne Barroso, autre séduisant acteur de l’opération, récitant le diktat de sa bureaucratie et des objurgations autoritaires de la chancelière allemande ; il s’agit d’autre part de la position délicate et de plus en plus affaiblie de la même, Merkel, avec une opposition qui se durcit sur cette question de la politique d’austérité, et qui lie directement cette évolution à l’arrivée probable de Hollande à la présidence. Même les dictateurs, dans ce temps du triomphe de l’autodestruction du Système, tiennent des positions falotes et assiégées par la marée montante. Ils sont les esclaves des évènements qu’ils ont eux-mêmes suscités et qu’ils alimentent avec la fièvre de la dernière chance.

«In an apparent rebuke to Mr Hollande, Italy's technocrat leader Mario Monti and European Commission chief Jose Manuel Barroso made a joint statement in which they criticised debt-fuelled growth measures. “We agreed that the revival of growth must come through a relentless focus on improving competitiveness and not through higher levels of debt,” they said after a meeting.

»However, Ms Merkel faced trouble at home as opposition politicians joined Mr Hollande in his bid to make the austerity pact more flexible. They complain that the “one-size-fits-all” rules do not suit Germany's individual states and municipalities.»

L’arrière-plan de cet affrontement autour du deuxième tour des présidentielles française n’est fait que de crises nationales, avec la chute dramatique du gouvernement hollandais dimanche dernier et des élections anticipées qui risquent d’aggraver encore une impasse, sinon une décision de retrait de l’euro, avec la probabilité d’un résultat accentuant une majorité parlementaire opposée aux mesures d’austérité exigées par la politique générale euro-allemande ; avec la chute, hier, du gouvernement roumain, qui n’a pas obtenu le soutien du Parlement pour ces mêmes mesures d’austérité ; avec l’aggravation, notamment, de la situation espagnole, avec réduction de deux niveaux de la cotation de l’Espagne par l’agence Standard & Poor's, et de la situation irlandaise, avec une perspective de croissance réduite de 1,3% à 0,7%. (Tout cela, pour la chronique immédiate des quelques jours passés.) L’aggravation des situations nationales comme conséquences du plan euro-allemand est la marque, non pas de l’aggravation de la crise européenne, mais de sa possible transformation de crise conjoncturelle d’un ensemble encore maintenu dans cet état, en une crise de rupture de cet ensemble.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’élection présidentielle française, ou, plutôt, dirait-on qu’elle en constitue l’élément accélérateur majeur. D’ores et déjà, dans le climat de cette élection, avec des votes antiSystème au premier tour atteignant 35% de l’électorat exprimé, l’on peut dire que les deux candidats, chacun à leur façon, sont de plus en plus enfermés dans une nécessité de réaction dans ce même sens. C’est le cas du probable vainqueur, Hollande, dont l’élection devient de plus en plus celle du refus du pacte de stabilité, se transformant plus directement et d’une façon plus immédiatement confrontationnelle, en un refus du diktat euro-allemand, et cela, dans la perception qu’on en a et quoiqu’en veuille le candidat ; c’est le cas de l’improbable vainqueur, Sarkozy, qui ne pourrait l’être que par surprise et par défaut de son adversaire, mais qui le serait alors selon une obligation d’un durcissement considérable de sa position vis-à-vis de la politique euro-allemande puisqu’il aurait été élu par un report massif (bien improbable, lui aussi) des voix du FN, exprimant plus que jamais le rejet de la politique euro-allemande. Les évènements mènent désormais cette campagne et l’aggravation accélérée de la crise générale, sans que l’on puisse véritablement réagir, et ils vont désormais dans le sens de la rupture.

Au-dessus de tout cela plane, pour les Français, et donc pour les candidats, la perception que le principe de la souveraineté nationale (ce qu’il en reste) est, dans cette élection (dito, dans cette crise), l’enjeu majeur. L’élection française, avec les crises collatérales dans d’autres pays européens, a dramatisé et porté à son paroxysme la situation qui met en opposition directe et confrontationnelle le principe de la souveraineté et la politique du diktat euro-allemande. On ajoutera que même les apprentis dictateurs européens, que ce soit les eurocrates européens ou une Merkel à la fois autoritariste allemande et menacée d’être mise en minorité dans son pays, s’appuient sur une autorité défaillante, c’est-à-dire une légitimité quasiment nulle, autant dans son principe totalement faussaire dans ce cas, que dans la situation conjoncturelle. Il y aura un “troisième tour” en France, avec les législatives qui seront bien plus qu’un tour d’enregistrement du scrutin présidentiel (qui pour le confirmer, qui pour l’équilibrer), qui seront en réalité l’évènement préparateur ou accompagnateur du “quatrième tour”, – c’est-à-dire la crise européenne arrivée à sa maturité explosive et rupturielle, et peut-être déjà déclenchée parallèlement. Ce n’est plus la crise de l’euro ou la crise de la finance, c’est-à-dire une crise interne au Système, mais bien la crise des peuples, c’est-à-dire une crise antiSystème, – dito, les peuples contre le Système. Au moins, il n’est plus question d’artifice et l’on sait désormais de quoi il est question.


Mis en ligne le 28 avril 2012 à 08H58